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Poésie Japonaise

YOKAIS (3ème et dernière partie)

15 Avril 2026, 10:31am

Apparition d'un Kitsune

Apparition d'un Kitsune

Mariage de Kitsune

Mariage de Kitsune

Prêtre en pleine pratique entouré d'un démon et d'un loup, estampe de Hokusai.

Prêtre en pleine pratique entouré d'un démon et d'un loup, estampe de Hokusai.

La relecture moderne du bestiaire yōkai montre à quel point ces créatures restent ancrées dans l'imaginaire japonais.

 Elles sont une source d'inspiration sans cesse renouvelée pour les artistes nippons, prouvant leur capacité à évoluer avec leur temps tout en conservant leur puissance évocatrice originelle.

Aujourd'hui encore, impossible d'échapper aux yōkai lorsqu'on s'intéresse à la culture populaire japonaise, tant leur influence demeure profonde et vivace !

Si les yōkai les plus célèbres frappent par leur apparence spectaculaire, beaucoup de ces créatures se montrent en réalité beaucoup plus discrètes, s'immisçant dans les tracas de la vie quotidienne.

Au Japon, chaque recoin de la maison peut ainsi abriter son petit esprit malicieux.

L'Akaname par exemple se cache dans les salles de bains mal entretenues pour y lécher la crasse incrustée, tandis que le Makura-gaeshi, véritable cauchemar des dormeurs, s'amuse à déplacer leur oreiller durant la nuit. 

Ces yōkai domestiques incarnent avec malice les petits désagréments du quotidien et la nécessité de bien tenir son foyer.

Mais les yōkai ne se limitent pas à ces facéties domestiques. Certains sont de véritables forces de la nature, personnifiant la puissance brute des éléments.

Raijū, l'esprit du tonnerre qui accompagne le dieu shinto de la foudre, ou Yama-uba la sorcière des montagnes, en sont de parfaits exemples.

 Rencontrer ces créatures signifie se confronter à ce que la nature a de plus impressionnant et mystérieux.

D'autres yōkai frappent par leur étrangeté, comme Nue la chimère volante au corps de serpent, aux pattes de tigre et à la tête de singe, ou Amikiri le monstre-loutre coupeur de filets de pêche.

Ces créatures inclassables montrent toute l'inventivité et la poésie de l'imaginaire yōkai.

Enfin, nombre de yōkai sont issus de la métamorphose d'animaux ayant atteint un âge avancé. Chats, renards, serpents, tanuki, tous peuvent se transformer pour semer le trouble parmi les humains.

Le plus célèbre d'entre eux est sans doute le Nekomata, terrifiant chat-démon doté de deux queues et capable de dévorer son maître.

Ainsi, même les animaux familiers peuvent devenir des yōkai une fois transfigurés par les années et le contact avec les forces surnaturelles.

Les yōkai sont bien plus que de simples monstres destinés à effrayer. Ils reflètent en réalité les angoisses, les croyances et l'imaginaire des Japonais, et ce depuis l'époque médiévale. 

Chaque créature porte en elle un concentré de peurs ancestrales et de questionnements sur le monde.

Dans une société profondément marquée par le shintoïsme et son rapport sacré à la nature, les yōkai deviennent une façon d'expliquer l'inexplicable.

Phénomènes étranges, catastrophes naturelles, disparitions mystérieuses, tout peut être attribué à l'action de ces esprits.

En leur donnant un corps et un nom, les Japonais cherchent à apprivoiser symboliquement les mystères d'un monde qui les dépasse.

Mais les yōkai sont aussi porteurs de valeurs morales et de leçons de vie. Dans les contes et légendes, ils punissent souvent l'avidité, l'orgueil ou l'impolitesse des humains. Tengu et Kappa sont ainsi réputés pour donner une bonne leçon aux présomptueux et aux grossiers. 

Rencontrer un yōkai, c'est souvent faire face à ses propres défauts et faiblesses.

Surtout, les yōkai sont la plupart du temps ambivalents. Ni totalement bons, ni foncièrement mauvais, ils agissent selon leur propre logique, parfois incompréhensible pour les mortels.

Tout est question de circonstances et d'attitude des humains à leur égard. Ce caractère double des yōkai reflète en réalité toute la complexité de la nature humaine, entre ombre et lumière

Les Yōkai,font partie du patrimoine culturel du Japon :

Loin d'être des superstitions d'un autre âge, les yōkai restent extraordinairement vivaces dans le Japon contemporain.

Profondément ancrées dans l'imaginaire national, ces créatures représentent un formidable patrimoine culturel, transmis de génération en génération.

Conscients de ce trésor, les Japonais déploient de nombreux efforts pour préserver et étudier les contes et légendes traditionnels.

Ethnologues et passionnés collectent les histoires populaires dans les campagnes, répertorient les yōkai locaux et analysent leur symbolique. 

Un véritable intérêt académique qui montre l'importance accordée à ce pan méconnu de la culture nippone.

Mais ils ne restent pas cantonnés aux livres d'érudits. Toujours aussi populaires, ils sont mis à l'honneur lors de nombreux festivals comme le Hyakki Yakō, où une joyeuse parade de créatures défile dans les rues.

Les matsuri* locaux intègrent souvent des représentations de yōkai typiques de la région, sous forme de costumes, de chars décorés ou de feux d'artifice.

*Festivals

De la fête de Setsubun**, jusqu'aux espiègleries d'Halloween, les yōkai rythment le calendrier traditionnel japonais.

**Fête du passage de l'hiver au printemps qui se déroule chaque 3 février.

Leur omniprésence dans l'art, la littérature et les médias modernes montre aussi à quel point ces créatures sont indissociables du paysage culturel nippon.

Des vénérables rouleaux peints du Moyen-âge aux mangas futuristes, en passant par les estampes d'Hokusai et les films de J-Horror, les yōkai n'ont jamais cessé de fasciner artistes et public.

 Véritables icônes nationales, ils sont un marqueur essentiel de l'identité japonaise.

Jorogumo, la femme araignée.

Jorogumo, la femme araignée.

POÉSIE YOKAIS par Philémon

Tanka

 

Sous le vieux pont gris
L’eau garde un rire d’enfant
Figé éternel
Un kappa attend en paix
Qu’un imprudent s’approche

 

Papillon d’été
Posé sur un front brûlant
Il ne s’envole pas
L’âme hésite à partir
Entre deux mondes flottants

 

Soir de lucioles
Une main semble guider
Leurs très faibles lumières
Vers un visage absent
Dissous dans l’air sec d’été

  1.  

Givre sur les pins
Un petit rire se perd
Dans l’espace immobile
Le tengu veille au sommet
Là où nul ne doit monter

 

Nuit de pleine lune
Les bambous grincent ensemble
Comme en confidence
Un esprit sans nom traverse
L’espace entre deux souffles

 

  1. Chaleur de l’été
    Au bord d’une eau trouble
    Concombre offert
    Le kappa incline la tête
    Puis il disparaît sans bruit

  2.  

  1. Pluie de saison
    Un vieux parapluie saute
    Dans cette ruelle
    Karakasa-obake voit
    Une main pour l’emporter

Bakeneko Chat démon très méchant à deux queues

Bakeneko Chat démon très méchant à deux queues

Haïbun
Kitsune

Au printemps, près des sanctuaires, certaines flammes ne brûlent pas. Elles hésitent, comme si elles observaient.

Brume du matin
Le kitsune s’efface
Dans votre reflet

 

Kappa

En été, les anciens disent de ne pas fixer l’eau trop longtemps. Ce n’est pas le courant qui attire.

Rivière lourde
Le kappa est aux aguets
Sous le silence

Yuki-onna

L’hiver rend les rencontres irréelles. Les voix deviennent blanches, comme gelées avant d’exister.

Neige épaisse
La Yuki-onna respire
Dans le grand vent froid

Nurarihyon

Parfois, quelqu’un entre sans être invité, invisible, et tout semble soudain normal.

Soir tranquille
Nurarihyon s’installe
Comme dans sa cabane

 

 

Printemps lumineux
Un kitsune traverse
Sans laisser d’ombre

 

Neige en hiver
La porte s’ouvre un peu
Sans aucune main

 

Par vent d’automne
Une ombre suit la mienne
Puis s’en détache

  1.  

YOKAIS     (3ème et dernière partie)
Rokurokubi

Rokurokubi

Démon de la montagne

Démon de la montagne

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TOYOTOMI HIDEYOSHI (1ère partie)

15 Septembre 2026, 10:05am

Toyotomi Hideyoshi

Toyotomi Hideyoshi

Toyotomi Hideyoshi

Toyotomi Hideyoshi

LE PETIT HOMME QUI VOULUT CONQUERIR LE JAPON

 

 

Il était une fois, dans une campagne de la province d'Owari, un garçon qui n'était pas destiné à devenir grand.

Il ne naquit ni dans un palais, ni dans une famille de puissants guerriers. Son père, selon les sources traditionnelles, avait été un simple soldat-paysan. Le garçon reçut le nom de Hiyoshi-maru.

Il était petit, vif, laid peut-être, mais surtout incroyablement débrouillard.

On raconte qu'il avait les traits fins et malicieux d'un singe, au point que son premier grand maître, Oda Nobunaga, le surnomma plus tard Saru : « le singe ».

