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Poésie Japonaise

YOKAIS (3ème et dernière partie)

15 Avril 2026, 10:31am

Apparition d'un Kitsune

Apparition d'un Kitsune

Mariage de Kitsune

Mariage de Kitsune

Prêtre en pleine pratique entouré d'un démon et d'un loup, estampe de Hokusai.

Prêtre en pleine pratique entouré d'un démon et d'un loup, estampe de Hokusai.

La relecture moderne du bestiaire yōkai montre à quel point ces créatures restent ancrées dans l'imaginaire japonais.

 Elles sont une source d'inspiration sans cesse renouvelée pour les artistes nippons, prouvant leur capacité à évoluer avec leur temps tout en conservant leur puissance évocatrice originelle.

Aujourd'hui encore, impossible d'échapper aux yōkai lorsqu'on s'intéresse à la culture populaire japonaise, tant leur influence demeure profonde et vivace !

Si les yōkai les plus célèbres frappent par leur apparence spectaculaire, beaucoup de ces créatures se montrent en réalité beaucoup plus discrètes, s'immisçant dans les tracas de la vie quotidienne.

Au Japon, chaque recoin de la maison peut ainsi abriter son petit esprit malicieux.

L'Akaname par exemple se cache dans les salles de bains mal entretenues pour y lécher la crasse incrustée, tandis que le Makura-gaeshi, véritable cauchemar des dormeurs, s'amuse à déplacer leur oreiller durant la nuit. 

Ces yōkai domestiques incarnent avec malice les petits désagréments du quotidien et la nécessité de bien tenir son foyer.

Mais les yōkai ne se limitent pas à ces facéties domestiques. Certains sont de véritables forces de la nature, personnifiant la puissance brute des éléments.

Raijū, l'esprit du tonnerre qui accompagne le dieu shinto de la foudre, ou Yama-uba la sorcière des montagnes, en sont de parfaits exemples.

 Rencontrer ces créatures signifie se confronter à ce que la nature a de plus impressionnant et mystérieux.

D'autres yōkai frappent par leur étrangeté, comme Nue la chimère volante au corps de serpent, aux pattes de tigre et à la tête de singe, ou Amikiri le monstre-loutre coupeur de filets de pêche.

Ces créatures inclassables montrent toute l'inventivité et la poésie de l'imaginaire yōkai.

Enfin, nombre de yōkai sont issus de la métamorphose d'animaux ayant atteint un âge avancé. Chats, renards, serpents, tanuki, tous peuvent se transformer pour semer le trouble parmi les humains.

Le plus célèbre d'entre eux est sans doute le Nekomata, terrifiant chat-démon doté de deux queues et capable de dévorer son maître.

Ainsi, même les animaux familiers peuvent devenir des yōkai une fois transfigurés par les années et le contact avec les forces surnaturelles.

Les yōkai sont bien plus que de simples monstres destinés à effrayer. Ils reflètent en réalité les angoisses, les croyances et l'imaginaire des Japonais, et ce depuis l'époque médiévale. 

Chaque créature porte en elle un concentré de peurs ancestrales et de questionnements sur le monde.

Dans une société profondément marquée par le shintoïsme et son rapport sacré à la nature, les yōkai deviennent une façon d'expliquer l'inexplicable.

Phénomènes étranges, catastrophes naturelles, disparitions mystérieuses, tout peut être attribué à l'action de ces esprits.

En leur donnant un corps et un nom, les Japonais cherchent à apprivoiser symboliquement les mystères d'un monde qui les dépasse.

Mais les yōkai sont aussi porteurs de valeurs morales et de leçons de vie. Dans les contes et légendes, ils punissent souvent l'avidité, l'orgueil ou l'impolitesse des humains. Tengu et Kappa sont ainsi réputés pour donner une bonne leçon aux présomptueux et aux grossiers. 

Rencontrer un yōkai, c'est souvent faire face à ses propres défauts et faiblesses.

Surtout, les yōkai sont la plupart du temps ambivalents. Ni totalement bons, ni foncièrement mauvais, ils agissent selon leur propre logique, parfois incompréhensible pour les mortels.

Tout est question de circonstances et d'attitude des humains à leur égard. Ce caractère double des yōkai reflète en réalité toute la complexité de la nature humaine, entre ombre et lumière

Les Yōkai,font partie du patrimoine culturel du Japon :

Loin d'être des superstitions d'un autre âge, les yōkai restent extraordinairement vivaces dans le Japon contemporain.

Profondément ancrées dans l'imaginaire national, ces créatures représentent un formidable patrimoine culturel, transmis de génération en génération.

Conscients de ce trésor, les Japonais déploient de nombreux efforts pour préserver et étudier les contes et légendes traditionnels.

Ethnologues et passionnés collectent les histoires populaires dans les campagnes, répertorient les yōkai locaux et analysent leur symbolique. 

Un véritable intérêt académique qui montre l'importance accordée à ce pan méconnu de la culture nippone.

Mais ils ne restent pas cantonnés aux livres d'érudits. Toujours aussi populaires, ils sont mis à l'honneur lors de nombreux festivals comme le Hyakki Yakō, où une joyeuse parade de créatures défile dans les rues.

Les matsuri* locaux intègrent souvent des représentations de yōkai typiques de la région, sous forme de costumes, de chars décorés ou de feux d'artifice.

*Festivals

De la fête de Setsubun**, jusqu'aux espiègleries d'Halloween, les yōkai rythment le calendrier traditionnel japonais.

**Fête du passage de l'hiver au printemps qui se déroule chaque 3 février.

Leur omniprésence dans l'art, la littérature et les médias modernes montre aussi à quel point ces créatures sont indissociables du paysage culturel nippon.

Des vénérables rouleaux peints du Moyen-âge aux mangas futuristes, en passant par les estampes d'Hokusai et les films de J-Horror, les yōkai n'ont jamais cessé de fasciner artistes et public.

 Véritables icônes nationales, ils sont un marqueur essentiel de l'identité japonaise.

Jorogumo, la femme araignée.

Jorogumo, la femme araignée.

POÉSIE YOKAIS par Philémon

Tanka

 

Sous le vieux pont gris
L’eau garde un rire d’enfant
Figé éternel
Un kappa attend en paix
Qu’un imprudent s’approche

 

Papillon d’été
Posé sur un front brûlant
Il ne s’envole pas
L’âme hésite à partir
Entre deux mondes flottants

 

Soir de lucioles
Une main semble guider
Leurs très faibles lumières
Vers un visage absent
Dissous dans l’air sec d’été

  1.  

Givre sur les pins
Un petit rire se perd
Dans l’espace immobile
Le tengu veille au sommet
Là où nul ne doit monter

 

Nuit de pleine lune
Les bambous grincent ensemble
Comme en confidence
Un esprit sans nom traverse
L’espace entre deux souffles

 

  1. Chaleur de l’été
    Au bord d’une eau trouble
    Concombre offert
    Le kappa incline la tête
    Puis il disparaît sans bruit

  2.  

