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Poésie Japonaise

YOKAIS (3ème et dernière partie)

15 Avril 2026, 10:31am

Apparition d'un Kitsune

Apparition d'un Kitsune

Mariage de Kitsune

Mariage de Kitsune

Prêtre en pleine pratique entouré d'un démon et d'un loup, estampe de Hokusai.

Prêtre en pleine pratique entouré d'un démon et d'un loup, estampe de Hokusai.

La relecture moderne du bestiaire yōkai montre à quel point ces créatures restent ancrées dans l'imaginaire japonais.

 Elles sont une source d'inspiration sans cesse renouvelée pour les artistes nippons, prouvant leur capacité à évoluer avec leur temps tout en conservant leur puissance évocatrice originelle.

Aujourd'hui encore, impossible d'échapper aux yōkai lorsqu'on s'intéresse à la culture populaire japonaise, tant leur influence demeure profonde et vivace !

Si les yōkai les plus célèbres frappent par leur apparence spectaculaire, beaucoup de ces créatures se montrent en réalité beaucoup plus discrètes, s'immisçant dans les tracas de la vie quotidienne.

Au Japon, chaque recoin de la maison peut ainsi abriter son petit esprit malicieux.

L'Akaname par exemple se cache dans les salles de bains mal entretenues pour y lécher la crasse incrustée, tandis que le Makura-gaeshi, véritable cauchemar des dormeurs, s'amuse à déplacer leur oreiller durant la nuit. 

Ces yōkai domestiques incarnent avec malice les petits désagréments du quotidien et la nécessité de bien tenir son foyer.

Mais les yōkai ne se limitent pas à ces facéties domestiques. Certains sont de véritables forces de la nature, personnifiant la puissance brute des éléments.

Raijū, l'esprit du tonnerre qui accompagne le dieu shinto de la foudre, ou Yama-uba la sorcière des montagnes, en sont de parfaits exemples.

 Rencontrer ces créatures signifie se confronter à ce que la nature a de plus impressionnant et mystérieux.

D'autres yōkai frappent par leur étrangeté, comme Nue la chimère volante au corps de serpent, aux pattes de tigre et à la tête de singe, ou Amikiri le monstre-loutre coupeur de filets de pêche.

Ces créatures inclassables montrent toute l'inventivité et la poésie de l'imaginaire yōkai.

Enfin, nombre de yōkai sont issus de la métamorphose d'animaux ayant atteint un âge avancé. Chats, renards, serpents, tanuki, tous peuvent se transformer pour semer le trouble parmi les humains.

Le plus célèbre d'entre eux est sans doute le Nekomata, terrifiant chat-démon doté de deux queues et capable de dévorer son maître.

Ainsi, même les animaux familiers peuvent devenir des yōkai une fois transfigurés par les années et le contact avec les forces surnaturelles.

Les yōkai sont bien plus que de simples monstres destinés à effrayer. Ils reflètent en réalité les angoisses, les croyances et l'imaginaire des Japonais, et ce depuis l'époque médiévale. 

Chaque créature porte en elle un concentré de peurs ancestrales et de questionnements sur le monde.

Dans une société profondément marquée par le shintoïsme et son rapport sacré à la nature, les yōkai deviennent une façon d'expliquer l'inexplicable.

Phénomènes étranges, catastrophes naturelles, disparitions mystérieuses, tout peut être attribué à l'action de ces esprits.

En leur donnant un corps et un nom, les Japonais cherchent à apprivoiser symboliquement les mystères d'un monde qui les dépasse.

Mais les yōkai sont aussi porteurs de valeurs morales et de leçons de vie. Dans les contes et légendes, ils punissent souvent l'avidité, l'orgueil ou l'impolitesse des humains. Tengu et Kappa sont ainsi réputés pour donner une bonne leçon aux présomptueux et aux grossiers. 

Rencontrer un yōkai, c'est souvent faire face à ses propres défauts et faiblesses.

Surtout, les yōkai sont la plupart du temps ambivalents. Ni totalement bons, ni foncièrement mauvais, ils agissent selon leur propre logique, parfois incompréhensible pour les mortels.

Tout est question de circonstances et d'attitude des humains à leur égard. Ce caractère double des yōkai reflète en réalité toute la complexité de la nature humaine, entre ombre et lumière

Les Yōkai,font partie du patrimoine culturel du Japon :

Loin d'être des superstitions d'un autre âge, les yōkai restent extraordinairement vivaces dans le Japon contemporain.

Profondément ancrées dans l'imaginaire national, ces créatures représentent un formidable patrimoine culturel, transmis de génération en génération.

Conscients de ce trésor, les Japonais déploient de nombreux efforts pour préserver et étudier les contes et légendes traditionnels.

Ethnologues et passionnés collectent les histoires populaires dans les campagnes, répertorient les yōkai locaux et analysent leur symbolique. 

Un véritable intérêt académique qui montre l'importance accordée à ce pan méconnu de la culture nippone.

Mais ils ne restent pas cantonnés aux livres d'érudits. Toujours aussi populaires, ils sont mis à l'honneur lors de nombreux festivals comme le Hyakki Yakō, où une joyeuse parade de créatures défile dans les rues.

Les matsuri* locaux intègrent souvent des représentations de yōkai typiques de la région, sous forme de costumes, de chars décorés ou de feux d'artifice.

*Festivals

De la fête de Setsubun**, jusqu'aux espiègleries d'Halloween, les yōkai rythment le calendrier traditionnel japonais.

**Fête du passage de l'hiver au printemps qui se déroule chaque 3 février.

Leur omniprésence dans l'art, la littérature et les médias modernes montre aussi à quel point ces créatures sont indissociables du paysage culturel nippon.

Des vénérables rouleaux peints du Moyen-âge aux mangas futuristes, en passant par les estampes d'Hokusai et les films de J-Horror, les yōkai n'ont jamais cessé de fasciner artistes et public.

 Véritables icônes nationales, ils sont un marqueur essentiel de l'identité japonaise.

Jorogumo, la femme araignée.

Jorogumo, la femme araignée.

POÉSIE YOKAIS par Philémon

Tanka

 

Sous le vieux pont gris
L’eau garde un rire d’enfant
Figé éternel
Un kappa attend en paix
Qu’un imprudent s’approche

 

Papillon d’été
Posé sur un front brûlant
Il ne s’envole pas
L’âme hésite à partir
Entre deux mondes flottants

 

Soir de lucioles
Une main semble guider
Leurs très faibles lumières
Vers un visage absent
Dissous dans l’air sec d’été

  1.  

Givre sur les pins
Un petit rire se perd
Dans l’espace immobile
Le tengu veille au sommet
Là où nul ne doit monter

 

Nuit de pleine lune
Les bambous grincent ensemble
Comme en confidence
Un esprit sans nom traverse
L’espace entre deux souffles

 

  1. Chaleur de l’été
    Au bord d’une eau trouble
    Concombre offert
    Le kappa incline la tête
    Puis il disparaît sans bruit

  2.  

  1. Pluie de saison
    Un vieux parapluie saute
    Dans cette ruelle
    Karakasa-obake voit
    Une main pour l’emporter

Bakeneko Chat démon très méchant à deux queues

Bakeneko Chat démon très méchant à deux queues

Haïbun
Kitsune

Au printemps, près des sanctuaires, certaines flammes ne brûlent pas. Elles hésitent, comme si elles observaient.

Brume du matin
Le kitsune s’efface
Dans votre reflet

 

Kappa

En été, les anciens disent de ne pas fixer l’eau trop longtemps. Ce n’est pas le courant qui attire.

Rivière lourde
Le kappa est aux aguets
Sous le silence

Yuki-onna

L’hiver rend les rencontres irréelles. Les voix deviennent blanches, comme gelées avant d’exister.

Neige épaisse
La Yuki-onna respire
Dans le grand vent froid

Nurarihyon

Parfois, quelqu’un entre sans être invité, invisible, et tout semble soudain normal.

Soir tranquille
Nurarihyon s’installe
Comme dans sa cabane

 

 

Printemps lumineux
Un kitsune traverse
Sans laisser d’ombre

 

Neige en hiver
La porte s’ouvre un peu
Sans aucune main

 

Par vent d’automne
Une ombre suit la mienne
Puis s’en détache

  1.  

YOKAIS     (3ème et dernière partie)
Rokurokubi

Rokurokubi

Démon de la montagne

Démon de la montagne

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HOKUSAI 2ème et dernière partie

10 Mai 2026, 08:52am

Cavalier, illustration pour un poème , estampe de Hokusaï.

Cavalier, illustration pour un poème , estampe de Hokusaï.

Portrait de Hokusaï, estampe de Kunisada

Portrait de Hokusaï, estampe de Kunisada

Auto portrait par Hokusaï

Auto portrait par Hokusaï

Le pont suspendu au mont Gyodo, estampe de Hokusaï.

Le pont suspendu au mont Gyodo, estampe de Hokusaï.

L’art de Hokusaï c’est une cosmologie sensuelle du monde japonais.

Cet artiste très prolifique incarne par son œuvre la spiritualité japonaise et la célébration d’une nature animiste. La découverte de ses estampes constituera un choc esthétique capital pour les artistes européens de la fin du XIXe siècle.

 

« Quand j’aurai cent ans, je tracerai une ligne et ce sera la vie. » C’est l’une de ses phrases célèbres.
 

