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Poésie Japonaise
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YOKAIS (3ème et dernière partie)

15 Avril 2026, 10:31am

Apparition d'un Kitsune

Apparition d'un Kitsune

Mariage de Kitsune

Mariage de Kitsune

Prêtre en pleine pratique entouré d'un démon et d'un loup, estampe de Hokusai.

Prêtre en pleine pratique entouré d'un démon et d'un loup, estampe de Hokusai.

La relecture moderne du bestiaire yōkai montre à quel point ces créatures restent ancrées dans l'imaginaire japonais.

 Elles sont une source d'inspiration sans cesse renouvelée pour les artistes nippons, prouvant leur capacité à évoluer avec leur temps tout en conservant leur puissance évocatrice originelle.

Aujourd'hui encore, impossible d'échapper aux yōkai lorsqu'on s'intéresse à la culture populaire japonaise, tant leur influence demeure profonde et vivace !

Si les yōkai les plus célèbres frappent par leur apparence spectaculaire, beaucoup de ces créatures se montrent en réalité beaucoup plus discrètes, s'immisçant dans les tracas de la vie quotidienne.

Au Japon, chaque recoin de la maison peut ainsi abriter son petit esprit malicieux.

L'Akaname par exemple se cache dans les salles de bains mal entretenues pour y lécher la crasse incrustée, tandis que le Makura-gaeshi, véritable cauchemar des dormeurs, s'amuse à déplacer leur oreiller durant la nuit. 

Ces yōkai domestiques incarnent avec malice les petits désagréments du quotidien et la nécessité de bien tenir son foyer.

Mais les yōkai ne se limitent pas à ces facéties domestiques. Certains sont de véritables forces de la nature, personnifiant la puissance brute des éléments.

Raijū, l'esprit du tonnerre qui accompagne le dieu shinto de la foudre, ou Yama-uba la sorcière des montagnes, en sont de parfaits exemples.

 Rencontrer ces créatures signifie se confronter à ce que la nature a de plus impressionnant et mystérieux.

D'autres yōkai frappent par leur étrangeté, comme Nue la chimère volante au corps de serpent, aux pattes de tigre et à la tête de singe, ou Amikiri le monstre-loutre coupeur de filets de pêche.

Ces créatures inclassables montrent toute l'inventivité et la poésie de l'imaginaire yōkai.

Enfin, nombre de yōkai sont issus de la métamorphose d'animaux ayant atteint un âge avancé. Chats, renards, serpents, tanuki, tous peuvent se transformer pour semer le trouble parmi les humains.

Le plus célèbre d'entre eux est sans doute le Nekomata, terrifiant chat-démon doté de deux queues et capable de dévorer son maître.

Ainsi, même les animaux familiers peuvent devenir des yōkai une fois transfigurés par les années et le contact avec les forces surnaturelles.

Les yōkai sont bien plus que de simples monstres destinés à effrayer. Ils reflètent en réalité les angoisses, les croyances et l'imaginaire des Japonais, et ce depuis l'époque médiévale. 

Chaque créature porte en elle un concentré de peurs ancestrales et de questionnements sur le monde.

Dans une société profondément marquée par le shintoïsme et son rapport sacré à la nature, les yōkai deviennent une façon d'expliquer l'inexplicable.

Phénomènes étranges, catastrophes naturelles, disparitions mystérieuses, tout peut être attribué à l'action de ces esprits.

En leur donnant un corps et un nom, les Japonais cherchent à apprivoiser symboliquement les mystères d'un monde qui les dépasse.

Mais les yōkai sont aussi porteurs de valeurs morales et de leçons de vie. Dans les contes et légendes, ils punissent souvent l'avidité, l'orgueil ou l'impolitesse des humains. Tengu et Kappa sont ainsi réputés pour donner une bonne leçon aux présomptueux et aux grossiers. 

Rencontrer un yōkai, c'est souvent faire face à ses propres défauts et faiblesses.

Surtout, les yōkai sont la plupart du temps ambivalents. Ni totalement bons, ni foncièrement mauvais, ils agissent selon leur propre logique, parfois incompréhensible pour les mortels.

Tout est question de circonstances et d'attitude des humains à leur égard. Ce caractère double des yōkai reflète en réalité toute la complexité de la nature humaine, entre ombre et lumière

Les Yōkai,font partie du patrimoine culturel du Japon :

Loin d'être des superstitions d'un autre âge, les yōkai restent extraordinairement vivaces dans le Japon contemporain.

Profondément ancrées dans l'imaginaire national, ces créatures représentent un formidable patrimoine culturel, transmis de génération en génération.

Conscients de ce trésor, les Japonais déploient de nombreux efforts pour préserver et étudier les contes et légendes traditionnels.

Ethnologues et passionnés collectent les histoires populaires dans les campagnes, répertorient les yōkai locaux et analysent leur symbolique. 

Un véritable intérêt académique qui montre l'importance accordée à ce pan méconnu de la culture nippone.

Mais ils ne restent pas cantonnés aux livres d'érudits. Toujours aussi populaires, ils sont mis à l'honneur lors de nombreux festivals comme le Hyakki Yakō, où une joyeuse parade de créatures défile dans les rues.

Les matsuri* locaux intègrent souvent des représentations de yōkai typiques de la région, sous forme de costumes, de chars décorés ou de feux d'artifice.

*Festivals

De la fête de Setsubun**, jusqu'aux espiègleries d'Halloween, les yōkai rythment le calendrier traditionnel japonais.

**Fête du passage de l'hiver au printemps qui se déroule chaque 3 février.

Leur omniprésence dans l'art, la littérature et les médias modernes montre aussi à quel point ces créatures sont indissociables du paysage culturel nippon.

Des vénérables rouleaux peints du Moyen-âge aux mangas futuristes, en passant par les estampes d'Hokusai et les films de J-Horror, les yōkai n'ont jamais cessé de fasciner artistes et public.

 Véritables icônes nationales, ils sont un marqueur essentiel de l'identité japonaise.

Jorogumo, la femme araignée.

Jorogumo, la femme araignée.

POÉSIE YOKAIS par Philémon

Tanka

 

Sous le vieux pont gris
L’eau garde un rire d’enfant
Figé éternel
Un kappa attend en paix
Qu’un imprudent s’approche

 

Papillon d’été
Posé sur un front brûlant
Il ne s’envole pas
L’âme hésite à partir
Entre deux mondes flottants

 

Soir de lucioles
Une main semble guider
Leurs très faibles lumières
Vers un visage absent
Dissous dans l’air sec d’été

  1.  

Givre sur les pins
Un petit rire se perd
Dans l’espace immobile
Le tengu veille au sommet
Là où nul ne doit monter

 

Nuit de pleine lune
Les bambous grincent ensemble
Comme en confidence
Un esprit sans nom traverse
L’espace entre deux souffles

 

  1. Chaleur de l’été
    Au bord d’une eau trouble
    Concombre offert
    Le kappa incline la tête
    Puis il disparaît sans bruit

  2.  

  1. Pluie de saison
    Un vieux parapluie saute
    Dans cette ruelle
    Karakasa-obake voit
    Une main pour l’emporter

Bakeneko Chat démon très méchant à deux queues

Bakeneko Chat démon très méchant à deux queues

Haïbun
Kitsune

Au printemps, près des sanctuaires, certaines flammes ne brûlent pas. Elles hésitent, comme si elles observaient.

Brume du matin
Le kitsune s’efface
Dans votre reflet

 

Kappa

En été, les anciens disent de ne pas fixer l’eau trop longtemps. Ce n’est pas le courant qui attire.

Rivière lourde
Le kappa est aux aguets
Sous le silence

Yuki-onna

L’hiver rend les rencontres irréelles. Les voix deviennent blanches, comme gelées avant d’exister.

Neige épaisse
La Yuki-onna respire
Dans le grand vent froid

Nurarihyon

Parfois, quelqu’un entre sans être invité, invisible, et tout semble soudain normal.

Soir tranquille
Nurarihyon s’installe
Comme dans sa cabane

 

 

Printemps lumineux
Un kitsune traverse
Sans laisser d’ombre

 

Neige en hiver
La porte s’ouvre un peu
Sans aucune main

 

Par vent d’automne
Une ombre suit la mienne
Puis s’en détache

  1.  

YOKAIS     (3ème et dernière partie)
Rokurokubi

Rokurokubi

Démon de la montagne

Démon de la montagne

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L’ETERNEL MOINE VOYAGEUR

30 Octobre 2026, 09:47am

L’ETERNEL MOINE VOYAGEUR
L’ETERNEL MOINE VOYAGEUR

Voici une histoire traditionnelle qui appartient aux récits qui gardent longtemps leur petite lumière, comme une lanterne allumée au bord d'un chemin, lorsque vient le soir.

 

 

Dans les montagnes du Japon, il existe des chemins que les hommes ont empruntés pendant des siècles.

Certains conduisent à des sanctuaires oubliés, d'autres à des monastères accrochés aux flancs des montagnes.

Quelques-uns ne mènent plus nulle part.

Les arbres ont envahi les sentiers, les pierres se sont couvertes de mousse et les anciennes bornes de pierre, rongées par la pluie, semblent avoir oublié jusqu'au nom des lieux qu'elles indiquaient.

Pourtant, les anciens racontaient qu'un homme continuait à parcourir ces chemins.

On l'apercevait parfois à l'aube, lorsque les brumes s'attardaient encore dans les vallées. Il avançait d'un pas régulier, appuyé sur un bâton de bois sombre.

Un large chapeau de paille dissimulait son visage, et sa robe, autrefois brune, avait pris la couleur de la terre.

Il ne possédait ni cheval, ni maison, ni argent.

Une petite besace pendait à son épaule. Elle contenait un bol en bois, quelques poignées de riz, une aiguille pour réparer sa robe et un morceau de tissu qui avait dû, autrefois, être blanc.

Personne ne connaissait son âge.

Les uns affirmaient l'avoir rencontré trente ans auparavant, alors qu'ils étaient encore enfants.

D'autres prétendaient que leur grand-père avait reçu sa visite, dans les mêmes circonstances, bien avant leur naissance.

Lorsqu'on lui posait la question, le moine souriait.

- Mon âge ? Voilà bien une question de gens qui ont peur de manquer de temps.

Puis il reprenait sa route.

Un soir d'automne, alors que le vent faisait tomber les dernières feuilles des érables, le moine arriva dans un village situé au pied d'une montagne.

Les habitants préparaient les récoltes pour l'hiver. Les portes étaient fermées de bonne heure, car les nuits devenaient froides, et chacun veillait sur ce qu'il avait pu conserver.

Le moine s'arrêta devant une petite maison dont le toit avait souffert des dernières pluies.

Il frappa doucement.

Une vieille femme entrouvrit la porte.

- Que voulez-vous, voyageur ?

- Un endroit où dormir, si cela ne vous dérange pas.

La femme le regarda longuement. Elle vivait seule depuis la mort de son mari et n'avait guère de quoi nourrir une bouche supplémentaire.

- Je n'ai presque rien à vous offrir.

- Alors, vous ne risquez pas de perdre grand-chose en m'accueillant.

La réponse fit sourire la vieille femme. Elle lui donna un bol de soupe claire et lui indiqua un coin près du foyer.

Pendant le repas, elle lui raconta que son fils était parti depuis des années. Il avait quitté le village après une dispute, jurant qu'il ne reviendrait jamais.

Depuis, elle attendait parfois des nouvelles, bien qu'elle prétendît ne plus y penser.

Le moine écouta sans l'interrompre.