  1. Pluie de saison
    Un vieux parapluie saute
    Dans cette ruelle
    Karakasa-obake voit
    Une main pour l’emporter

Bakeneko Chat démon très méchant à deux queues

Bakeneko Chat démon très méchant à deux queues

Haïbun
Kitsune

Au printemps, près des sanctuaires, certaines flammes ne brûlent pas. Elles hésitent, comme si elles observaient.

Brume du matin
Le kitsune s’efface
Dans votre reflet

 

Kappa

En été, les anciens disent de ne pas fixer l’eau trop longtemps. Ce n’est pas le courant qui attire.

Rivière lourde
Le kappa est aux aguets
Sous le silence

Yuki-onna

L’hiver rend les rencontres irréelles. Les voix deviennent blanches, comme gelées avant d’exister.

Neige épaisse
La Yuki-onna respire
Dans le grand vent froid

Nurarihyon

Parfois, quelqu’un entre sans être invité, invisible, et tout semble soudain normal.

Soir tranquille
Nurarihyon s’installe
Comme dans sa cabane

 

 

Printemps lumineux
Un kitsune traverse
Sans laisser d’ombre

 

Neige en hiver
La porte s’ouvre un peu
Sans aucune main

 

Par vent d’automne
Une ombre suit la mienne
Puis s’en détache

  1.  

YOKAIS     (3ème et dernière partie)
Rokurokubi

Rokurokubi

Démon de la montagne

Démon de la montagne

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BUNKYO TSUTSUJI MATSURI

19 Avril 2026, 17:44pm

BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI

C’est le festival des azalées du sanctuaire shinto Nezu-jinja, situé dans l'arrondissement de Bunkyo au nord de Tokyo .

Plusieurs évènements traditionnels et culturels y sont également organisés pendant ce festival saisonnier haut en couleurs.


Le printemps, lancé avec la saison des sakuras  (cerisiers ornementaux), poursuit sa balade avec d'autres inflorescences tout aussi magnifiques à contempler, notamment celle des azalées du Japon ( azarea ou  tsutsuji), un genre de rhododendrons qui fleurit au cours du mois d'avril à Tokyo.

Au nord de la capitale, le sanctuaire  Nezu-Jinja héberge l'un des 5 grands festivals saisonniers de son arrondissement, baptisé Bunkyo Tsutsuji Matsuri

Ce dernier a lieu pendant tout le mois d'avril et se concentre autour du jardin aux 3.000 azalées,  ouvert pour l'occasion dans l'enceinte spirituelle.

La floraison d'une centaine d'espèces différentes de rhododendrons se fait de manière progressive, avec un pic moyen constaté autour de la mi-avril (sous réserve des conditions météorologiques des semaines précédentes).

Sanctuaire déjà remarquable avec ses pavillons vermillons à l'architecture traditionnelle préservée, Nezu-jinja se pare de couleurs flamboyantes pendant la floraison de ses azalées : du blanc étincelant en passant par toutes les nuances de rose, de violet et de rouge.

Certains bosquets affichent également des fleurs jaunes ou orange. Ce paysage coloré et fleuri contraste alors merveilleusement avec le vert des jeunes feuilles des arbres environnant.

Perchés sur une colline, les premiers massifs floraux ont été plantés il y a plus de 350 ans à l'initiative de Tokugawa Tsunashige (1644 - 1678), fils du shogun Tokugawa Iemitsu à l'époque Edo (1603 - 1868) et seigneur du domaine féodal de Kofu.

Le jardin d'azalées fut d'abord baptisé « Tsutsujigaoka »  (colline des Azalées) et depuis ce belvédère, l'on peut toujours admirer la vue sur :

  • la porte Romon du sanctuaire et le petit tunnel Senbon-Torii.

Il faut préciser que ces points de vue en hauteur sont réalisables uniquement pendant la durée du matsuri  (festival); les allées du jardin étant fermées au public le reste de l'année.


En plus des floraisons, plusieurs évènements sont organisés pendant les week-ends et les jours fériés du festival permettant d’ assister à des manifestations comme :

 

  • une parade de chars mikoshi (sanctuaires portatifs shintoistes).

    une représentation du maniement du matoi (objet d’identification en forme de drapeau).

    un marché aux antiquités.

Un goshuin spécial(sceau sacré à collectionner),  en série limitée, est également mis en vente à 1.000¥ (5,34€) pendant cette période.

Ce festival est un évènement saisonnier prisé des Japonais, qui sont par ailleurs en vacances nationales à compter de la fin avril pour la Golden Week (vacances nationales de 7 à 10 jours autour de 4 jours fériés)

Bunkyo Tsutsuji Matsuri attire la foule et l'on recommande de privilégier plutôt un jour en semaine pour découvrir les azalées du Nezu-jinja, les week-ends étant très chargés,

Dans la région ouest de Tokyo, il est également possible de visiter le temple Shiofune Kannon-Ji , installé dans une vallée où fleurissent environ 17.000 rhododendrons, ce qui promet encore de longs moments de contemplation, en perspective.

Tunnel de torii

Tunnel de torii

Poésie par Philémon

 

Nezu, saison des tsutsuji

On entre par les torii successifs, et soudain le jardin s’ouvre. Les rhododendrons occupent tout l’espace. Il n’y a plus vraiment de chemin, seulement une progression lente entre les masses de fleurs.

Beaucoup de rouge
Même le pas hésite
A continuer.

Près du sanctuaire Nezu

 

Allée étroite
Les tsutsuji débordent
Presque trop proches
Ton épaule effleure
Un printemps de silence

  1.  

Torii vermillon
Derrière lui les massifs
Rouges sur rouges,
Mais le regard hésite
Entre bois et pétales.

 

À l’aube fragile
Les lampions s’éteignent tous
Reste le parfum
D’un souvenir partagé
Qui ne veut pas s’achever

 

Haïbun

Fragments du matsuri

Les ruelles de Bunkyō se remplissent lentement. Les premiers lampions s’allument comme des étoiles domestiquées. Une vieille femme ajuste son yukata (kimono léger), puis s’incline devant le temple.

Lumière tremblante
Une main ridée s’attarde

Sur le bois sacré.

 

Sous les rhododendrons

Le jardin du temple disparaît sous les rhododendrons en fleurs. Les allées deviennent des couloirs de couleur, où l’on avance lentement, presque avec respect, comme dans une mer vivante.

Les allées fleuries
Chaque pas soulève un peu
De parfum dense


Transmission

Un vieil homme explique à son petit-fils que ces fleurs reviennent chaque année, mais jamais identiques. L’enfant regarde, sérieux, comme s’il cherchait à s’en souvenir pour toujours.

Même arbuste
Et pourtant autre printemps
Dans son regard neuf


Nocturne

Les fleurs de tsutsuji débordent des jardins. Leur couleur semble irréelle sous les lanternes. On dirait que la nuit elle-même fleurit.