Les dessinateurs japonais qui œuvrent dans le domaine de l’estampe adoptent souvent plusieurs noms d’artistes. On estime qu’Hokusai en a utilisé 120 durant sa carrière .

Sa première signature est Katsukawa Shunrō. Nous sommes à la fin des années 1770, Hokusai n’a pas encore 20 ans.

Vers 1800, il adopte le nom qui le rendra célèbre : Hokusai (qui signifie « Atelier du Nord ») en hommage à une divinité bouddhique qu’il admirait.

En 1814, est publié le premier des 15 volumes des Hokusai Manga (« Carnets de croquis par Hokusai »), vaste recueil de dessins variés (faune, flore, personnages, objets, chimères, scènes de genre…) qui offrent un riche aperçu de la vie sous l’ère d’Edo.

À cette époque, alors qu’il se surnomme « le fou de dessin », il parcourt le Japon pour faire connaître ses estampes, jusqu’à la parution de son œuvre majeure en 1830, la série des « Trente-six vues du mont Fuji ». L’artiste a déjà 60 ans.

Hokusai, peintre en quête d’absolu et maître de l’illusion, voue aux éléments naturels un culte, un respect qui le porte à magnifier leur monumentalité.

L’artiste n’hésite pas à se livrer à des expériences innovantes en utilisant notamment le bleu de Prusse, un pigment récemment introduit au Japon, qui donne à ses vues une intensité de couleur exceptionnelle.

C’est en tant que peintre de paysage qu’il impose son talent original, en associant ses connaissances des techniques japonaises traditionnelles à sa curiosité pour la peinture occidentale.

Revenu à Edo en 1836, Hokusai est loin d’être riche. Dans une ville qui connaît à cette époque une grave famine, il survit comme il peut.

Malheureusement, la fin de sa vie s’est tenue dans la misère, n’ayant jamais attaché de l’importance pour l’argent.

 

Pour les découvreurs occidentaux, il parut être l’artiste peintre le plus fécond de l’école moderne japonaise parce qu’il portait et emportait le tradition à travers les livres, les peintures et les estampes.

.Il a su nous rendre tangible le tourbillon des formes.

  • Il me vient à l’esprit une courte anecdote :

  • C’est aux Pays-Bas que Claude Monet a découvert les estampes d’Hokusaï, chez un marchand qui ne trouvait pas ce papier avec ses dessins très solide pour l’emballage !

  • Il ne faut pas oublier que les estampes étaient éditées sur des feuille séparées et utilisées comme un empaquetage, en Hollande.

Petit rappel :

A cette époque, seule la Hollande avait une autorisation privilégiée de commercer avec le Japon , par le port de Nagasaki, une fois par an avant 1858.

 C’est d’ailleurs par ce biais que Hokusaï découvrit le bleu de Prusse, ce qui lui a valu le surnom de : Peintre bleu, à ce moment là.

En Occident, la vogue d’Hokusaï fut liée à celle de l’impressionnisme. En France, les critiques du moment dont Gustave Geffrey défenseur des impressionnistes, accordèrent une grande place à cet artiste peintre, dans leurs revues (1883 et1890).

La véritable gloire en Europe, serait due à Edmond de Goncourt grâce à sa monographie sur Hokusaï (Paris 1896) qui l’a fait connaître.

J’ajouterai que l’idée de publication de la série des 36 Vues du Mont Fuji a inspirée un peintre Français, Henri Rivière qui a fait éditer en juillet 1902, « les 36 plus belles vues de Paris avec la Tour Eiffel ».

Puis : « 36 Regards sur la Tour Eiffel » par Fabienne DELACROIX, en hommage à Henri Rivière, 2021

Et aussi , un dessinateur de BD , André JUILLARD « 36 Vues de la T our Eiffel » en double hommage à Hokusaï et Henri Rivière, réédité en 2022.

Pour réaliser ce résumé bibliographique , je me suis inspiré de l’Essai sur Maître Hokusaï, écrit par Henri-Alexis BAATSCH, écrivain et traducteur, lors de son séjour à Tokyo entre 1983 et 1984.

Extrait de la série des chutes et cascades, estampe par Hokusaï

Extrait de la série des chutes et cascades, estampe par Hokusaï

POESIE par Philémon

 

 

Vieillard obstiné
Change cent fois de nom d’art
Pour mieux renaître
Chaque ligne est renaissance
Chaque œuvre un nouveau regard

  1.  

La grande vague monte
Comme un cri figé dans l’eau
Prête à engloutir
Mais dans ce chaos suspendu
Naît une beauté fragile

 

Branches de cerisier
Frémissent sous le printemps
Fleurs comme soupirs
L’éphémère devient trésor
Sous le regard du maître

 

Visages croqués
Marchands, pêcheurs, voyageurs
Tous deviennent art
Dans chaque ride se cache
Une histoire universelle

 

 

Fleurs de cerisiers
Elles tombent sans regret
Dans l’air printanier
Le peintre retient leur chute
Dans un geste immobile

 

 

Dragon de nuée
A peine né du pinceau
Déjà disparaît
L’encre épouse le vide
Où s’efface toute chose

 

 

Galop

Un cheval lancé ne s’arrête pas dans le regard du peintre. Il continue au-delà du papier, dans un espace que l’encre ne ferme pas.

Dans un trait brusque
Le galop hors du cadre
Se prolonge encore

 

La vague

Le peintre observe la mer, longtemps, jusqu’à ce qu’elle cesse d’être un paysage et devienne un mouvement pur. Ce n’est plus l’eau qu’il voit, mais une force, une respiration.

Vague suspendue
Les griffes de l’océan
Frôlent le silence

 

Le mont Fuji

Toujours présent, jamais identique. Le Fuji change avec la lumière, les saisons, les regards. Hokusai le répète non par obsession, mais par quête.

Mont immobile
Mille visages naissent
Dans un seul sommet

 

Le mouvement

Tout bouge : le vent, les corps, les pensées. L’artiste ne fige pas, il capture l’élan.

Un trait fulgurant
Le cheval bondit encore
Hors du papier blanc

 

L’éphémère

Les fleurs tombent, les saisons passent. Hokusai ne lutte pas contre le temps : il l’accueille.

Pétales au vent
Dans leur chute silencieuse
L’éternité naît

 

Pluie

Dans les rues d’Edo, la pluie rend chaque pas incertain. Les hommes avancent, courbés, comme les herbes sous le vent.

La pluie d’automne
Des sandales dans la boue
Qui suivent leur voie

 

Sommet

Le mont Fuji apparaît à l’aube, puis disparaît dans la brume. Ce n’est pas lui qui change, mais le regard.

Aube pâlissante
Le sommet va et revient
Dans l’air si léger

Le col d'Inume, estampe de Hokusaï

Le col d'Inume, estampe de Hokusaï

Le mont Fuji et ses trois saisons, estampe de Hokusaï

Le mont Fuji et ses trois saisons, estampe de Hokusaï

Le pont flottant de Sano, estampe de Hokusaï

Le pont flottant de Sano, estampe de Hokusaï

Neige matinale à Koishikawa, estampe de Hokusaï

Neige matinale à Koishikawa, estampe de Hokusaï

Vue du mont Fuji depuis le château d'Omesawa, estampe de Hokusaï.

Vue du mont Fuji depuis le château d'Omesawa, estampe de Hokusaï.

Le Fuji San, estampe de Hokusaï

Le Fuji San, estampe de Hokusaï

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HOKUSAI 1ère partie

5 Mai 2026, 18:26pm

La vague de Kanagawa, estampe de Katsushita Hokusai

La vague de Kanagawa, estampe de Katsushita Hokusai

Le pavillon Zasai du Temple des Arhats, estampe de Hokusaï

Le pavillon Zasai du Temple des Arhats, estampe de Hokusaï

Deux hommes lavent le cheval à la cascade, estampe de Hokusaï

Deux hommes lavent le cheval à la cascade, estampe de Hokusaï

Le pont suspendu entre Hida et Hecht, estampe de Hokusaï

Le pont suspendu entre Hida et Hecht, estampe de Hokusaï

Après vous avoir présenté de nombreuses estampes au cours de mes publications, il me paraît important de vous parler de leurs auteurs, à commencer par le plus grand d’entre eux :

 

l’artiste peintre Katsushika HOKUSAI (1760 – 1849), surnommé le Fou de Dessins

 

Hokusai était le peintre et le dessinateur le plus doué de son temps avec plus de 30000 dessins, estampes et peintures ; c’était un personnage hors du commun qui est devenu un Maître de son art.

 

Toutefois, il n’a jamais été possible de dire quel était son véritable nom car ceux qu’il se donnait sont assez nombreux.

A cette époque, dès le XVIIème siècle, deux grandes villes étaient opposées : d’un côté Kyoto, à l’ouest, la ville impériale (et Osaka, carrefour commercial), puis de l’autre, Edo (Tokyo, aujourd’hui) à l’est, la ville des Shogun.*

Reliées entre elles par une route dénommée : le Tokaïdo , de 490 km à parcourir en 53 étapes pour une durée de 2 à 3 semaines, à pieds, et jalonnée de relais d’accueils.

Edo, à l’ombre du palais forteresse du pouvoir était la ville du négoce et des artisans, la ville des distractions qui s’est installée sur l’emplacement de la vieille ville populaire de Shitamachi et développée sans aucun concept urbaniste, se dispersant au fil du temps selon les anciens tracés des cheminements agricoles.