Lorsqu'elle eut terminé, il demanda :

- Quand vous pensez à votre fils, qu'est-ce qui vous fait le plus souffrir ?

- Son absence.

Le moine remua lentement les braises avec une brindille.

- « Êtes-vous certaine que ce soit son absence ? Ou bien est-ce le fait de lui répéter chaque jour, dans votre cœur, qu'il aurait dû revenir ? »

La vieille femme ne répondit pas.

Cette nuit-là, elle dormit peu. Mais, pour la première fois depuis longtemps, elle se demanda si attendre signifiait nécessairement rester immobile.

Au matin, le moine avait disparu.

Sur la table, près du bol soigneusement rincé, il avait laissé une petite branche d'érable.

La femme la plaça dans un vase.

Et, ce jour-là, elle ouvrit les volets de sa maison.

Le moine, lui, marchait déjà dans la vallée voisine.

Le soleil montait derrière les montagnes. Des paysans conduisaient leurs bœufs vers les champs, un enfant courait derrière une roue de bois et, au loin, la cloche d'un temple annonçait la première prière.

Il s'arrêta un instant pour écouter.

Puis il reprit sa marche.

Car il ne cherchait ni à convertir les hommes, ni à leur enseigner une doctrine. Il ne prétendait pas posséder la vérité.

Il avait simplement découvert, au fil de ses longues années de route, qu'il arrive parfois qu'une parole prononcée au bon moment ouvre une porte qu'une vie entière de raisonnements n'a pas réussi à pousser.

Mais il y avait une chose que personne ne savait.

Chaque année, lorsque revenait l'automne, le moine se rendait dans une vallée que les cartes ne mentionnaient plus. Là, au milieu des cèdres, se dressaient les ruines d'un ancien sanctuaire.

Et chaque année, il s'asseyait devant une pierre plate.

Il y demeurait jusqu'au coucher du soleil, sans manger, sans prier, sans prononcer un mot.

Un jour, peut-être, nous apprendrons pourquoi.

Car même les hommes qui semblent avoir renoncé à tout portent parfois en eux une histoire qu'ils n'ont jamais réussi à achever.

Et le vieux moine, qui connaissait tant de chemins, en avait un qu'il n'avait toujours pas trouvé le courage de quitter.

La nuit tombe sur les montagnes. Le feu crépite doucement.

Pour l’instant, nous laisserons le voyageur poursuivre sa route. Nous le retrouverons à la prochaine veillée, devant cette mystérieuse pierre, là où son passé commence à murmurer.

Moine marchant dans la neige

Moine marchant dans la neige

Poésie par Philémon.

 

 

Le chemin sans fin
 
 
 

Sous les pins anciens

un moine suit la rivière

le ciel se reflète

chaque pas efface un doute

chaque pierre enseigne

 

 

L'auberge des brumes

 

La lune se voile

sur le seuil d'une auberge

le bol reste chaud

dans le silence des bois

la nuit poursuit sa route

 

 

Le bâton de voyage

 

Un bâton usé

connaît les cols et les pluies

mille pas encor

la montagne ouvre ses portes

au cœur qui ne s'attarde

 

 

La cloche lointaine

 

Au fond de la vallée

une cloche fend le soir

les corbeaux s'envolent

le moine poursuit sa marche

vers l'aube qui ne vient pas

 

 

L'ultime sommet

 

La neige sur les cèdres

blanchit les traces du moine

le vent seul demeure

au sommet nul n'attend rien

le monde devient vaste

 

 

Le bol du mendiant

 

Depuis des années le moine traverse les provinces sans conserver d'autre richesse que son bâton et son bol. Dans les villages il reçoit parfois du riz , parfois une poignée de châtaignes, parfois seulement un salut. Jamais les mains vides ne lui semblent tout à fait vides car chacune porte une histoire que les mots ne savent pas toujours raconter. Un soir d'hiver une vieille femme lui tend un bol fêlé. Elle s'excuse de ne pouvoir offrir mieux. Le moine incline la tête et accepte le présent comme un trésor. Au matin le bol repose près de la porte et la femme découvre qu'il a été réparé avec une fine ligature de paille.

Le voyageur a déjà disparu dans la brume.

Bol fêlé utile

un fil de paille retient

la chaleur des mains

 


 

La montagne qui attend

 

Le col était réputé infranchissable après les premières neiges. Les habitants conseillaient au moine de patienter jusqu'au printemps. Mais le vieux voyageur savait que certains chemins ne s'ouvrent qu'à ceux qui consentent à avancer sans connaître leur destination. Durant trois jours il marcha dans le brouillard. La faim ralentissait ses pas et le vent effaçait derrière lui toute trace de passage. Au quatrième matin le ciel se dégagea soudain. Une vallée immense apparut, traversée par une rivière étincelante. Sur l'autre versant se dressait un petit temple dont la cloche sonnait pour personne. Le moine comprit alors que la montagne n'avait jamais cherché à lui barrer la route.

Elle lui avait simplement appris à ne pas confondre l'obstacle avec la fin du voyage.

Le col s'est ouvert

sur les premières cloches

la neige se tait

 

 

Le dernier voyage

 

Au crépuscule de sa vie le moine revint dans la vallée où il avait reçu son premier bol de riz. Les maisons avaient changé et les enfants d'autrefois reposaient désormais sous les cerisiers du cimetière. Seul le vieux pont de bois semblait avoir résisté aux années. Il s'assit près de la rivière. Son bâton reposait sur ses genoux et ses sandales ne porteraient plus longtemps ses pas. Un enfant s'approcha pour lui demander où menaient tous ces chemins parcourus depuis si longtemps. Le moine regarda l'eau couler sous le pont. Puis il tendit son bâton à l'enfant et reprit silencieusement la route du temple voisin. Au matin on retrouva ses sandales devant la porte.

La cloche sonna une seule fois et nul ne sut jamais s'il avait quitté le monde ou simplement poursuivi son voyage ailleurs.

Au bord de l'eau claire

un bâton change de main

le vent prend la suite

L’ETERNEL MOINE VOYAGEUR
L’ETERNEL MOINE VOYAGEUR
L'un des nombreux sanctuaires rencontrés sur son cheminement.

L'un des nombreux sanctuaires rencontrés sur son cheminement.

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LA CREATION DU JAPON

25 Octobre 2026, 11:04am

Amaterasu et le mythe fondateur du Japon

Amaterasu et le mythe fondateur du Japon

le soleil et la lune

le soleil et la lune

On ne peut entrer dans la connaissance des traditions d‘une nation sans en connaître la mythologie, ce qui faciliterait grandement la compréhension comportementale de tout un peuple.

Ce qui suit est donc un voyage dans le temps, pour découvrir l’histoire nippone*

* en Japonais : Japon se dit Nippon

 

LA FAMILLE DU CIEL

Au commencement, avant que le monde ne prenne véritablement sa forme, les dieux apparurent peu à peu dans les hauteurs célestes.

Puis vinrent Izanagi et Izanami, le couple divin chargé de donner naissance aux terres du Japon et à de nombreuses divinités.

Ils créèrent les îles, puis les forces qui allaient animer le monde : les montagnes, les mers, les vents, les arbres et les rivières.

 

PREAMBULE:

Au Japon, les kamis sont des divinités hautement vénérées issues des croyances shinto. Depuis la naissance du Pays du Soleil Levant juqu’aux rites religieux, en passant par le folklore local, l’archipel regorge de mythes fascinants où les kamis et esprits de l’univers sont les héros.

Izanagi et Izanami sont des dieux japonais à l’origine de la création du monde, des îles du Japon et de tous les kamis. 

 Et maintenant , bien installés au coin du feu, écoutons la légende d'Izanagi et Izanami :

 

 

La légende d’Izanagi et Izanami est l’histoire la plus célèbre du Kojiki, un ouvrage sacré très ancien qui rassemble des mythes sur la création du Japon et les kamis.

On raconte que ce couple céleste serait à l’origine de la genèse du monde, de la formation des îles japonaises et aurait engendré les divinités shinto.

Par ailleurs, le shintoïsme est une religion ancestrale qui reste la plus pratiquée aujourd’hui au Japon.


 Au commencement, c'était le chaos

Alors que l’ordre n’existait pas encore, la Terre informe flottait comme une méduse, se mêlant au ciel. Toutefois, les prémisses de l’existence prenaient forme et le ciel finit par se détacher de la Terre.

Dans les hautes plaines célestes apparurent les premiers dieux de la création de l’univers (kotoamatsukami) et après plusieurs générations de kamis, naquirent le dieu Izanagi et sa sœur Izanami.

Leur mission :

 Mettre de l’ordre dans le chaos pour créer le monde. À cet égard, les dieux primitifs leur avaient remis une lance céleste ornée de pierres précieuses (la fameuse Ame No Nuhoko).

La création des îles de l'archipel

Entre le Ciel et la Terre, se trouvait le pont céleste flottant qui reliait les deux substances. C’est ici même qu’Izanagi frappa la mer avec la lance divine afin de vérifier l’existence d’un monde inférieur en dessous des nuages.

L’éclaboussure ainsi projetée se solidifia et forma la première île japonaise nommée Onokoro.

Les deux kamis choisirent cette terre ferme pour bâtir un magnifique palais et devenir un couple. Ainsi, les deux dieux s’unirent grâce au rituel du mariage.Bien qu’ils fussent frère et sœur à la base .

La cérémonie consistait à tourner chacun dans un sens autour d’un pilier céleste, Izanagi par la gauche et Izanami par la droite avant de se rencontrer face à face et de déclarer son amour.

Après leur union, le couple donna naissance à leur premier enfant nommé Hiruko ou enfant sangsue.

Malheureusement, leur progéniture démunie d’os était malformée et fut abandonnée dans l’océan.

Face à cet échec, le couple demanda conseil auprès des dieux primitifs pour savoir pourquoi leur nouveau-né était difforme.

Ces derniers rejetèrent aussitôt la faute sur Izanami. Selon eux, la déesse n’avait pas effectué correctement le rituel d’unification puisqu’elle avait parlé la première .

Il fallait donc recommencer le rituel nuptial en laissant l’honneur à Izanagi de s’exprimer avant sa promise.

Et voilà d’où vient le sexisme au Japon . Après avoir corrigé cette maladresse, le couple divin du pays du soleil levant donna naissance aux îles du Japon et à toute une génération de kamis.

On pourrait croire que tout est bien qui finit bien, mais la suite se révèlera plus tragique.


 La naissance des kamis :

Les nombreux kamis issus du couple céleste fondèrent les éléments de la nature telle que nous la connaissons aujourd’hui. Ainsi, on peut citer le célèbre dieu du vent, le kami des montagnes, le dieu des plaines, du sable, etc. 

Tout allait pour le mieux, jusqu’à ce qu’Izanami engendra la divinité du feu Kagutsuchi. Et là, c'est le drame  !

On raconte qu’à sa naissance, Izanami fut brûlée vive et envoyée au Yomi qui n’est autre que le royaume des morts.

Izanagi, dévasté par le chagrin et la rage, tua son propre enfant qu’il tenait pour responsable de la disparition de sa bien-aimée. De sa chair et de son sang apparurent huit volcans et plusieurs kamis.

Après avoir éliminé le dieu du feu, Izanagi se rendit au royaume des morts dans l’espoir de retrouver son épouse et de la ramener à la vie.

Lorsqu’il parvient à rejoindre sa chère et tendre et qu’il l’implora de revenir avec lui, la déesse lui avoua qu’elle avait mangé de la nourriture de l’enfer qui la rendait prisonnière du Yomi (royaume souterrain où résident les esprits des défunts)

Toutefois, elle allait quand même essayer d’obtenir l’autorisation de quitter les lieux en priant les kamis qui dirigeaient le royaume.

