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Poésie Japonaise

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12 Décembre 2025, 18:01pm

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Suite à ma chute d'hier, je me trouve dans l'obligation d'avoir l'épaule droite immobilisée.

En conséquence, je remercie toutes les amies et tous les amis Blogueurs qui me suivent si gentiment et qui soutiennent mes publications car je serai absent du blog pendant quelques mois.

C'est avec une grande joie et une épaule guérie que je reprendrai mes activités de blogueur.

Bonnes et heureuses fêtes de fin d'année !!!

A bientôt !

Philémon

 

 

 

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CONTE DE LA GRUE RECONNAISSANTE

7 Décembre 2025, 16:40pm

Estampe de Utagawa Hiroshige

Estampe de Utagawa Hiroshige

Il était une fois, dans une vallée enneigée du Nord du Japon, un jeune homme pauvre nommé Yōsaku.


Il vivait seul dans une humble cabane de bois, entourée de pins et de silence.


Ses journées se passaient à couper du bois et à marcher dans la neige pour échanger quelques fagots contre un peu de riz.


Mais malgré sa misère, Yōsaku possédait un cœur droit et généreux, et ses yeux savaient encore s’émerveiller de la beauté du monde.

 

Un soir d’hiver, alors que le soleil déclinait derrière les montagnes, Yōsaku aperçut une grue blanche prise dans un piège à collet.


Ses ailes se débattaient désespérément dans la neige tachée de sang.


Il s’approcha doucement, la libéra, et murmura :

« Va, belle créature. La liberté te rendra plus forte que la peur. »

La grue le fixa de ses yeux sombres et profonds, comme si elle voulait graver son visage dans sa mémoire, puis s’envola dans le ciel d’argent, jusqu’à disparaître dans la neige qui tombait.

Puis, une nuit alors que le vent faisait gémir les murs de la cabane, quelqu’un frappa à sa porte : en ouvrant, Yōsaku découvrit une jeune femme, vêtue d’un simple kimono blanc.

Ses joues étaient roses de froid, mais son regard rayonnait de douceur.
Elle dit d’une voix claire :

« Je me suis perdue dans la tempête. Puis-je trouver refuge ici cette nuit ? »

Yōsaku, ému, l’accueillit.
Ils partagèrent le peu de riz qu’il lui restait, et la jeune femme remercia avec un sourire si lumineux que le feu sembla brûler plus chaudement.


Les jours suivants, la neige continua de tomber sans fin.
La jeune femme resta, aidant Yōsaku dans les tâches du foyer, tissant des nattes, chantant d’une voix si pure qu’elle semblait faire fondre la glace sur les branches.

Bientôt, elle lui dit :

« Si tu le veux bien, laisse-moi devenir ton épouse. Je souhaite vivre ici, simplement, auprès de toi. »

Et ainsi, ils devinrent mari et femme.

Une fois mariée, la jeune femme déclara , un jour :

« J’aimerai tisser une étoffe pour toi, mais promets-moi une chose : ne regarde jamais dans la pièce pendant que je travaille. »

Spontanément,Yōsaku le lui promit.

Sur ces mots, elle entra dans la petite chambre, ferma la porte, et pendant des jours, on entendit le bruit léger du métier à tisser.

Quand elle sortit enfin, elle tenait entre ses mains un tissu d’une beauté indescriptible : une étoffe brillante comme la neige au clair de lune, plus fine que le souffle du vent.

Elle dit :

« Vends-la au village. Ce tissu vaut plus que l’or. »

Et en effet, au marché, les chalands et les marchands s’émerveillèrent.


Grâce à cette étoffe, Yōsaku et sa femme purent vivre dans l’aisance.

Mais la jeune femme retourna bientôt tisser encore, et chaque fois, elle ressortait plus pâle, plus fragile, comme si sa vie se mêlait aux fils du métier.

Un soir, consumé par la curiosité et l’inquiétude, Yōsaku ne put résister: il entrouvrit la porte…

Et là, il vit une grue blanche.
La même qu’il avait libérée.

Elle arrachait ses propres plumes pour les mêler aux fils du métier, tissant avec sa douleur la splendeur du tissu.
Ses ailes tremblaient, mais ses yeux brillaient d’une lumière douce.

Effrayé et bouleversé, Yōsaku recula.


La grue se retourna et dit d’une voix humaine :

« Tu as vu ce que je voulais te cacher.
Je suis la grue que tu as sauvée.
Je suis venue pour te remercier, mais désormais, je dois repartir. »

Elle rétablit sa forme , déploya ses ailes blanches dans la lueur de l’aube, et s’éleva lentement dans le ciel.


Yōsaku courut dans la neige, les bras levés, criant son nom, mais la grue ne se retourna pas.


Elle monta, monta encore, jusqu’à se fondre dans la lumière du matin.

Il garda longtemps le dernier tissu qu’elle avait tissé : le dernier souvenir d’un amour impossible entre l’homme et l’oiseau.


Et chaque hiver, quand la neige tombait, on disait qu’une grue blanche planait au-dessus de sa maison, veillant sur lui en silence.

Ainsi se termine la légende de la Grue reconnaissante,
qui enseigne que
la gratitude sincère dépasse la vie humaine,
mais aussi que
le mystère des cœurs aimants ne doit pas être forcé.

Car parfois, dans le silence du secret, réside la beauté même de l’amour.

 

Ce conte d’origine populaire est plus récent que celui du Coupeur de Bambous, mais ses racines sont profondément ancrées dans les traditions rurales du Japon.