*Chef suprême du système féodal, c’est le titre le plus élevé d’un Samouraï, nommé par l’empereur pour établir un gouvernement afin de régner sur le Japon en entier.

C’est à cette période qu’est né Hokusai.

Il faut recourir à la rêverie philosophique pour pénétrer dans le monde de Edo et dans celui des artistes où le goût extrême du détail dont témoigne tout l’art japonais est tourné à l’obstination.

Détail que l’on retrouvera dans les représentations du théâtre Kabuki qui était interprété, à ses débuts, par des femmes actrices lesquelles ont été accusées de dévergondage et remplacées par des hommes acteurs, maquillés en femmes,

Hokusai naquit un jour de l’année 1760 à Edo, dans le district de Honjo, zone aussi connue sous le nom de Katsushika (dont il fit son prénom) et fut, à l’âge de trois ou quatre ans, adopté par un artisan fabricant de miroirs pour la cour du Shogun. Rapidement, il manifesta de l’intérêt pour le dessin et la peinture.

A treize ans, il entra en apprentissage chez un xylographe et, à quinze ans déjà, il gravait lui-même les six dernières feuilles d’un roman humoristique. A dix huit ans, il décida de quitter l’apprentissage, voulant devenir lui-même peintre en s’inscrivant dans un atelier spécialisé en portraits d’acteurs de kabuki.

A dix neuf ans, il se fait remarquer pour la première fois, grâce à une série réussie de portraits d’acteurs.

Cela a marqué le début d’une activité modeste d’artisan du dessin.

Toute sa vie, il gardera cette situation sociale simple et ne fonda jamais d’école bien qu’il eut de nombreux élèves.

Il ne sut jamais gérer ni la gloire ni l’argent qu’il recevait ; pour lui, l’argent n’avait pas de valeur à tel point qu’il réglait ses dépenses avec les bourses qu’il recevait en règlement de ses œuvres sans en vérifier le contenu ni à leur remise ni à leur sortie.

Par ce traitement de l’argent au hasard il vécut tout au long de sa vie dans le dénuement et son caractère bourru le tint à l’écart de la vie sociale.

On n’a peu de renseignement sur son foyer en dehors du fait qu’il était marié et père d’une fille qui deviendra célèbre par la suite comme peintre, elle aussi.

Ce n’est qu’à partir de 40 ans que vinrent ses années les plus florissantes, au moment où il devint indépendant.

Un jour , en 1804, il peignait dans l’enceinte d’un temple à Edo, sur une surface de feuilles de papier renforcé (Washi*), posées sur un lit de paille pour limiter l'humidité , et accolées sur 240 m²,(soit 18m x 11m,) ce fameux Daruma géant (figurine porte-bonheur d’origine bouddhiste), qu’il reproduisit en 1817 , à Nagoya, lors de la visite de cette ville.

*washi : papier traditionnel, fabriqué artisanalement à partir de fibres végétales longues, principalement issues du mûrier à papier kozô ; feuilles d’un format variable de:30 x 40 cm et 60 x 90 cm chacune.

Il excella dans tous les genres et, en particulier, dans les Surimono (estampes luxueuses, imprimées à titre privé et jouant le rôle de carte de vœux ou de présentation artistique) de 1793 à 1824, ces estampes séparées, de caractère privé, qui correspondaient à un goût raffiné de ponctuation des évènements de la vie sociale d’un milieu plus élégant, échappaient ainsi aux réformes de l’ère Kanseï qui instituait la censure sur les publications.

C’est la raison pour laquelle il adopta ce système comme sa manière la plus subtile d’expression picturale des corps et paysages.

C’est en 1804, alors âgé de 44 ans, qu’il publia pour la première fois une série d’estampes consacrées aux relais du Tokaïdo ( la longue route qui séparait Edo et Osaka)

Vers 1811, il publiera des suites de caricatures dites Toba-e (dessins satiriques) et c’est ce caractère exagéré du trait qui allait donner naissance à la bande dessinée.

Vers 1831,à 67 ans, il publiera les « 36 vues du Mont Fuji », dessinées de différents endroits. Il appliquera à cette série les principes esthétiques qui étaient les siens et qu’il exposait en 1812, dans la préface de son ouvrage d’Initiation au Dessin :

  • « Toutes les formes ont leurs propres dimensions que nous devons respecter ; mais il ne faut pas oublier que ces choses appartiennent à un univers dont nous ne devons jamais briser l’harmonie. Tel est mon art de la peinture ».

Ainsi, le Mont Fuji est devenu le phare des abords de Edo aux pieds duquel passe la route Tokaïdo, cette montagne domine le monde et l’âme du Japon en reliant, avec majesté, le ciel et la terre.

Avec ses 36 Vues, Hokusaï imposait une esthétique qu’il développera dans d’autres séries d’estampes et, notamment, les 100 Vues du Mont Fuji, publiées plus tard.

 

POESIE par Philémon

Katsushika Hokusai, véritable personnage de légende, au pinceau quasi magique.

 

Vieil homme des mers
Il murmure aux vagues bleues
Leurs noms oubliés
Et l’encre devient écume
Docile sous sa prière

  1.  

Dragon endormi
Dans la crête des rouleaux
Attend son appel
Le pinceau le réveille
Sans jamais le blesser

  1.  

Devant Fuji San
Il incline son pinceau
Comme au sanctuaire
La montagne respire
Dans le silence du trait

  1.  

Il peint sans capturer
Car nul ne peut enfermer
L’âme des saisons
Mais parfois elles consentent
A revivre par sa main

 

Vague suspendue
Refuse d’être qu’une image
Elle veut un rappel
Et l’homme lui prête forme
Pour qu’elle traverse le temps

  1.  

Sous mille visages
Le Fuji cache son nom
Divin et muet
L’artiste cherche encor
Le trait qui le révélera

 

Haïbuns

 

La négociation

Il ne commande pas à la vague. Il attend. Longtemps. Puis il propose une forme, comme on propose un nom à un dieu ancien. Si elle refuse, il recommence.

Vague farouche
Le pinceau apprend d’abord
A l’interroger

 

Le sanctuaire du Fuji

Face au Mont Fuji San, il ne peint pas. Il s’incline. Ce n’est qu’après ce silence que la main ose approcher le papier.

Mont immobile
Dans l’encre vibre encor
Un reste de prière

 

Les esprits de l’atelier

La nuit, l’atelier n’est pas vide. Quelque chose circule entre les feuilles, souffle léger que seul le pinceau semble comprendre.

Feuille après feuille
Les ombres laissent parfois

Une trace d’encre

Estampe de Hokusaï

Estampe de Hokusaï

L'ascension du mont Fuji, estampe de Hokusaï

L'ascension du mont Fuji, estampe de Hokusaï

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YAMATO TAKERU

3 Mai 2026, 10:24am

YAMATO TAKERU
YAMATO TAKERU

C’est l’un des grands héros légendaires du Japon ancien, son histoire est une épopée de conquête et de destin.

L’action de la légende de Yamato Takeru est censée se dérouler dans un Japon très ancien, avant même l’histoire documentée.

Les chroniques anciennes : le Kojiki et le Nihon Shoki , placent Yamato Takeru sous le règne de son père, l’empereur légendaire Keikō, traditionnellement situé entre 71 et 130 apr. J.-C..

Certaines reconstructions lui supposent une existence vers 72–114 apr. J.-C.

Les récits de sa vie ont été écrits plus de 600 ans après les faits supposés qui mêlent probablement des souvenirs de conflits réels, des symboles religieux et de la propagande dynastique.

Mais , historiquement , il est impossible d’en apporter les preuves ; le mythe reflète sans doute des événements plus tardifs.

C’est un peu le même rapport que pour le roi Arthur , au Royaume-Uni : un personnage peut-être inspiré de réalités anciennes, et devenir un héros légendaire.

 

Voici son histoire :

Dans les temps anciens du Japon, lorsque les dieux semblaient encore proches des hommes, naquit un prince appelé OUSU , fils de l’empereur Keikō.

Très tôt, on comprit qu’il n’était pas un enfant ordinaire : il était beau, fier, rapide comme le vent… et doté d’une force qui inquiétait autant qu’elle fascinait.

On raconte qu’un jour, l’empereur lui ordonna de ramener à la raison son propre frère, un prince brutal et désobéissant. Le prince Ousu exécuta la mission avec une violence telle que son père, au lieu d’être rassuré, commença à craindre la puissance de son fils.

Pour l’éloigner de la cour, l’empereur l’envoya vers le sud-ouest, dans les terres sauvages de Kumaso, où vivaient deux chefs rebelles redoutés de tous.

Le jeune prince ne choisit pas l’affrontement direct. Il observa, attendit, puis imagina un plan audacieux.

Une nuit de fête, il se déguisa en jeune femme. Drapé de soie, le visage caché sous un voile, il entra dans le banquet des deux chefs. Séduits par cette mystérieuse beauté, ils l’invitèrent à boire.

Quand le vin eut émoussé leur vigilance, Ousu sortit soudain un poignard dissimulé sous son vêtement et frappa. Le premier chef tomba sur-le-champ. Le second tenta de fuir, mais le prince le rattrapa et l’abattit.

Avant de mourir, le chef vaincu le regarda avec stupeur et lui donna un nom :
Yamato Takeru « le Brave de Yamato ».

Ce nom lui restera.

De retour à la cour, il espéra recevoir l’amour de son père. Mais l’empereur lui confia aussitôt une nouvelle mission : pacifier l’est du pays, où les tribus rebelles menaçaient encore l’autorité impériale.