En échange, elle fit promettre à Izanagi de ne pas essayer de la revoir avant son retour.

Cependant, le dieu n’était pas de nature patiente et au bout d’une journée, il se mit à sa recherche.

C’est alors qu’il aperçut Izanami avec le corps à moitié décomposé. Horrifié, il s’enfuit tandis que les démons le poursuivaient.

Par chance, Izanagi parvient à s’échapper du Yomi. Il scella la porte du royaume des morts avec un gigantesque rocher, puis alla se laver dans le fleuve afin de se purifier.

Pour se venger, la déesse lui cria qu’elle tuerait mille de ses créations tous les jours et Izanagi rétorqua qu’il en produirait 500 de plus.

C’est cette querelle qui engendra le cycle de la vie et de la mort selon la mythologie japonaise.

Lorsque le dieu Izanagi se lava des impuretés du monde des morts, il engendra trois kamis. D’abord, il nettoya son œil gauche, ce qui donna naissance à la déesse du soleil Amaterasu.

Ensuite, en lavant son œil droit, c'est Tsukuyomi le kami de la lune qui apparut. Le dieu des tempêtes Susanoo, quant à lui provient directement du nez d’Izanagui.

À noter que ce rituel de purification initié par le célèbre kami est devenu une pratique courante de la religion shinto.


Aujourd’hui, ces trois divinités shintoïstes sont certainement les plus vénérées du Japon et de grands sanctuaires leur sont dédiés.

La  déesse Amaterasu  règne sur la haute plaine du paradis (Takamagahara). Elle est également célèbre pour s’être cachée dans une grotte et pour avoir transmis le collier yasakani no magatama, un trésor impérial du Japon.

Tsukuyomi dirige le monde de la nuit. Après avoir fâché sa sœur Amaterasu et déesse du soleil, la nuit et le jour se séparèrent à tout jamais.

Susanoo, le puissant kami des tempêtes et de l’orage gouverne la mer, mais jaloux d’Amaterasu, il s’en prit violemment à son royaume, ce qui lui valut d’être exilé sur Terre.

Toutefois, il devint célèbre après avoir vaincu le dragon Yamata no Orochi qui terrifiait les mortels de la province d’Izumo.


 Influence sur la culture populaire :

L’empreinte du célèbre couple de kamis s’est aujourd’hui immiscée dans la culture populaire où la légende continue d’inspirer les scénaristes de mangas et de jeux vidéo.

Dans Naruto, Izanagi représente une technique utilisée par les ninjas pour changer le destin alors qu’Izanami est une pratique qui permet de redevenir soi-même.

Dans le jeu vidéo Okami, c’est Izanagi qui élimine le démon Orochi pour délivrer Izanami.

On retrouve également les dieux créateurs dans le jeu de rôle Persona 4 ainsi que dans le shonen Noragami dans lequel Izanami symbolise la déesse des enfers.

Que ce soit dans les mangas, la littérature, les animés ou les jeux vidéo, les références mythologiques au couple démiurge sont assez fréquentes.

La légende d’Izanagi et Izanami montre la conception du monde et la naissance de l’archipel dans la mythologie japonaise.

À travers ce récit, ainsi que les nombreux mythes anciens, on comprend mieux les fondements de la culture nippone et les croyances shinto.

Izanami et Izanagi sur le pont flottant du ciel

Izanami et Izanagi sur le pont flottant du ciel

Poésie par Philémon

« Au commencement du monde étaient Izanagi et Izanami »

 

Sur le pont céleste
Izanagi et Izanami
examinent l’eau
la lance ornée de joyaux
fait naître la première île

 

 

La lance descend
dans l’océan primordial
lorsque les gouttes
retombent vers le tréfond
une terre apparaît

 

 

Île surgie des eaux
premier refuge des dieux
Onogoro veille
sous les pas des deux époux
au seuil du monde tout nouveau

 

 

Izanami parle
d’abord avant son époux
le rite est rompu
une naissance imparfaite
ouvre pourtant le chemin

 

De leurs étreintes
les terres émergent une à une
semblable à des fleurs
sur l'immensité marine
le Japon prend la forme

 

 

Puis viennent les dieux
montagnes, rivières et vents
forêts et plaines
le monde se peuple peu à peu
sous leur souffle créateur

 

Mais l'enfant du feu
blesse celle qui lui donna vie
Izanami s'éteint
et la lumière des débuts
se couvre soudain de cendres

 

 

Une pierre immense
ferme l'entrée de Yomi
entre les deux mondes
Izanagi et Izanami
se disent l'ultime adieu

 

Dans l'eau purifiante
Izanagi lave son visage
et de son geste
naissent Amaterasu
Tsukuyomi et Susanoo

 

 

Le monde avant le monde

Avant les montagnes, avant les îles, avant même que la mer ait un rivage, les dieux confièrent à Izanagi et Izanami la tâche de donner une forme au monde. Debout sur le pont céleste, ils plongèrent la lance ornée de joyaux dans l'océan primordial. Lorsqu'ils la retirèrent, les gouttes qui en tombèrent se solidifièrent. Ainsi naquit Onogoro, première terre. Le monde n'était encore qu'une promesse, mais quelque chose venait de commencer.

première île
les gouttes de l'océan
deviennent la terre


 

Autour du pilier

Sur Onogoro, Izanagi et Izanami dressèrent le pilier céleste. Ils décidèrent de tourner autour de lui afin de se rencontrer comme deux êtres destinés l'un à l'autre. Mais le premier rite ne se déroula pas comme prévu. Izanami parla la première. Un geste presque insignifiant avait suffi à modifier l'ordre sacré. Le mythe rappelle ainsi que les commencements sont fragiles et que l'harmonie du monde repose parfois sur l'exactitude d'un geste.

autour du pilier
deux êtres cherchent leur chemin
le ciel retient son souffle

 

 

La naissance des terres

Après l'erreur première vinrent les unions fécondes. Les îles naquirent les unes après les autres, puis les montagnes, les rivières, les plaines, les arbres et les vents. Le monde japonais ne fut donc pas imaginé comme une création achevée d'un seul geste. Il se constitua progressivement, par la naissance et la transformation. Chaque élément de la nature semblait porter en lui une présence.

îles après îles
la mer donne un visage
à la terre nouvelle

 

 

L'enfant du feu

Izanami donna naissance à Kagutsuchi, le dieu du feu. Mais la naissance de cet enfant incandescent lui coûta la vie. Izanagi, accablé de douleur, ne put accepter cette disparition. Celui qui avait participé à la naissance du monde se trouvait soudain confronté à ce que même les dieux ne peuvent empêcher : la mort. Izanami descendit alors vers Yomi, le royaume obscur des morts.

feu dans la nuit
celle qui donna la lumière
disparaît dans l'ombre

 

 

Yomi

Izanagi descendit à son tour dans Yomi pour ramener Izanami. Il la retrouva dans les ténèbres, mais elle lui demanda de ne pas regarder son visage. Il ne put résister. À la lumière d'une flamme, il découvrit une épouse devenue créature de la mort. Effrayé, il s'enfuit. Izanami, blessée par cette fuite, le poursuivit jusqu'à la frontière des deux mondes. Une pierre fut placée entre eux. La mort venait de tracer une frontière que même l'amour ne pouvait franchir.

entre deux mondes
une pierre ferme le passage
l'amour devient silence

 

 

Le monde purifié

Après avoir quitté Yomi, Izanagi comprit qu'il devait se purifier de ce qu'il avait vu et touché dans le royaume des morts. Il entra dans l'eau et accomplit le rite de purification. Alors, de son corps lavé naquirent trois grandes divinités : Amaterasu, déesse du Soleil, Tsukuyomi, dieu de la Lune, et Susanoo, dieu des tempêtes. Ainsi, de la mort surgit une nouvelle lumière. Le commencement du monde n'était pas terminé. Il recommençait.

après les ténèbres
l'eau efface les traces
le soleil parait
LA CREATION DU JAPON
Les 2 rochers représentent traditionnellement Izanagi et Izanami

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Amaterasu

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La lune , par Hiroshige

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TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN (5 ème et dernière partie)

18 Octobre 2026, 09:23am

soleil levant

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TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (5 ème et dernière partie)

LA MONTAGNE QUI ENFENTA DES CHEMINS

 

 

Le mont Hiei avait commencé comme la retraite d'un homme.

Saichô y était venu chercher le silence.

Quelques siècles plus tard, la montagne était devenue un univers.

Et de cet espace allaient sortir des hommes qui, chacun à leur manière, allaient prendre un chemin différent.

C'est là que le Hiei acquiert une dimension presque paradoxale.

Il rassemble pour mieux disperser.

Hônen :

trouver le salut dans le nom du Bouddha.

Au XIIᵉ siècle, un jeune moine étudie sur le Hiei.

Il s'appelle Hônen.

Il connaît les textes.

Il connaît les doctrines.

Il a passé des années à étudier dans cette montagne où l'on demande aux religieux de maîtriser une quantité considérable d'enseignements.

Mais Hônen finit par parvenir à une conclusion radicalement différente.

Pour lui, dans une époque devenue spirituellement difficile, le salut ne doit pas être réservé à ceux qui sont capables de longues années d'étude et d'ascèse.

Il faut une voie accessible à tous.

Cette voie sera la récitation du nom d'Amida : Namu Amida Butsu.

Le vieux moine du Hiei quitte alors progressivement l'univers intellectuel de la montagne.

Et une nouvelle tradition commence.

Parmi ceux qui vont suivre Hônen se trouve un autre ancien religieux du Hiei :

Shinran.

Lui aussi avait connu la montagne.

Lui aussi avait connu la discipline monastique.

Mais il va développer une conception encore plus radicale de la voie du salut.

Le mouvement qui se développera autour de son enseignement deviendra l'une des grandes traditions du bouddhisme japonais :

le Jôdo Shinshū.

Et quelque chose de fascinant apparaît.

Le Hiei avait voulu former des religieux capables de pratiquer.

Mais certains de ses anciens élèves vont finir par dire, chacun à leur manière :

« La voie doit pouvoir dépasser les murs du monastère. »

Puis viennent les maîtres associés au Zen.

Eisai étudie au Hiei avant de voyager en Chine.

Il en rapporte la tradition du Zen Rinzai.

Un peu plus tard, Dôgen, lui aussi lié à la formation Tendai du Hiei, cherche une voie différente et devient l'une des grandes figures du Zen Sôtô.

Chez Dôgen, la pratique de la méditation : zazen , occupe une place centrale.

Ainsi, encore une fois, un homme formé sur le Hiei quitte la montagne pour suivre sa propre voie.

Un autre ancien du Hiei va choisir une voie encore différente : Nichiren.

Il place au centre de son enseignement le Sûtra du Lotus, déjà si important dans la tradition Tendai.

Mais il considère que le Japon doit revenir à cet enseignement avec une force nouvelle.

Son chemin sera conflictuel.

Il s'opposera vigoureusement à plusieurs écoles religieuses de son époque et connaîtra persécutions, exil et tentatives de répression.

Et pourtant, son mouvement survivra par la suite.

 

EPILOGUE :

Emei avait montré comment une montagne pouvait devenir sacrée.

Tiantai avait montré comment elle pouvait devenir un lieu de synthèse intellectuelle.

Saichô avait transplanté cette tradition au Japon.