Il appartient à la catégorie des “contes de gratitude animale” (ongaeshi-mono), où un animal sauvé par un humain revient plus tard pour le remercier.

Les versions orales les plus anciennes remontent probablement à l’époque Edo (XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècle), bien que des motifs similaires existaient déjà dans des récits du Moyen Âge japonais (setsuwa).


Il a été transmis par le bouche-à-oreille dans tout le pays, avec de nombreuses variantes régionales.

Ce récit s’inspire de plusieurs sources :

  • Les croyances shintoïstes selon lesquelles les animaux : en particulier la grue , sont des messagers des dieux (kami) et des symboles de pureté et de fidélité.

    Les valeurs bouddhiques de reconnaissance et de détachement : le bien accompli revient à son auteur, mais l’attachement brise l’harmonie.

    Des mythes animistes où la frontière entre humains et animaux est poreuse, chaque être vivant ayant une âme (tamashii).

La grue ( tsuru) est au Japon un oiseau sacré :

  • Elle symbolise la longévité, la loyauté et la gratitude.

    Dans ce conte, elle incarne la beauté sacrificielle : elle se dépouille de ses plumes pour offrir à l’homme un don tissé de sa propre chair.

    Le thème du secret interdit (ne pas regarder) rappelle aussi des mythes européens comme Psyché et Éros, mais ici la transgression mène non à la punition, mais à une séparation douce-amère, typiquement japonaise.

En résumé
La Grue reconnaissante reflète la sensibilité japonaise à la nature vivante et à la gratitude silencieuse.

C’est une parabole sur la bonté, le respect du mystère, et la fragilité de l’amour entre mondes différents : humain et spirituel, visible et invisible.
 

La Grue reconnaissante à travers les âges :

dans le théâtre et les arts classiques:
  • Cette histoire est très populaire dans le théâtre de marionnettes Bunraku et le Kabuki à partir du XVIIIᵉ siècle.


  • On y met l’accent sur la pureté du sacrifice et sur la beauté du geste silencieux.


  • Les pièces s’appellent souvent Tsuru Nyōbō (La femme-grue) ou Yuki no Tsuru (La grue dans la neige).

    Dans le , la grue est un symbole récurrent de la transformation spirituelle : elle représente une âme libérée, purifiée par la souffrance.


  • On retrouve ces images jusque dans les danses rituelles shintoïstes où des prêtresses portent des ailes blanches.

dans la littérature et les arts visuels :
  • Le motif de la grue reconnaissante a inspiré d’innombrables poèmes et estampes.


  • Elle incarne à la fois la bonté réciproque (ongaeshi) et le tabou du secret violé, thème très présent dans les contes japonais.

    Des auteurs modernes comme Ogawa Mimei (considéré comme le “Andersen japonais”) ont réécrit la légende au début du XXᵉ siècle, en accentuant la tristesse et la pureté de la femme-grue.

dans la culture contemporaine :
  • La légende a inspiré des films, animés et romans modernes, où la grue devient symbole d’un amour impossible ou d’un lien entre deux mondes.


  • Quelques exemples :

    • The Crane Wife (1979), chanson inspirée du conte, reprise par le groupe américain The Decemberists (2006).

      Le film japonais Yuki no Tsuru (1953) et plusieurs adaptations animées diffusées dans les écoles.

      Spirited Away (Le Voyage de Chihiro, 2001) du Studio Ghibli reprend le thème central : le don, la gratitude et l’interdiction du regard sur l’être aimé.

      Le motif du tissage apparaît aussi dans Princess Kaguya de Takahata, comme un écho visuel à la création du tissu-lumière de la grue.

La grue aujourd’hui

Au Japon moderne :

  • La grue est le symbole de la paix et de la longévité.

    Elle est liée à l’histoire de Sadako Sasaki, fillette victime de la bombe d’Hiroshima, qui plia mille grues en papier pour la paix.


  • Ce geste (senbazuru) est directement inspiré par la symbolique de Tsuru no Ongaeshi.


  • Il perpétue le message du conte : le pouvoir de la bonté et du souvenir.

 


 

Estampe de Utagawa Hiroshige

Estampe de Utagawa Hiroshige

POÉSIE PAR PHILÉMON

 

Sous la neige froide 
Une grue blessée tremble
Mains d’homme la sauvent
Le cœur ne sait pas encore
Qu’il tisse sa propre perte

 

Fils de soie dorée 
Plume et larme se mêlant
Le don silencieux
Dans le métier endormi
Une âme s’effiloche

 

Toi que j’aimais tant 
Je te laisse mon ouvrage
Trame de pardon
Mon vol monte vers la lune
Je redeviens nuage.

 

Sous le ciel d’hiver 
Une plume solitaire
Souvenir d’amour
Le vent fredonne son chant
Comme une douce prière

 

Haïbun


La femme au métier

Elle tissait sans repos, derrière la porte close.
Chaque étoffe brillait d’une lumière que nul ne pouvait nommer.
Le jeune homme, troublé, voulut savoir d’où venait cette beauté. Quand il ouvrit la porte, il ne trouva qu’une grue blanche, éparse de plumes.

Vent sur le métier
Les fils tremblent doucement
L’écho d’un adieu

 
 
Le vol du retour

Le matin se leva sur un champ de neige pure. Une ombre s’éleva lentement dans le ciel, traînant un cri long, plein de larmes invisibles. L’homme resta seul, tenant contre lui le dernier tissu, chaud encore du souffle d’un oiseau.