Personne, à cette époque, n'aurait imaginé que ce petit garçon deviendrait un jour le maître du Japon.

Le garçon qui partit sur les chemins

Encore jeune, Hiyoshi-maru quitta son village.

Il connut les routes, les marchés, les auberges et les maisons de guerriers. Il servit différents maîtres avant que le destin ne le conduise auprès d'un jeune seigneur d'Owari : Oda Nobunaga.

Nobunaga était tout son contraire :

Il était grand seigneur, héritier d'une puissante famille, brutal, imprévisible et audacieux. Il méprisait les anciennes habitudes et rêvait lui aussi de soumettre les provinces du Japon.

Le petit serviteur plut à Nobunaga.

Il était toujours là où il fallait être.

Quand on lui confiait une tâche, elle était accomplie.

Quand il fallait trouver une solution, il en trouvait une.

Quand il fallait parler à quelqu'un, il savait comment s'y prendre.

Et surtout, il avait cette qualité rare chez les hommes de pouvoir : il comprenait les autres.

Peu à peu, le petit serviteur devint soldat, puis officier.

Hiyoshi-maru devint Hashiba Hideyoshi.

Et le singe commença son ascension.

Une histoire raconte qu'au cours d'une campagne militaire, Nobunaga devait prendre le château de Sunomata.

Le problème était simple : il fallait construire une forteresse.

Le problème était aussi énorme : cela demandait normalement beaucoup de temps.

Hideyoshi aurait alors imaginé une ruse.

Les éléments du château furent préparés à l'avance, loin des regards. Puis, pendant la nuit, ses hommes les transportèrent et les assemblèrent rapidement sur place.

Au matin, Nobunaga aurait découvert une forteresse là où, la veille encore, il n'y avait rien.

Était-ce réellement un château construit en une seule nuit ?

Les historiens discutent encore les détails.

Mais peu importe.

La légende était née.

Hideyoshi était désormais l'homme capable de faire en quelques jours ce que les autres accomplissaient en plusieurs mois.

Mais dans le Japon des guerriers, le destin pouvait basculer en une nuit.

Nous sommes en 1582.

Oda Nobunaga se trouve à Kyoto, au temple Honnō-ji, avec une petite escorte.

Il se croit en sécurité.

Mais l'un de ses propres généraux, Akechi Mitsuhide, se retourne contre lui.

À l'aube, les troupes d'Akechi encerclent le temple.

Nobunaga comprend qu'il est perdu.

Le grand conquérant se retire dans le bâtiment en flammes.

Et là, dans le feu du Honnō-ji, Oda Nobunaga meurt.

Hideyoshi est alors loin de Kyoto, occupé à combattre les forces de Mōri.

Lorsqu'il apprend la nouvelle, il comprend immédiatement ce que cela signifie.

Son maître est mort.

Le Japon est sans maître.

Et celui qui arrivera le premier à Kyoto pourra peut-être devenir son successeur.

Hideyoshi fait alors quelque chose d'extraordinaire.

Il négocie rapidement avec ses ennemis, conclut une paix provisoire, rassemble son armée et marche à une vitesse prodigieuse vers Kyoto.

Puis il rencontre Akechi Mitsuhide.

À Yamazaki, la bataille est brève.

Mitsuhide est vaincu.

Quelques jours plus tôt, il avait tué Nobunaga.

Quelques jours plus tard, il est mort à son tour.

Et Hideyoshi devient l'homme le plus puissant du Japon.

Mais il reste des rivaux

Hideyoshi n'est pas encore maître du pays.

D'autres grands seigneurs observent son ascension avec inquiétude.

Parmi eux se trouve un homme beaucoup plus discret :

Tokugawa Ieyasu.

Ieyasu ne ressemble pas à Hideyoshi.

Il ne cherche pas à éblouir.

Il attend.

Il observe.

Il sait patienter.

Hideyoshi, lui, avance comme une tempête.

Il gagne bataille après bataille, mais il comprend aussi qu'on ne gouverne pas le Japon uniquement avec une épée.

Alors il emploie une autre arme :

la politique :

Il donne des terres.

Il en retire.

Il marie les familles.

Il accueille les ennemis.

Il transforme certains adversaires en alliés.

Et, surtout, il obtient de la cour impériale des titres prestigieux.

Il devient kanpaku, régent impérial.

Puis, lorsqu'il se retire officiellement, il prend le titre de taikō*

*régent à la retraite.

L'ancien petit serviteur possède maintenant un pouvoir presque sans égal.

Hideyoshi entreprend alors de transformer le Japon.

Il veut savoir qui possède quelle terre.

Combien elle rapporte.

Qui est paysan.

Qui est guerrier.

Il fait procéder à des relevés agricoles.

Il ordonne aussi aux paysans de rendre leurs armes.

C'est la fameuse « chasse aux sabres ».

Désormais, le paysan travaille la terre et le guerrier porte l'arme.

Hideyoshi veut ainsi mettre fin à cette époque où les hommes pouvaient changer de statut et prendre les armes à la faveur des guerres.

Le Japon commence à devenir un pays beaucoup plus rigoureusement organisé.

Et pourtant...

Voici le paradoxe.

Cet homme qui pouvait faire trembler les daimyō aimait passionnément le thé.

Dans une petite pièce silencieuse, devant un bol, quelques gestes suffisaient.

Verser l'eau.

Battre le thé.

Le présenter.

Attendre.

Tout l'opposé du fracas des batailles.

Hideyoshi avait rencontré le grand maître Sen no Rikyū, qui avait donné à l'art du thé une profondeur nouvelle.

Rikyū enseignait la simplicité, la sobriété, l'imperfection.

Hideyoshi, lui, aimait également l'or, la magnificence et les cérémonies grandioses.

Il fit même construire une extraordinaire salle de thé dorée.

On peut presque imaginer la scène :

un homme couvert de pouvoir entrant dans une minuscule pièce où l'on ne possède presque rien.

Et devant lui, un vieil homme lui tendant simplement un bol de thé.

Mais entre les deux hommes, quelque chose se brisa.

En 1591, Hideyoshi ordonna à Rikyū de mettre fin à ses jours.

Nous ne connaissons pas avec certitude la véritable raison de cette décision.

Et le mystère demeure.

Puis Hideyoshi regarda au-delà de la mer

À présent, Hideyoshi avait presque tout obtenu.

Le Japon était unifié.

LE PETIT HOMME QUI VOULUT CONQUERIR LE JAPON

Il était une fois, dans une campagne de la province d'Owari, un garçon qui n'était pas destiné à devenir grand.

Il ne naquit ni dans un palais, ni dans une famille de puissants guerriers. Son père, selon les sources traditionnelles, avait été un simple soldat-paysan. Le garçon reçut le nom de Hiyoshi-maru.

Il était petit, vif, laid peut-être, mais surtout incroyablement débrouillard.

On raconte qu'il avait les traits fins et malicieux d'un singe, au point que son premier grand maître, Oda Nobunaga, le surnomma plus tard Saru : « le singe ».

Personne, à cette époque, n'aurait imaginé que ce petit garçon deviendrait un jour le maître du Japon.

Le garçon qui partit sur les chemins

Encore jeune, Hiyoshi-maru quitta son village.

Il connut les routes, les marchés, les auberges et les maisons de guerriers. Il servit différents maîtres avant que le destin ne le conduise auprès d'un jeune seigneur d'Owari : Oda Nobunaga.

Nobunaga était tout son contraire :

Il était grand seigneur, héritier d'une puissante famille, brutal, imprévisible et audacieux. Il méprisait les anciennes habitudes et rêvait lui aussi de soumettre les provinces du Japon.

Le petit serviteur plut à Nobunaga.

Il était toujours là où il fallait être.

Quand on lui confiait une tâche, elle était accomplie.

Quand il fallait trouver une solution, il en trouvait une.

Quand il fallait parler à quelqu'un, il savait comment s'y prendre.

Et surtout, il avait cette qualité rare chez les hommes de pouvoir : il comprenait les autres.

Peu à peu, le petit serviteur devint soldat, puis officier.

Hiyoshi-maru devint Hashiba Hideyoshi.

Et le singe commença son ascension.

Une histoire raconte qu'au cours d'une campagne militaire, Nobunaga devait prendre le château de Sunomata.

Le problème était simple : il fallait construire une forteresse.

Le problème était aussi énorme : cela demandait normalement beaucoup de temps.

Hideyoshi aurait alors imaginé une ruse.

Les éléments du château furent préparés à l'avance, loin des regards. Puis, pendant la nuit, ses hommes les transportèrent et les assemblèrent rapidement sur place.

Au matin, Nobunaga aurait découvert une forteresse là où, la veille encore, il n'y avait rien.

Était-ce réellement un château construit en une seule nuit ?

Les historiens discutent encore les détails.

Mais peu importe.

La légende était née.

Hideyoshi était désormais l'homme capable de faire en quelques jours ce que les autres accomplissaient en plusieurs mois.

Mais dans le Japon des guerriers, le destin pouvait basculer en une nuit.

Nous sommes en 1582.

Oda Nobunaga se trouve à Kyoto, au temple Honnō-ji, avec une petite escorte.

Il se croit en sécurité.

Mais l'un de ses propres généraux, Akechi Mitsuhide, se retourne contre lui.

À l'aube, les troupes d'Akechi encerclent le temple.