Et le Hiei l'avait développée jusqu'à devenir une immense matrice religieuse.

Puis ses disciples étaient partis.

Hônen.

Shinran.

Eisai.

Dôgen.

Nichiren.

Des chemins différents.

Parfois opposés.

Mais tous avaient, à un moment donné de leur existence, marché sur cette même montagne.

La montagne ne donne pas une réponse unique
 

C'est peut-être là le véritable héritage du Mont Hiei.

Il ne produit pas une religion unique.

Il produit des chercheurs de vérité qui vont parfois parvenir à des réponses très différentes.

Et c'est pourquoi le Mont Hiei peut être comparé à une source.

Une source ne choisit pas la rivière qu'elle va alimenter.

Elle donne son eau.

Puis l'eau se divise.

Les rivières prennent des directions différentes.

Mais elles viennent de la même source.

Et pendant ce temps, les moines continuent de marcher

Au milieu de cette grande histoire intellectuelle, quelque chose demeure étonnamment simple.

Les temples changent.

Les maîtres passent.

Les doctrines évoluent.

Les pouvoirs politiques se succèdent.

Les guerres ravagent parfois la montagne.

Mais certains hommes continuent à accomplir leur parcours.

Ils se lèvent.

Ils chaussent leurs sandales.

Ils sortent dans la forêt.

Et ils commencent à marcher.

Encore. Encore et encore.

Leur chemin ne cherche pas à fonder une nouvelle école.

Il ne cherche pas à convaincre.

Il ne cherche pas à gagner.

Il cherche seulement à être accompli.

C'est peut-être pourquoi les moines marathoniens sont si importants dans notre histoire.

Ils sont, en quelque sorte, la forme la plus pure de cette montagne.

Le Hiei pense.
Le Hiei enseigne.
Le Hiei transmet.
Mais le Hiei marche aussi.

Et celui qui marche suffisamment longtemps finit peut-être par comprendre quelque chose que les livres ne peuvent pas expliquer.

Au début, l'homme cherche son chemin dans la montagne.
À la fin, il devient lui-même un chemin.
 
Ainsi, l’homme regarde la montagne différemment et la considère comme un espace où il ne domine plus la nature mais accepte de se laisser transformer par elle.
 
Le fil des trois montagnes :

Emei nous avait appris à monter dans la brume.
Tiantai nous avait appris à
écouter dans le silence.
Hiei nous apprend à
marcher dans la durée.

La montagne ne change pas seulement celui qui la gravit 
elle transmet aussi ce que les hommes ont découvert en la contemplant.
fontaine à ablutions

fontaine à ablutions

POESIE par Philémon

 

Forêt du mont Hiei
un gong entre les cèdres
puis le silence

 

 

Des milliers de pas
le moine poursuit sa marche
la montagne sourit

 

Un vieux chemin monte
les arbres ont tout recouvert
les pas reviennent

 

La montagne enfante
un chemin entre les pierres
les hommes le suivent

 

 

Le premier sentier

Avant les pèlerins il n’y avait qu’une pente couverte de forêts. Un animal passa entre les arbres puis un homme suivit sa trace. D’autres vinrent à leur tour.
Ainsi naquit un chemin que les générations allaient élargir sans jamais vraiment le posséder
La montagne avait offert le premier passage

entre deux grands cèdres
un sentier vient de naître
mais nul ne sait où

 

 

Les chemins du pèlerin

La montagne semble immobile mais elle ne cesse de créer des passages. Une vallée ouvre une direction une crête en ferme une autre. Les pèlerins apprennent à lire ces signes dans la pierre et dans les arbres. Chaque chemin devient alors une réponse donnée par le relief,
et chaque réponse conduit vers une nouvelle question.

le chemin serpente
entre la pierre et le ciel
sans jamais finir


 

La montagne ouvre ses portes

Les hommes cherchent les sommets mais la montagne leur enseigne d’abord les chemins
Elle ouvre une gorge laisse passer un ruisseau découvre une pente. Les pas suivent ces ouvertures naturelles. Puis les sentiers deviennent routes de pèlerinage.
La montagne semble ainsi enfanter elle même les voies qui la rendent accessible.

dans la gorge étroite
la lumière montre le passage
le chemin attend


 

Les traces anciennes

Sur les chemins de montagne chaque pierre peut porter une histoire.
Un moine a pu passer ici un pèlerin s’arrêter là un voyageur chercher son chemin plus loin. Les siècles ont effacé les visages mais non les traces. La montagne conserve ainsi dans ses replis la mémoire des hommes.
Et les chemins deviennent une longue histoire sans paroles

pierres du sentier
tous les pas ont disparu
la route demeure


 

La montagne et les voies

La montagne paraît immobile depuis la vallée, pourtant elle est parcourue de chemins qui montent descendent contournent les rochers et disparaissent sous les arbres. Ces chemins sont nés des pas des hommes mais aussi des formes mêmes du relief. Peut être est ce la montagne qui les a secrètement appelés ?
Car toute montagne porte en elle le désir d’être traversée

au sommet du chemin
une autre pente apparaît
la montagne continue

moine priant

moine priant

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (5 ème et dernière partie)
Un des temples du parcours

Un des temples du parcours

Arrivée au temple principal

Arrivée au temple principal

Intérieur d'un temple du complexesur le mont Hiei

Intérieur d'un temple du complexesur le mont Hiei

Parcours au sommet

Parcours au sommet

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TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN (4 ème partie)

14 Octobre 2026, 17:00pm

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)
Prières avant le départ.

Prières avant le départ.

LES MOINES MARATHONIENS

 

 

Quand la prière devient une marche

Après la flamme, les pas.

Sur le mont Hiei, certains religieux vont choisir une forme d'ascèse si exigeante qu'elle semble, à première vue, relever de l'exploit physique.

Mais il faut immédiatement oublier l'idée d'une compétition.

Le moine ne court pas pour arriver le premier.

Il marche pour prier.

Il marche pour se transformer.

Il marche pour rencontrer, dans la montagne, les manifestations du Bouddha.

Cette pratique porte le nom de kaihôgyô littéralement, une pratique consistant à parcourir les sommets et les vallées de la montagne qui est ransformée en chemin de prière

Le principe paraît presque simple.

Le moine accomplit un parcours déterminé autour du mont Hiei.

Mais ce parcours n'est pas une promenade.

Il est jalonné de temples, de sanctuaires, de statues et de lieux sacrés.

À chacun de ces endroits, le moine accomplit les gestes et les prières prescrits.

Puis il repart.

Et recommence.

Jour après jour.

Année après année.

La montagne entière devient ainsi un immense espace rituel.

Le chemin n'est plus seulement le chemin.

Le chemin devient la prière.

Au début de sa pratique, le moine porte des chaussures relativement ordinaires.

Mais traditionnellement, il finit par marcher avec les fameuses sandales de paille, les waraji.

Elles ne sont pas faites pour durer.

Elles s'usent.

Elles se défont.

Il faut les remplacer.

Et cette fragilité rappelle quelque chose d'essentiel :

le moine ne cherche pas à dominer la montagne.

Il accepte de lui être soumis.

Ses pieds souffrent.

Son corps fatigue.

La pluie traverse ses vêtements.

La neige recouvre les sentiers.

Mais le lendemain, il faut repartir.

C'est ici que le kaihôgyô devient véritablement extraordinaire .

Le parcours traditionnel est d'environ 30 à 40 kilomètres par jour, selon les années et les itinéraires.

Durant certaines périodes, le moine accomplit cette marche pendant 100 jours consécutifs.

Puis il recommence l'année suivante.

Et encore l'année suivante.

Le cycle complet est de sept années, pour un total de 1 000 jours de pratique.

Certains auront ainsi parcouru plus de 40 000 kilomètres au cours du cycle complet.

On comprend alors pourquoi les Occidentaux ont commencé à parler des « moines marathoniens »

L'expression est spectaculaire.

Mais elle ne doit pas nous tromper.

Leur véritable objectif n'est pas l'endurance.

L'endurance n'est que le moyen.

Il existe une étape encore plus redoutable.

Après avoir accompli les sept premières années de marche, le moine qui poursuit la pratique entre dans une période particulièrement exigeante.

Il accomplit alors le dôiri, une retraite de neuf jours.

Pendant ces neuf jours :

pas de nourriture,

pas de boisson,

peu  de sommeil,

et une récitation continue des prières.

Le corps est poussé jusqu'à ses limites.

C'est l'une des raisons pour lesquelles si peu de religieux parviennent à mener l'ensemble du parcours à son terme.

Il est dit que dans cette retraite finale, certains moines ont réalisé l’état de Bouddha.

Le moine aura parcouru la montagne en considérant les différents lieux sacrés comme autant de manifestations symboliques des divinités et de leur environnement.

Il prie.

Il s'incline.

Il récite.

Il avance.

La montagne devient alors un immense mandala* à ciel ouvert.

*Représentation circulaire du palais de divinités, orientée vers la contemplation et la compréhension de la nature de l’esprit.

Chaque détour possède sa signification.

Chaque temple devient une étape.

Chaque pas rapproche le pratiquant de son objectif.

Et peu à peu, quelque chose change.

Ce n'est plus seulement l'homme qui parcourt la montagne,

c'est la montagne qui semble parcourir l'homme.

Pourquoi parcourir des dizaines de kilomètres chaque jour pendant des années ?

Pourquoi accepter la douleur, la fatigue et parfois le danger ?

Parce que dans la tradition Tendai, l'ascèse n'est pas simplement une souffrance infligée au corps.

Elle vise à dépasser les limites ordinaires de l'existence.

Le moine cherche à faire disparaître progressivement la séparation entre :

le corps et l'esprit,

l'homme et la montagne,

la marche et la prière.

Au bout du chemin, il ne s'agit donc pas d'avoir accompli une performance.

Il s'agit d'être transformé , corps et esprit.

« Le Bouddha marche avec lui »

Il existe une belle manière de comprendre cette pratique.

Le moine ne considère pas nécessairement qu'il parcourt simplement un itinéraire sacré.

Il accomplit une marche au milieu d'un espace où le sacré est déjà présent.

Chaque pas devient alors une manière de reconnaître cette présence.

C'est pourquoi le kaihôgyô nous ramène directement à Emei.

Souvenez-vous :

à Emei, le pèlerin gravissait la montagne à la rencontre du sacré.

À Tiantai, la montagne devenait le lieu où l'on cherchait à comprendre l'enseignement.

Au Hiei, la montagne entière devient une pratique.

Et nous arrivons ainsi au terme de notre voyage :

Emei avait donné au bouddhisme une montagne sacrée.
Tiantai lui avait donné une montagne pour penser.
Hiei lui donna une montagne pour pratiquer.

Et sur cette montagne, pendant des siècles, des hommes ont continué à marcher.

Mais le plus extraordinaire n'est peut-être pas la distance.

C'est la répétition.

Le même chemin. Encore et toujours. Pendant des années.

Jusqu'au jour où le moine n'est plus simplement celui qui marche sur le Hiei.

Il devient lui-même un chemin.


 

A suivre…..

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)
TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)
TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)

Poésie par Philémon

 

Les trois montagnes

Au commencement, il y avait Emei. La montagne chinoise, enveloppée de nuages, où le regard se perdait dans l'immensité. Puis vint Tiantai, où la montagne devint pensée, méditation et enseignement. Enfin Hiei. L'enseignement avait traversé la mer. Il avait changé de langue, de paysages, de maîtres et de siècles.

Mais quelque chose demeurait : la montagne et l'homme qui, devant elle, levait les yeux.