Dans le ciel vide
Une plume retombe
Souvenir vivant
 
 Philémon
Estampe de Utagawa Hiroshige

Estampe de Utagawa Hiroshige

CONTE DE LA GRUE RECONNAISSANTE

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SYMPHONIE AUTOMNALE

29 Novembre 2025, 16:27pm

Tourbillon de feuilles d'érable, estampe de Suzuki Harunobu

Tourbillon de feuilles d'érable, estampe de Suzuki Harunobu

Estampe de Mizuno Toshikata, 1891-1893

Estampe de Mizuno Toshikata, 1891-1893

Poésie par Philémon

 

Feuilles écarlates
Sous le vieux pont de bois noir
L’eau qui tourbillonne
Chaque reflet emporte
Un fragment de ton souffle

 

Sur la véranda
Un bol oublié fume encore
Le soir s’installe
Des grillons accompagnent
Le silence des montagnes

 

Dans la rivière
Les feuilles rouges descendent
Lente dérive
Ce courant les emporte
Vers un océan lointain

  1.  

Un gong de temple
Dans le soir de novembre
Long écho profond
Les érables s’inclinent
Comme pour saluer l’ombre

 

Haibun

 

La fête de la lune

En ce soir clair, les familles s’assemblent sur la terrasse. Le riz nouveau brille dans les coupes, les pampas argentés se dressent dans un vase. La lune d’automne, ronde et immense, semble veiller sur chaque sourire.

lune d’automne
dans le bol de riz fumant
une mer de lait

 

La forêt rouge

Il traverse la vallée. Chaque érable semble embrasé, chaque pierre recouverte de feuilles éclatantes. Le vent disperse ces fragments comme des flammes fragiles. L’automne est un incendie qui ne détruit rien, seulement le temps.

érables en feu
le ruisseau emporte lentement
un ciel écarlate

 

 

Les kakis suspendus

Devant chaque maison, des grappes de kakis sèchent au soleil. Les cordes oscillent doucement dans le vent. Leur couleur orange éclaire les façades grises. On dirait des lanternes pour accueillir l’hiver.

kakis suspendus
dans le vent de la montagne
un parfum sucré

 

Philémon

  1.  

  1.  

SYMPHONIE AUTOMNALE

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LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS

21 Novembre 2025, 19:42pm

LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS
LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS
Taketori Monogatari

La légende du Coupeur de Bambous est considérée comme le plus ancien récit de la littérature japonaise, souvent surnommée La princesse Kaguya (Kaguya-hime). Elle daterait du Xe siècle (période Heian, qui a été l’âge d’or de la culture impériale).

Origine :
  • Auteur : Inconnu, mais souvent attribué à un moine ou un lettré de cour.

    Sources possibles : anciennes légendes chinoises et contes populaires japonais sur les êtres célestes (tennyo).

    Thèmes : la beauté éphémère, la nostalgie du monde céleste, le refus des désirs terrestres, et la séparation entre le monde des hommes et le monde divin.

    Ce conte est parfois vu comme une première forme de science-fiction, car il met en scène une visite venue de la Lune : bien avant les récits modernes sur le sujet !

  •  

Il y a très longtemps, à une époque où les dieux marchaient encore parmi les hommes, vivait un humble coupeur de bambous nommé Taketori no Okina.


Chaque jour, il partait dans la forêt, son couteau à la main, pour couper les tiges vertes et élancées qui murmuraient au vent.


De la forêt de bambous il tirait de quoi vivre modestement avec son épouse : une vieille femme douce et bienveillante, mais au regard triste, car le couple n’avait jamais eu d’enfant.

 

Un soir, alors que le soleil s’effaçait derrière les collines, Taketori vit au loin un bambou qui luisait d’une étrange clarté, comme si la Lune elle-même y avait versé une larme.


Intrigué, il s’en approcha, coupa la tige… et là, au cœur du bambou, il découvrit une minuscule fillette, haute comme le pouce, baignée de lumière, elle souriait, paisible, et l’air autour d’elle semblait chanter.

Pris d’un grand émoi, le vieillard la porta contre son cœur et murmura :

« Si les cieux m’envoient un enfant, alors mon âme est comblée. »

Il la rapporta chez lui, et avec son épouse, ils l’élevèrent comme leur propre fille.


À mesure que les jours passaient, l’enfant grandissait à une vitesse miraculeuse. En quelques lunes, elle devint une jeune femme d’une beauté si éclatante que nul ne pouvait soutenir son regard sans frémir.


Ils la nommèrent Kaguya-hime, la princesse rayonnante de lumière.

Chaque fois que l'homme coupait du bambou, il trouvait dans certaines tiges des pépites d’or ou des étoffes précieuses, comme si la forêt elle-même bénissait le couple.


Bientôt, leur maison pauvre devint un petit palais, et Kaguya-hime fut élevée dans la splendeur.

Mais plus sa beauté grandissait, plus la rumeur se répandait.
Des seigneurs vinrent des provinces lointaines, des nobles en habits brodés se pressèrent à sa porte.


Cinq parmi eux, les plus puissants du royaume, demandèrent sa main.

Kaguya-hime, douce mais résolue, refusa de choisir.
Elle dit :

« Si vraiment votre amour est sincère, rapportez moi ce que nul ne peut obtenir. »

Et elle énonça cinq quêtes impossibles :

  1. Le bol de pierre du Bouddha caché dans les temples du ciel,

  2. La branche d’argent et de joyaux de l’arbre sacré de Penglai, île mythique des immortels,

  3. La peau du feu du dragon que nul mortel n’a jamais approché,

  4. La gemme brillante du cou d’une chimère,

  5. La coquille d’une hirondelle qui niche sous la mer.

Chacun partit plein d’arrogance et de promesses…

 

Mais tous revinrent brisés, certains couverts de honte, d’autres n’en revinrent jamais.