Nobunaga comprend qu'il est perdu.

Le grand conquérant se retire dans le bâtiment en flammes.

Et là, dans le feu du Honnō-ji, Oda Nobunaga meurt.

Hideyoshi est alors loin de Kyoto, occupé à combattre les forces de Mōri.

Lorsqu'il apprend la nouvelle, il comprend immédiatement ce que cela signifie.

Son maître est mort.

Le Japon est sans maître.

Et celui qui arrivera le premier à Kyoto pourra peut-être devenir son successeur.

Hideyoshi fait alors quelque chose d'extraordinaire.

Il négocie rapidement avec ses ennemis, conclut une paix provisoire, rassemble son armée et marche à une vitesse prodigieuse vers Kyoto.

Puis il rencontre Akechi Mitsuhide.

À Yamazaki, la bataille est brève.

Mitsuhide est vaincu.

Quelques jours plus tôt, il avait tué Nobunaga.

Quelques jours plus tard, il est mort à son tour.

Et Hideyoshi devient l'homme le plus puissant du Japon.

Mais il reste des rivaux

Hideyoshi n'est pas encore maître du pays.

D'autres grands seigneurs observent son ascension avec inquiétude.

Parmi eux se trouve un homme beaucoup plus discret :

Tokugawa Ieyasu.

Ieyasu ne ressemble pas à Hideyoshi.

Il ne cherche pas à éblouir.

Il attend.

Il observe.

Il sait patienter.

Hideyoshi, lui, avance comme une tempête.

Il gagne bataille après bataille, mais il comprend aussi qu'on ne gouverne pas le Japon uniquement avec une épée.

Alors il emploie une autre arme :

la politique :

Il donne des terres.

Il en retire.

Il marie les familles.

Il accueille les ennemis.

Il transforme certains adversaires en alliés.

Et, surtout, il obtient de la cour impériale des titres prestigieux.

Il devient kanpaku, régent impérial.

Puis, lorsqu'il se retire officiellement, il prend le titre de taikō.

L'ancien petit serviteur possède maintenant un pouvoir presque sans égal.

Hideyoshi entreprend alors de transformer le Japon.

Il veut savoir qui possède quelle terre.

Combien elle rapporte.

Qui est paysan.

Qui est guerrier.

Il fait procéder à des relevés agricoles.

Il ordonne aussi aux paysans de rendre leurs armes.

C'est la fameuse « chasse aux sabres ».

Désormais, le paysan travaille la terre et le guerrier porte l'arme.

Hideyoshi veut ainsi mettre fin à cette époque où les hommes pouvaient changer de statut et prendre les armes à la faveur des guerres.

Le Japon commence à devenir un pays beaucoup plus rigoureusement organisé.

Et pourtant...

Voici le paradoxe.

Cet homme qui pouvait faire trembler les Daimyō aimait passionnément le thé.

Dans une petite pièce silencieuse, devant un bol, quelques gestes suffisaient.

Verser l'eau.

Battre le thé.

Le présenter.

Attendre.

Tout l'opposé du fracas des batailles.

Hideyoshi avait rencontré le grand maître Sen no Rikyū, qui avait donné à l'art du thé une profondeur nouvelle.

Rikyū enseignait la simplicité, la sobriété, l'imperfection.

Hideyoshi, lui, aimait également l'or, la magnificence et les cérémonies grandioses.

Il fit même construire une extraordinaire salle de thé dorée.

On peut presque imaginer la scène :

un homme couvert de pouvoir entrant dans une minuscule pièce où l'on ne possède presque rien.

Et devant lui, un vieil homme lui tendant simplement un bol de thé.

Mais entre les deux hommes, quelque chose se brisa.

En 1591, Hideyoshi ordonna à Rikyū de mettre fin à ses jours.

Nous ne connaissons pas avec certitude la véritable raison de cette décision.

Et le mystère demeure.

Puis Hideyoshi regarda au-delà de la mer

À présent, Hideyoshi avait presque tout obtenu.

Le Japon était unifié.

Oda Nobunaga

Oda Nobunaga

Poésie par Philémon

 

 

Sous le ciel d’Owari
un enfant marche pieds nus
sur les chemins bruns
nul ne sait encore son nom
ni jusqu’où portera son pas

 

De simple ashigaru*
il gravit les marches du temps
une main sur le sabre
l’autre déjà tendue
vers les portes du pouvoir

*soldat d’infanterie de condition modeste

 

 

La nuit sur Honnō-ji
le tonnerre a changé de maître
Hideyoshi revient
et dans la poussière des morts
dessine un nouvel empire

 

Pierres sur pierres
s’élève Ōsaka au soleil
les murs prennent l’or
et sous les toits éclatants
le rêve devient forteresse

 

Il reçoit les grands
les daimyō baissent la tête
devant ses paravents
mais dans le silence du soir
qui donc écoute son cœur

 

 

Une coupe entre les mains
le guerrier devient silencieux
un souffle sur le bambou
et l’immense pouvoir d’un homme
tient dans un geste humble

 

 

Le garçon de Nakamura

Il était né loin des palais, dans un monde où le rang semblait écrit dès la naissance. Rien ne le destinait aux grandes salles, aux armures couvertes d’or ni aux audiences des puissants. Pourtant, il possédait ce que les chroniques reconnaissent rarement : une volonté qui ne savait pas demeurer immobile.Il partit sur les chemins avec presque rien. À chaque étape, il apprit. À chaque rencontre, il observa. Là où d’autres voyaient une frontière, lui cherchait un passage. Un jour, son nom serait prononcé dans tout le Japon.

Chemin de terre
sandales usées
le destin attend

 

Après Honnō-ji

La nouvelle arriva comme une flèche : Oda Nobunaga était mort à Honnō-ji. Hideyoshi se trouvait loin de Kyōto. Il comprit aussitôt que le Japon venait de basculer. Il ne fallait ni attendre, ni pleurer trop longtemps. Il fallait marcher. Les armées repartirent dans la hâte. Ce fut l'un des moments décisifs de son ascension. Celui qui avait commencé sa vie au plus bas se trouvait désormais à portée du sommet.

La nuit s'efface
les chevaux frappent la terre
l'aube change de maître

 

Construction du château de Sunamata

Construction du château de Sunamata

Fin de construction du château de Sunamata

Fin de construction du château de Sunamata

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ALPES JAPONAISES

8 Septembre 2026, 16:32pm

estampe de Hiroshige

estampe de Hiroshige

ALPES JAPONAISES

Et maintenant un peu de tourisme:

,

Les Alpes japonaises regroupent trois chaînes de hautes montagnes parfois volcaniques au centre de l’île principale Honshu, à 200 kilomètres environ au nord-ouest de Tokyo. Il s’agit des monts Hida au nord, des monts Kiso au centre et des monts Akaishi au sud, qui s’étendent sur les préfectures de Nagano, Gifu, Toyama, Niigata, Yamanashi et Shizuoka.

Ces chaînes montagneuses offrent un cadre naturel de toute beauté qui  change  en fonction des  saisons

C’est une destination touristique prisée des citadins à la recherche de grand air et de climat frais, elles attirent également les visiteurs étrangers en quête de paysages vertigineux et de patrimoine historique.

Alpiniste professionnel, le missionnaire anglais Walter Weston introduit ce sport extrême aux Japonais et fait ainsi connaître au monde occidental, à la fin du XIXe siècle, l’existence de ces montagnes aux accents alpins.

Reconnaissant, le pays célèbre chaque printemps sa mémoire lors de l’ouverture de la saison de l’alpinisme au Japon.

Les crêtes montagneuses des Alpes japonaises rivalisent avec le mont Fuji (3776m), situé non loin au sud-est. Ainsi, plusieurs sommets dépassent les 3.000 mètres d’altitude. Citons :

  • Kita-dake : 3.193m, pour le pic le plus élevé

    Hotaka-dake : 3.190m, deuxième plus haute montagne du Japon

    Aino-dake : 3.189m

    Yari-dake : 3.180m

    Higashi-dake : 3.141m

    Akaishi-dake : 3.120m

    Notori-dake : 3.026m

Les sportifs amateurs trouvent leur bonheur toute l’année entre les stations de ski en hiver et les chemins de randonnées ouverts entre le printemps et l’automne .

Les villages nichés proposent, quant à eux, un décor traditionnel entre maisons aux toits de chaumes, châteaux  féodaux, bains chauds onsen  et agriculture locale…

Le territoire se montre de plus en plus prisé et apprécié des visiteurs étrangers qui y trouvent une pause bienvenue entre les deux principales zones touristiques du littoral : Tokyo et le Kansai.