Avant son départ, sa tante, prêtresse du Grand Sanctuaire d’Ise , lui remit une épée sacrée : le sabre Ama no Murakuma no Tsurugi (Epée des Nuages qui rassemble le ciel), communément : Kusanagi-no-Tsurugi (Epée qui Coupe l’herbe) qui deviendra par la suite, l’un des trois trésors sacrés symbolisant le droit divin de l’Empereur à gouverner

Cette lame, disait-on, avait appartenu aux dieux.

Yamato Takeru partit donc vers des montagnes inconnues, des forêts épaisses et des plaines battues par le vent.

Dans la province de Sagami , des ennemis l’invitèrent à une chasse en apparence amicale. Mais c’était un piège.

Alors qu’il s’avançait dans une vaste plaine d’herbes hautes, ses adversaires mirent le feu tout autour de lui.

Les flammes se refermèrent sur lui comme une tenaille.

Le vent soufflait fort. La chaleur devenait insoutenable.

Mais Yamato Takeru se souvint du sabre sacré. Il dégaina Kusanagi-no-Tsurugi et trancha les hautes herbes autour de lui. En ouvrant un passage, il se créa un cercle de survie. Puis il alluma un contre-feu, qui repoussa l’incendie ennemi.

Il sortit vivant des flammes.

C’est depuis ce jour, dit-on, que l’épée reçut le nom de « coupe-herbe ».

Le prince poursuivit ses campagnes. Partout, il vainquit ses ennemis. Pourtant, plus il avançait, plus quelque chose s’alourdissait en lui.

La fatigue. Le poids des ordres. Le sentiment d’être seul.

Un jour, alors qu’il traversait des montagnes sacrées, il se montra trop sûr de lui. Il laissa derrière lui le sabre sacré, pensant que sa seule force suffirait.

Dans les hauteurs du mont Ibuki, il affronta une puissance divine , selon certaines versions, un dieu-serpent ou un esprit des tempêtes.

Cette fois, le courage ne lui suffit pas.

Le ciel se couvrit. La pluie tomba. Le froid pénétra jusqu’à ses os.

Blessé, fiévreux, Yamato Takeru poursuivit sa route vers la capitale, mais ses forces le quittaient petit à petit.

Il s’arrêta dans la lande, regarda une dernière fois les collines lointaines, et pensa à son pays, à sa famille, à la vie qu’il n’avait jamais vraiment pu choisir.

Puis il mourut.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Quand les hommes vinrent pleurer son corps, ils virent soudain un grand oiseau blanc s’élever de sa tombe.

L’oiseau prit son envol vers le ciel, au-dessus des rizières, des montagnes et des rivières.

C’était l’âme de Yamato Takeru, enfin libérée de ses fardeaux terrestres.

Et c’est ainsi que le héros, invincible face aux hommes, trouva dans la mort la seule paix que la vie lui avait refusée.

YAMATO TAKERU

Poésie Yamato Takeru par Philémon

 

Vent sur la plaine
L’épée cachée murmure
Sous les herbes hautes
Le prince avance seul
Déguisé contre la mort

  1.  

Flammes dans la nuit
Le piège se referme
Roseaux en colère
Le feu devient son allié
Soufflé par son courage

 

Un ciel très chargé
Il coupe l’herbe et le vent
Lame opportune
Le destin plie un instant
Devant sa main assurée

 

Bien loin de la cour
Les montagnes l’attirent
Épreuves sans fin
Dans son regard fatigué
Brille encor la victoire

 

Un bel oiseau blanc
S’élève du corps tombé
Légende en plein ciel
Yamato n’est plus qu’un chant
Porté par le vent du temps.

 

haïbun

L’épée dans les herbes

On raconte qu’il entra dans la plaine comme on entre dans un piège. Les herbes hautes ondulaient, mais leur douceur cachait la mort. Le feu vint soudain, rapide, encerclant toute fuite. Alors, dans un geste calme, il trancha l’herbe, inversa le vent, et transforma la fin en passage.

Herbes en flammes
la lame trace un chemin

A travers le feu

 

Le déguisement

Pour approcher ses ennemis, il abandonna son nom et son visage. Sous les habits d’une femme, il pénétra le cœur du danger. Le sabre attendait, silencieux, comme une vérité retenue. Quand il frappa, ce fut l’éclair d’une identité retrouvée.

Sous le voile fin
Un éclair de vérité
Acier dévoilé

 

L’amour et la mer

Elle resta derrière lui, comme reste une prière que l’on n’entend plus. La mer agitée portait encore son nom, mêlé au vent et aux vagues. Lui, avançant toujours, ne pouvait revenir. Le destin des héros ne connaît pas de repos.

Vagues sans retour
Son nom flotte un instant
Puis se résorbe

 

La métamorphose

À la fin, le corps fatigué céda. Les exploits devinrent souvenirs, puis murmures. On dit qu’un oiseau s’éleva, blanc et pur, quittant la terre sans regret. Peut-être était-ce lui, enfin libéré de sa propre légende.

Oiseau d’aurore
Le héros s’envole loin
Du poids des hommes.

YAMATO TAKERU
YAMATO TAKERU
YAMATO TAKERU

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TAMAMO

26 Avril 2026, 20:32pm

illustration de Mythes et légendes du Japon

illustration de Mythes et légendes du Japon

TAMAMO

 

L’histoire de Tamamo-no-Mae est l’une des plus troublantes du folklore japonais, mêlant beauté, intelligence… et destruction.

 

Tamamo-no-Mae n’est pas, à l’origine, une simple humaine : c’est un esprit ancien et dangereux.

Elle est un kitsune, un esprit-renard doté de pouvoirs surnaturels, et plus précisément un kyūbi no kitsune (renard à neuf queues), symbole de puissance extrême dans la mythologie japonaise.

Selon les légendes, son histoire commence bien avant le Japon. Elle serait une entité errante ayant semé le chaos dans plusieurs civilisations.

 

À chaque fois, elle prend l’apparence d’une femme d’une beauté irréelle pour manipuler les puissants… puis disparaître après leur chute.

Au Japon, elle apparaît sous le nom de Tamamo-no-Mae (Demoiselle Joyau Lumineux ) à la cour de l’empereur Toba (XIIe siècle) homme de pouvoir et de raffinement.

Sa cour était remplie de poètes, de savants et de nobles… mais aucun n’égalait celle qui allait bientôt apparaître. 

 

Un jour, elle vint.

Personne ne savait d’où.

Elle se nommait Tamamo-no-Mae.

Sa beauté semblait irréelle , sa peau comme la neige, ses cheveux noirs comme la nuit sans lune. Mais ce n’était pas tout. Elle connaissait chaque poème, chaque sutra, chaque secret des étoiles. Elle répondait avant même qu’on ne pose les questions.

Très vite, elle se rendit indispensable. Puis… elle devint l’aimée irremplaçable de l’empereur lui-même

Mais la lumière trop parfaite cache souvent une ombre.

Peu à peu, l’empereur tomba malade.

Aucun remède ne fonctionnait.
Aucun médecin ne comprenait.

La cour, autrefois éclatante, devint silencieuse. Les rires disparurent. Les regards se firent méfiants.

C’est alors qu’on fit appel à un maître des arts invisibles : Abe no Yasuchika.

Il observa. Il calcula. Il pria.

Puis il déclara :

“Ce n’est pas une femme… mais une chose ancienne. Très ancienne.”

Une nuit, sous la lueur froide de la lune, la vérité éclata.

Tamamo-no-Mae n’était pas humaine.

Son corps gracieux n’était qu’un voile.

Sous cette illusion se cachait un renard aux neuf queues, un esprit ancien ayant traversé les royaumes et les siècles.
Un être qui avait déjà causé la chute d’empires… bien avant d’arriver au Japon.

Elle ne guérissait pas l’empereur.
Elle le consumait.

Lorsque sa nature fut révélée, elle ne cria pas.
Elle ne supplia pas. Elle sourit. Puis elle disparut. Comme si elle n’avait jamais été là.

Mais un empereur ne peut tolérer qu’une telle chose puisse vivre.

Des guerriers furent envoyés. Parmi eux, un archer redoutable : Kazusa-no-suke.

Ils traquèrent l’esprit à travers montagnes et plaines… jusqu’à Nasu.

Là, au milieu des vents et des herbes ondoyantes, elle apparut une dernière fois.

Plus belle que jamais. Plus terrible aussi.

Le combat fut bref. Une flèche fut tirée. Et le renard tomba.

Mais ce qui mourut ce jour-là… n’était pas simplement une créature.

C’était quelque chose de plus ancien que les royaumes.

Là où son corps toucha la terre, il ne resta pas de chair.

Seulement une pierre.

Une pierre noire, immobile… mais vivante.

On l’appela : Sesshō-seki.*

* Pierre tueuse, artefact de la mythologie nippone

On dit qu’elle tue ceux qui s’en approchent.
On dit que son souffle est empoisonné.
On dit que, parfois, quand le vent souffle la nuit…on entend encore un rire.

Des siècles plus tard, un moine tenta d’apaiser l’esprit. Certains disent qu’il y parvint.

D’autres affirment que non. Car les renards comme elle ne meurent pas vraiment.

Ils attendent. Ils observent. Et un jour… peut-être…

Sous un autre nom, dans une autre cour… Elle reviendra.