Leurs ruses et leurs mensonges furent dévoilés, et Kaguya-hime versa des larmes silencieuses :

« Aucun d’eux ne cherchait mon cœur, mais ma gloire. »

C’est alors que l’empereur du Japon, ayant entendu parler de sa beauté céleste, vint la voir.


Il fut ébloui, mais il sentit aussi une étrange tristesse en elle , comme une flamme qui tremble dans le vent.


Ils s’échangèrent des poèmes, des lettres parfumées, et dans son cœur, l’empereur conçut un amour sincère.


Mais Kaguya-hime, bien qu’elle l’aimât d’une tendresse pure, lui dit un jour :

« Mon corps appartient à ce monde, mais mon âme regarde ailleurs. »

Lorsque les nuits d’été s’allongèrent, Kaguya-hime se mit à contempler la Lune, le visage baigné de larmes.
Elle cessa de sourire.


Ses parents, inquiets, la pressèrent de parler, et enfin, elle leur révéla son secret :

« Je ne suis pas de ce monde. Je viens du royaume de la Lune. Pour une faute oubliée, j’ai été envoyée ici-bas pour un temps ; mais bientôt, ma famille viendra me chercher. »

Les parents âgés supplièrent les cieux de la leur laisser, mais nul ne peut changer le destin.


L’empereur envoya des gardes autour de sa demeure, espérant la retenir.


Pourtant, à la nuit convenue, le ciel s’ouvrit dans une lumière de grande clarté.


Des êtres vêtus de brume descendirent sur des chars d’argent. La musique des sphères emplissait l’air.

Kaguya-hime embrassa ses parents et dit :

« Vous m’avez offert l’amour que les cieux ignorent. Pour cela, je vous bénis. »

Elle écrivit une lettre d’adieu à l’empereur, laissa un flacon d’élixir d’immortalité, et monta vers la Lune, son visage s’effaçant dans la lumière.

Quand l’empereur reçut la lettre, il pleura longuement.
Il refusa de boire l’élixir :

« À quoi sert l’immortalité, si elle ne partage pas ma solitude ? »

Il ordonna que l’élixir et la lettre soient brûlés au sommet du mont le plus haut du pays, pour que la fumée monte jusqu’à elle.


Et depuis ce jour, dit-on, le Mont Fuji tire son nom du mot fushi , “immortel”, et la fumée qui s’élève encore parfois vers le ciel serait le soupir du roi pour la princesse de la Lune.

 

Épilogue :

Ainsi s’achève le conte de Kaguya-hime, la princesse née du bambou, fille des lunes et des hommes.
Son histoire nous rappelle que la beauté et l’amour sont éphémères, mais que leur souvenir éclaire les âmes bien après que la lumière se soit éteinte.

 

Le conte explore plusieurs thèmes profonds :

  • L’impermanence (mujo) : rien de beau ne dure, même la beauté divine.

    La nostalgie du ciel et la séparation entre le monde céleste et le monde humain.

    La vanité humaine : la quête impossible de richesse, de gloire ou d’immortalité.

    La solitude et le devoir, à travers le destin inévitable de Kaguya-hime.


Cette légende a inspiré de nombreuses œuvres :

 

  • Le film d’animation « Le Conte de la princesse Kaguya » du Studio Ghibli, réalisé par Isao Takahata (2013), en est une adaptation poétique et visuellement magnifique.

    On y retrouve aussi des échos dans la littérature japonaise classique et même dans la culture populaire moderne (mangas, jeux vidéo, bandes dessinées, etc.).

LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS

POESIE du conte « Le Coupeur de bambous »

Par Philémon

 

Dans l’ombre des bois
Un rai d’or fend le silence
Enfant de la lune
Dormant dans le creux des tiges
Changera le destin d’hommes

  1.  

Une lame d’argent
Le bambou se met à chanter
Un éclat de lune
Révèle un être fragile
Le vieillard retient son souffle

 

Les princes s’inclinent
Leurs présents lourds d’arrogance
Elle sourit pourtant
Léger souffle d’autre monde
Promesse sans attache

 

Au fond des bambous
Le coupeur cherche le son
De son doux passé
Le vent seul lui répondra
Dans un soupir de regret

 

 

Le coupeur de bambous”

 

Le rayon d’or

Le vieux coupeur n’attendait plus rien de la vie, sinon la simple fatigue des jours. Pourtant, un matin, l’or jaillit au cœur du bambou. L’enfant minuscule lui sourit comme si elle l’avait choisi.


lueur dans les tiges
la lune offre en silence
un être sage

 

Le repas du soir

Le vieil homme et son épouse prenaient leurs repas en observant la jeune fille. La pièce semblait plus claire quand elle était là. Ils savaient qu’un jour, peut-être, les cieux la leur reprendraient. Alors ils savouraient chaque instant, comme si le temps pouvait s’étirer.


brume sur le thé
le bonheur tient tout entier
dans un simple rire

 

Après son ascension

 

Le couple, désormais seul, se rend parfois dans la bambouseraie. Le vent joue entre les tiges, comme autrefois la voix de la jeune fille. Ils n’espèrent plus son retour, mais ils savent qu’un peu de sa lumière demeure dans chaque reflet du soir.


nuit douce qui tombe
dans le creux des feuilles vertes
un souvenir brille

Philémon

 

  1.  

LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS
LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS

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POÉSIE AUTOMNALE

18 Novembre 2025, 16:40pm

Averse au bord du lac, estampe de Kawase Asui, 1932

Averse au bord du lac, estampe de Kawase Asui, 1932

Poèmes par Philémon

 

 

Un pont vermillon
Sur l’eau douce du torrent
Flottent des érables
Son ombre se dissout
Dans l’ardeur des couleurs

  1.  

Au temple vide
Le son des gongs résonne
Loin dans la vallée
L’automne se recueille

En silence mordoré

 

Le ginkgo doré
Éclaire la ruelle
Comme un soleil
Qui décline sans regret
Dans l’air léger de Kyoto

 

Le gong du soir

À la tombée du jour, il s’arrête devant un temple. Le moine frappe le gong, et le son se propage comme une onde dans la vallée. Les montagnes répondent d’un silence profond. Dans la lumière déclinante, il comprend alors que l’automne n’est pas seulement de la couleur, mais aussi de l’effacement.

A l’ombre des pins
Le parfum de sésame
S’échappe du feu

Calendrier 2025 du rougissement des érables

Calendrier 2025 du rougissement des érables

POÉSIE AUTOMNALE

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ODE A L ‘AUTOMNE DU JAPON

10 Novembre 2025, 09:42am

Deux femmes dans le vent d'automne, estampe de Suzuki Harunobu

Deux femmes dans le vent d'automne, estampe de Suzuki Harunobu

Chaque année , le service météorologique japonais publie des calendriers pour permettre au public d’assister aux changements de couleurs du feuillage de certains arbres : érables et ginkgos, sur les quatre grandes îles de l’archipel.

 

        Ryokô wo tanoshindekudasai (Bon voyage) !

 

ODE A L ‘AUTOMNE DU JAPON

ODE D'AUTOMNE :

 

Hokkaidō :

Le souffle du nord
Déjà, les vents descendent des monts Daisetsu,
et la brume effleure les lacs comme un voile ancien.
Les érables s’embrasent, rouges de pudeur,
tandis que les grues s’élancent vers les ciels d’hiver.
Ô île du nord, ton automne a la saveur du silence,
où chaque feuille tombée murmure :
shizuka ni :
doucement, le monde se prépare au sommeil.


 

Honshū

Le cœur battant des saisons
Sous les torii de Kyoto, les feuillages flamboient
comme des lanternes suspendues dans l’air limpide.
Les rizières dorées s’inclinent en offrande,
et le Fuji, couronné de givre, contemple son royaume.
Sur les chemins de Nikkō, les moines prient,
leurs pas mêlés au craquement des feuilles.
L’automne ici est un poème calligraphié
par le vent sur la peau du temps.


 

Shikoku

L’île des pèlerins et des rivières
Les sentiers du henro serpentent entre les érables,
et les temples s’illuminent d’un feu paisible.
Le murmure des torrents répond au chant des gongs

et les mandariniers s’inclinent sous leurs fruits d’or.
Shikoku, douce gardienne du sud,
ton automne est un repos d’âme,
une offrande de lumière sur la pierre mouillée.


 

Kyūshū

Le crépuscule parfumé
Des vapeurs d’onsen montent dans l’air du soir,
mêlant la chaleur du soufre à celle du souvenir.
Les camélias s’inclinent devant les sanctuaires,
et les cigales d’automne fredonnent leur dernière prière.
Ici, la terre fume encore, vivante et calme,
et le ciel se teinte de cuivre au-dessus des volcans.
Kyūshū, île du feu et de la brume,
ton automne est une promesse : celle du renouveau.


 

Ainsi le Japon s’incline, quatre fois, sous la même saison.
De l’aube boréale au crépuscule des îles du sud,
chaque feuille qui tombe est un haïku du temps
éphémère, parfait, et infiniment doux.


 

ODE A L ‘AUTOMNE DU JAPON
ODE A L ‘AUTOMNE DU JAPON

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LÉGENDE ASIATIQUE DE LA TISSERANDE ET DU BOUVIER 3/3

5 Novembre 2025, 19:52pm

LÉGENDE  ASIATIQUE DE LA TISSERANDE ET DU BOUVIER     3/3

Plus loin encore, là où le soleil se lève sur les bambous et les lucioles, le Japon fit de cette histoire une fête de vœux et d’espérance : TANABATA.


C’est la même rivière, les mêmes étoiles, mais un autre rêve.

La Tisserande et le Berger des Étoiles , version japonaise:

 

Au bord de la Voie lactée, la princesse céleste Orihime tissait chaque jour des tissus si fins qu’ils faisaient scintiller les nuages.


Son père, le dieu Tentei, admirait son talent, mais s’attristait de la voir seule.
Il décida donc de la présenter à
Hikoboshi, le berger des étoiles, gardien des bœufs célestes.

Ils se virent, s’aimèrent, et ne se quittèrent plus, mais dans leur bonheur, ils oublièrent leurs devoirs :
les bœufs s’égarèrent, et plus aucun tissu ne fut tissé et même le ciel s’assombrit.


Tentei, en colère, traça entre eux une rivière de lumière : la Voie lactée.
Orihime, inconsolable, supplia son père.


Alors, touché par sa peine, il accorda sa grâce :

« Vous vous reverrez une fois l’an, si le ciel reste clair. »

Chaque septième jour du septième mois, les étoiles Véga et Altaïr s’approchent, et si le ciel n’est pas couvert, elles se rejoignent sur un pont d’oiseaux.