Trois monts un chemin
de Chine jusqu'au Japon
le silence y vit

 

Le moine marche seul
sur le sentier de montagne
Ses sandales de paille
ne laissent dans la forêt
qu'un bruit imperceptible

 

 

Les moines marathoniens

Le sentier montait entre les arbres. On racontait que des moines parcouraient inlassablement les chemins de Hiei, accomplissant des années de marche et de pratique. Tu regardais le sentier. Il semblait pourtant si paisible. Aucun exploit ne s'y lisait. Seulement des pierres, des racines et des sentiers.

C'est peut-être ainsi que la montagne enseigne la persévérance : elle ne promet rien au marcheur, sinon un pas de plus.

Sentier sous les cèdres
un pas après l'autre seulement
la montagne demeure

 

 

Les pas avant l’aube

Avant que le jour ne paraisse le moine quitte le monastère La montagne dort encore sous les branches noires des cèdres Un chemin étroit descend puis remonte entre les racines. Des milliers de pas ont précédé celui qui commence cette journée.
Et derrière chaque pas demeure la présence silencieuse de ceux qui ont marché avant lui

dans la brume matinale
les sandales frappent la pierre
le jour s’éveille

 

 

La marche sans repos

De jour comme de nuit les chemins du mont Hiei connaissent les pas des moines La pluie transforme la terre en boue et la neige efface parfois le sentier. Pourtant la marche continue . Le corps se fatigue mais le chemin demeure.
Alors la montagne devient peu à peu une école où chaque pas enseigne la patience

sous la pluie froide
un pas rejoint un autre

la montagne veille

 

 

Neuf années de marche

Pendant neuf années Le moine affronte les chemins du mont Hiei pendant neuf années. La forêt devient familière sans jamais devenir ordinaire. Chaque pente porte la mémoire des marcheurs disparus. Chaque détour rappelle que le sommet ne constitue jamais la véritable destination.
La marche elle même devient une forme de prière.

longue est la montée
le souffle accompagne les pas
le silence répond

 

 

 

Le chemin éprouve le corps

La montagne ne demande aucune explication. Elle impose seulement ses pentes ses pierres ses racines et ses torrents. Le moine avance avec ce que le corps peut encore donner. Au fil des années la souffrance change de visage.
Elle devient endurance puis silence , puis connaissance

au bord du sentier
les feuilles tremblent sous les pas
l’aube demeure


 

Ceux qui reviennent du chemin

Peu nombreux sont ceux qui accomplissent jusqu’au bout cette marche extraordinaire. Le chemin exige des années de discipline et une volonté presque sans faille. Certains reviennent changés par les milliers de kilomètres parcourus. La montagne semble alors avoir retiré quelque chose au marcheur et lui avoir rendu en échange une autre manière de regarder le monde.

après tant de pas
le sommet paraît plus proche
le silence plus vaste

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)
TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)
TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)

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TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN (3ème partie)

9 Octobre 2026, 09:22am

Monastère du Mont Hiei, Enryaku-ji

Monastère du Mont Hiei, Enryaku-ji

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN     (3ème partie)

HIEI  LA MONTAGNE QUI ALLAIT VEILLER SUR KYOTO

 

 

Nous sommes revenus de Chine.

Saichô est de nouveau au Japon.

Devant lui se dresse le mont Hiei.

La montagne n'est pas très élevée : 848 mètres seulement , et pourtant elle domine la région de Kyoto. Depuis ses hauteurs, on embrasse du regard l'ancienne capitale et le lac Biwa.

Mais sa position possède une autre signification.

Le Mont Hiei se trouve au nord-est de Kyoto, dans la direction appelée traditionnellement kimon, la « porte des démons ».

Dans la cosmologie chinoise puis japonaise, le nord-est était considéré comme une direction par laquelle pouvaient pénétrer les influences néfastes.

La montagne allait donc devenir bien davantage qu'un lieu de retraite.

Elle allait être le gardien spirituel de la capitale.

Une petite retraite devient une immense montagne religieuse

Lorsque Saichô installe son premier ermitage sur le Hiei, en 788, rien ne laisse présager l'immense développement qui suivra.

Il bâtit un petit sanctuaire consacré à Yakushi Nyorai, le Bouddha de la médecine.

Puis les disciples arrivent.

La communauté grandit.

Saichô obtient progressivement le soutien de la cour impériale.

Et après sa mort, en 822, son œuvre est officiellement reconnue : le système Tendai japonais peut désormais disposer d'une véritable plateforme monastique indépendante.

Le petit ermitage est devenu Enryaku-ji.

Et la montagne commence sa transformation.

Au fil des siècles, le Hiei se couvre de pavillons, de sanctuaires, de lieux d'étude et de méditation.

Il faut imaginer quelque chose d'assez différent d'un monastère isolé.

Enryaku-ji devient presque une ville

La montagne est organisée en trois grands secteurs :

 - Tô-dô, le secteur oriental ;

 - Saitô, le secteur occidental ;

 - Yokawa, plus au nord.

Des chemins relient les différents établissements.

Des moines circulent entre les bâtiments.

On étudie les textes.

On récite les sutras.

On médite.

On accomplit des cérémonies.

On pratique des disciplines ascétiques.

La montagne devient progressivement l'un des principaux centres intellectuels et religieux du Japon.

Et c'est ici que notre comparaison avec Tiantai devient particulièrement belle.

Tiantai avait été une montagne-école.

Hiei devient une montagne-université.

Mais une université très particulière : on n'y étudie pas seulement les textes.

On y apprend à transformer toute son existence en pratique religieuse.

Il existe au cœur d'Enryaku-ji un symbole extraordinaire :

la « flamme éternelle », entretenue dans le Konpon Chûdô.

La tradition affirme qu'elle brûle depuis la fondation de l'établissement par Saichô, soit depuis plus de 1 200 ans.

Une flamme qui traverse les siècles.

Elle a connu les guerres.

Les destructions.

Les reconstructions.

Les incendies.

Mais elle a été rallumée à partir d'une flamme conservée ailleurs lorsque cela fut nécessaire, selon la tradition du temple.

Ce détail est important : il ne s'agit pas de prétendre que la même mèche physique aurait brûlé sans interruption pendant douze siècles.

Ce qui demeure, c'est la continuité symbolique de la lumière.

Et cette lumière correspond parfaitement à la vocation du Hiei : transmettre.

Puis vient le temps des grands maîtres

Le Mont Hiei ne va pas seulement former des religieux anonymes.

Il va devenir une sorte de matrice du bouddhisme japonais.

Des hommes viennent y étudier, parfois pendant des années, puis repartent avec une conception nouvelle du bouddhisme.

Parmi eux :

Hônen, qui donnera naissance au Jôdo-shû ;

Shinran, fondateur du Jôdo Shinshû ;

Eisai, associé à l'introduction du Zen Rinzai ;

Dôgen, qui développera le Sôtô Zen ;

et Nichiren, fondateur de l'école qui porte son nom.

Il faut cependant être précis : aucun de ces courants ne peut être considéré comme une simple continuation du Tendai.

Au contraire, leurs fondateurs vont souvent prendre leurs distances avec l'enseignement du Hiei.

Mais c'est justement ce qui rend le phénomène extraordinaire.

Ils sont passés par la même montagne.

Ils y ont reçu une formation.

Ils y ont rencontré les textes, les débats et les pratiques.

Puis ils sont partis chacun dans une direction différente.

Le Mont Hiei devient ainsi une sorte de carrefour d'où vont partir plusieurs des grandes routes du bouddhisme japonais.

Mais la montagne n'est pas seulement spirituelle

Avec le temps, Enryaku-ji accumule terres, richesses et influence.

Les grands monastères japonais médiévaux disposent de leurs propres réseaux de protection.

Certains religieux sont armés.

Des groupes de moines-guerriers, les sôhei, apparaissent.

Le Hiei devient alors une puissance avec laquelle les autorités politiques doivent compter.

Et cette puissance finira par provoquer un affrontement terrible.

Nous sommes en 1571.

Un homme est en train de réunifier le Japon :

Oda Nobunaga.

Pour lui, le Hiei et ses forces monastiques constituent un obstacle politique et militaire.

Il décide de frapper.

L'ordre est donné de détruire Enryaku-ji.

Le 29 septembre 1571, les troupes de Nobunaga incendient les établissements de la montagne.

Temples.

Pavillons.

Habitations.

Bibliothèques.

Une grande partie du complexe est détruite.

Des religieux et des habitants sont tués.

Le Hiei connaît alors l'une des catastrophes les plus terribles de son histoire.

Et pourtant, la montagne ne meurt pas.

C'est peut-être l'un des traits les plus frappants de son histoire.

La montagne est détruite.

Mais la tradition survit.

Les temples sont reconstruits.

Les lignées monastiques continuent.

Les textes sont préservés.

Et Enryaku-ji renaît progressivement.

Le Hiei va donc connaître plusieurs vies.

Montagne d'ermites.

Montagne doctrinale.

Montagne de pèlerinage.

Puissance religieuse.

Champ de bataille.

Puis de nouveau montagne spirituelle.

Et c'est précisément dans cette longue histoire que va apparaître l'une des pratiques ascétiques les plus extraordinaires que l'on puisse imaginer.

Des hommes vont décider de parcourir la montagne…encore et encore.

Pendant des années.

Parfois de nuit.

Parfois sous la pluie.

Parfois dans la neige.

Toujours à pied.

Une pratique appelée kaihōgyō.

Et ceux qui l'accomplissent deviendront, dans notre récit, les fameux :

Moines marathoniens du Mont Hiei .


 

A suivre…..

Enryiaku-ji

Enryiaku-ji

Poésie par Philémon

 

HIEI
La montagne qui veille

 

Dans la forêt sombre
les vieux cèdres touchent le ciel
Un moine descend
Sur les pierres polies et lisses
le jour cherche son chemin

 

Au temple silencieux
une lampe brûle encore
La nuit enveloppe
les toits et les grands arbres
seule veille la flamme

 

 

Depuis mille années
la montagne conserve
les voix des anciens
Chaque feuille qui tombe
semble porter leur mémoire

 

 

Hiei en haut
Kyoto dort sous les nuages
Le moine se retourne
Entre la ville et le ciel
ne choisit ni l'un ni l'autre

 

 

 

Flamme dans la nuit
les montagnes autour du temple
restent muettes

 

Sentier après l'aube
les pas du moine s’effacent
dans l’espace temps

 

 

La montagne de Saichô

Lorsque Saichô monta sur Hiei, la montagne était encore loin de devenir le grand centre religieux qu'elle allait être. Il y trouva la solitude des hauteurs, les forêts et le silence. Plus tard, il rapporterait de Chine l'enseignement de Tiantai et fonderait Enryaku-ji. Ainsi une montagne chinoise avait traversé la mer pour renaître sur une montagne japonaise.

Entre les deux, il y avait eu le voyage d'un homme.

Par-delà la mer
pensée venue de Chine
prend racine ici


 

Enryaku-ji

Au milieu des arbres, les bâtiments d'Enryaku-ji semblaient moins construits que déposés là par le temps. La mousse recouvrait les pierres. Les branches encadraient les toits. Une cloche sonna dans la vallée. Tu pensais à tous ceux qui étaient passés ici avant toi. Moines célèbres, novices inconnus, pèlerins, voyageurs.

La montagne ne retenait aucun nom. Elle les avait tous gardés.

Pierres du temple
les noms se sont effacés
mais la mousse se souvient


 

La flamme

Dans un temple de Hiei brûle une flamme dont la tradition rattache l'origine aux débuts de l'établissement de Saichō. Ils regardaient cette petite lumière. Autour d'elle, rien de spectaculaire : seulement une pièce calme, quelques ombres, le silence.