 

L’histoire de Tamamo-no-Mae a été abondamment fournie dans l’art japonais, en particulier dans les estampes ukiyo-e entre le XVIIIe et le XIXe siècle.

Ces représentations ne racontent pas toute l’histoire d’un seul coup, mais en montrent des moments clés, un peu comme des “arrêts sur image”

Des estampes bien réelles… et très nombreuses.

L’histoire était si populaire qu’elle est devenue une pièce de kabuki, immortalisée par des artistes comme Utagawa Toyokuni .

TAMAMO

POÉSIES TAMAMO par Philémon

Sous la lune pâle
Neuf queues dans le silence
Brûlent les secrets
Son regard ensorcelle
Les cœurs faibles s’égarent

  1.  

Courtisane fine
Son rire cache le feu
Des anciens démons
Dans les plis de ses manches
Sommeille mille mensonges

  1.  

Un masque parfait
La beauté comme poison
Offert sans méfiance
Le cœur à vif de l’empereur
Se perd dans son illusion

  1.  

D’un ciel écarlate
La renarde révèle
Ses queues spectrales
Son cri perce la nuit noire
Et le mensonge s’effondre

 

Pierre maudite
Souffle encore son venin
Aux âmes errantes
Même figée dans le temps
Elle ne connaît de repos

  1.  

Dans ses yeux d’ambre
Se reflètent mille vies
Et autant de morts
Immortelle illusion
Prisonnière de désir

 

Haibun

 

KITSUNE

Le palais brillait sous mille lanternes. Elle avançait, silencieuse, chaque pas mesuré comme une prière. Nul ne voyait la bête derrière la soie.

Lune sur les toits
Un souffle brûle la nuit
Queues invisibles

 

 

L’INCONNUE

On disait qu’elle venait de loin, peut-être d’un autre monde. Pourtant, son regard connaissait trop bien les faiblesses humaines.

Dans ses paumes blanches
Le destin des hommes dort
Un rire léger

 

BAS LES MASQUES

Quand la vérité éclata, il était trop tard. Les jardins étaient déjà fanés, et l’empire portait la marque de son passage.

Vent sur les cendres
Neuf ombres fuient à l’aube
Silence brisé

 

 

ÉNIGME

Certains disent qu’elle n’était pas qu’un monstre. Peut-être une âme perdue, trop puissante pour aimer sans détruire.

Clair de lune froid
Dans ses yeux passe un regret
Nuit sans un pardon

TAMAMO
TAMAMO
TAMAMO
TAMAMO

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YASUI KONPIRAGU

24 Avril 2026, 09:05am

Entrée du sanctuaire

Entrée du sanctuaire

Roche pour faire des voeux

Roche pour faire des voeux

File d'attente

File d'attente

Maintenant, je vous invite à découvrir un sanctuaire tout à fait particulier et difficile à trouver sur place.

 

Yasui Konpiragu est un sanctuaire ancien situé au sud du quartier touristique de Gion au cœur de Kyoto au Japon.

Surnommé le "sanctuaire des liens rompus", il est connu pour son mystérieux rocher percé auquel on confie ses prières pour des amours heureuses.

Il abrite aussi un petit musée consacré aux plaquettes de vœux  ema, et recueille les peignes abîmés des geiko ( apprenties geisha)


Yasui Kompiragu est un petit sanctuaire dissimulé parmi la multitude de lieux de cultes de Gion ,  Yasaka dans l’est de Kyoto, et se trouve à proximité du quartier des geiko  et du grand temple Kennin-ji.

Réminiscence de l’époque de Heian

L’endroit accueillait initialement un petit temple Fuji -dera, fondé dans la seconde moitié du VIIe siècle par le clan Fujiwara.

L’empereur Sutoku (1119 - 1164) appréciait les glycines violettes de son enceinte et en finança des réparations en 1146.

Quelques années plus tard, l’esprit courroucé de cet empereur mort en exil dans la province de Sanuki (actuelle préfecture de Kagawa à Shikoku) s’y manifeste.

Pour l’apaiser, l’empereur Go-Shirakawa ordonne la construction du temple Komyoin Kanshoji, qui sera ensuite détruit lors de la guerre d’Onin (1467 - 1477).

Au XVIIe siècle, le transfert sur cet espace sacré du Rengekoin du quartier Uzumasa Yasui à l’ouest de Kyoto est l’occasion d’enchâsser officiellement 3 esprits et kami :

  • l’empereur Sutoku ;

    Omononushi no kami, la divinité du Kotohiragu Kompira-san de Shikoku ;

    et Yorimasa Minamoto (1106 - 1180), un protagoniste de la guerre de Gempei qui clôt l’époque de Heian.

Après la restauration de Meiji (1868), le nom de Rengekoin tombe en désuétude et l’enceinte sacrée devient Yasui Jinja, puis Yasui Konpiragu.

Le surnom populaire de Yasui Konpiragu est "enkiri jinja" , c’est-à-dire le "sanctuaire pour couper les liens".

Il abrite un grand rocher haut de 1,5 m et large de 3 mètres dont la forme rappelle celle d’une ema, et est percé en sa partie inférieure d’un trou juste assez large pour laisser passer un adulte.

La pierre est nommée en japonais Enkiri enmusubi ishi ,( roche pour couper ou nouer des liens) et « Power stone » monument en anglais, et est placée près du pavillon principal Honden.

Elle est ainsi nommée car on lui attribue le pouvoir de couper les liens avec un ancien amant, ou au contraire de favoriser la formation d’un nouveau couple.

Pour cela, il faut accomplir un rituel autour du rocher :

  • - tout d’abord se procurer un talisman katashiro auprès du sanctuaire, assez semblable à celui utilisé lors de Nagoshi no Harae ( rituels shintoïste de purifications d’été )

    - puis se faufiler 2 fois dans le trou au cœur du rocher en formulant son souhait ;

    et enfin déposer le talisman sur le rocher.

La véritable forme de la pierre n’est quasiment plus discernable car elle est couverte de milliers de katashiro. ( papiers rituels anthropomorphes )

Les visiteurs sont en effet nombreux à se presser pour y prier pour leurs amours, d’autant plus que l’on peut effectuer le rituel 24 heures sur 24, les talismans étant disponibles en libre-service à condition d'effectuer un don dans la boîte prévue à cet effet près de la pierre.

Comme tout lieu de culte japonais, l’enceinte de Yasui Konpiragu s’anime plusieurs fois par an pour des festivités précises. Outre les classiques Ganjitsu ( jour de l’An férié) et Setsubun ( fête du lancer de haricot), on peut citer notamment :

  • le grand festival de printemps  Konpira (Shunki Konpira Taisai) le 10 mai, où les vœux déposés sur le rocher sont incinérés au cours d’un rite de purification ;

    Nagoshi no harae, la grande purification de mi-année autour du 30 juin ;

    Kushi matsuri, le "festival du peigne", une cérémonie qui a lieu le 4ème lundi de septembre. Les peignes kushi et épingles à cheveux kanzashi usés ou abîmés sont déposés sur le monticule Kushizuka situé au nord de l’enceinte pour les purifier.

    Les Geiko et Maiko ( autres noms des apprenties geisha ) y apportent leurs ornements de cheveux inutilisables pour leur témoigner leur gratitude avant de les jeter.

Yasui Konpiragu est un sanctuaire sans prétention, mais qui ne désemplit pas de touristes japonais ou internationaux venus déposer leur prière de bonheur en couple, et se prêter au jeu du passage dans la pierre.

Il peut constituer une étape romantique entre la visite du Kyoto traditionnel des geisha et des temples solennels tels que Kennin-ji ou Kodai-ji.

Poésie par Philémon

 

Tankas

  1.  

Pierre percée sombre
Souffle ancien y demeure
Il rampe en silence
Un vœu glisse sous sa peau
Les liens tombent sans bruit

  1.  

Papier noué blanc
Frissonne au vent d’automne
Des vœux emmêlés
Amours défaits sans mémoire
Le passé défait

  1.  

Sous torii discret
L’ombre avale des regrets
Odeur de mousse
Le bois garde les secrets
Qui sont déjà délaissés

  1.  

Un trou dans la pierre
Comme bouche du destin
Il passe lentement
Laisser derrière sa peur
Renaître de l’autre côté

  1.  

Nuit sur Kyoto
Lampes rouges vacillent
Il faut faire un vœu
Dans la froidure du sanctuaire
Son cœur se libère de tout

 

Haibun

 

LA DÉCISION

Le chemin est étroit, presque dissimulé entre les maisons. Rien de grandiose. Seulement une pierre, massive, trouée comme par une volonté ancienne. Les visiteurs se font petits, s’agenouillent, rampent. Le geste est étrange, presque humiliant, mais nécessaire. On entre avec ses liens, on ressort sans certains d’entre eux.

Dans la pierre froide
Ton nom accroche un instant
Puis se détache

 

VOEUX

Des papiers blancs recouvrent la pierre, superposés, collés, tremblants sous le vent. Chacun porte une histoire qu’on ne lit pas. Ruptures murmurées, dépendances secrètes, promesses de recommencer. Le sanctuaire n’impose rien , il laisse simplement partir.

Vent d’hiver léger
Les papiers se soulèvent
Ces liens déjà morts

 

LA FILE

Il regarde ceux qui passent avant lui. Certains rient, d’autres hésitent longtemps. Une femme ferme les yeux avant de ramper. Lorsqu’elle ressort, elle ne dit rien. Mais son visage a changé, comme si quelque chose avait été laissé derrière, à l’intérieur de la pierre.