Nuit en pétales
Le rouge des azalées
Éclaire l’ombre

 

Dernière visite

Au petit matin, les rues sont presque vides. Quelques lanternes éteintes roulent doucement sous le vent. Le matsuri s’est retiré comme une marée.

Après la fête
Le silence recueille
Les tout derniers pas.


BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI

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INTERLUDE

15 Avril 2026, 20:12pm

INTERLUDE
INTERLUDE
INTERLUDE

Les jardins japonais sont une véritable expression de la nature

Les jardins japonais traditionnels sont des lieux de paix et de contemplation tranquille. Ils se caractérisent par des courbes et une asymétrie, les designers cherchant à créer une expression de la nature à travers une combinaison astucieuse d'arbres, de fleurs, de rochers et d'eau.

L’objectif n’est pas de parvenir à une reproduction parfaite des vues naturelles, mais de construire des versions à échelle réduite de paysages idéalisés.

Dans les jardins kaiyushik(de style promenade), qui intègrent divers éléments traditionnels autour d’une pièce d’eau, les visiteurs se promènent le long de sentiers entourant un grand étang central.

Des collines artificielles, des îles, des ponts, des pavillons, de gros rochers et d’autres éléments sont utilisés pour représenter des scènes célèbres de tout le pays.

Le charme des jardins japonais réside dans les vues qui changent lorsqu'elles sont vues sous différents angles et à différentes saisons ou heures de la journée.

On pense que les premiers jardins japonais ont été construits à l'époque de Nara (710–794).

À partir du Xe siècle environ, de nombreux temples ont construit des jardins de jōdo (terre pure), basés sur les descriptions bouddhistes du paradis.

À l'époque de Muromachi (1333–1568) karesansui, ou “ruisseau de montagne sec”, les jardins fleurissaient dans les temples bouddhistes zen où les moines utilisent la roche, le sable et le gravier pour représenter la terre et l’eau.

D'autres styles typiques incluent le roji ou Chaniwa (théières) rattachées aux salons de thé et aux jardins de promenade construits par les seigneurs féodaux dans leur château ou leur manoir.

D’autres jardins ont continué à être construits par des propriétaires fonciers privés, des établissements publics et des hôtels jusqu’à l’ère moderne.

Aujourd'hui, la plupart des grands jardins appartenant aux seigneurs féodaux sont des biens culturels désignés, ouverts au public et attirant de nombreux touristes.

De nombreux jardins célèbres sont concentrés à Kyoto, l'ancienne capitale et siège de l'aristocratie, qui compte également de nombreux temples dotés de terrains spacieux.

On dit que les “trois jardins célèbres” du Japon sont :

 

 Kenrokuen à Kanazawa, préfecture d'Ishikawa, 

Kōrakuen à Okayama, préfecture d'Okayama, et 

Kairakuen à Mito, préfecture d'Ibaraki.

 

Ces vastes espaces verts ont tous été construits par des seigneurs féodaux à l'époque d'Edo (1603–1868) et peuvent être appréciés tout au long de l'année.

Les rochers sont un élément essentiel d’un jardin japonais. Le célèbre guide Sakuteiki (Traité sur la création de jardins), écrit à un moment donné de la période Heian (794–1185), commence par discuter de l'emplacement des roches.

Selon ce guide, le paysagiste ne doit pas personnellement choisir où les placer, mais doit demander aux rochers eux-mêmes où ils souhaitent être posés et suivre leurs désirs.

Le jardin de rocaille du temple zen de Kyoto Ryōanji est peut-être l'exemple le plus connu de la karesansui (style qui utilise le sable et les pierres pour évoquer les collines et les cours d'eau)

Les gros rochers sont comme des îles dans une mer de gravier. Les 15 rochers et pierres ont été disposés de manière à ce qu'il ne soit pas possible d'en voir plus de 14, quel que soit l'angle sous lequel vous regardez.

Les jardins japonais reflètent les perspectives philosophiques et religieuses traditionnelles sur les propriétés éternelles de l’âme et de la nature.

Ce sont des mondes individuels qui transcendent la beauté simple à travers la composition d’éléments naturels.

Entrez dans l'une de ces îles vertes de calme depuis l'agitation de la ville et vous aurez l'impression d'entrer dans un petit univers.

INTERLUDE
INTERLUDE
INTERLUDE

Poésie par Philémon

Brume du matin
Les cerisiers frissonnent
Pétales en pluie
Sous le vent léger de mars
Le temps suspend son souffle

 

Rivière paisible
Reflet de fleurs éphémères
Glissant en silence
Un pas puis l’autre s’efface
Dans la douceur renaissante

 

VOYAGE

Le train ralentit à l’approche du village. Déjà, les collines semblent poudrées de rose. Sur le quai, quelques voyageurs s’arrêtent sans parler, comme s’ils entraient dans un sanctuaire invisible. Le printemps n’est pas seulement une saison ici il est un passage, une respiration fragile entre ce qui fut et ce qui disparaît déjà Il marche sous les cerisiers. Chaque pétale tombe avec une précision silencieuse, et pourtant rien n’est perdu. Tout se transforme en souvenir du moment même où cela existe.


Pluie de pétales
Dans le creux de ta paume
Un instant il tient.

 

 

Au vent de printemps
Un pétale s’attarde
Sur son écharpe


 

Sous les sakuras
Un rire d’enfant s’envole

Les fleurs s'éparpillent

INTERLUDE
INTERLUDE

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YOKAIS (2ème partie)

10 Avril 2026, 09:40am

Bakeneko, le chat fantôme , estampe par Kuniyosshi.

Bakeneko, le chat fantôme , estampe par Kuniyosshi.

Cérémonie destinée à apaiser un démon au cours d'un festival

Cérémonie destinée à apaiser un démon au cours d'un festival

Kappa, le garçon sournois de la rivière.

Kappa, le garçon sournois de la rivière.

COURTE CHRONIQUE SUR LES YOKAIS AU JAPON

Les yōkai sont des créatures surnaturelles issues du folklore japonais qui oscillent entre. religion et peur du monde invisible

Leur origine remonte à l’Antiquité, dans un contexte profondément marqué par le shintō (religion animiste) et le bouddhisme.

Dans ces croyances :

  • Tout élément de la nature peut posséder une âme (arbres, rivières, objets).

    Le monde visible coexiste avec un monde invisible peuplé d’esprits.

Les yōkai sont donc nés en tant que traduction des phénomènes inexplicables comme :

  • maladies

    catastrophes naturelles

    bruits nocturnes

    disparitions mystérieuses

Ils incarnent la peur humaine face à l’inconnu, mais aussi le respect de la nature.

On note une première apparition dans la littérature et l’art (de l’époque Heian à celle de Edo)

Période Heian (794–1185)

Les yōkai se manifestent dans les récits écrits et les contes aristocratiques. Ils sont encore mystérieux, souvent terrifiants.