Les différentes activités possibles dans les Alpes japonaises :

Tout d'abord les randonnées:

Période : sentiers ouverts d’avril à novembre lors de la fonte des neiges

  • Route Alpine Tateyama Kurobe : 70km de trajet à travers la montagne avec 5 moyens de transport différents , accessible depuis Toyama ou Nagano (Omachi)

    Jigokudani : visite d’un parc naturel réservé aux singes ,accessible depuis Nagano, à faire de préférence en hiver

    Kamikochi : vallée forestière de 15km le long de la rivière Azusa , accessible depuis Matsumoto ou Takayama

    Cirque Karasawa : vallée à 2.300m d’altitude réputée pour ses couleurs d’automne début octobre , accessible depuis Matsumoto

    Utsukushigahara : plateau avec vue panoramique sur les montagnes environnantes et musée d’art en plein air ,accessible depuis Matsumoto

    Magome , Tsugamo : itinéraire pédestre de 8km le long de l’ancienne route d’Edo Nakasendo dans la vallée de Kiso , accessible depuis Matsumoto

Stations de ski

Période : uniquement en hiver, de décembre jusqu’à avril

  • Hakuba ou Shiga Kogen , accessible depuis Nagano

    Tateyama Sanroku , accessible depuis Toyama

    Domaine de Takasu , accessible depuis Gujo (Gifu)


Stations thermales Onsen

Période : toute l'année, mais plus agréable en hiver

  • Nosawa OnsenShibu Onsen : bains chauds naturels en pleine montagne ,accessible depuis Nagano

    Shirahone Onsen : présence d’un bain laiteux en plein air mixte , accessible depuis Matsumoto

    Bessho Onsen : ville d’eaux et temples , accessible depuis Ueda

    Gero Onsen : ryokan et bains de pieds publics , accessible depuis Takayama

Visites culturelles

Période : toute l’année :

  • Matsumoto : château japonais préservé , accessible depuis Nagano

    Takayama : ancienne cité à l’architecture féodale avec un matsuri célèbre accessible depuis Nagoya ou Kyoto

    Hida Furukawa : balade le long du canal Setogawa avec des bâtiments aux murs blancs - accessible depuis Takayama

    Shirakawa-go : villages historiques aux toits de chaume , accessible depuis Takayama

    Daio : grande ferme dédiée à la culture du wasabi , accessible depuis Azumino

Vaste territoire, les Alpes japonaises accueillent plusieurs parcs nationaux ; Chubu Sangaku reste le principal et se situe essentiellement dans les Alpes du Nord avec les monts Tateyama et Hotaka.

On trouve aussi une partie du parc Joshin'etsu-Kogen toujours au nord et au sud, le parc Minami Alps qui comprend notamment le mont Kita.

Au bord de la mer du Japon, la cité féodale de Kanazawa constitue également une bonne porte d'entrée pour explorer l'ouest des Alpes Japonaises, en particulier les villages de Shirakawa-go.

ALPES JAPONAISES

Poésie par Philémon

 

 

La brume se lève
sur les cimes de Hida
le torrent chante
et dans l'air froid du matin
un pin retient la lumière

 

Montagnes immenses
sous un ciel d'un bleu profond
le vent dans les herbes
sur les sentiers de Shinshū
nul pas ne trouble le silence

 

Entre deux forêts
le vieux chemin monte encor
vers les hauts sommets
une cloche au loin résonne
puis la montagne se tait

 

Une eau laiteuse
venue des neiges éternelles
les érables rouges
se penchent sur le courant
comme pour écouter l'eau

 

 

Dans les Alpes du Nord
tous les hêtres prennent feu
sous le ciel d'octobre
un corbeau traverse seul
la vallée silencieuse

 

Dernière lumière
sommets de Tateyama
le jour s'efface
et dans la vallée obscure
une lampe vient de s'allumer

 

 

Sentier montagneux

Le sentier monte entre les cèdres. La vallée disparaît peu à peu derrière les troncs. Seuls demeurent le souffle du vent et le murmure d'un torrent caché.

Plus haut, les arbres s'écartent. Les sommets apparaissent dans la lumière. Un gong résonne au loin, puis le silence reprend sa place.

Brume sur les sommets
une cloche entre les cèdres
le silence revient

 

Neige à Shirakawa

Au matin, la neige recouvre les toits de Shirakawa-go. Les maisons semblent assoupies sous leurs lourdes toitures blanches. Quelques pas traversent la rue déserte.

D'une cheminée monte une mince fumée. Elle se mêle au ciel gris avant de disparaître.

Village sous la neige
la fumée d'une cheminée
se perd dans le ciel

 

Après la pluie

La pluie s'est retirée des montagnes. Les pierres du chemin brillent encore et les érables gardent au bord de leurs feuilles quelques gouttes suspendues.

Dans la vallée, le torrent grossi par l'averse poursuit sa course. Puis la brume monte des forêts et enveloppe lentement les sommets.

Après la pluie
la montagne disparaît
dans la brume blanche

ALPES JAPONAISES
Les bains chauds (onsen ) n'attirent pas que les humains en hiver.

Les bains chauds (onsen ) n'attirent pas que les humains en hiver.

ALPES JAPONAISES
ALPES JAPONAISES

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EVENEMENT RARE AU JAPON

27 Août 2026, 18:56pm

EVENEMENT RARE AU JAPON

D’après un reportage de BFM Business, par Frédéric BIANCHI.

 

 Le chantier le plus fou depuis 111 ans: près de 2.000 Japonais tirent un donjon de 360 tonnes pour le déplacer de quelques mètres


Pour restaurer ses fondations sans démonter ce monument historique, la ville japonaise d’Hirosaki a fait déplacer son donjon entier sur des rails.
Une opération immobilière hors norme, réalisée grâce à une technique ancestrale permettant de transporter des bâtiments d’un seul bloc.

C’est probablement le déménagement immobilier le plus spectaculaire de l’année.

Dans le nord du Japon, environ 1.800 personnes ont uni leurs forces ce week-end pour déplacer un bâtiment de 15 mètres de haut et qui pèse 360 tonnes.

Ils doivent faire avancer de quelques mètres le donjon du château d’Hirosaki, dans la préfecture d’Aomori située tout au nord de l’île principale de Honshū, afin de le ramener progressivement à son emplacement d’origine.

Répartis en équipes de 80, les participants ont tiré sur des cordes longues de 30 mètres, au rythme des chants "so-re, so-re".

Installée sur un système de rails, la construction a progressé de 1,13 mètre samedi, puis de 1,09 mètre dimanche.

Une prouesse d’autant plus impressionnante que l’édifice, reconstruit en 1810, a été déplacé sans être démonté.

Un bâtiment historique déplacé d’un seul bloc :

L’opération repose sur une technique traditionnelle japonaise appelée hikiya. Celle-ci consiste à désolidariser une construction de ses fondations, à la soulever au moyen de vérins, puis à la faire glisser sur des rouleaux ou des rails.

 

Elle permet de déplacer un bâtiment entier en préservant sa structure, ses matériaux et ses éléments architecturaux.


Cette méthode, autrefois employée au Japon pour accompagner l’élargissement des routes ou les projets d’aménagement urbain, est aujourd’hui surtout utilisée pour sauver des bâtiments historiques menacés par des travaux ou des risques naturels.

Comme le donjon est classé bien culturel important au niveau national, nous ne l’avons pas démonté, explique Kensuke Hayasaka, responsable des parcs et espaces verts de la ville d’Hirosaki. Nous utilisons le hikiya, une méthode de déplacement des bâtiments qui existe au Japon depuis l’Antiquité, précise-t-il au Guardian.

Déplacé de près de 80 mètres

Le donjon avait été éloigné de son socle en 2015 afin de permettre la restauration du mur de pierre sur lequel il reposait. Fragilisé et déformé, notamment après un important tremblement de terre, celui-ci présentait un risque d’effondrement.

Le bâtiment avait alors été déplacé sur environ 70 à 80 mètres jusqu’à une plateforme provisoire.

Une opération rarissime : aucun château japonais n’avait été transporté de cette manière depuis environ un siècle.

Onze ans plus tard, les travaux du mur sont terminés. Ses 2.185 pierres ont été démontées, répertoriées puis replacées à leur position d’origine, un chantier achevé en décembre 2024.

Le donjon effectue désormais le voyage inverse. Le déplacement manuel organisé avec le public doit se poursuivre jusqu’à la fin du mois d’août.

Au total, quelque 4.100 personnes doivent lui faire parcourir cinq mètres. Les quelque 73 mètres restants seront réalisés à l’aide de machines d’ici à la fin de l’année.

Car des engins de chantier sont tout de même aussi utilisés. Il ne s'agit ni de bulldozer ni de grue mobile, mais d'un dispositif de manutention conçu sur mesure avec 27 vérins hydrauliques capables de soulever chacun jusqu’à 30 tonnes.

Ces derniers ont d’abord permis d’élever la construction d’environ 76 centimètres.

Posé sur une charpente provisoire en acier, le château repose sur 20 chariots à rouleaux répartis le long de cinq rangées de rails.

Trois autres vérins hydrauliques font avancer l’ensemble par séquences d’environ 30 centimètres, avant d’être repositionnés.

Un procédé très lent, mais suffisamment précis pour déplacer et même faire pivoter le bâtiment sans déformer sa structure historique en bois.

La traction humaine répond surtout à l'objectif de transformer ce chantier exceptionnel en événement touristique et populaire.

Il y a eut quatre fois plus de candidats que de places, la perspective de participer au déménagement d’un château a en effet suscité un engouement considérable.

La municipalité a reçu environ 8.000 candidatures pour seulement 1.800 places disponibles durant le week-end. Et les participants ne sont même pas payés.

A contrario ,.Il existait un accès réservé à certains donateurs ayant versé au moins 10.000 yens (environ 58 euros) pour avoir la possibilité de tirer le château.