Silence après
Le passage dans l’ombre

Un cœur est plus clair

Pavillon des prières

Pavillon des prières

Pavillon des 3 divinités kami

Pavillon des 3 divinités kami

Plaques votives ema déposées au sanctuaire

Plaques votives ema déposées au sanctuaire

Visiteuse traversant un anneau de paille

Visiteuse traversant un anneau de paille

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BUNKYO TSUTSUJI MATSURI

19 Avril 2026, 17:44pm

BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI

C’est le festival des azalées du sanctuaire shinto Nezu-jinja, situé dans l'arrondissement de Bunkyo au nord de Tokyo .

Plusieurs évènements traditionnels et culturels y sont également organisés pendant ce festival saisonnier haut en couleurs.


Le printemps, lancé avec la saison des sakuras  (cerisiers ornementaux), poursuit sa balade avec d'autres inflorescences tout aussi magnifiques à contempler, notamment celle des azalées du Japon ( azarea ou  tsutsuji), un genre de rhododendrons qui fleurit au cours du mois d'avril à Tokyo.

Au nord de la capitale, le sanctuaire  Nezu-Jinja héberge l'un des 5 grands festivals saisonniers de son arrondissement, baptisé Bunkyo Tsutsuji Matsuri

Ce dernier a lieu pendant tout le mois d'avril et se concentre autour du jardin aux 3.000 azalées,  ouvert pour l'occasion dans l'enceinte spirituelle.

La floraison d'une centaine d'espèces différentes de rhododendrons se fait de manière progressive, avec un pic moyen constaté autour de la mi-avril (sous réserve des conditions météorologiques des semaines précédentes).

Sanctuaire déjà remarquable avec ses pavillons vermillons à l'architecture traditionnelle préservée, Nezu-jinja se pare de couleurs flamboyantes pendant la floraison de ses azalées : du blanc étincelant en passant par toutes les nuances de rose, de violet et de rouge.

Certains bosquets affichent également des fleurs jaunes ou orange. Ce paysage coloré et fleuri contraste alors merveilleusement avec le vert des jeunes feuilles des arbres environnant.

Perchés sur une colline, les premiers massifs floraux ont été plantés il y a plus de 350 ans à l'initiative de Tokugawa Tsunashige (1644 - 1678), fils du shogun Tokugawa Iemitsu à l'époque Edo (1603 - 1868) et seigneur du domaine féodal de Kofu.

Le jardin d'azalées fut d'abord baptisé « Tsutsujigaoka »  (colline des Azalées) et depuis ce belvédère, l'on peut toujours admirer la vue sur :

  • la porte Romon du sanctuaire et le petit tunnel Senbon-Torii.

Il faut préciser que ces points de vue en hauteur sont réalisables uniquement pendant la durée du matsuri  (festival); les allées du jardin étant fermées au public le reste de l'année.


En plus des floraisons, plusieurs évènements sont organisés pendant les week-ends et les jours fériés du festival permettant d’ assister à des manifestations comme :

 

  • une parade de chars mikoshi (sanctuaires portatifs shintoistes).

    une représentation du maniement du matoi (objet d’identification en forme de drapeau).

    un marché aux antiquités.

Un goshuin spécial(sceau sacré à collectionner),  en série limitée, est également mis en vente à 1.000¥ (5,34€) pendant cette période.

Ce festival est un évènement saisonnier prisé des Japonais, qui sont par ailleurs en vacances nationales à compter de la fin avril pour la Golden Week (vacances nationales de 7 à 10 jours autour de 4 jours fériés)

Bunkyo Tsutsuji Matsuri attire la foule et l'on recommande de privilégier plutôt un jour en semaine pour découvrir les azalées du Nezu-jinja, les week-ends étant très chargés,

Dans la région ouest de Tokyo, il est également possible de visiter le temple Shiofune Kannon-Ji , installé dans une vallée où fleurissent environ 17.000 rhododendrons, ce qui promet encore de longs moments de contemplation, en perspective.

Tunnel de torii

Tunnel de torii

Poésie par Philémon

 

Nezu, saison des tsutsuji

On entre par les torii successifs, et soudain le jardin s’ouvre. Les rhododendrons occupent tout l’espace. Il n’y a plus vraiment de chemin, seulement une progression lente entre les masses de fleurs.

Beaucoup de rouge
Même le pas hésite
A continuer.

Près du sanctuaire Nezu

 

Allée étroite
Les tsutsuji débordent
Presque trop proches
Ton épaule effleure
Un printemps de silence

  1.  

Torii vermillon
Derrière lui les massifs
Rouges sur rouges,
Mais le regard hésite
Entre bois et pétales.

 

À l’aube fragile
Les lampions s’éteignent tous
Reste le parfum
D’un souvenir partagé
Qui ne veut pas s’achever

 

Haïbun

Fragments du matsuri

Les ruelles de Bunkyō se remplissent lentement. Les premiers lampions s’allument comme des étoiles domestiquées. Une vieille femme ajuste son yukata (kimono léger), puis s’incline devant le temple.

Lumière tremblante
Une main ridée s’attarde

Sur le bois sacré.

 

Sous les rhododendrons

Le jardin du temple disparaît sous les rhododendrons en fleurs. Les allées deviennent des couloirs de couleur, où l’on avance lentement, presque avec respect, comme dans une mer vivante.

Les allées fleuries
Chaque pas soulève un peu
De parfum dense


Transmission

Un vieil homme explique à son petit-fils que ces fleurs reviennent chaque année, mais jamais identiques. L’enfant regarde, sérieux, comme s’il cherchait à s’en souvenir pour toujours.

Même arbuste
Et pourtant autre printemps
Dans son regard neuf


Nocturne

Les fleurs de tsutsuji débordent des jardins. Leur couleur semble irréelle sous les lanternes. On dirait que la nuit elle-même fleurit.

Nuit en pétales
Le rouge des azalées
Éclaire l’ombre

 

Dernière visite

Au petit matin, les rues sont presque vides. Quelques lanternes éteintes roulent doucement sous le vent. Le matsuri s’est retiré comme une marée.

Après la fête
Le silence recueille
Les tout derniers pas.


BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI

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INTERLUDE

15 Avril 2026, 20:12pm

INTERLUDE
INTERLUDE
INTERLUDE

Les jardins japonais sont une véritable expression de la nature

Les jardins japonais traditionnels sont des lieux de paix et de contemplation tranquille. Ils se caractérisent par des courbes et une asymétrie, les designers cherchant à créer une expression de la nature à travers une combinaison astucieuse d'arbres, de fleurs, de rochers et d'eau.

L’objectif n’est pas de parvenir à une reproduction parfaite des vues naturelles, mais de construire des versions à échelle réduite de paysages idéalisés.

Dans les jardins kaiyushik(de style promenade), qui intègrent divers éléments traditionnels autour d’une pièce d’eau, les visiteurs se promènent le long de sentiers entourant un grand étang central.

Des collines artificielles, des îles, des ponts, des pavillons, de gros rochers et d’autres éléments sont utilisés pour représenter des scènes célèbres de tout le pays.

Le charme des jardins japonais réside dans les vues qui changent lorsqu'elles sont vues sous différents angles et à différentes saisons ou heures de la journée.

On pense que les premiers jardins japonais ont été construits à l'époque de Nara (710–794).

À partir du Xe siècle environ, de nombreux temples ont construit des jardins de jōdo (terre pure), basés sur les descriptions bouddhistes du paradis.

À l'époque de Muromachi (1333–1568) karesansui, ou “ruisseau de montagne sec”, les jardins fleurissaient dans les temples bouddhistes zen où les moines utilisent la roche, le sable et le gravier pour représenter la terre et l’eau.

D'autres styles typiques incluent le roji ou Chaniwa (théières) rattachées aux salons de thé et aux jardins de promenade construits par les seigneurs féodaux dans leur château ou leur manoir.

D’autres jardins ont continué à être construits par des propriétaires fonciers privés, des établissements publics et des hôtels jusqu’à l’ère moderne.

Aujourd'hui, la plupart des grands jardins appartenant aux seigneurs féodaux sont des biens culturels désignés, ouverts au public et attirant de nombreux touristes.

De nombreux jardins célèbres sont concentrés à Kyoto, l'ancienne capitale et siège de l'aristocratie, qui compte également de nombreux temples dotés de terrains spacieux.

On dit que les “trois jardins célèbres” du Japon sont :

 

 Kenrokuen à Kanazawa, préfecture d'Ishikawa, 

Kōrakuen à Okayama, préfecture d'Okayama, et 

Kairakuen à Mito, préfecture d'Ibaraki.

 

Ces vastes espaces verts ont tous été construits par des seigneurs féodaux à l'époque d'Edo (1603–1868) et peuvent être appréciés tout au long de l'année.

Les rochers sont un élément essentiel d’un jardin japonais. Le célèbre guide Sakuteiki (Traité sur la création de jardins), écrit à un moment donné de la période Heian (794–1185), commence par discuter de l'emplacement des roches.

Selon ce guide, le paysagiste ne doit pas personnellement choisir où les placer, mais doit demander aux rochers eux-mêmes où ils souhaitent être posés et suivre leurs désirs.

Le jardin de rocaille du temple zen de Kyoto Ryōanji est peut-être l'exemple le plus connu de la karesansui (style qui utilise le sable et les pierres pour évoquer les collines et les cours d'eau)

Les gros rochers sont comme des îles dans une mer de gravier. Les 15 rochers et pierres ont été disposés de manière à ce qu'il ne soit pas possible d'en voir plus de 14, quel que soit l'angle sous lequel vous regardez.