Les hommes, en bas, célèbrent ce jour sous le nom de Tanabata

.
Ils écrivent leurs vœux sur de petits papiers colorés : les
tanzaku , qu’ils suspendent aux branches de bambou.


Car si les amants célestes se retrouvent, peut-être que les vœux des humains, eux aussi, franchiront la rivière du Ciel ?

Épilogue :

Sous le même ciel

Trois nations, trois langues, mais un seul récit :
celui de deux êtres séparés par le destin, unis par le ciel, et par l’amour plus fort que la distance.

 

En Chine, ils sont Niulang et Zhinu, fidèles malgré l’interdit.


En Corée, Gyeonwu et Jiknyeo, rappelés à l’ordre par le devoir.


Au Japon, Hikoboshi et Orihime, porteurs d’espérance et de vœux.


 

Et chaque année, lorsque les étoiles Véga et Altaïr s’approchent, le monde entier peut lever les yeux vers la Voie lactée et murmurer :

« Que les amants se retrouvent… et que nos vœux traversent le ciel. »
 
Ainsi se termine l’exposé de cette légende vue par trois pays d’Asie et réunies ensemble pour la première fois sur du vélin.

 
 
LÉGENDE  ASIATIQUE DE LA TISSERANDE ET DU BOUVIER     3/3
POÉSIE PAR PHILÉMON
Tankas

Tanabata

Sous le bambou vert
Des vœux dansent au vent léger
Orihime rêve
Altaïr lui répond aimant
Sur la rivière d’argent

  1.  

Fil de soie et pluie
Deux étoiles se frôlant
Un pont de silence
Oiseaux et brume unis
Sous le souffle du destin

  1.  

La nuit étoilée
Les lanternes dans le vent.
Un vœu suspendu
“Puissent nos cœurs se revoir
Avant que passe la pluie”

  1.  

Le métier s’endort
Les bœufs lèvent leurs cornes
Sur la voie lactée
Leurs cris tissent une nuit
Que même Dieu n’efface

 

Haibun

 

Tanzaku*
Les papiers de couleur frémissent sous la brise. Les enfants y ont écrit leurs rêves, les amants leurs espoirs. Orihime regarde, de là-haut. Elle lit les mots, tous semblables : « Revois-le ». Alors elle sourit, et la pluie s’arrête.

bambou ployant
un vœu s’accroche au vent
avant la rosée
 
*bande de papier coloré où les gens écrivent leurs souhaits :
Les couleurs du tanzaku ont des significations spécifiques :

Rouge: représente le bonheur et la bonne fortune.

Bleu: symbolise la paix et la tranquillité.

Jaune: représente la richesse et la prospérité.

Blanc: signifie la pureté et les nouveaux départs.

 

 

"Le ciel lumineux"
Les nuages se dispersent : le pont est prêt. Hikoboshi attend, la main tendue. Orihime s’avance, hésitante. Le premier pas sur les plumes du monde. Entre eux, une éternité contenue dans un seul instant.

ciel sans nuage
deux étoiles s’inclinent
et tout se tait
LÉGENDE  ASIATIQUE DE LA TISSERANDE ET DU BOUVIER     3/3
LÉGENDE  ASIATIQUE DE LA TISSERANDE ET DU BOUVIER     3/3

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LA CHÂTAIGNE AU JAPON 2/2

2 Novembre 2025, 19:16pm

LA CHÂTAIGNE AU JAPON   2/2

C’est un symbole de l’automne japonais

L’automne (aki,) est associé à la nourriture saisonnière (shun no tabemono).

Les châtaignes sont l’un des emblèmes de cette saison, au même titre que les champignons (matsutake), les patates douces (satsumaimo) et les kakis (kaki).


Elles symbolisent la prospérité, la récolte et la force, car autrefois elles constituaient une source importante d’énergie avant l’hiver.

Mets traditionnels d’automne à base de kuri :

  • Kuri gohan : riz cuit à la vapeur, mélangé à des morceaux de châtaignes cuites — un classique des repas automnaux.

    Kuri kinton : purée sucrée de châtaignes, parfois mélangée à de la patate douce. On la déguste à l’automne mais aussi au Nouvel An pour porter chance.

    Mont Blanc japonais : adaptation du dessert français, très populaire dans les pâtisseries nippones à l’automne.

    Kuri manju : petite pâtisserie wagashi fourrée de pâte de haricot sucré et de châtaigne.

Les châtaignes japonaises (nihon-guri) sont cultivées depuis des siècles.
Les régions réputées incluent :

  • Gunma, Nagano, Kyoto, Ehime, et Kumamoto.


  • Les marchés d’automne et festivals (aki matsuri) proposent souvent des stands où l’on peut acheter ou griller des châtaignes fraîches.

Dans la poésie haïku, la châtaigne (kuri) est un mot de saison (kigo) associé à l’automne, évoquant la simplicité rustique et la chaleur du foyer.


Elle incarne aussi une nostalgie douce pour la campagne japonaise et la transition vers l’hiver.

Aujourd’hui, on trouve du kuri dans toutes sortes de douceurs :

  • Glaces, lattés, dorayaki, et même KitKat aux marrons !


  • Les cafés et depachika (sous-sols gourmets des grands magasins) rivalisent de créativité chaque automne.

Contemplation de la lune d'automne, estampe de Toyohara Chikanobu 1896.

Contemplation de la lune d'automne, estampe de Toyohara Chikanobu 1896.