Période Edo (1603–1868) : l’âge d’or :

C’est ici que tout change :

  • Explosion des représentations artistiques (estampes ukiyo-e) *

    Création de catalogues de yōkai par des artistes comme Toriyama Sekien

    Passage du statut de “terreur réelle” à objet de divertissement

    *Ukiyo-e : mouvement artistique picturale et graphique d’estampes surtout de paysages et de la vie de tous les jours, qui deviendra , par la suite, une forme d’art populaire.

     

Les Japonais commencent à apprécier les yōkai en tant que spectacle car ils ne sont pas seulement des monstres. Ils forment un univers complexe :

1. Créatures naturelles
  • Exemple : le kappa, esprit aquatique lié aux noyades

2. Esprits domestiques
  • zashiki-warashi : apportent chance ou malheur selon leur présence

3. Objets animés (tsukumogami)
  • objets qui prennent vie après 100 ans (parapluies, sandales…)

4. Créatures monstrueuses ou hybridesonikuma : ours démoniaque
  • bake-kujira : squelette de baleine fantôme

Certains yōkai sont maléfiques, d’autres protecteurs , beaucoup sont ambigus.

Les yōkai ont joué un rôle essentiel dans la société japonaise :

  • en enseignant aux enfants :

  • la prudence (ne pas s’approcher de l’eau ( kappa)

  • le respect des objets (tsukumogami)

  • la discipline sociale

Avant la science, ils permettaient de donner du sens aux :

  • famines

    maladies

    catastrophes naturelles

Les yōkai incarnent :

  • la peur de la mort

    la solitude

    la culpabilité

    l’injustice

Le terme “yōkai” se popularise et est étudié scientifiquement pour lutter contre les superstitions.

Au XXe siècle il y eut une renaissance culturelle qui fut un tournant majeur avec :

  • Le mangaka Mizuki Shigeru qui popularisa les yōkai

    Série culte : GeGeGe no Kitarō

Ainsi les yōkai deviennent des personnages attachants et accessibles.

On peut remarquer qu’ils exercent une influence massive sur la culture japonaise dans les Arts, la littérature,les estampes traditionnelles , les contes traditionnels, les jeux vidéo et les mangas où ils sont omniprésents :

  • -Pokémon (inspirations directes)

    -Naruto

    -Demon Slayer

Ils passent de l’état de monstres effrayants à celui des figures de pop culture mondiales.

Dans le cadre du cinéma d’animation  où l’univers spirituel est omniprésent par exemple :
  • - films de Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké)

     

Culture populaire et marketing qui marquent l'époque avec des :
  • mascottes

    jouets

    festivals

    tourisme (musées de yōkai)

  • C’est en inspirant les contes fantastiques (fantasy), les jeux vidéo et les films qu’ils participent à l’exportation de la culture japonaise à l’international.

  •  

Il est à noter un fait révélateur qui signale une évolution symbolique : c’est le passage de la peur à la fascination.

 

Les yōkai étaient autrefois des figures terrifiantes liées à la survie alors qu’aujourd’hui, ils sont souvent mignons, humoristiques ou héroïques :

un exemple :

  • le kappa est passé de l'état de  monstre dangereux à celui de mascotte sympathique.

Les yōkai sont bien plus que du folklore :

Ils révèlent :
  • une vision animiste du monde

    un rapport respectueux à la nature ,

    une capacité à transformer la peur en art

    une continuité entre tradition et modernité

Conclusion :

Les yōkai représentent un pont entre le passé et le présent au Japon car ils sont :

  • - à la fois mythes anciens

    - outils éducatifs

    - œuvres artistiques

    - icônes modernes

Ils évoluent avec la société tout en conservant leurs racines ce qui procure encore une grande force d’influence sur l'époque actuelle.

Tengu

Tengu

  1. POÉSIE YOKAIS par Philémon

     

Sous le vieux pont gris
L’eau garde un rire d’enfant
Figé éternel
Un kappa attend en paix
Qu’un imprudent s’approche

 

Le gong du temple
Sonne sans aucune main
Au milieu de l’aube
Les morts viennent écouter
Leur nom porté par le vent

  1.  

Chemin déserté
Des sandales avancent seules
Poussière levée
Le voyageur disparu
N’a jamais quitté la route

 

Lune entre les pins
Un rire fend le silence
Long et déformé
Les tengu veillent encor
Sur les montagnes interdites

 

Il marche seul dans un sentier couvert de mousse. Chaque pas semble réveiller une mémoire ancienne. Une pierre déplacée, et le vent change de voix.

Sous ses pieds humides
Un murmure s’élargit
Forêt éveillée


 

  1. La nuit avale les contours de la maison. Pourtant, une lumière glisse derrière les cloisons, comme si quelqu’un errait encore.

    Papier translucide
    Une ombre passe et repasse
    Souvenir vivant

  2.  

  3. Tracé

    L’hiver ferme les portes et les voix. La neige absorbe les sons, mais parfois un pas résonne trop clairement.

    Neige intacte
    Mais un seul pas apparaît
    Puis aucune trace

     

  4.  

    Kitsune

    Au printemps, près des sanctuaires, certaines flammes ne brûlent pas. Elles hésitent, comme si elles observaient.

    Brume du matin
    Le kitsune s’efface
    Dans votre reflet

  5.  

  6. Par une nuit claire
    Sur le sentier déserté
    Une ombre s’étire
    Plus longue que ton propre corps
    Et s’écarte de tes pas

  7.  

  8. Pluie de saison
    Un vieux parapluie saute
    Dans cette ruelle
    Karakasa-obake voit
    Une main pour l’emporter

     

  9. Pluie d’automne
    Dans la salle de bain vide
    Une langue passe
    Akaname lèche le sol
    Dans tous les coins oubliés

Akaname, monstre des salles de bain

Akaname, monstre des salles de bain

Sutoku Tenmo , l'un des trois rois les plus célèbres pour avoir hanté le Japon pendant le plus longtemps

Sutoku Tenmo , l'un des trois rois les plus célèbres pour avoir hanté le Japon pendant le plus longtemps

Chat qui traverse pour manger, estampe de Utagawa Hiroshige

Chat qui traverse pour manger, estampe de Utagawa Hiroshige

Kitsune devant un sanctuaire shinto

Kitsune devant un sanctuaire shinto

Yokais représentés en manga

Yokais représentés en manga

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YOKAIS (1ère partie)

6 Avril 2026, 07:52am

La sorcière et le squelette, estampe par Utagawa Kuniyoshi

La sorcière et le squelette, estampe par Utagawa Kuniyoshi

COURTE CHRONIQUE SUR LES YOKAIS AU JAPON

 

AVERTISSEMENT AUX LECTEURS :

Les prochaines publications sur les Yokais, vont vous faire pénétrer au plus profond de l’esprit culturel du citoyen Japonais, vous révélant un pan de croyance presque totalement inconnu du monde occidental malgré la parution d’ ouvrages spécialisés au Japon et quelques uns traduits en France,

 

 PRÉAMBULE


 

Pendant des millénaires, les habitants de l’archipel nippon ont dû trouver les moyens de survivre dans une nature aussi luxuriante qu’inhospitalière.