Les jardins japonais reflètent les perspectives philosophiques et religieuses traditionnelles sur les propriétés éternelles de l’âme et de la nature.

Ce sont des mondes individuels qui transcendent la beauté simple à travers la composition d’éléments naturels.

Entrez dans l'une de ces îles vertes de calme depuis l'agitation de la ville et vous aurez l'impression d'entrer dans un petit univers.

INTERLUDE
INTERLUDE
INTERLUDE

Poésie par Philémon

Brume du matin
Les cerisiers frissonnent
Pétales en pluie
Sous le vent léger de mars
Le temps suspend son souffle

 

Rivière paisible
Reflet de fleurs éphémères
Glissant en silence
Un pas puis l’autre s’efface
Dans la douceur renaissante

 

VOYAGE

Le train ralentit à l’approche du village. Déjà, les collines semblent poudrées de rose. Sur le quai, quelques voyageurs s’arrêtent sans parler, comme s’ils entraient dans un sanctuaire invisible. Le printemps n’est pas seulement une saison ici il est un passage, une respiration fragile entre ce qui fut et ce qui disparaît déjà Il marche sous les cerisiers. Chaque pétale tombe avec une précision silencieuse, et pourtant rien n’est perdu. Tout se transforme en souvenir du moment même où cela existe.


Pluie de pétales
Dans le creux de ta paume
Un instant il tient.

 

 

Au vent de printemps
Un pétale s’attarde
Sur son écharpe


 

Sous les sakuras
Un rire d’enfant s’envole

Les fleurs s'éparpillent

INTERLUDE
INTERLUDE

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YOKAIS (2ème partie)

10 Avril 2026, 09:40am

Bakeneko, le chat fantôme , estampe par Kuniyosshi.

Bakeneko, le chat fantôme , estampe par Kuniyosshi.

Cérémonie destinée à apaiser un démon au cours d'un festival

Cérémonie destinée à apaiser un démon au cours d'un festival

Kappa, le garçon sournois de la rivière.

Kappa, le garçon sournois de la rivière.

COURTE CHRONIQUE SUR LES YOKAIS AU JAPON

Les yōkai sont des créatures surnaturelles issues du folklore japonais qui oscillent entre. religion et peur du monde invisible

Leur origine remonte à l’Antiquité, dans un contexte profondément marqué par le shintō (religion animiste) et le bouddhisme.

Dans ces croyances :

  • Tout élément de la nature peut posséder une âme (arbres, rivières, objets).

    Le monde visible coexiste avec un monde invisible peuplé d’esprits.

Les yōkai sont donc nés en tant que traduction des phénomènes inexplicables comme :

  • maladies

    catastrophes naturelles

    bruits nocturnes

    disparitions mystérieuses

Ils incarnent la peur humaine face à l’inconnu, mais aussi le respect de la nature.

On note une première apparition dans la littérature et l’art (de l’époque Heian à celle de Edo)

Période Heian (794–1185)

Les yōkai se manifestent dans les récits écrits et les contes aristocratiques. Ils sont encore mystérieux, souvent terrifiants.

Période Edo (1603–1868) : l’âge d’or :

C’est ici que tout change :

  • Explosion des représentations artistiques (estampes ukiyo-e) *

    Création de catalogues de yōkai par des artistes comme Toriyama Sekien

    Passage du statut de “terreur réelle” à objet de divertissement

    *Ukiyo-e : mouvement artistique picturale et graphique d’estampes surtout de paysages et de la vie de tous les jours, qui deviendra , par la suite, une forme d’art populaire.

     

Les Japonais commencent à apprécier les yōkai en tant que spectacle car ils ne sont pas seulement des monstres. Ils forment un univers complexe :

1. Créatures naturelles
  • Exemple : le kappa, esprit aquatique lié aux noyades

2. Esprits domestiques
  • zashiki-warashi : apportent chance ou malheur selon leur présence

3. Objets animés (tsukumogami)
  • objets qui prennent vie après 100 ans (parapluies, sandales…)

4. Créatures monstrueuses ou hybridesonikuma : ours démoniaque
  • bake-kujira : squelette de baleine fantôme

Certains yōkai sont maléfiques, d’autres protecteurs , beaucoup sont ambigus.

Les yōkai ont joué un rôle essentiel dans la société japonaise :

  • en enseignant aux enfants :

  • la prudence (ne pas s’approcher de l’eau ( kappa)

  • le respect des objets (tsukumogami)

  • la discipline sociale

Avant la science, ils permettaient de donner du sens aux :

  • famines

    maladies

    catastrophes naturelles

Les yōkai incarnent :

  • la peur de la mort

    la solitude

    la culpabilité

    l’injustice

Le terme “yōkai” se popularise et est étudié scientifiquement pour lutter contre les superstitions.

Au XXe siècle il y eut une renaissance culturelle qui fut un tournant majeur avec :

  • Le mangaka Mizuki Shigeru qui popularisa les yōkai

    Série culte : GeGeGe no Kitarō

Ainsi les yōkai deviennent des personnages attachants et accessibles.

On peut remarquer qu’ils exercent une influence massive sur la culture japonaise dans les Arts, la littérature,les estampes traditionnelles , les contes traditionnels, les jeux vidéo et les mangas où ils sont omniprésents :

  • -Pokémon (inspirations directes)

    -Naruto

    -Demon Slayer

Ils passent de l’état de monstres effrayants à celui des figures de pop culture mondiales.

Dans le cadre du cinéma d’animation  où l’univers spirituel est omniprésent par exemple :
  • - films de Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké)

     

Culture populaire et marketing qui marquent l'époque avec des :
  • mascottes

    jouets

    festivals

    tourisme (musées de yōkai)

  • C’est en inspirant les contes fantastiques (fantasy), les jeux vidéo et les films qu’ils participent à l’exportation de la culture japonaise à l’international.

  •  

Il est à noter un fait révélateur qui signale une évolution symbolique : c’est le passage de la peur à la fascination.

 

Les yōkai étaient autrefois des figures terrifiantes liées à la survie alors qu’aujourd’hui, ils sont souvent mignons, humoristiques ou héroïques :

un exemple :

  • le kappa est passé de l'état de  monstre dangereux à celui de mascotte sympathique.

Les yōkai sont bien plus que du folklore :

Ils révèlent :
  • une vision animiste du monde

    un rapport respectueux à la nature ,

    une capacité à transformer la peur en art

    une continuité entre tradition et modernité

Conclusion :

Les yōkai représentent un pont entre le passé et le présent au Japon car ils sont :

  • - à la fois mythes anciens

    - outils éducatifs

    - œuvres artistiques

    - icônes modernes

Ils évoluent avec la société tout en conservant leurs racines ce qui procure encore une grande force d’influence sur l'époque actuelle.

Tengu

Tengu

  1. POÉSIE YOKAIS par Philémon

     

Sous le vieux pont gris
L’eau garde un rire d’enfant
Figé éternel
Un kappa attend en paix
Qu’un imprudent s’approche

 

Le gong du temple
Sonne sans aucune main
Au milieu de l’aube
Les morts viennent écouter
Leur nom porté par le vent

  1.  

Chemin déserté
Des sandales avancent seules
Poussière levée
Le voyageur disparu
N’a jamais quitté la route

 

Lune entre les pins
Un rire fend le silence
Long et déformé
Les tengu veillent encor
Sur les montagnes interdites

 

Il marche seul dans un sentier couvert de mousse. Chaque pas semble réveiller une mémoire ancienne. Une pierre déplacée, et le vent change de voix.

Sous ses pieds humides
Un murmure s’élargit
Forêt éveillée


 

  1. La nuit avale les contours de la maison. Pourtant, une lumière glisse derrière les cloisons, comme si quelqu’un errait encore.

    Papier translucide
    Une ombre passe et repasse
    Souvenir vivant

  2.  

  3. Tracé

    L’hiver ferme les portes et les voix. La neige absorbe les sons, mais parfois un pas résonne trop clairement.

    Neige intacte
    Mais un seul pas apparaît
    Puis aucune trace

     

  4.  

    Kitsune

    Au printemps, près des sanctuaires, certaines flammes ne brûlent pas. Elles hésitent, comme si elles observaient.

    Brume du matin
    Le kitsune s’efface
    Dans votre reflet

  5.  

  6. Par une nuit claire
    Sur le sentier déserté
    Une ombre s’étire
    Plus longue que ton propre corps
    Et s’écarte de tes pas

  7.  