POÉSIE PAR PHILÉMON

Tanka et haï bun

 

Sous le vieux ponton
L’eau roule des coques vides
Chants de fin d’automne
La châtaigne en se taisant
Offre encor sa douceur brune

  1.  

Un panier de jonc
Emplis de fruits lourds tièdes
Près du temple froid
L’ermite souffle une prière
Dans la vapeur du matin

 

 

Châtaigne tombée
Dans l’ombre du torii rouge
Bruit de fin d’averse
Même la pierre du sanctuaire
Semble sourire un instant

 

 

Les sentiers brûlés
Par les feuilles et le vent
Mènent au foyer
Une vieille femme épluche
Sans hâte la fin du jour

  1.  

Montagne paisible
La marmite frissonne au feu
Châtaignes riz blanc
Un nuage s’étire
Comme un rêve vaporeux

  1.  

Châtaignes grillées
Sur le marché de Kyoto
Odeur d’enfance
Les cigales se sont tues
Le cœur du vieil homme bat encor

 

Devant la maison du potier

Le vieil homme est invité à goûter le riz aux châtaignes, fumant dans un bol d’émail craquelé. Le thé coule, vert et doux. Dans le jardin, les feuilles tombent sans hâte. Le silence a le goût de la gratitude.


Riz et châtaignes
La vapeur s’élève encor
Après les mots tus


 

Sur la route du col d’Arima

Le vent gifle les joues, chargé d’odeurs de mousse et de feu de bois. Dans son sac, quelques châtaignes ramassées, promesse de soupe du soir. Le ciel s’assombrit, bleu profond, presque violet.


Un feu sous la pluie
Les coques marrons luisent
Comme Reine du ciel
​​​​​​​​​​​​​​

LA CHÂTAIGNE AU JAPON   2/2
LA CHÂTAIGNE AU JAPON   2/2

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LE BOUVIER ET LA TISSERANDE CÉLESTE (Gyeonwu wa Jiknyeo) 2/3 Version Coréenne

29 Octobre 2025, 19:30pm

LE BOUVIER ET LA TISSERANDE CÉLESTE   (Gyeonwu wa Jiknyeo)  2/3  Version Coréenne

Cette légende provient de la mythologie chinoise ancienne, probablement issue de traditions orales autour du fleuve céleste (la Voie lactée). Elle est associée à la fête de Qixi célébrée le 7e jour du 7e mois lunaire : souvent appelée le “Saint-Valentin chinois”

 

Mais le Ciel n’a pas qu’un seul langage.


Au-delà de la mer de l’Est, en Corée, les sages ont gardé la même histoire : mais teintée d’une leçon de mesure et de devoir.

Le Bouvier et la Tisserande céleste : version coréenne :

 

Au royaume des nuages vivait Jiknyeo, la fille du Roi du Ciel.
Ses doigts tissaient les habits des dieux, ses fils d’or formaient les brumes de l’aube.


De l’autre côté du fleuve céleste, Gyeonwu, le bouvier des étoiles, gardait les bœufs du firmament.

Un jour, ils se rencontrèrent et tombèrent amoureux.
Leur mariage, d’abord béni par le Roi du Ciel, devint bientôt source de désordre :


Jiknyeo négligea son métier à tisser, Gyeonwu oublia son troupeau.
Les cieux se vidèrent de lumière.

Alors le Roi du Ciel, dans sa colère, les sépara de part et d’autre de la rivière d’argent.
Mais voyant leurs larmes, il eut pitié :

« Si vous accomplissez vos devoirs, vous pourrez vous revoir une fois l’an. »

Chaque année, au septième jour du septième mois, les pies et les corneilles battent des ailes pour former un pont vivant.
Sur ce pont fragile, les deux amants célestes se retrouvent, pleurent, puis se séparent avant l’aube.

Et quand, ce jour-là, une pluie fine tombe sur la terre, les anciens disent :

« Ce sont les larmes du Ciel, les larmes des amants. »

Cette nuit s’appelle Chilseok , la nuit où l’amour et le devoir se rencontrent dans les larmes et les étoiles.

Estampe d'origine Chinoise

Estampe d'origine Chinoise

 

POÉSIE PAR PHILÉMON
 

CORÉE (Gyeonwu wa Jiknyeo)

Tankas

 

Le fil s’est brisé
Le métier reste muet
Les bœufs ont fui loin
Mais les larmes du Ciel chantent
Le nom de Gyeonwu fidèle

  1.  

Jiknyeo tisse encore
Non pour l’ordre du Ciel non
Mais pour son regret
Chaque étoile qu’elle noue
Est un serment oublié

 

Sous la pluie de Chilseok*
La terre garde le silence
Les pies se font pont
Et les amants suspendus
Marchent sur leurs propres larmes

*Festival traditionnel qui a lieu chaque année le 7ème jour du 7ème mois du calendrier lunaire, pour célébrer la réunion du couple céleste Gyeonwu et Jiknyeo, symbolisés par les étoiles Altaïr et Véga.