Les candidatures ne provenaient pas seulement de la ville, mais de tout le Japon et de l’étranger", raconte Kensuke Hayasaka. Des participants sont notamment venus d’Asie du Sud-Est, d’Europe et d’Amérique du Nord.

Achevé en 1611, le château d’Hirosaki était le siège du clan Tsugaru. Son premier donjon fut détruit en 1627 après que la foudre eut provoqué l’explosion d’un dépôt de poudre.

L’édifice actuel date de 1810. Il fait partie des 12 derniers donjons historiques encore conservés au Japon et constitue le seul exemple de ce type dans la région du Tohoku.

Le château est également la pièce maîtresse d’un parc célèbre pour ses cerisiers en fleurs, qui attire environ deux millions de visiteurs pendant la saison printanière.

Mais les touristes devront encore patienter : une fois replacé sur ses fondations, le donjon sera entièrement recouvert afin de permettre sa restauration et son renforcement.

Sa réouverture au public n’est pas attendue avant 2033.

EVENEMENT RARE AU JAPON

Poésie par Philémon

Les cordes se tendent 
la tour demeure immobile
mais quelque chose a changé
le passé n’est plus si loin
sous le ciel d’Hirosaki

 

Cent onze années
entre la pierre et le temps
hommes d’aujourd’hui
tirent ensemble sur les cordes
pour rapprocher le passé

 

Des générations 
ont laissé leurs pas ici
et ce matin d’août
les vivants tirent à leur tour
sur la mémoire du temps

 

La tour se déplace 
presque imperceptiblement
dans le souffle du jour
les voix unies des hommes
font trembler le silence

 

Sur les vieilles pierres 
le château semble attendre
sans hâte ni colère
des mains venues du présent
rendre son premier lieu

 

Aomori bouge 
des cordes tendues dans l’herbe
la tour lentement
retrouve ses fondations
comme un souvenir ancien

 

Les cordes

À Hirosaki, ce jour d’août, les hommes prennent place autour des cordes. La tour du château, séparée de ses fondations depuis plus d’un siècle, doit retrouver son emplacement originel. Le geste paraît simple. Pourtant, dans cette traction commune, il y a le poids de cent onze années.

Les cordes se tendent
et dans leurs mains réunies
le temps revient

 

Cent onze ans

La tour a connu les saisons, les neiges d’Aomori, les printemps silencieux et les générations qui se sont succédé autour d’elle. Elle n’est pas seulement une construction ancienne : elle est devenue un fragment de mémoire. Aujourd’hui, on ne la restaure pas seulement. On la reconduit vers son origine.

Pierre après pierre
le passé retrouve sa place
dans le jour présent

 

Le mouvement

Un signal. Les cordes se tendent. Des centaines de gestes accompagnent la lente progression de la tour. Rien de spectaculaire dans ce déplacement presque imperceptible. Et pourtant, chacun retient son souffle.

La tour bouge enfin.
À peine quelques instants
pour cent onze ans

 

Aomori

À Hirosaki, la fin de l’été porte encore la lumière claire du Nord. Autour du château, le temps semble suspendu. Les participants tirent ensemble, sans autre force que celle de leurs bras réunis. Le monument avance vers ses anciennes fondations comme s’il reconnaissait enfin le chemin.

Sous le ciel d’août
les hommes tirent vers l’origine
la pierre se souvient

 

Hikimodoshi

Hikimodoshi signifie ici le retour, le fait de ramener ce qui avait été déplacé. La tour du château de Hirosaki accomplit ainsi un voyage inverse : non pas vers un nouvel endroit, mais vers celui qu’elle occupait autrefois. Cent onze ans après, le présent rejoint le passé.

Les cordes se détendent
la tour retrouve sa terre
le temps peut se poser

EVENEMENT RARE AU JAPON
EVENEMENT RARE AU JAPON

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GYOTAKU

14 Août 2026, 18:27pm

GYOTAKU
GYOTAKU
GYOTAKU

Le Gyotaku apparaît au Japon au milieu du XIXe siècle, durant l’époque d’Edo finissante,

"En 1862, pendant l'ère Edo, le seigneur Sakaï pêchait avec ses samouraïs. Ils attrapèrent une superbe dorade grise, symbole du bonheur pour les Japonais. Sa forme, ses écailles et son âme impressionnèrent grandement les guerriers.

Si l'empereur avait été parmi eux, ils lui auraient offert la prise, mais l'histoire se déroule loin de la capitale, l'un des Samouraïs a alors l'idée de prendre l'empreinte de la dorade sur du papier pour en faire profiter le Mikado.

Tradition des communautés de pêcheurs, le gyotaku prend racine dans les fondements de la culture japonaise.

À l’origine, ce n’est pas un art mais une technique documentaire :

  • les pêcheurs réalisaient l’empreinte d’un poisson exceptionnellement grand ou rare ;

    elle servait de preuve de la taille de la prise ;

    elle permettait de conserver le souvenir d’un exploit.

Avant la photographie, le Gyotaku était en quelque sorte le « cliché » du pêcheur.

Le mot se compose de :

  • gyo : poisson ;

    taku : empreinte, trace gravée.

Littéralement : « laisser la trace du poisson ».

 

La méthode ancienne est appelée chokusetsu-ho , « méthode directe ».

Elle consiste à :

Préparer le poisson

Poser le papier

Retirer le papier

Ajouter les yeux

    • Le poisson est nettoyé soigneusement.

      Les nageoires sont déployées.

      Les yeux sont souvent protégés ou remplacés après impression.

       

      On utilise traditionnellement une encre noire de suie appelée sumi.

      Elle est appliquée au pinceau sur le corps du poisson.

       

    • Une feuille de papier japonais (washi) est délicatement appliquée sur le poisson.

      L’artiste presse doucement avec la main ou un tampon pour recueillir chaque détail :

      • les écailles ;

        les nageoires ;

        les plis de la peau.

    • Le papier révèle alors une image fidèle du poisson.

      Les détails anatomiques apparaissent avec une précision étonnante.

    • Traditionnellement, l’artiste peint ensuite l’œil à la main, car l’impression ne peut pas restituer correctement cette partie.

Une seconde méthode, plus artistique, est apparue ensuite :

kansetsu-ho « méthode indirecte ».

Cette fois :

  • le poisson n’est pas directement encré ;

    on place une feuille humide sur le poisson ;

    on frotte doucement pour épouser les formes ;

    l’encre est ensuite appliquée.

Cette technique permet davantage de liberté artistique et évite parfois d’utiliser un véritable poisson.

Aujourd’hui, certains artistes réalisent des Gyotaku à partir de poissons en résine ou de modèles sculptés.

C'est une esthétique profondément japonaise.

Ce qui est captivant dans le Gyotaku, c’est son paradoxe :

Le poisson est un être qui disparaît rapidement après sa capture. Pourtant, l’artiste conserve non seulement son apparence mais aussi la mémoire de son existence.

Le Gyotaku rejoint plusieurs notions japonaises :

Mono no aware

La conscience de la beauté fragile des choses.

Le poisson est mort, mais son image demeure.

Utsuroi

Le changement permanent, le passage du temps.

L’empreinte est une tentative de retenir un instant qui ne reviendra pas.

Ma

L’espace et le silence.

Le blanc du papier autour du poisson est aussi important que l’image elle-même.

Le Gyotaku et le lien avec l’estampe japonaise.

Même s’il n’est pas directement issu de l’ukiyo-e, le Gyotaku partage avec lui plusieurs principes :

  • l’importance du contour ;

    la précision du détail ;

    l’attention portée au monde naturel ;

    la recherche d’une beauté dans les choses ordinaires.

On peut presque voir le Gyotaku comme un cousin maritime des estampes d’animaux de Utagawa Hiroshige ou de Katsushika Hokusai.

GYOTAKU

Poésie Gyotaku par Philémon

 

 

Sur le papier blanc
le poisson laisse son ombre
un instant de vie
la main soulève doucement
ce que l’eau avait gardé

 

Carpe immobile
dans la fraîcheur de l’étang
avant le geste bref
l’encre devient sa mémoire
et le papier son miroir

 

Aucun bruit de mer
sur la feuille pourtant reste
le frémissement
d’une nage interrompue
entre deux souffles d’encre

 

Une main sur le corps
une autre retient le papier
rien ne doit trembler
le pêcheur devient artiste
le poisson devient dessin

 

Au fond de la rivière
les écailles captaient la clarté
sans savoir qu’un jour
leur dessin sur une feuille
reviendrait vers la lumière

 

Chaque écaille apparaît
avec la précision d’un souffle
l’encre les révèle
et soudain la peau du poisson
devient un paysage

 

Ce n’est pas le poisson
que la feuille retient vraiment
mais son passage
la fragile preuve qu’un jour
il fut vivant sous nos yeux

 

La première empreinte

Le poisson repose sur le papier comme s’il venait de s’échouer sur une grève invisible. On applique l’encre avec patience, sans chercher à embellir ce que la nature a déjà dessiné. Puis vient l’instant du transfert. Une pression légère, presque une caresse, et le corps disparaît. Il reste une empreinte. Le poisson reprend son chemin, tandis que son image demeure.

encre sur le papier
le poisson repart dans l’eau
son ombre reste là

 