  8. Pluie de saison
    Un vieux parapluie saute
    Dans cette ruelle
    Karakasa-obake voit
    Une main pour l’emporter

     

  9. Pluie d’automne
    Dans la salle de bain vide
    Une langue passe
    Akaname lèche le sol
    Dans tous les coins oubliés

Akaname, monstre des salles de bain

Akaname, monstre des salles de bain

Sutoku Tenmo , l'un des trois rois les plus célèbres pour avoir hanté le Japon pendant le plus longtemps

Sutoku Tenmo , l'un des trois rois les plus célèbres pour avoir hanté le Japon pendant le plus longtemps

Chat qui traverse pour manger, estampe de Utagawa Hiroshige

Chat qui traverse pour manger, estampe de Utagawa Hiroshige

Kitsune devant un sanctuaire shinto

Kitsune devant un sanctuaire shinto

Yokais représentés en manga

Yokais représentés en manga

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YOKAIS (1ère partie)

6 Avril 2026, 07:52am

La sorcière et le squelette, estampe par Utagawa Kuniyoshi

La sorcière et le squelette, estampe par Utagawa Kuniyoshi

COURTE CHRONIQUE SUR LES YOKAIS AU JAPON

 

AVERTISSEMENT AUX LECTEURS :

Les prochaines publications sur les Yokais, vont vous faire pénétrer au plus profond de l’esprit culturel du citoyen Japonais, vous révélant un pan de croyance presque totalement inconnu du monde occidental malgré la parution d’ ouvrages spécialisés au Japon et quelques uns traduits en France,

 

 PRÉAMBULE


 

Pendant des millénaires, les habitants de l’archipel nippon ont dû trouver les moyens de survivre dans une nature aussi luxuriante qu’inhospitalière.

Et si les mers, les terres et les rivières leur ont souvent permis de subsister, elles se sont également imposées comme le théâtre de phénomènes mystérieux.

Pour tenter d’expliquer ces épisodes inquiétants, les Japonais ont développé un imaginaire populaire original peuplé d’êtres extraordinaires : les YOKAI.

A la croisée des chemins entre le monde visible et celui de l’invisible, ces esprits oscillant sans cesse entre le bien et le mal, constituent l’un des aspects les plus singuliers du folklore japonais.

Les yōkai sont des créatures surnaturelles du folklore japonais, englobant des esprits, des démons, des fantômes et des phénomènes étranges .

  Leurs origines plongent dans les croyances shintoïstes et bouddhistes, où ils servaient historiquement à expliquer les événements inexplicables, les catastrophes naturelles ou les tracas du quotidien. 

Loin des fantômes occidentaux, ces esprits et monstres du folklore japonais incarnent la relation profonde entre l’homme et la nature.

 Véritables icônes nationales, ils sont un marqueur essentiel de l'identité japonaise.


 

Voici leur histoire :

 

Le mot yokai se compose de deux kanji : (yô), qui évoque le mystère et la magie, et (kai), qui signifie étrange ou phénomène. Littéralement, il se traduit par « apparition étrange ».

Leur origine remonte à l’Antiquité japonaise, nourrie par les croyances shintô et bouddhistes, mais aussi par l’imaginaire populaire.

Dans les villages ruraux, les yôkai correspondaient à des phénomènes naturels inexpliqués : maladies, catastrophes ou bruits étranges dans la nuit.

À partir de la période Heian (794–1185), ils apparaissent dans la littérature et l’art, représentés sous des formes tantôt effrayantes, tantôt comiques.

Les yôkai ne sont pas de simples monstres : ils incarnent la complexité du monde spirituel. Certains sont maléfiques, d'autres bienveillants, et beaucoup oscillent entre les deux.

Ils ont également servi de morale éducative, les parents utilisant leurs histoires pour inculquer aux enfants prudence, respect et discipline.

Un concept clé est le Tsukumogami, ces objets du quotidien (parapluie, sandales, bouilloire) qui, après un siècle d'existence, peuvent s'animer et devenir des yôkai, comme pour se venger d'être abandonnés.


Il existe des centaines de yôkai, chacun ayant ses traits distinctifs. Voici une sélection des plus célèbres :

  • Kappa : Créature aquatique à la carapace de tortue et à la coupelle d’eau sur la tête, il est un redoutable nageur qui apprécie le concombre. Il est à la fois farceur et dangereux, capable de noyer ses victimes.

  • Tengu : Esprit montagnard au long nez et aux ailes. Redouté mais aussi protecteur des forêts et des temples, il est associé aux arts martiaux et à la sagesse.

  • Kitsune : Renard aux pouvoirs magiques, capable de se transformer en humain, il est souvent associé à Inari, la déesse du riz. Plus il est puissant, plus il a de queues (jusqu'à neuf).

  • Yuki-onna : « Femme des neiges », belle et glaciale, elle apparaît lors des tempêtes d'hiver et peut geler quiconque croise son chemin.

  • Tanuki : Chien viverrin espiègle, maître de la métamorphose. Souvent représenté avec un chapeau de paille et une gourde de saké, il est un symbole de chance.

  • Rokurokubi : Femme à l’apparence humaine le jour, dont le cou peut s’allonger démesurément la nuit pour espionner ou effrayer les passants.

  • Nopperabô : Fantôme sans visage. Il apparaît soudainement pour effrayer les passants, avant de révéler qu'il n'a ni yeux, ni nez, ni bouche.

    En plus des figures emblématiques, le folklore regorge de créatures surprenantes :

  • Bakezôri: Une sandale de paille animée par un Tsukumogami. Elle se met à courir et à chanter "Karakara, Korokoro, Kankoro, Sorori", un bruit qui peut effrayer la nuit.

    Nurarihyon : Vieillard mystérieux et à la tête démesurée, il s'invite dans les maisons, se fait passer pour le maître des lieux, et s’y sert du thé. On dit qu'il est le "commandant en chef" de tous les yôkai.

  • Kasa-obake: Un parapluie vivant, sauteur, avec un seul œil et une longue langue qui s’agite. C'est un exemple de Tsukumogami qui est devenu l'un des yōkai les plus représentés dans les mangas et dessins animés.

  • Jorôgumo: Une araignée-femme séduisante qui attire les hommes pour les dévorer. Son nom se traduit par "femme-araignée séductrice".

Les yôkai ont nourri des siècles de contes et ont été popularisés par des artistes comme Toriyama Sekien, qui a publié des encyclopédies illustrées durant l'époque Edo (1603-1868).

Aujourd’hui, leur influence est immense. Ils ont inspiré :

  • Manga et Animation :

    GeGeGe no Kitarô qui a popularisé l'image moderne des yôkai, mais aussi Inuyasha, Natsume Yūjinchô et Yôkai Watch.

  • Jeux vidéo :

    La franchise Pokémon s'inspire largement du concept de créatures collectionnables issu des encyclopédies de yôkai. On les retrouve également dans des jeux comme Nioh.

Le Japon célèbre encore ses créatures surnaturelles à travers divers lieux :

  • Mizuki Shigeru Road à Sakaiminato (préfecture de Tottori) : une rue entière décorée de statues de yôkai.

  • Yōkai Street à Kyoto (Ichijo-dori) : où les commerçants décorent leurs boutiques avec des effigies de yôkai.

     

Loin de n’être qu’un héritage, les Yôkai restent très présents dans l’imaginaire collectif. Ils apparaissent dans la publicité, les mascottes locales (yurukyara), les jeux pour enfants, et sont à la fois des icônes de la tradition et des figures modernes. Ils ont même inspiré l'artisanat traditionnel japonais, des figurines aux masques de théâtre.

Les Yokais sont devenus, aujourd'hui , une source d'inspiration pour les créateurs.


 

Vous aussi, vous pouvez faire entrer un peu de cet imaginaire japonais chez vous et si l’extraordinaire ne vous fait plus peur ou bien vous intéresse, il a été publié en août 2024, en France , un excellent roman écrit par un auteur japonais Inoue Hisashi, véritable maître du divertissement populaire dont le titre est :

LA BEDONDAINE DES TANUKIS, aux éditions Zulma, 474 pages.

Remarquablement traduit en français par Jacques LALLOZ.


 

Bonne lecture !

 

NB : Pour une partie de mon préambule, je me suis inspiré de la collection Mythes et Légendes du Japon.

 

Esprit de la servante Okiku sortant du puits, estampe par Hokusai

Esprit de la servante Okiku sortant du puits, estampe par Hokusai

POÉSIE YOKAIS par Philémon

Tanka

Vent dans les bambous
Quelqu’un respire tout bas
Mais nul n’est présent
Le souffle d’un esprit long
Comme un serpent invisible

  1.  

Neige sur la nuit
Une femme pâle marche
Sans laisser de trace
Ses lèvres froides appellent
Les âmes qui veulent dormir

  1.  

Vieille maison vide
Les tatamis se plaignent seuls
Au cœur de minuit
Un œil glisse sur le mur
Et observe sans paupière

 

Sous la pluie d’automne
Un vieux parapluie oublié
Marche lentement
Porté par un esprit triste
Qui cherche encore son maître

​​​​​​​

 

Tu trouves un masque ancien dans la poussière. Quand tu te relèves, il est chaud, comme s’il venait d’être porté.

Visage figé
La chaleur d’un autre souffle
Tu n’est plus tout seul

 

  1.  

Le vent s’arrête brusquement. Même les insectes se taisent. Quelque chose observe, juste hors de portée du regard.

Silence trop plein
Entre deux battements du cœur
Yeux sans pupille

Nouveau sentier

Au crépuscule d’été, les lucioles dessinent des chemins. Certains semblent mener ailleurs que dans ce monde.

Lumières brèves
Dans la nuit tiède glisse
Un autre chemin

 

  1. Brume de printemps
    Tout près du torii désert
    Une flamme danse
    Le kitsune le regarde
    Puis prend son apparence


  1. La neige du soir
    Une femme toute blanche
    Immobile attend
    La yuki-onna souffle
    Et fige le dernier mot

  2.  

Philémon

Apparition des Kitsune au nouvel an, estampe d'Hiroshige

Apparition des Kitsune au nouvel an, estampe d'Hiroshige

Tengu, gardien des montagnes au long nez

Tengu, gardien des montagnes au long nez

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