 

Le Roi des Cieux dort
Mais le vent ne dort jamais
Dans la nuit d’argent
Deux souffles se reconnaissent
Et tout l’univers soupire

 

 

Haïbuns :


 

"Sous l’œil du Roi"
Le ciel est strict, les dieux sévères. Jiknyeo baisse la tête, tisse sans repos. Gyeonwu garde les troupeaux, mais son regard traverse la rivière de lumière. Leurs mains ne se toucheront qu’une fois, et pourtant, ce souvenir suffit à nourrir mille saisons.

pont d’oiseaux
le vent entre deux visages
murmure « encore »

 

"Les larmes du devoir"
Les mortels ne voient qu’une pluie d’été. Mais chaque goutte qui tombe est un mot jamais prononcé, une caresse contenue. Chilseok revient, comme un serment répété. L’amour n’est pas refusé , seulement ajourné.

lune cachée
deux étoiles se cherchent
sans se rejoindre

Philémon
LE BOUVIER ET LA TISSERANDE CÉLESTE   (Gyeonwu wa Jiknyeo)  2/3  Version Coréenne

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LA CHÂTAIGNE AU JAPON 1/2

27 Octobre 2025, 15:51pm

Estampe de Utagawa Hiroshige

Estampe de Utagawa Hiroshige

Les châtaignes sont l’un des plus anciens aliments cultivés au Japon.
Des fouilles archéologiques ont révélé des restes de
kuri* datant de la période Jōmon (environ 10 000 à 300 av. J.-C.).


Les peuples Jōmon les faisaient sécher ou griller pour les conserver tout l’hiver, signe que la châtaigne jouait déjà un rôle vital dans l’alimentation saisonnière.

 

À cette époque, elle n’était pas seulement une denrée : c’était une offrande spirituelle aux divinités de la nature (kami), notamment dans les rituels liés aux récoltes.


La châtaigne, robuste et nutritive, représentait la force vitale offerte par la terre.

*châtaigne

Période classique : symbole d’abondance et d’élégance

Sous les ères Nara (710–794) et Heian (794–1185), la culture des châtaignes se raffine.


Elles apparaissent dans les banquets impériaux et les offrandes aux dieux shintō, notamment pendant les festivals des moissons.


Elles étaient souvent associées à la fertilité et à la prospérité agricole.

Dans la poésie waka et haiku, le kuri évoque la simplicité rustique mais noble de la campagne japonaise, contrastant avec la vie raffinée de la cour.


On y voit l’expression du concept esthétique de wabi-sabi : la beauté dans la modestie, l’imperfection et la nature passagère.

Période féodale : symbole de force et de courage.

Durant les époques Kamakura et Edo, les châtaignes acquièrent une signification martiale.


Elles deviennent un aliment de base pour les soldats samouraïs, car faciles à transporter et énergétiques.


Dans certaines régions, on les offrait aux guerriers avant une bataille en guise de porte-bonheur,  une source de force physique et morale.

De là vient l’expression proverbiale :

 

Kuri wa chie to chikara no moto
 
« La châtaigne est la source de la sagesse et de la force »
 

Dans le calendrier saisonnier japonais, l’automne est la période du "kuri no kisetsu" : la saison des châtaignes.


Elles sont offertes lors des fêtes des récoltes (Niiname-sai, ) et des fêtes locales shintō pour remercier les divinités agricoles.

Le kuri gohan (riz aux châtaignes) n’est pas seulement un plat savoureux : c’est une offrande symbolique exprimant gratitude et harmonie avec la nature.


C’est aussi une manière de marquer le passage du temps, chère à la sensibilité japonaise (mono no aware).

Aujourd’hui encore, manger des châtaignes à l’automne relie les Japonais à leurs racines agricoles et spirituelles.


Même dans les villes, les vitrines de pâtisseries et les depachika regorgent de desserts au kuri, rappelant que la saisonnalité reste un pilier de la culture gastronomique japonaise.

Le kuri kinton (purée sucrée de châtaigne) a également survécu comme aliment porte-bonheur du Nouvel An, symbole de richesse (kin = or) et de prospérité pour l’année à venir.

La châtaigne japonaise n’est pas qu’un fruit d’automne :
c’est une
trace vivante de la relation spirituelle entre les Japonais, la nature et le passage du temps.


Du feu Jōmon aux pâtisseries modernes, elle relie survie, gratitude et beauté éphémère, trois notions fondamentales de la culture japonaise.


 

LA CHÂTAIGNE AU JAPON  1/2

POÉSIE PAR PHILÉMON

 

Tanka et haï bun

 

Tanka

« Les châtaignes d’automne »

 

 

Sous la brume claire
Les châtaignes craquent encor
Fumée du foyer
Le vent passe hôte discret
Sur la peau tiède du bois

  1.  

Main d’enfant étonné
Piquant le fruit forestier
Marron luisant d’or
Le vieil arbre se souvient
Des éclats de rires d’antan

  1.  

Soir en montagne
Les châtaignes sur le feu
Parfum du retour
La lune rit au bord du bol
Miroir d’un simple festin

 

 

Fête des moissons
Les mains tachées de rousseur
Riz et châtaignes
Sous les lampions fatigués
Un rire s’attarde doré

 

 

Haïbun

Esquisses d’automne

Sous les chênes du Nara ancien

Les daims s’approchent, humant la terre. Sous leurs sabots, les bogues s’ouvrent, libérant une promesse tiède. Le moine s’accroupit les doigts noirs de terre. Autour, le vent balance le gong du temple.


Châtaigne tombée
Dans la paume un soleil bref
Puis revient la nuit


 

À la vapeur du train d’octobre

Entre deux gares, un marchand passe. Il vend des châtaignes grillées dans du papier journal. L’odeur le tire d’un demi-sommeil. Le paysage file, ocre et or. Dans sa main, la chaleur d’un fruit qui tient lieu de souvenir.


Le train d’automne
Au creux du fruit la braise
De cet ancien temps


Philémon

LA CHÂTAIGNE AU JAPON  1/2
LA CHÂTAIGNE AU JAPON  1/2

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