L’écaillure

À première vue, le corps du poisson semble simple. Mais lorsque l’encre révèle les écailles, tout change. Une multitude de petites formes apparaît, chacune différente et pourtant liée aux autres. Ce qui semblait n’être qu’une peau devient une architecture. Le Gyotaku ne dessine pas le poisson, il lui demande simplement de se révéler.

une écaille après l’autre
l’eau demeure sans un bruit
du papier blanc

 

Entre deux mondes

Il y a quelque chose d’étrange dans le Gyotaku. Le poisson n’est plus là lorsque son image apparaît, mais son absence rend sa présence plus forte. L’encre conserve ce que la main ne pourrait jamais retenir : le poids, la forme, les lignes et jusqu’à la sensation d’un mouvement disparu. Une vie passe. Une trace demeure.

le courant s’éloigne
sur le papier immobile
la rivière respire

 

Ce qui séjourne

Un poisson ne possède pas de mémoire telle que l’homme l’imagine. Pourtant, grâce au Gyotaku, son passage peut traverser les années. Une feuille garde les contours d’un corps qui n’existe plus devant nous. Ce n’est pas une victoire sur la mort. C’est simplement une façon de dire : j’ai été là.

feuille immobile
un poisson traverse le temps
le silence reste

 

Poisson sur washi

l’eau n’a laissé qu’une trace
et l’encre se tait

 

Sous le papier blanc
le poisson a disparu
son ombre reste


Au bord de l’étang
une nage s’efface
l’encre la retient

GYOTAKU
GYOTAKU
GYOTAKU
GYOTAKU

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COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES

12 Août 2026, 08:45am

COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES
COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES


 

D’après un article paru dans Japanization de juillet 2026 par : Maureen Damman

Entre alertes sanitaires, innovations technologiques, réinvention des traditions et transformation de l’espace urbain, l’archipel expérimente déjà les réponses qu’une grande partie du monde pourrait être amenée à adopter dans les prochaines décennies. Malgré tout, la récurrence des épisodes nécessite une adaptation permanente.

Le carrefour de Shibuya est déjà saturé de monde lorsqu’un message apparaît sur les écrans géants qui dominent le quartier : « Risque élevé de coup de chaleur. Évitez les activités physiques et hydratez-vous régulièrement. » 

 

Les bureaux viennent à peine d’ouvrir et le thermomètre affiche déjà 32 °C. Pourtant, ce n’est pas la température que les Tokyoïtes regardent en priorité, mais un autre indicateur : le WBGT (Wet Bulb Globe Temperature), l‘indice de température au thermomètre-globe mouillé, qui combine température, humidité, rayonnement solaire et circulation de l’air pour mesurer le stress subi par le corps humain. Encore un coup d’avance, les Japonais.

Ces données seront nécessairement remises à jour avec les températures actuelles, comme le précise le Word Economic Forum : « En avril 2026, l’Agence météorologique japonaise a introduit un nouveau terme, « kokushobi », pour décrire les journées où les températures dépassent 40 °C. »

Des alertes de santé très concrètes sur la population japonaise

Déjà en juillet 2024, 62 des 153 stations météorologiques japonaises avaient enregistré leur température moyenne la plus élevée jamais mesurée pour un mois de juillet, selon la Japan Meteorological Agency. 

Le 29 juillet 2024, la ville de Sano, dans la préfecture de Tochigi, a atteint 41 °C, tandis que Tokyo a connu 10 journées où la température maximale a dépassé 35 °C au cours de l’été 2025, un record historique pour la ville, selon Reporterre. (Tristement, des températures qui nous semblent ‘normalement’ caniculaires à l’heure actuelle…)

Ainsi, les conséquences sont malheureusement immédiates : entre le 1er et le 28 juillet 2024, plus de 43 195 personnes ont été transportées à l’hôpital pour un coup de chaleur, selon les chiffres de la Fire and Disaster Management Agency, repris par l’Associated Press.

 

Dans la région métropolitaine de Tokyo, 123 personnes sont décédées d’un coup de chaleur au cours du mois de juillet. Parmi ces personnes, toutes les victimes sauf deux ont été retrouvées mortes à l’intérieur de leur domicile, la quasi-totalité étaient âgées de plus de 60 ans et la plupart disposaient d’un climatiseur qu’elles n’utilisaient pas. Cette situation a conduit les autorités sanitaires à rappeler l’importance d’utiliser la climatisation, en particulier chez les personnes âgées, qui y renoncent parfois par crainte qu’elle soit nocive pour leur santé ou fassent gonfler la facture. 

Le paradoxe japonais : un pays climatisé où l’on meurt de chaud

Avec près de 96 % des ménages équipés d’au moins un climatiseur, selon les données du Statistics Bureau of Japan, le Japon figure parmi les pays les mieux équipés au monde en matière de climatisation.

Pourtant, la majorité des décès liés aux coups de chaleur surviennent au domicile, principalement chez des personnes âgées. Les gériatres japonais connaissent bien le phénomène. Avec l’âge, la sensation de soif diminue et la perception de la chaleur s’altère, ce qui accroît le risque de coup de chaleur chez les personnes âgées.

Cette contradiction est devenue un sujet politique. Après la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine, le gouvernement a appelé les ménages à réduire leur consommation d’électricité tout en rappelant qu’il ne fallait pas renoncer à utiliser la climatisation pour prévenir les coups de chaleur.

 

Face au maintien de prix élevés de l’énergie et aux prévisions de chaleur extrême, le gouvernement japonais a rétabli, à l’été 2024, des subventions sur les factures d’électricité et de gaz pour les consommations d’août à octobre, afin d’alléger le coût de la climatisation pour les ménages.

Des traditions qui ont suffit… jusqu’à aujourd’hui

Pendant des siècles, les Japonais ont développé une culture particulièrement raffinée de l’adaptation à la chaleur.

Les maisons traditionnelles étaient conçues pour favoriser la circulation de l’air : larges avant-toits protégeant les façades du soleil, cloisons coulissantes permettant de ventiler les pièces et sudare, ces rideaux de bambou qui filtrent la lumière tout en laissant passer le vent.

Chaque été, des collectivités, des associations et des habitants perpétuent la tradition de l’uchimizu, qui consiste à arroser les rues avec de l’eau de pluie ou de l’eau réutilisée afin de rafraîchir temporairement l’air par évaporation. Cette pratique, héritée de l’époque d’Edo, connaît un regain d’intérêt dans le cadre des politiques de lutte contre les îlots de chaleur urbains.

Cette contradiction est devenue un sujet politique. Après la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine, le gouvernement a appelé les ménages à réduire leur consommation d’électricité tout en rappelant qu’il ne fallait pas renoncer à utiliser la climatisation pour prévenir les coups de chaleur.

 

Face au maintien de prix élevés de l’énergie et aux prévisions de chaleur extrême, le gouvernement japonais a rétabli, à l’été 2024, des subventions sur les factures d’électricité et de gaz pour les consommations d’août à octobre, afin d’alléger le coût de la climatisation pour les ménages.

En 2018, à la suite d’une vague de chaleur qui a entraîné plus de 95 000 transports en ambulance pour coup de chaleur, la Japan Meteorological Agency a estimé que cet épisode devait être considéré comme une « catastrophe naturelle ».

Son porte-parole, Motoaki Takekawa, déclarait alors à la BBC : « Nous considérons qu’il s’agit d’une catastrophe naturelle. » Le choix des mots n’avait rien d’exagéré. Une étude menée par le National Institute for Environmental Studies sur les quarante-sept préfectures japonaises s’est appuyée sur le seuil de 33 °C de WBGT retenu par le gouvernement pour déclencher les alertes nationales aux coups de chaleur.

Les chercheurs mettent en évidence un résultat frappant : « à niveau de WBGT équivalent, les habitants des régions du nord, historiquement moins exposées aux fortes chaleurs, présentent un risque de coup de chaleur trois à cinq fois plus élevé que ceux du sud. »

Une étude publiée dans la revue Water a mesuré une baisse de la température de l’air pouvant atteindre 1,5 °C à deux mètres du sol, et jusqu’à 6 °C au voisinage immédiat de la chaussée. Cependant, l’effet se fait ressentir uniquement sur une zone limitée et pendant une durée relativement courte. 

En parallèles des pratiques traditionnelles, les autorités japonaises ont ainsi développé une véritable culture de la prévention. Les alertes nationales fondées sur le WBGT sont relayées par des applications officielles qui notifient les utilisateurs lorsque le risque de coup de chaleur devient élevé.

Mais ce n’est pas tout : les établissements scolaires suspendent ou adaptent les activités sportives en cas d’alerte, tandis que les collectivités ouvrent des cooling shelters, bibliothèques, centres communautaires, gymnases ou autres bâtiments climatisés, où chacun peut venir se rafraîchir gratuitement lors des épisodes de chaleur extrême. Ces dispositifs ont été généralisés dans le cadre de la révision de la loi japonaise sur l’adaptation au changement climatique, entrée en vigueur en 2024.