Une flamme est une chose fragile. Pourtant, lorsqu'elle passe d'une génération à l'autre, elle devient mémoire.

Petite flamme
dans la pénombre des siècles
elle ne parle pas

Sommet du mont Hiei

Sommet du mont Hiei

Espace Saïto

Espace Saïto

Silhouette d'un moine marathonien en pleine marche

Silhouette d'un moine marathonien en pleine marche

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TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN (2ème partie)

4 Octobre 2026, 19:55pm

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN     (2ème partie)
Chaîne montagneuse du Tiantai

Chaîne montagneuse du Tiantai

TIANTAI, LA MONTAGNE OU LE BOUDDHISME DEVIENT PENSEE

 

Quittons maintenant les brumes d’Emei.

Plus à l’est, dans l’actuelle province du Zhejiang, une autre montagne va jouer un rôle très différent.

Elle porte un nom magnifique : Tiantai « la Terrasse céleste ».

Si Emei avait donné au pèlerin l'impression d'entrer dans un monde où le ciel et la terre se rencontrent, Tiantai va devenir autre chose :

un lieu où l'on cherche à comprendre pourquoi le Bouddha a enseigné de tant de manières différentes.

Zhiyi, l'homme qui voulut réunir les enseignements.

Nous sommes au VIᵉ siècle.

Le bouddhisme est implanté en Chine depuis plusieurs siècles. Mais il présente un problème considérable : les textes sont innombrables et les doctrines parfois difficiles à concilier.

Pourquoi le Bouddha a-t-il enseigné tant de choses différentes ?

Pourquoi certains textes semblent-ils se contredire ?

Faut-il choisir entre la méditation, l'étude des textes, la discipline monastique et la pratique 

C'est dans ce contexte qu'apparaît Zhiyi (538–597). Grand Maître et troisième Patriarche du courant bouddhisteTiantai qui est devenue une école majeure du bouddhisme mahāyāna chinois, qu’il fonda sur le mont Tiantai .

Elle est également connue sous les noms de Tendai au Japon, Cheontae en Corée et Thien Thai au Vietnam.

Zhiyi s'installe sur le mont Tiantai et entreprend une œuvre immense : organiser, comparer et hiérarchiser les différents enseignements bouddhiques.

La tradition Tiantai développera notamment une classification des enseignements du Bouddha en cinq périodes et huit catégories, tout en plaçant le Sūtra du Lotus au sommet de cette synthèse.

Mais Zhiyi ne veut pas seulement construire une bibliothèque ordonnée.

Il veut comprendre comment pratiquer.

C'est pourquoi Tiantai devient à la fois un centre d'étude et un lieu de méditation.

La montagne n'est plus seulement parcourue par les pèlerins.

Elle devient une école.

Une idée extraordinaire : plusieurs chemins, une même vérité

L'une des grandes forces de Tiantai est précisément cette volonté de ne pas considérer les différents enseignements bouddhiques comme de simples erreurs successives.

Ils peuvent correspondre, selon cette tradition, à des niveaux différents d'enseignement et à des capacités différentes des êtres auxquels le Bouddha s'adresse.

Autrement dit :

le Bouddha adapte son enseignement à ceux qui l'écoutent.

Cette conception permet à Tiantai de réaliser une vaste synthèse du bouddhisme chinois.

Et cette idée va être capitale pour ce qui va suivre.

Car lorsque le bouddhisme chinois atteindra le Japon, les religieux japonais ne recevront pas seulement une doctrine parmi d'autres.

Ils vont découvrir une manière de penser permettant d'associer plusieurs pratiques et plusieurs traditions.

C'est précisément ce que fera, des siècles plus tard, Saichō, un jeune moine japonais

Nous sommes maintenant à la fin du VIIIᵉ siècle.

Le Japon vient de changer de capitale.

En 794, l'empereur Kammu établit sa nouvelle capitale à Heian-kyō, la future Kyoto.

Et au nord-est de cette nouvelle capitale se dresse une montagne couverte de forêts : le mont Hiei.

Un jeune religieux vient d'y monter.

Son nom est Saichō.

Il n'a pas encore l'aura qu'il possédera plus tard.

Il cherche.

Il médite.

Il étudie.

Et surtout, il s'éloigne des grands monastères de Nara, dont il juge certaines institutions trop liées au pouvoir et à la vie mondaine.

Sur le Hiei, il installe un petit ermitage.

C'est en 788 que Saichō établit le temple qui deviendra plus tard Enryaku-ji.

Il ignore encore que cette petite fondation va devenir l'un des centres religieux les plus importants de l'histoire du Japon.

Saichō découvre progressivement les textes de Zhiyi.

Et quelque chose se produit.

Les enseignements de Tiantai lui offrent précisément ce qu'il recherche : une tradition capable d'associer étude, méditation, discipline et différentes formes de pratique autour d'une conception du bouddhisme mahāyāna centrée notamment sur le Sūtra du Lotus : le livre venu de Chine

Mais Saichō veut aller plus loin.

Il ne se contente pas de lire les textes chinois disponibles au Japon.

Il veut aller à la source.

En 804, il embarque donc pour la Chine dans une mission officielle.

Et cette traversée va changer l'histoire religieuse du Japon.

Des navires japonais quittent l'archipel et prennent la direction du continent.

À bord se trouve Saichō.

Un autre moine voyage également dans cette grande mission diplomatique : Kūkai.

Les deux hommes vont devenir les deux grandes figures du bouddhisme japonais de l'époque de Heian, mais leurs chemins vont bientôt diverger.

Saichō, lui, poursuit son objectif : Tiantai.

En Chine, il reçoit des enseignements, étudie la tradition Tiantai et entre également en contact avec d'autres formes du bouddhisme, notamment l'ésotérisme et la méditation Chan. Son séjour ne dure qu'environ huit mois, mais il est extraordinairement dense.

En 805, Saichō est de retour au Japon.

Et cette fois…

il ne revient pas seul.

Il rapporte des textes.

Des enseignements.

Des pratiques.

Et surtout une idée nouvelle pour le Japon :

celle d'un bouddhisme capable de réunir plusieurs voies dans une même montagne.

Le Mont Hiei va bientôt cesser d'être la retraite d'un moine.

Il va devenir une montagne-école.

Et c'est là que notre troisième montagne commence véritablement à apparaître.

Car il manque encore quelque chose

Tiantai avait donné à Saichō la structure intellectuelle.

Mais le Mont Hiei va recevoir davantage.

Au fil des générations, ses maîtres vont retourner en Chine, rapporter de nouvelles pratiques et développer notamment l'enseignement ésotérique.

Ennin et Enchin, parmi les successeurs de Saichō, joueront à cet égard un rôle majeur.

Puis, autour de cette montagne, vont se concentrer étude, méditation, rites, discipline et ascèse.

Et des siècles plus tard, de cette même montagne sortiront des hommes comme Hōnen, Shinran, Eisai, Dōgen et Nichiren, qui poursuivront chacun leur propre voie religieuse.

Emei avait sacralisé la montagne.

Tiantai avait fait de la montagne une école de pensée.

Hiei allait faire de la montagne un creuset du bouddhisme japonais.

Et bientôt, sur ses sentiers escarpés, certains hommes vont pousser cette recherche spirituelle jusqu'à des limites presque inimaginables.

Ce seront les moines marathoniens.

Mais avant d'arriver à eux, il faut encore entrer véritablement dans le monde du Hiei et découvrir Saichō, son ermitage, Enryaku-ji et la naissance de la montagne qui allait veiller sur Kyoto.


 

A suivre…

Pagode du monastère du mont Tiantai

Pagode du monastère du mont Tiantai

Poésie par Philémon
La montagne où l'esprit s'éveille

Sur le roc humide
la mousse garde les traces
des anciens ermites
la cascade parle encor
à ceux qui savent écouter

 

Dans la haute forêt
nul bruit ne trouble le matin
Une goutte de pluie
tombe d'une feuille à l'autre
comme un enseignement

 

 

Un moine dans sa hutte
ouvre la porte au printemps
Aucun mot parlé

L’envoûtement des pruniers
suffit pour saluer le jour

 

 

Lune sur le roc
la cascade dans la nuit

Tu demeures assis
Ce que tu cherchais au loin
était dans ce silence

 

 

 

Hutte dans les pins
la fumée monte lentement
personne ne dit mot

 

La nuit sur Tiantai
un rayon de lune demeure
sur le vieux rocher

 

 

L'ermitage

La petite construction était presque invisible entre les arbres. Une porte de bois, un toit sombre, quelques marches usées. Personne ne vint t'accueillir. Devant l'entrée, une branche de prunier portait trois fleurs blanches.

Tu compris soudain qu'il existe des lieux où l'absence de parole n'est pas un vide.

Trois fleurs de prunier
devant l'ermitage vide
le printemps répond

 

 

Le rocher

Le sentier conduisait vers une paroi couverte de mousse. Des siècles de pluie avaient creusé la pierre et dessiné de minuscules rivières dans ses fissures. Tu posais la main sur le rocher. Il était froid.

Tu imaginais tous ceux qui avaient fait le même geste avant toi. Moines, ermites, voyageurs inconnus. Leurs mains avaient disparu, leurs noms aussi peut-être.

Mais la pierre était toujours là.

Pierre sous la mousse
les mains passent la montagne
demeure immobile

 

Zhiyi

C'est à Tiantai que le grand maître Zhiyi développa au VIᵉ siècle une pensée qui allait donner son nom à l'école Tiantai. Méditation, enseignement et expérience de la réalité y étaient intimement liés. Il maginai le maître assis face aux montagnes. Autour de lui, le vent. Devant lui, les nuages. Et cette question immense : comment comprendre le monde sans se séparer de lui ? La montagne ne répondit pas.

Elle était la réponse.

Face aux montagnes
la question devient silence
le silence est la voie

 

La lune

La nuit était tombée depuis longtemps lorsque tu sortis de l'ermitage. La lune éclairait les rochers et dessinait des ombres profondes entre les pins. Une cascade brillait au loin. Tu restais assis sans chercher à comprendre ce que tu voyais. À Emei, la montagne avait effacé tes traces.

À Tiantai, elle effaçait maintenant tes questions.

Lune sur le rocher
même l'ombre de tes pensées
s'efface dans la nuit

 


NOTA:

Avec Emei, nous avions la montagne qui efface les repères.
Avec
Tiantai, nous avons maintenant celle qui transforme le silence en compréhension.

Entrée du temple

Entrée du temple

Autel du temple  Guoqing

Autel du temple Guoqing

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TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN (1ère partie)

2 Octobre 2026, 09:36am

Monastère au sommet du mont Iméi

Monastère au sommet du mont Iméi

En Asie orientale, il est des montagnes dont le rayonnement a influencé le développement de courants religieux du Japon, aussi, afin d’en faciliter la compréhension, je vous propose un exposé sous la forme d’une chronique en plusieurs parties.

 

Il s’agit des mont Emei, mont Tiantai et mont Hiei.

 

Bonne lecture.

 

EMEI : la montagne où le sacré descend dans le paysage.

 

Bien avant que les cloches du mont Hiei ne résonnent au-dessus de Kyoto, bien avant même que le Japon ne connaisse le nom de Saichō, une montagne de Chine attirait déjà les hommes vers ses brumes.

Elle se trouve dans l'actuelle province du Sichuan.