Et si les mers, les terres et les rivières leur ont souvent permis de subsister, elles se sont également imposées comme le théâtre de phénomènes mystérieux.

Pour tenter d’expliquer ces épisodes inquiétants, les Japonais ont développé un imaginaire populaire original peuplé d’êtres extraordinaires : les YOKAI.

A la croisée des chemins entre le monde visible et celui de l’invisible, ces esprits oscillant sans cesse entre le bien et le mal, constituent l’un des aspects les plus singuliers du folklore japonais.

Les yōkai sont des créatures surnaturelles du folklore japonais, englobant des esprits, des démons, des fantômes et des phénomènes étranges .

  Leurs origines plongent dans les croyances shintoïstes et bouddhistes, où ils servaient historiquement à expliquer les événements inexplicables, les catastrophes naturelles ou les tracas du quotidien. 

Loin des fantômes occidentaux, ces esprits et monstres du folklore japonais incarnent la relation profonde entre l’homme et la nature.

 Véritables icônes nationales, ils sont un marqueur essentiel de l'identité japonaise.


 

Voici leur histoire :

 

Le mot yokai se compose de deux kanji : (yô), qui évoque le mystère et la magie, et (kai), qui signifie étrange ou phénomène. Littéralement, il se traduit par « apparition étrange ».

Leur origine remonte à l’Antiquité japonaise, nourrie par les croyances shintô et bouddhistes, mais aussi par l’imaginaire populaire.

Dans les villages ruraux, les yôkai correspondaient à des phénomènes naturels inexpliqués : maladies, catastrophes ou bruits étranges dans la nuit.

À partir de la période Heian (794–1185), ils apparaissent dans la littérature et l’art, représentés sous des formes tantôt effrayantes, tantôt comiques.

Les yôkai ne sont pas de simples monstres : ils incarnent la complexité du monde spirituel. Certains sont maléfiques, d'autres bienveillants, et beaucoup oscillent entre les deux.

Ils ont également servi de morale éducative, les parents utilisant leurs histoires pour inculquer aux enfants prudence, respect et discipline.

Un concept clé est le Tsukumogami, ces objets du quotidien (parapluie, sandales, bouilloire) qui, après un siècle d'existence, peuvent s'animer et devenir des yôkai, comme pour se venger d'être abandonnés.


Il existe des centaines de yôkai, chacun ayant ses traits distinctifs. Voici une sélection des plus célèbres :

  • Kappa : Créature aquatique à la carapace de tortue et à la coupelle d’eau sur la tête, il est un redoutable nageur qui apprécie le concombre. Il est à la fois farceur et dangereux, capable de noyer ses victimes.

  • Tengu : Esprit montagnard au long nez et aux ailes. Redouté mais aussi protecteur des forêts et des temples, il est associé aux arts martiaux et à la sagesse.

  • Kitsune : Renard aux pouvoirs magiques, capable de se transformer en humain, il est souvent associé à Inari, la déesse du riz. Plus il est puissant, plus il a de queues (jusqu'à neuf).

  • Yuki-onna : « Femme des neiges », belle et glaciale, elle apparaît lors des tempêtes d'hiver et peut geler quiconque croise son chemin.

  • Tanuki : Chien viverrin espiègle, maître de la métamorphose. Souvent représenté avec un chapeau de paille et une gourde de saké, il est un symbole de chance.

  • Rokurokubi : Femme à l’apparence humaine le jour, dont le cou peut s’allonger démesurément la nuit pour espionner ou effrayer les passants.

  • Nopperabô : Fantôme sans visage. Il apparaît soudainement pour effrayer les passants, avant de révéler qu'il n'a ni yeux, ni nez, ni bouche.

    En plus des figures emblématiques, le folklore regorge de créatures surprenantes :

  • Bakezôri: Une sandale de paille animée par un Tsukumogami. Elle se met à courir et à chanter "Karakara, Korokoro, Kankoro, Sorori", un bruit qui peut effrayer la nuit.

    Nurarihyon : Vieillard mystérieux et à la tête démesurée, il s'invite dans les maisons, se fait passer pour le maître des lieux, et s’y sert du thé. On dit qu'il est le "commandant en chef" de tous les yôkai.

  • Kasa-obake: Un parapluie vivant, sauteur, avec un seul œil et une longue langue qui s’agite. C'est un exemple de Tsukumogami qui est devenu l'un des yōkai les plus représentés dans les mangas et dessins animés.

  • Jorôgumo: Une araignée-femme séduisante qui attire les hommes pour les dévorer. Son nom se traduit par "femme-araignée séductrice".

Les yôkai ont nourri des siècles de contes et ont été popularisés par des artistes comme Toriyama Sekien, qui a publié des encyclopédies illustrées durant l'époque Edo (1603-1868).

Aujourd’hui, leur influence est immense. Ils ont inspiré :

  • Manga et Animation :

    GeGeGe no Kitarô qui a popularisé l'image moderne des yôkai, mais aussi Inuyasha, Natsume Yūjinchô et Yôkai Watch.

  • Jeux vidéo :

    La franchise Pokémon s'inspire largement du concept de créatures collectionnables issu des encyclopédies de yôkai. On les retrouve également dans des jeux comme Nioh.

Le Japon célèbre encore ses créatures surnaturelles à travers divers lieux :

  • Mizuki Shigeru Road à Sakaiminato (préfecture de Tottori) : une rue entière décorée de statues de yôkai.

  • Yōkai Street à Kyoto (Ichijo-dori) : où les commerçants décorent leurs boutiques avec des effigies de yôkai.

     

Loin de n’être qu’un héritage, les Yôkai restent très présents dans l’imaginaire collectif. Ils apparaissent dans la publicité, les mascottes locales (yurukyara), les jeux pour enfants, et sont à la fois des icônes de la tradition et des figures modernes. Ils ont même inspiré l'artisanat traditionnel japonais, des figurines aux masques de théâtre.

Les Yokais sont devenus, aujourd'hui , une source d'inspiration pour les créateurs.


 

Vous aussi, vous pouvez faire entrer un peu de cet imaginaire japonais chez vous et si l’extraordinaire ne vous fait plus peur ou bien vous intéresse, il a été publié en août 2024, en France , un excellent roman écrit par un auteur japonais Inoue Hisashi, véritable maître du divertissement populaire dont le titre est :

LA BEDONDAINE DES TANUKIS, aux éditions Zulma, 474 pages.

Remarquablement traduit en français par Jacques LALLOZ.


 

Bonne lecture !