À Kumagaya, dans la préfecture de Saitama, longtemps détentrice du record national avec 41,1 °C, la municipalité est devenue une référence en matière d’adaptation aux fortes chaleurs. Elle a notamment installé des brumisateurs autour de la gare, développé des actions de sensibilisation dans les écoles et désigné une trentaine de cooling shelters, dont plusieurs situés dans des commerces privés afin d’offrir des lieux de refuge climatisés pendant les épisodes de chaleur extrême

Chaque été, cyniquement, les grands magasins et les enseignes spécialisées consacrent désormais des rayons entiers aux produits destinés à limiter les effets de la chaleur : anneaux réfrigérants, vêtements rafraîchissants, serviettes mentholées, sprays glacés, ventilateurs portatifs ou encore parapluies capables de bloquer la quasi-totalité des rayons ultraviolets. Comme l’explique le World Economic Forum, ces innovations sont devenues un élément central de l’adaptation de la société japonaise aux vagues de chaleur.

L’objet qui symbolise le mieux cette mutation reste pourtant une veste. Créée par Kuchofuku, qui a commercialisé ses premiers modèles en 2004, elle intègre deux petits ventilateurs alimentés par batterie qui font circuler l’air sous le vêtement. L’objectif n’est pas de refroidir artificiellement le corps, mais d’accélérer l’évaporation de la transpiration, principal mécanisme naturel de régulation thermique.

D’abord adoptée par les ouvriers du bâtiment, cette technologie est aujourd’hui utilisée par des agriculteurs, des livreurs, des agents municipaux, des pêcheurs et de nombreux autres professionnels exposés aux fortes chaleurs. In fine, au-delà de la climatisation des bâtiments, c’est désormais le corps lui-même qui devient l’objet de l’innovation. 

 

Le laboratoire du futur… ou un avertissement pour le reste du monde ?

Il existe une image tenace du Japon : celle d’un pays capable de résoudre n’importe quel problème grâce à la technologie. Pourtant, face à la chaleur, l’innovation montre rapidement ses limites.

Les épisodes de chaleur extrême entraînent une forte hausse de la demande d’électricité liée à la climatisation, tandis que le fonctionnement des climatiseurs contribue également à renforcer les îlots de chaleur urbains. Les produits rafraîchissants se multiplient, mais les hospitalisations pour coup de chaleur continuent de se compter par milliers chaque été. 

Au moins, la chaleur est devenue une infrastructure invisible, considérée et prise en charge comme un problème de santé publique. Et c’est peut-être la véritable leçon japonaise. Le pays n’a pas (encore) trouvé le moyen de vaincre les étés les plus chauds de son histoire. Il apprend, année après année, à vivre avec eux, à coups de technologie, d’urbanisme, de traditions réinventées et d’adaptations permanentes.

Une stratégie qui ressemble moins à une victoire qu’à un aperçu très concret de ce qui attend, dans les prochaines décennies, une grande partie du monde.

COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES

POESIE par Philémon

 

La chaleur immobile

Le ciel de juillet
la ville retient son souffle
dans l’espace sans mouvement
un éventail s’éveille
cherche un peu de fraîcheur

 

Le soir venu

La chaleur du jour
sur les pierres endormies
le soir se lève
un souffle entre les maisons
et la nuit devient fraîche

 

La sagesse de l’été

La chaleur est partout
mais l’ombre aussi demeure
sous les vieux pins noirs
on apprend à vivre avec elle
et le passage des jours

 

Le vent du soir

Les arbres du temple
une brise sur les lanternes
la chaleur se retire
Libellule près du bassin
agite le silence

 

L’éventail

Au cœur de la canicule, le Japon ne semble pas chercher à vaincre la chaleur. Il l’accueille, l’apprivoise, compose avec elle. Les gestes se ralentissent, les maisons recherchent l’ombre, les uchiwa* et les sensu** font naître un souffle léger. Même l’éventail devient une manière de dialoguer avec l’été. Dans cette chaleur qui enveloppe tout, le moindre mouvement d’air prend une valeur nouvelle.

Un souffle d’éventail
sur le visage immobile
l’été s’attendrit

* éventail rigide et ** éventail pliant

 

Le chant des furin

Lorsque la chaleur devient presque palpable, un son suffit parfois à modifier la perception de l’été. Suspendus sous les avant-toits, les furin, ces petits carillons de verre, répondent au moindre souffle. Leur tintement ne rafraîchit pas réellement l’air, mais il rafraîchit l’esprit C’est peut-être là une manière profondément japonaise de vivre la canicule : transformer une contrainte en sensation, et une sensation en beauté.

Au bord de la fenêtre
le carillon chante au vent
l’été devient son


Après la chaleur

La journée s’est attardée sur les toits de la ville. Les pierres ont gardé le soleil, les murs la chaleur, et les rues semblent encore vibrer. Puis vient le soir. On entend les insectes, une porte coulisse, quelques voix s’élèvent dans la pénombre. La fraîcheur n’est pas encore là, mais l’attente suffit déjà. Dans la culture japonaise, l’été se découvre aussi dans cette capacité à percevoir les signes infimes du changement.

La nuit monte enfin
sur les toits encore brûlants
un grillon s’éveille

COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES
COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES
COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES

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KANAZAWA seconde partie

9 Août 2026, 19:03pm

KANAZAWA  seconde partie
KANAZAWA  seconde partie

Les incontournables de Kanazawa  d’après une notice touristique :

Le centre-ville historique se situe à une vingtaine de minutes de marche de la gare JR de Kanazawa, ou se montre très aisément accessible en bus de ville ou en taxi. Il consiste en un trio d’attractions touristiques rassemblées en son cœur féodal autour du château :

  • ljardin japonais Kenroku-en, l'un des 3 plus beaux du Japon, s’apprécie tout au long de l’année :

    • pour ses sakura  au printemps,

      sa fraîcheur en été,

      ses belles couleurs d’automne lors des koyo  ( rougissement des feuilles d’érables)

      et couvert d’un manteau de neige en hiver ;

       

    le Musée d'Art Contemporain du 21ème siècle, un des musées les plus fréquentés du Japon, présentant dans son exposition permanente artistes japonais et internationaux les plus connus, et des installations impressionnantes comme la piscine de Leandro Erlich  

     

    Pour mémoire: le musée ferme entre mai 2027 et fin mars 2028 pour travaux de rénovations ;

     

    et le château de la ville, dont le principal intérêt est la contemplation des fleurs de cerisiers au printemps (fin mars - début avril).

    La plupart des édifices rappelant son rôle défensif, dispersés entre ses grandes pelouses, sont des reconstructions récentes. Il abrite tout de même un joli jardin japonais : Gyokusen Inmaru Teien.

Les visiteurs souhaitant s’immerger davantage dans l’époque féodale peuvent explorer le quartier des samouraïs Nagamachi, situé à quelques pas à l’ouest de l’enceinte du château.

Ses ruelles pavées circulent entre les anciennes résidences entourées de murs de terre typiques, aux grandes maisons en bois dont certaines se visitent, comme l’ancienne résidence Nomura.

Un séjour plus long à Kanazawa permet de découvrir l’art de vivre de la ville à l’époque Edo, sa gastronomie et son artisanat :

  • Le marché Omicho, à quelques minutes à pied de la gare de Kanazawa, ravit les amateurs de poissons et de fruits de mer.

    Ce grand marché couvert vieux de 300 ans abrite près de 170 boutiques. Son arrivage quotidien de produits frais attire autant les touristes que les locaux, qui viennent pour déguster sushi et kaisen-don dans les restaurants alentours.

     

    Le sanctuaire Oyama-jinja, dédié au fondateur du clan Maeda se découvre pour l'architecture particulière de sa porte principale Shinmon, aux influences chinoises et européennes.

     

    Le jardin de promenade Gyokusen-en du XVIIe siècle s’étend sur environ 2.370m² et jouxte le jardin Kenroku-en sur sa partie nord-est. Il abrite une maison de thé au sein de laquelle des cérémonies traditionnelles se tiennent toujours (réservation obligatoire pour la cérémonie).

     

    Higashi Chaya, sur la rive est de la rivière Asano, est l’ancien quartier des Geisha, composé de 2 ruelles pavées principales bordées de bâtiments préservés classés au patrimoine culturel japonais.

    Si la plupart abritent des magasins de souvenirs et d’artisanat local ainsi que des restaurants, on y trouve également 2 véritables maisons de thé Chaya qui proposent des spectacles de Geisha locales (sur réservation à l’avance).

    On peut aussi tout simplement y flâner parmi les boutiques et faire une pause pour y déguster un thé matcha typique accompagné d’une pâtisserie.

À quelques centaines de mètres au nord-est de Higashi Chaya, la balade peut se prolonger vers le quartier d'Utatsuyama qui abrite une cinquantaine de temples et sanctuaires.

On peut facilement y passer plus d’1 heure à explorer les ruelles et la dizaine de lieux de culte ouverts au public.

En retournant vers le château, un autre quartier de ChayaKazuemachi, attend les promeneurs sur la rive occidentale de la rivière Asano.

C’est l’endroit idéal pour s’installer dans un bar ou un restaurant en fin de journée, dans un décor au charme typiquement japonais.

Enfin, tout au sud du pôle touristique du château, le musée D.T. Suzuki propose un bâtiment au design moderne consacré au penseur et vulgarisateur du bouddhisme zen en Occident, né dans le quartier.

Doté d’un espace d’exposition et de 3 jardins, l’établissement organise aussi des séances de méditation.

Kanazawa est l’endroit idéal pour participer à un atelier de création artisanale, et dispose d’une offre variée et pour tous les budgets (tarifs de départ entre 1.000 / ~5,41€ et 6.000¥ / ~32,44€).