Son nom est Emei, Éméishān (montagne aux sourcils élégants)

Deux sommets dressés comme des sourcils, dit-on, auraient donné son nom à la montagne. Mais ce sont surtout ses falaises, ses forêts, ses nuages et ses précipices qui ont frappé l'imagination des générations successives.

À Emei, la montagne n'est pas seulement un décor.

Elle est une présence.

Une montagne plus ancienne que le bouddhisme chinois

Avant l'arrivée du bouddhisme, les montagnes chinoises étaient déjà des lieux où l'homme cherchait le contact avec le monde invisible.

Des ermites s'y retiraient.

Des traditions taoïstes s'y développaient.

On attribuait à certaines montagnes une puissance particulière, comme si le ciel et la terre s'y touchaient plus facilement qu'ailleurs.

Puis le bouddhisme arrive en Chine.

Et peu à peu, Emei entre dans son univers.

La tradition situe l'installation de communautés bouddhiques sur la montagne dès les premiers siècles de notre ère. Au fil du temps, temples et monastères apparaissent sur ses pentes.

Mais quelque chose de très particulier va se produire.

Emei devient la montagne associée à Samantabhadra, le bodhisattva que les Japonais appelleront Fugen Bosatsu.

Samantabhadra est représenté chevauchant traditionnellement un éléphant blanc.

Il incarne notamment la pratique, les vœux, la conduite juste et la mise en œuvre de l'enseignement du Bouddha.

Et voilà que le paysage lui-même semble se prêter à cette présence.

Les chemins sont longs.

Les marches innombrables.

Les forêts épaisses.

Les nuages peuvent envelopper un temple en quelques minutes.

Le pèlerin ne traverse donc pas simplement un territoire : il gravit progressivement un monde séparé du monde ordinaire.

Le voyage vers le sommet :

Imaginez le pèlerin d'autrefois. Il quitte les vallées. La végétation change. L'air devient plus frais. Le chemin se resserre.

Puis les cloches d'un monastère apparaissent dans la brume.

Il poursuit sa route. Un autre temple. Puis un autre.

À Emei, la montagne devient ainsi une sorte de pèlerinage vertical.

Plus on monte, plus on s'éloigne de l’existence au quotidien.

Et cette idée est essentielle pour comprendre ce qui se produira plus tard au Japon.

Car le bouddhisme d'Asie orientale va progressivement transformer certaines montagnes en véritables territoires spirituels.

Emei en est l'un des grands exemples.

Le phénomène qui émerveillait les pèlerins :

Au sommet, dans certaines conditions atmosphériques, un phénomène optique peut apparaître.

Lorsqu'une personne se trouve au-dessus d'une mer de nuages et que le soleil se trouve derrière elle, son ombre peut être projetée sur les nuages et entourée d'un cercle lumineux.

Le phénomène est connu en Chine sous le nom de « lumière de Bouddha ».

Scientifiquement, il s'agit d'un épiphénomène optique parfaitement explicable.

Mais pour le pèlerin qui l'observait autrefois, dans cette immensité blanche où disparaissaient les montagnes et les vallées… il pouvait prendre une tout autre signification.

La frontière entre phénomène naturel et manifestation sacrée devenait extrêmement mince.

C'est précisément cette rencontre entre nature, montagne et religion qui va caractériser une grande partie de la spiritualité des montagnes d'Asie orientale.

Et pourtant, Emei n'est pas encore Hiei (mont du Japon)

C'est ici que notre histoire doit prendre son temps.

Car il serait tentant de dire :

Emei est la version chinoise du Hiei.

Ce serait faux.

Emei est avant tout une grande montagne sacrée et un immense lieu de pèlerinage bouddhique.

Le Mont Hiei deviendra autre chose.

Pour comprendre pourquoi, il faut quitter la Montagne Emei…et nous diriger vers une autre montagne chinoise.

Une montagne beaucoup moins spectaculaire peut-être.

Mais intellectuellement, elle va changer l'histoire.

Elle s'appelle la Montagne Tiantai.

Et c'est là qu'apparaît un homme dont le nom va bientôt traverser la mer : Zhiyi.          

 

A suivre...

Représentation de Samantabhadra

Représentation de Samantabhadra

POESIE DES TROIS MONTAGNES par Philémon

 

EMEI La montagne dans les nuages

Dans les pins noirs
la brume efface les chemins
un gong résonne
Il ne sait plus s’il monte
ou si le ciel descend

 

Sur le vieux sentier
une feuille roule à ses pieds
Nul pèlerinage
n'est plus long que celui
qui conduit vers soi-même

 

Le matin s'éveille
sur les terrasses de pierre.
Des nuages blancs
passent sous les sanctuaires
la montagne semble flotter

 

Trois sommets émergent
d'une mer silencieuse
Le vent dans les bambous
porte une prière ancienne
que personne ne prononce

 

 

Brume sur Emei
entre deux pins disparaît
le chemin d'hier

 

Mer de nuages
au-dessus des cimes blanches
le soleil se lève

 

 

 

Le chemin effacé

Le sentier montait entre les pins. À chaque détour, la brume refermait derrière toi ce que tu venais de parcourir. Tu te retournais plusieurs fois : il n'y avait plus de chemin, seulement des troncs sombres et des nappes de nuages. Alors tu compris que la montagne ne demandait pas que l'on sache où l'on était allé.

Elle demandait seulement de continuer.

Chemin dans la brume
derrière chacun de ses pas
le monde s'efface

 

 

La cloche

À la fin de l'après-midi, une cloche descendit de la montagne. Son premier son sembla venir de très loin. Le second était plus proche. Puis le troisième se perdit dans la vallée. Il n'y avait plus que le vent, les pins et cette vibration invisible qui semblait continuer bien après que la cloche se fut tue.

Cloche dans le vent
un singe dans les branches
puis le silence

 

 

La mer de nuages

À l'aube, les nuages s'étaient accumulés sous les falaises. Depuis la hauteur, ils formaient une immense mer blanche dont quelques sommets émergeaient comme des îles. Pendant un instant, ils ne surent plus s’ils regardaient la terre depuis le ciel ou le ciel depuis la terre.

La montagne avait supprimé la frontière.

Mer blanche en bas
une île de pierre et de pin
flotte dans le jour.

 

 

Puxian

Dans les récits anciens, le bodhisattva Puxian, Samantabhadra, est associé à Emei. On le représente parfois monté sur son éléphant blanc, symbole de la force tranquille de la pratique. Cette image reste en mémoire tout en regardant les nuages s'ouvrir au-dessus des falaises. Aucune apparition. Seulement la lumière sur la montagne.

Peut-être était-ce suffisant.

Nuages déchirés
sur la montagne immobile
seul l'éléphant blanc


 

Le sommet

Nous arrivions au sommet alors que le soleil commençait à décliner. Au-dessous de moi, les forêts disparaissaient dans la brume. Plus loin, les vallées devenaient indistinctes. L’on pensait aux pèlerins qui avaient emprunté ces chemins avant nous, aux moines, aux voyageurs, aux hommes venus chercher ici quelque chose qu'ils ne pouvaient trouver dans les plaines. Puis le vent se leva.

Nous cessions de chercher.

Vent du haut sommet
on n'a rien trouvé ici
sinon le silence

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN      (1ère partie)
TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN      (1ère partie)

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LÉGENDE DE TAKACHIHO

27 Septembre 2026, 09:08am

Amaterasu déesse de la lumière

Amaterasu déesse de la lumière

 

La légende principale de Takachiho (dans la préfecture de Miyazaki, au Japon) est celle de la Grotte du Ciel (Ame-no-Iwato), un récit fondamental de la mythologie shintoïte expliquant le retour de la lumière sur terre.

L'Origine : La colère d'Amaterasu

Au commencement, Amaterasu Ōmikami, la déesse du soleil et souveraine du ciel, vivait dans le Takamagahara (la Plaine du Haut Ciel).

Son frère, Susanoo-no-Mikoto, le dieu de la tempête et des mers, était connu pour son tempérament violent et imprévisible.

Susanoo monta au ciel pour voir sa sœur avant de partir pour l'exil. Mais, dans un accès de rage et de tristesse, il provoqua un chaos terrible :

  • - Il jeta un cheval écorché à travers le toit de la salle de tissage sacrée où Amaterasu travaillait.

    - La servante d'Amaterasu, effrayée par la chute du cheval, se blessa mortellement avec son fuseau.

Terrifiée et furieuse par ce manque de respect envers le sacré, Amaterasu se réfugia dans la Grotte du Ciel (Ame-no-Iwato) et la ferma avec un énorme rocher.

Dès que la déesse du soleil se cacha, le monde entier fut plongé dans une obscurité éternelle.

Les dieux et les humains souffrirent, les maux apparurent, et le monde menaçait de sombrer dans le désordre.

Les huit millions de dieux se réunirent sur les rives de la rivière du ciel pour trouver une solution. Leurs actions comprenaient :

  • L'élevage d'un coq sacré pour chanter comme si l'aube arrivait.

    La mise en place de joyaux, de miroirs et d'offrandes sur un arbre sacré (le Yasakani no Magatama).

    La préparation d'un bain rituel pour purifier l'air.

L'étape cruciale fut la danse de Ame-no-Uzume-no-Mikoto, la déesse de l'aube et de la joie.

Elle se plaça sur un tonneau renversé devant la grotte, se déshabilla de manière provocante et commença une danse frénétique et comique, faisant claquer ses pieds et émettant des bruits étranges.

Les dieux rirent aux éclats, un rire si puissant et joyeux qu'il résonna dans tout le ciel.

Intriguée par les rires, Amaterasu entrouvrit légèrement la grotte pour voir ce qui se passait.

Une déesse nommée Ame-no-Tajikarao, cachée derrière le rocher, profita de cet instant pour écarter l'énorme pierre et tirer Amaterasu hors de la grotte.

Une autre déesse tendit un miroir sacré (Yata no Kagami) devant elle, Amaterasu, voyant son propre reflet lumineux, fut éblouie et sortit complètement, permettant à la lumière du soleil de revenir sur terre.

Le rocher fut ensuite scellé définitivement, mais la lumière resta.

Takachiho Aujourd'hui :

Le Bourg de Takachiho est considérée comme le lieu exact où cette grotte se trouve.

  • Le Sanctuaire Ame-no-Iwato :

    Situé au fond d'une gorge verdoyante, il marque l'entrée de la grotte.

  • Les visiteurs ne peuvent pas entrer dans la grotte elle-même (qui est considérée comme trop sacrée), mais peuvent voir le rocher depuis l'extérieur et écouter le bruit de la rivière Gokase qui coule en dessous.

    La Danse No 

    La légende est souvent commémorée par des danses rituelles appelées Iwato Mai, qui rejouent la danse d'Ame-no-Uzume.

    Les Pèlerinages :

    C'est un lieu de pèlerinage majeur où l'on vient pour prier pour la clarté de l'esprit et la réussite, symbolisant la sortie de l'obscurité vers la lumière.

C'est l'une des histoires les plus importantes du shintoïsme, car elle explique non seulement l'alternance jour/nuit, mais aussi l'importance de la joie, de la communauté et de la purification pour surmonter les moments les plus sombres.


Le bourg de Takachiho se situe dans le nord de la préfecture de Miyazaki, sur l'île de Kyushu, au sud-ouest du Japon.

Détails géographiques clés situant l’emplacement appelé : Le Bourg :

  • Région :

     Kyushu (île principale la plus au sud du Japon).

    Préfecture :

     Miyazaki (côte est de Kyushu, face à l'océan Pacifique).