 

NB : Pour une partie de mon préambule, je me suis inspiré de la collection Mythes et Légendes du Japon.

 

Esprit de la servante Okiku sortant du puits, estampe par Hokusai

Esprit de la servante Okiku sortant du puits, estampe par Hokusai

POÉSIE YOKAIS par Philémon

Tanka

Vent dans les bambous
Quelqu’un respire tout bas
Mais nul n’est présent
Le souffle d’un esprit long
Comme un serpent invisible

  1.  

Neige sur la nuit
Une femme pâle marche
Sans laisser de trace
Ses lèvres froides appellent
Les âmes qui veulent dormir

  1.  

Vieille maison vide
Les tatamis se plaignent seuls
Au cœur de minuit
Un œil glisse sur le mur
Et observe sans paupière

 

Sous la pluie d’automne
Un vieux parapluie oublié
Marche lentement
Porté par un esprit triste
Qui cherche encore son maître

​​​​​​​

 

Tu trouves un masque ancien dans la poussière. Quand tu te relèves, il est chaud, comme s’il venait d’être porté.

Visage figé
La chaleur d’un autre souffle
Tu n’est plus tout seul

 

  1.  

Le vent s’arrête brusquement. Même les insectes se taisent. Quelque chose observe, juste hors de portée du regard.

Silence trop plein
Entre deux battements du cœur
Yeux sans pupille

Nouveau sentier

Au crépuscule d’été, les lucioles dessinent des chemins. Certains semblent mener ailleurs que dans ce monde.

Lumières brèves
Dans la nuit tiède glisse
Un autre chemin

 

  1. Brume de printemps
    Tout près du torii désert
    Une flamme danse
    Le kitsune le regarde
    Puis prend son apparence


  1. La neige du soir
    Une femme toute blanche
    Immobile attend
    La yuki-onna souffle
    Et fige le dernier mot

  2.  

Philémon

Apparition des Kitsune au nouvel an, estampe d'Hiroshige

Apparition des Kitsune au nouvel an, estampe d'Hiroshige

Tengu, gardien des montagnes au long nez

Tengu, gardien des montagnes au long nez

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MOMOTARO (2ème partie)

30 Mars 2026, 09:20am

Illustration provenant de la collection Mythes et légendes du Japon

Illustration provenant de la collection Mythes et légendes du Japon

Origine de Momotarō

 

L’histoire de Momotarō vient du folklore du Japon. Elle s’est transmise oralement pendant des siècles avant d’être mise par écrit durant l’époque d’Edo (1063 - 1868)

Voici quelques éléments clés sur son origine :

  • Conte populaire (otogizōshi) : Momotarō est un récit destiné à enseigner des valeurs comme le courage, la loyauté et la justice.

    Symbolisme de la pêche : au Japon, la pêche est associée à la longévité et à la protection contre le mal.

    Les oni (démons) : ils représentent souvent les forces du chaos ou les ennemis extérieurs.

    Les compagnons animaux : chacun incarne une qualité (fidélité, intelligence, vigilance).

Avec le temps, Momotarō est devenu l’un des héros les plus célèbres du Japon, souvent raconté aux enfants, un peu comme le conte du Petit Poucet.

Des récits proches apparaissent avant même le conte écrit, probablement à l’époque de Muromachi (vers le XVe siècle)

  • La première trace indirecte remonte au moins à 1583, dans un document lié au sanctuaire Kibitsu , cela démontre que la légende existait déjà.

  • Les premières versions écrites connues remontent à la fin du XVIIe siècle (ère Genroku, (1688–1704)

    C’est surtout pendant la période Edo que les versions ont été développées mais pas encore standartisées

  • Au XIXe siècle (ère Meiji), le gouvernement introduit Momotarō dans les manuels scolaires et une version « officielle » s’imposa (naissance dans la pêche, animaux compagnons, etc.) qui aura une influence aux XXe et XXIe siècles

Momotarō n’est pas juste un conte c’est un symbole culturel japonais majeur, encore très vivant aujourd’hui.

Propagande et guerre
  • « Momotaro, Sacred Sailors »
    premier long-métrage d’animation japonais
    utilisé comme propagande pendant la Seconde Guerre mondiale

Momotarō y devient :

  • un héros militaire

    un symbole national

Momotarō continue de peser encore sur :

  • des séries tokusatsu (héros costumés)

    des personnages inspirés (héros + animaux compagnons)

    des récits de héros contre démons »

  • des manga modernes

Il inspire même la structure narrative de nombreuses œuvres modernes ainsi que des jeux vidéo récents.

  • Des œuvres contemporaines reprennent clairement ses éléments :

    le trio chien / singe / oiseau est devenu un archétype culturel.

Au XXIe siècle, Momotarō est une figure nationale (comme le Petit Poucet ou Hercule en Europe)

  • racontée aux enfants et omniprésent dans la pop culture mais aussi réinterprétée (parfois de façon sombre ou critique)

L’histoire de Momotaro est tellement populaire au Japon, qu’à ses personnages s’associent désormais à Okayama,  un festival qui a lieu dans la première partie du mois d’août,  aux alentours de la ville d’Okayama, et un temple, le temple Momotaro   à Takamatsu lui est associé.

Sanstuaire de Kibitsu

Sanstuaire de Kibitsu

Accès au sanctuaire

Accès au sanctuaire

Poésie par Philémon

 

EMBARQUEMENT
 

La mer s’ouvre sans résistance. Au loin, l’île d’Onigashima repose, lourde, comme une faute ancienne. Les oni y vivent sans retenue, tels des désirs devenus formes. Le combat éclate , bref, inévitable. Il n’y a ni gloire ni fureur. Seulement le choc de ce qui doit être rétabli. Quand tout s’apaise, le silence revient le premier. Momotarō ne regarde pas derrière lui. Ils repartent.

Le vent sur la mer
Même les cris des démons
Se perdent au loin

 
RETOUR
 

Au village, rien n’a changé sinon ce qui ne se voit pas. Les saisons reprennent leur marche. Le riz pousse. L’eau coule. Momotarō vit parmi les siens, comme s’il n’était jamais parti.

Par un soir d’été
La rivière transporte
Un reflet de pêche
 

Tanka

 

Sur le long chemin
Un singe espiègle s’incline
Pour une douceur
Il rejoint la noble quête
Contre les bandits cruels

 

Dans les pins du vent
Un faisan fend le ciel clair
Cri de ralliement
Trois amis autour de lui
Portés par un même élan

 

Au loin l’île noire
Forteresse des oni
Hurle sous l’orage
Momotarō avance droit
Sans trembler face au danger

 

Portes fracassées
Les démons fuient ou supplient
Éclat des sabres
Justice frappe sans haine
Mais pour rétablir l’ordre

 

Des trésors repris
Or soie et mille richesses
Mais le plus précieux
Le retour vers son village
En compagnie des amis

 

Sous un ciel doré
La pêche est plus qu’un mythe
Et devient légende
Celle de l’enfant courageux
Né du cœur de la nature

Arrivée sur l'île d'Onigashima

Arrivée sur l'île d'Onigashima

Statue de Momotaro érigé dans son sanctuaire de Kibitsu

Statue de Momotaro érigé dans son sanctuaire de Kibitsu

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MOMOTARO (1ère partie)

27 Mars 2026, 16:46pm

Photo de couverture de Sunrise Japon

Photo de couverture de Sunrise Japon

MOMOTARO        (1ère partie)

Momotaro est l'un des contes japonais les plus célèbres. Il raconte l'histoire fabuleuse d'un garçon né dans une pêche (momo) qui, une fois devenu grand et doué d'une force exceptionnelle, part combattre les terribles démons et ogres de l'île Onigashima, située au-delà des mers.

NARRATION :

Dans un village effacé par les saisons, au bord d’une rivière lente, vivaient deux êtres que le temps avait presque oubliés. Leurs gestes étaient simples, leurs paroles rares, et leurs jours s’écoulaient comme l’eau : sans bruit, sans retour.

Un matin d’été, alors que la lumière reposait encore sur les pierres humides, la vieille femme aperçut une forme étrange glissant à la surface du courant.

Ce n’était pas une feuille, encore moins un reflet. C’était une pêche toute ronde et d’une taille exceptionnelle, d’une extrême beauté .

Elle la recueillit sans un mot et la montra à son mari qui observa  longtemps ce fruit. Il n’y avait là ni miracle, ni présage apparent seulement une présence assez forte et inhabituelle pour une pêche.

Puis ils décidèrent de partager cette pêche qui s’ouvrit d’elle même au moment de la couper en deux et , aussitôt, surgit un petit enfant resplendissant .

Les deux personnes âgées furent tellement étonnées qu’elles en tombèrent à la renverse, pendant que l’enfant leur expliquait que leurs pleurs de vivre sans enfant ont été entendus et qu’il se tient là pour accompagner leur vieux jours.

On l’appela Momotarō. ( né d’une pêche )

L’enfant grandit sans excès. Il ne pleurait pas plus qu’il ne riait. Il observait. Il écoutait. Il semblait reconnaître le monde, comme s’il l’avait déjà traversé sous une autre forme.

Un jour, sans colère ni défi, il dit simplement :

"Il y a, au-delà de la mer, un lieu où les choses ne sont pas à leur place".

Personne ne lui demanda comment il le savait.

On lui donna quelques boulettes de millet et galettes de riz. Il les prit, non comme des provisions, mais comme un lien avec ceux qui restaient.

Sur la route, il rencontra un chien. L’animal ne montra ni peur ni soumission. Ils se regardèrent longuement, puis partagèrent une galette. Le chien marcha à ses côtés.

Plus loin, un singe descendit des arbres. Puis un faisan traversa le ciel bas. Aucun ne fut appelé. Aucun ne fut contraint. Tous reconnurent, dans le silence de ce garçon, une direction à suivre.

La mer ne résista pas à leur passage dans la barque, trouvée en bordure de rivage.

Au loin se dressait Onigashima, île aux contours durs, où vivaient les oni , non pas seulement des monstres et des ogres, mais aussi des êtres en rupture avec l’ordre du monde.

Le combat ne fut pas glorieux. Il fut nécessaire.

Les cris des démons n’étaient pas différents de ceux des hommes. Leur violence n’était pas étrangère. Elle était simplement laissée libre, sans retenue, sans mémoire.

Momotarō ne triompha pas par la force seule, mais par une forme de justesse. Ce qui était déséquilibré fut ramené. Ce qui débordait fut contenu.

Lorsque tout fut terminé, il ne resta ni colère, ni joie.

Seulement le vent.

Ils revinrent avec des richesses que l’ensemble. des villageois fut heureux de reconnaître ce qui lui avait été dérobé. Les jours reprirent leur cours. Les saisons aussi.

Et l’on raconte que Momotarō vécut longtemps.

Mais il est dit que certains soirs, au bord de la rivière, quand l’eau devient presque immobile, on peut encore voir passer une pêche lentement, silencieuse, comme si rien n’avait jamais vraiment commencé, ni jamais vraiment fini.

Poésie par Philémon

 

Tanka

Dans l’eau du ruisseau 
Une pêche dérive
Mystère du destin
Un enfant naît du fruit rose
Offert par les eaux sacrées

  1.  

Vieil homme étonné 
La vieille femme sourit
Fruit ouvert en deux
Un enfant au cœur de feu
Envoyé par les esprits

 

Sous le ciel d’été 
Grandit le garçon pêche
Force dans ses bras
Son regard déjà tourné
Vers les îles des démons

 

Dans son baluchon 
Des kibi dango * précieux
Partage du cœur
Un chien devient compagnon
Fidèle à chaque pas

* boulette de millet

 

 

haïbun

 

LA RIVIÈRE DE VIE 

La rivière s’écoule sans hâte entre les pierres. Rien ne presse en ce village où les jours se répètent avec douceur. Le vieux coupe du bois. La vieille lave le linge. Le monde tient dans ces gestes. Un matin d’été, une pêche apparaît sur l’eau. Elle ne dérive pas vraiment , elle arrive. Ils la recueillent sans surprise, comme on accueille ce qui était déjà destiné à venir.

Pêche sur les flots
Dans le silence du courant
Un destin mûrit
 

PROJET 

L’enfant grandit comme pousse le bambou : sans bruit, mais avec certitude. Il parle peu. Son regard semble porter plus loin que les collines.Un jour, il dit qu’il partira. La vieille prépare des galettes. Le vieux ne pose pas de question. Les adieux sont courts, comme le sont les choses vraies.

Chemin de poussière
Derrière lui s’efface déjà
La trace des pas
 
 
CHEMIN FAISANT 

Un chien rejoint Momotaro. Puis un singe. Puis un faisan traverse le ciel et redescend vers eux. Rien n’est expliqué. Le partage suffit. Chaque rencontre est une reconnaissance.

Galette rompue
Dans la paume offerte
Une alliance naît
MOMOTARO        (1ère partie)

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URASHIMA TARO ( 3ème et dernière partie )

22 Mars 2026, 08:46am

 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )

Urashima Tarō à travers les âges

Dans le théâtre et la littérature
  • Dès le Moyen Âge (Xe-XIVᵉ siècle), le conte devient un sujet populaire dans les récits appelés setsuwa (contes édifiants bouddhiques).
    Le
    tamatebako (coffret du temps) symbolise alors la vanité des désirs terrestres et l’impossibilité d’échapper au cycle de la vie et de la mort (samsara).

    Au XIVᵉ-XVIᵉ siècle, il est adapté au théâtre Nô et au Kyōgen, où l’histoire prend une tonalité symbolique : le retour d’Urashima au monde humain devient une métaphore du réveil spirituel après l’illusion.
    L’atmosphère y est lente, rêveuse, presque suspendue dans le temps.