    Localisation précise :

     Elle est enclavée dans les monts Sobo-Katamuki, au cœur d'une région montagneuse.

  • Le bourg est célèbre pour sa gorge spectaculaire, la gorge de Takachiho (Takachiho-kyo), creusée par la rivière Gokase.

    Accessibilité :

    • Elle est située à environ 1h30 à 2h de voiture de la ville de Miyazaki (la capitale de la préfecture) ou de l'aéroport de Miyazaki.

      Il n'y a pas de gare ferroviaire directe. Les visiteurs viennent généralement en bus depuis les gares de Kitakyushu, Kokura, ou Miyazaki.

En raison de son isolement géographique cela a contribué à sa réputation de « berceau de la mythologie japonaise » et à la conservation de ses légendes anciennes.

Située au cœur des montagnes, la région a été moins touchée par la modernisation rapide et les guerres du Japon moderne.

Cela a permis aux traditions orales, aux rituels et aux danses de survivre intactes pendant des siècles.

Aujourd'hui, si vous visitez Takachiho, vous ne verrez pas seulement des ruines ou des monuments, mais vous pourrez assister à des représentations de Kagura qui sont des reconstitutions vivantes de ces légendes anciennes, perpétuant ainsi, la mémoire des dieux shintoïstes.

Ce qui rend cette légende particulièrement intéressante: ce n'est pas seulement une histoire de dieux, mais un récit sur la disparition et le retour de la lumière, sur le lien entre le monde divin et le monde humain, et sur la manière dont le rire, la danse et le rituel peuvent rétablir l'harmonie.

LÉGENDE DE TAKACHIHO

Poésie de Takachiho par Philémon

 

Dans la caverne
Amaterasu se cache
le monde s’éteint
et forcément le soleil
semble retenir son souffle

 

Devant la pierre close
un rire monte dans la nuit
les dieux s’assemblent
et grâce au miroir tendu
la beauté est projetée

 

Amano-Iwato
garde encore le secret
de la lumière
la pierre n’est jamais muette
pour qui sait bien écouter

 

Ame-no-Uzume

danse devant la grotte
et son rire fend la nuit
les dieux frappent des mains
et la lumière jaillit

 

Quand revient la lumière
la montagne ouvre ses yeux
cernée de brume
Takachiho recueille
le premier souffle du jour

 

D’entre les rochers
l’eau descend sans faire de bruit
elle connaît les dieux
et garde au fond de son cours
la mémoire de ses débuts

 

Sous les grands cèdres
une ancienne présence veille
nul besoin de mots
la montagne elle-même
devient prière silencieuse

 

Les gorges de Takachiho

La rivière Gokase s’enfonce entre les parois volcaniques de la gorge. Les rochers dressés semblent garder la trace d’un monde très ancien. Ici, l’eau ne sépare pas le paysage de la légende : elle semble en prolonger le récit. On comprend alors pourquoi Takachiho demeure associé aux récits des origines. Dans cette terre de montagnes et de brumes, la nature n’est pas un décor posé autour du sacré. Elle en est l’une des expressions.

Entre deux falaises
la rivière emporte le ciel
les brumes se lèvent

 

Amano-Yasukawara

On raconte que les dieux se réunirent à Amano-Yasukawara pour chercher le moyen de faire revenir Amaterasu. Le lieu est aujourd’hui couvert de petites pierres déposées par les visiteurs. Elles s’accumulent dans les anfractuosités de la roche, comme autant de gestes minuscules adressés à l’invisible. Une pierre posée sur une autre paraît dérisoire. Pourtant le geste se répète. Et, par cette répétition, le silence devient prière.

Une pierre sur l’autre
le silence monte posément
vers la lumière cachée

 

Le pays des commencements

Takachiho est parfois présenté comme une terre où les dieux descendirent parmi les hommes. Les récits anciens y placent les commencements d’un monde où les montagnes, les rivières, les arbres et les rochers participent au même ordre invisible.

Peut-être est-ce cela que l’on ressent lorsque la brume descend sur les gorges : non pas la présence spectaculaire d’un dieu, mais quelque chose de plus discret. Une impression de continuité entre ce qui se voit et ce qui ne se voit pas.

La brume du soir
entre visible et invisible
un calme demeure

 

Gorges de Takachiho

Gorges de Takachiho

gorges suite

gorges suite

Plateforme de la visite des gorges

Plateforme de la visite des gorges

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TOYOTOMI HIDEYOSHI ( suite et fin)

21 Septembre 2026, 09:36am

TOYOTOMI HIDEYOSHI  ( suite et fin)

Mais son ambition ne connaissait pas de frontières.

Il voulait conquérir la Corée, puis atteindre la Chine des Ming.

En 1592, ses armées traversèrent la mer.

Au début, tout alla très vite.

Les troupes japonaises avancèrent profondément en Corée.

Mais elles rencontrèrent une résistance acharnée.

Et surtout, sur la mer, l'amiral coréen Yi Sun-sin infligea aux forces japonaises de lourdes défaites.

La guerre s'enlisa.

Des négociations commencèrent.

Puis échouèrent.

Hideyoshi refusa de renoncer à son rêve.

Une seconde invasion fut lancée en 1597.

Mais cette fois encore, la victoire lui échappa.

Pendant ce temps, Hideyoshi vieillissait.

Et il avait un problème plus terrible encore que la guerre :

son fils Hideyori était encore un enfant.

Hideyoshi comprit que tout ce qu'il avait construit pouvait disparaître avec lui.

Alors il réunit les grands seigneurs.

Il leur demanda de protéger son fils.

Parmi eux se trouvait encore...

Tokugawa Ieyasu.

Le vieux Hideyoshi mourut en 1598.

Il avait commencé sa vie comme un homme sans nom.

Il la terminait comme Toyotomi Hideyoshi, taikō du Japon.

Après sa mort, le fragile édifice commença à se fissurer.

Les grands seigneurs recommencèrent à se méfier les uns des autres.

Tokugawa Ieyasu.

Il attend.

Puis il agit

En 1600, les armées de l'Est et de l'Ouest se rencontrent à Sekigahara.

En quelques heures, le destin du Japon est décidé.

Tokugawa Yeyasu est victorieux.

Trois ans plus tard, en 1603, il reçoit de l'empereur le titre de shōgun.

Le shogunat Tokugawa commence.

Et cette fois, il va durer.

Deux cent soixante-quatre ans, c’est toute la période de mise en place d’une gouvernance et d’évolution des arts, des lettres, des graveurs et artistes peintres de cette période dite « Edo »

Hideyori, le fils de Hideyoshi, grandit à Osaka.

Mais le destin de la famille Toyotomi était scellé.

En 1615, le château d'Osaka tomba à la suite du siège conduit par les troupes de Tokugawa Yeyasu pour anéantir le dernier bastion du clan rival de la famille Toyotomi.

Hideyori et sa mère Yodo-dono se suicidèrent

Et avec eux, s'éteignit la maison de celui qui, quelques décennies auparavant, n'était encore qu'un petit garçon pauvre d'Owari.

Et c'est peut-être cela, le plus beau de son histoire

Si l'on regarde Hideyoshi uniquement comme un conquérant, on voit un homme ambitieux, parfois cruel, responsable de guerres terribles.

Mais si l'on écoute son histoire comme un conte...

on voit autre chose.

Un homme né tout en bas de l'échelle qui réussit à monter jusqu'au sommet du Japon.

Il n'était pas le fils d'un shōgun.

Il n'était pas issu d'une grande famille.

Il n'avait pas derrière lui une longue lignée de guerriers.

Il avait seulement son intelligence, son énergie, son extraordinaire capacité à comprendre les hommes et une ambition sans mesure.

Il conquit le Japon.

Il fit bâtir des châteaux.

Il collectionna les objets précieux.

Il organisa des fêtes sous les cerisiers.

Il s'entoura de poètes et de maîtres du thé.

Et, pourtant, lorsqu'il mourut, tout ce qu'il avait construit passa finalement aux mains de l'homme qui avait su attendre : Tokugawa Yeyasu.

C'est peut-être pourquoi Hideyoshi demeure si fascinant.

Parce que son histoire ressemble à une vieille leçon japonaise :

La fortune peut conduire un homme très haut.
Mais nul ne sait combien de temps il pourra y demeurer.

Et lorsque les cerisiers fleurirent à Daigo, au printemps de 1598, Hideyoshi était encore là, au milieu de ses proches, regardant les pétales tomber.

L’homme qui avait voulu maîtriser le destin se trouvait, comme tous les hommes, simplement assis sous les fleurs.

Il ne lui restait que quelques mois à vivre.

Hideyoshi s'éteignit en 1598.

Le Japon qu'il avait presque entièrement réuni lui survécut. Ses châteaux demeurèrent quelque temps. Ses trésors aussi. Mais son pouvoir, lui, s'en alla avec lui , comme la dernière lumière sur les toits d'or d'Ōsaka.

TOYOTOMI HIDEYOSHI  ( suite et fin)

Poésie par Philémon

 

 

Or sur les fusuma
dragons, pins et grues s’éveillent
dans les lieux de fête
le monde paraît éternel
sous la lumière des chandelles


 

Les cheveux blanchissent
les armures restent suspendues
dans les salles du château
et les jardins poursuivent
leur inflorescence sans lui


 

Il regarde Hideyori
comme un dernier printemps
le père veut retenir
entre les mains d’un enfant
un royaume déjà fragile


 

Sous les pluies d’été
un homme quitte ses palais
les bannières se taisent
et le vaste Japon demeure
plus grand que son conquérant


 

Le château d’Ōsaka

À Ōsaka, Hideyoshi voulut bâtir plus qu'une forteresse. Il voulut donner une forme visible à son pouvoir. Des milliers d'hommes transportèrent les pierres. Les murs montèrent. Les toits apparurent. Puis l'or vint couvrir les salles et les portes. De loin, le château semblait appartenir à un monde de légende. Mais derrière les murailles, le pouvoir avait son autre visage : intrigues, rivalités, alliances et inquiétude. Plus le château s'élevait, plus Hideyoshi devait veiller à ce que rien ne s'écroule.

Sur les pierres neuves
le soleil du soir s'attarde
un corbeau passe

 

La coupe de thé

On pourrait croire qu'un homme qui avait conquis le pouvoir ne connaissait que le tumulte des batailles. Pourtant, Hideyoshi aimait le thé. Dans une petite pièce, le monde extérieur disparaissait. Le sabre demeurait à l'écart. Une coupe passait de main en main. L'eau chantait doucement dans la bouilloire.Pendant quelques instants, l'homme qui commandait aux armées redevenait simplement un homme assis dans le silence. Peut-être est-ce là que le pouvoir paraît le plus fragile.

Le bambou frémit
une vapeur monte du bol
le guerrier se tait

 

Le dernier printemps

À la fin, les victoires ne suffirent plus. Hideyoshi vieillissait. Le grand conquérant savait que son œuvre dépendait désormais d'un enfant : son fils Hideyori. Il chercha à assurer son avenir, à obtenir des serments, à maintenir autour de lui les hommes qui pourraient protéger le jeune héritier. Mais aucun serment humain ne peut arrêter le temps. Dans les jardins, le printemps revint.

Fleurs de cerisier
elles tombent sans demander
qui fut le plus grand

TOYOTOMI HIDEYOSHI  ( suite et fin)
TOYOTOMI HIDEYOSHI  ( suite et fin)
TOYOTOMI HIDEYOSHI  ( suite et fin)
Triptyque par Utamaro sur Hideyoshi

Triptyque par Utamaro sur Hideyoshi

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