    Pendant la période Edo (XVIIᵉ-XIXᵉ), il devient un conte pour enfants, souvent chanté ou illustré sur des rouleaux (emaki).


    L’accent se déplace du message religieux vers l’émerveillement et la tristesse douce du héros perdu dans le temps.

     

Dans la culture visuelle :
  • Les estampes ukiyo-e représentent Urashima sur le dos de la tortue, descendant vers le palais du Roi Dragon.
    Des artistes comme
    Utagawa Kuniyoshi ou Toshusai Sharaku ont immortalisé cette scène, symbole d’un passage vers un autre monde (kaikyō / le seuil).

    Au XXᵉ siècle, Urashima Tarō devient un symbole du Japon ancien :


    - En littérature, il apparaît dans des poèmes de Yosano Akiko et Miyazawa Kenji, qui y voient une métaphore du Japon qui change trop vite.


    - En musique, il inspire des chansons d’école (dōyō), apprises encore aujourd’hui par les enfants.

     

Dans la culture populaire :
  • L’histoire a inspiré des dizaines d’adaptations animées, dès les années 1910.
    Le tout premier
    film d’animation japonais connu, Urashima Tarō (1918), raconte justement cette légende qui prouve  son importance dans l’imaginaire national.

    On retrouve son écho dans :

    • Pokémon (Lapras et Dracolosse sont liés à Ryūjin et aux mythes marins)

      Dragon Ball :

      le « maître Tortue » ( Kame Sennin en est une parodie bienveillante)

      One Piece, dans l’arc de l’Île des Hommes-Poissons, où le Roi Neptune et sa fille Shirahoshi évoquent directement le royaume de Ryūgū.

Urashima Tarō symbolise aujourd’hui le retour impossible, l’homme qui a perdu le lien avec son temps : un thème encore très présent dans la culture japonaise moderne.

 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )

POÉSIE PAR PHILÉMON

 

Tanka

 

Sous l’onde claire
Un palais aux mille perles
Le temps au repos
Quand il remonte à la terre
Les fleurs ne le reconnaissent

 

Boîte scellée d’or
Souvenir d’un beau rêve
Sa main tremble un peu
Le vent d’un autre siècle
Effleure ses cheveux blancs

 

Les vagues chuchotent
Le nom qu’elle a donné
« Fleur de l’abysse »
Le monde a fui son ombre
Il devient coquille vide

 


 

Haïbun

 

Le retour du pêcheur

Il crut n’avoir dormi qu’une nuit au palais du Dragon. La mer l’avait bercé d’une musique sans fin, et la princesse riait derrière son éventail. Mais sur le rivage, les maisons étaient de pierre grise, le port désert, les noms oubliés. Il porta la boîte à ses lèvres, comme un baiser d’adieu.

Boîte entrouverte
Un souffle et tout s’efface
Mer sans rivage

 
 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )
 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )
 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )

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LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT

20 Mars 2026, 14:42pm

LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT
LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT
LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT
LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT

LE JOUR DU PRINTEMPS

 

Brume du matin
Les cerisiers frissonnent
Pétales en pluie
Sous le vent léger de mars
Le temps suspend son souffle

 

Rivière paisible
Reflet de fleurs éphémères
Glissant en silence
Un pas puis l’autre s’efface
Dans la douceur renaissante



Au vent de printemps
Un pétale s’attarde
Sur son écharpe

 

Sous les sakuras
Un rire d’enfant s’envole

Les fleurs s'éparpillent


 

VOYAGE

Le train ralentit à l’approche du village. Déjà, les collines semblent poudrées de rose. Sur le quai, quelques voyageurs s’arrêtent sans parler, comme s’ils entraient dans un sanctuaire invisible. Le printemps n’est pas seulement une saison ici il est un passage, une respiration fragile entre ce qui fut et ce qui disparaît déjà . Il marche sous les cerisiers. Chaque pétale tombe avec une précision silencieuse, et pourtant rien n’est perdu. Tout se transforme en souvenir au moment même où cela existe.


Pluie de pétales
Dans le creux de sa paume
Ils tiennent un instant

 

Poésie par Philémon

LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT

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URASHIMA TARO

15 Mars 2026, 17:01pm

Estampe par Kuniyoshi

Estampe par Kuniyoshi

LE PÉCHEUR DU ROYAUME SOUS LA MER (2ème partie)

 

La genèse de l’histoire est fascinante, car elle se situe à la frontière entre mythe, légende et conte populaire.


La première trace écrite de ce récit remonte au VIIIᵉ siècle, dans deux chroniques fondamentales :

  • Le Nihon Shoki (Chroniques du Japon, 720), où l’on trouve une mention d’un pêcheur nommé Urashimako.

    Le Manyōshū (Recueil de dix mille feuilles, vers 760), une anthologie de poèmes où Urashimako est évoqué comme un homme ayant voyagé « au-delà de la mer » et ne revenant jamais pareil.

    Plus tard, le conte apparaît dans des recueils narratifs comme le Otogi-zōshi (XIVᵉ–XVᵉ siècles), où sa forme actuelle : le pêcheur, la tortue, le palais du Roi Dragon et le coffret du temps se fixe.

Cette narration s’enracine dans les mythes marins japonais et la croyance en des royaumes sous-marins habités par des dieux-dragons (Ryūjin) et les concepts bouddhiques du temps et de l’impermanence ( mujō) : le paradis du fond de la mer symbolise l’illusion d’un bonheur hors du cycle du monde.

  • Ce conte est également sous l’influence de récits chinois anciens, notamment des histoires d’immortels visitant des îles merveilleuses, puis revenant des siècles plus tard dans un monde changé (Penglai, Horaisan).

Urashima Tarō représente la fascination japonaise pour le passage du temps, l’illusion du paradis, et la nostalgie du monde perdu.

Il exprime un thème universel : celui de l’homme qui touche le divin un instant, puis se retrouve exilé du présent pour toujours
URASHIMA TARO

Poésie reliée à la narration du conte par Philémon

 

Coquillage clos
Ton rire y résonne encore
Douce prison d’eau
J’ai voulu voir le soleil
Et j’ai perdu le rêve

Un siècle s’éteint
Dans le souffle de la mer
Mon cœur s’y dissout
Ô princesse du profond
Ton adieu engloutit tout

 

Boîte interdite
Écrin d’un temps disparu
Main d’homme trop faible
Quand l’air m’effleure le front
Je deviens poussière d’onde

 

La boîte scellée

Quand il revint, la plage semblait étrangère. Les arbres avaient grandi, les villages changés, les visages éteints. La boîte pesait dans sa main comme un dernier serment. Il l’ouvrit, croyant revoir ses années perdues. Mais ce fut son souffle qui s’en échappa.

Boîte entrouverte
Le vent murmure un nom
Que nul ne connaît

 

URASHIMA TARO

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