À réserver à l’avance de préférence, les ateliers durent d'1 à 2 heures en moyenne et consistent à décorer ou façonner un petit objet, à emporter immédiatement ou à faire livrer un peu plus tard à une adresse au Japon.

Ainsi, on peut s’initier à un savoir-faire et repartir avec un souvenir totalement local autour de :

  • - la céramique Kutani, avec un atelier de décoration ou une visite d’atelier de potier ;

    - la fabrication de nœuds ornementaux traditionnels Mizuhiki ;

    - la teinture de tissu de kimono Kaga-Yuzen (sous forme de tote bag ou de mouchoir), notamment au musée et atelier Kaga-Yuzen Kimono Center près du château ;

    - l’utilisation de l’or, que ce soit en feuille ou en poudre pour du kintsugi et la laque maki-e.


 

Kanazawa est bien située pour permettre des excursions à la journée dans l’ouest du Japon en fonction des goûts et de l’expérience recherchée, notamment :

  • La voiture permet également de rejoindre des lieux plus confidentiels de la préfecture d'Ishikawa comme le temple Nata-dera, le jardin de mousses Hiyo Koke no Sato et les 4 villages thermaux des montagnes de Kaga Onsen.

    La péninsule de Noto et ses paysages marins forment un contraste intéressant avec Kanazawa lors d’un road-trip côtier.

    Sa ville d’eau Wakura Onsen se reconstruit et réouvre progressivement aux visiteurs après le séisme du 1er janvier 2024. Du 7 juillet 2026 et jusqu'en septembre 2029, l'aéroport de Noto devient le 1er aéroport Pokémon officiel, rebaptisé Noto Satoyama Pokémon With You Airport pour l'occasion.

    Les Alpes Japonaises, et en particulier les villages gassho-zukuri classés à l’UNESCO Shirakawa-go et Gokayama, sont également accessibles en bus.

    L’ouest de la préfecture de Toyama, autrefois englobé dans le domaine de Kaga, propose des sorties insolites comme la découverte de la sculpture sur bois à Inami, ou encore les lieux liés à Takayama Ukon et aux Maeda à Takaoka.

    La ville de Toyama peut valoir le détour pour son château et son musée du verre.

Kanazawa est à proximité de la région qui a été durement touchée par un séisme de magnitude 7,6 le 1er janvier 2024 (aussi appelé séisme de Noto) mais a été très peu impactée et plus aucun dégât n’y est visible actuellement.

L’ancienne cité féodale propose un excellent compromis entre culture, architecture traditionnelle, artisanat d’art, musées et gastronomie.

KANAZAWA  seconde partie

Poésie Kanazawa par Philémon

 

 

Après la pluie

 

L'averse est partie
Dans les ruelles anciennes
l'eau devient miroir
Kanazawa recommence
à peindre le ciel au sol

 

Les samouraïs

 

Le quartier dort
Les clôtures de terre ocre
protègent le vent
Les sabres ont disparu
leur mémoire veille encore

 

L'hiver

 

Neige sans parole.
Le jardin porte un manteau
tissé de silence.
Même le vieux pin courbé
semble prier sous son poids.

 

La mer du Japon

 

Au loin gronde l'eau
contre les rochers sombres
Le sel monte encor
jusqu'aux rues de Kanazawa
comme un vieux souvenir

 

 

Au jardin désert
la pluie oublie son chemin
sur les pierres plates
Un moineau boit le silence
entre deux mousses anciennes

 

Dans la vieille rue
une lanterne s'allume
avant le crépuscule
Déjà l'ombre des maisons
s'allonge jusqu'au passé

 

La feuille d'or danse
au moindre souffle d'hiver
si légère pourtant
Qui pourrait peser le prix
d'un rayon de soleil

 

 

LE PIN

On dit que certains pins vivent plusieurs siècles. Celui-ci ne demande rien au temps. Il accueille simplement chaque saison comme une visite familière. Les jardiniers tendent des cordes avant les premières neiges ; l'arbre, lui, demeure indifférent aux soins qu'on lui prodigue.

Premier froid d'hiver
le vieux pin ne distingue
ni hier ni demain

 

LA PLUIE

Je marchais dans les ruelles de Nagamachi lorsqu'une pluie fine commença à tomber. Les murs d'argile foncèrent peu à peu ; les pierres retrouvèrent l'éclat qu'elles avaient perdu sous le soleil. Il suffit parfois d'une averse pour révéler ce qui était déjà là.

Après la pluie
la pierre paraît plus vieille
qu'un siècle entier

 

L'ATELIER

L'artisan ne parlait presque pas. Entre ses doigts flottait une feuille d'or plus légère qu'un souffle. Je crus voir un morceau d'aube chercher un endroit où se poser.

Fenêtre ouverte
l'or hésite un instant
avec la lumière

LES MURAILLES

Les murs du château n'ont pas besoin de raconter les batailles. Les pierres parlent autrement : par leurs couleurs, leurs mousses, leurs fissures patientes. Chaque génération ajoute son regard sans effacer celui des précédentes. Ainsi naît la véritable mémoire.

Vieille muraille
une fougère seule connaît
l'âge des pierres

 

 

LE MARCHE DU MATIN

Au marché d'Ômichō, les voix montent comme les vagues de la mer du Japon. Les crabes, les crevettes, les légumes des montagnes voisines et les algues composent une mosaïque de couleurs. Derrière cette abondance se cache une même gratitude : celle d'une ville qui reçoit chaque jour les présents de la mer et des collines.

Marché d'hiver
dans le panier d'une vieille
la mer respire

 

 

Haïku 

Cri du marchand
une mouette répond
depuis le port

KANAZAWA  seconde partie
KANAZAWA  seconde partie
KANAZAWA  seconde partie
KANAZAWA  seconde partie

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KANAZAWA La petite perle féodale d'Ishikawa

3 Août 2026, 10:14am

KANAZAWA La petite perle féodale d'Ishikawa

Kanazawa est la capitale de la préfecture d'Ishikawa, située dans l’ouest de Honshu entre la mer du Japon et les Alpes japonaises.

La vieille ville, concentrée autour du parc de son château et du célèbre jardin Kenrokuen, témoigne du savoir-faire traditionnel japonais en matière d'artisanat d'art et d'architecture féodale.

Kanazawa, ville d’art et d’histoire au bord de la Mer du Japon et à l’orée de la péninsule de Noto, accueille 8 millions de touristes par an.

La plupart d’entre eux franchissent la grande porte Tsuzumi-mon située à la sortie de la gare JR éponyme.

La "perle d’Ishikawa" est en effet accessible depuis Tokyo en 2h30 grâce au Shinkansen  Hokuriku direct.

Encore relativement protégée du surtourisme grâce à son éloignement de la Golden Route, Kanazawa est une destination à la popularité grandissante qui mise sur son patrimoine traditionnel et les vestiges de son passé féodal, si caractéristiques qu’elle est parfois qualifiée de "petite Kyoto" ou "Edo des Alpes Japonaises".

La ville concentre en effet sur une surface limitée plusieurs lieux en rapport avec l’histoire, la culture et les arts du Japon.

Elle est agréable toute l’année grâce à ses paysages embellis par les variations saisonnières, particulièrement en hiver où elle est couverte d’un épais manteau neigeux.

Le nom de Kanazawa, qui signifie "marais d’or", est mentionné pour la 1ère fois vers 1480 à la suite de la découverte de traces d’or dans les récoltes.

La ville s’ébauche vers le milieu du XVIe siècle autour de l’emplacement de l’actuel château , entre les rivières Sai et Asano, en un "royaume paysan" fondé par des agriculteurs et samouraïs de bas rang affiliés à la secte de la Terre Pure, dans un contexte de révoltes populaires Ikko-Ikki qui affectent tout le pays à l’époque.

Oda Nobunaga met fin à la sédition de Kanazawa en 1580. Il confie le domaine de Kaga (préfecture d’Ishikawa, autour de Noto et Toyama) à l’un de ses vassaux.

Cependant, 3 ans plus tard, le territoire passe sous l’autorité de Maeda Toshiie (1538 - 1599), fondateur du clan Maeda qui accède au rang de daimyo (seigneur féodal) la même année.

Les Maeda parviennent à conserver leur position en navigant habilement sous le règne de Toyotomi Hideyoshi puis en s’alliant avec Tokugawa Ieyasu.

Ainsi, après la bataille de Sekigahara (1600), le fief des Maeda est considérablement étendu et le clan devient presque aussi puissant que les Tokugawa.

La ville de Kanazawa devient le centre économique et politique du Domaine de Kaga. Les Maeda dirigent leurs fonds principalement vers l’artisanat et la culture, pratiquant le mécénat et favorisant l’installation d’artisans chevronnés et de commerçants.

Ainsi se développent les savoir-faire qui feront la réputation de la région : la dorure à la feuille d’or, la laque décorée à la poudre d’or maki-e, la teinture de kimono : Kaga-Yuzen ou encore la céramique Kutani.

La ville-château est fortement attractive et compte 50.000 habitants (60.000 pour Edo) en 1600, et le double en 1700.

Les Maeda règnent sur Kanazawa et le domaine de Kaga jusqu’en 1868 et la fin de la période Edo.

Leur souvenir se perpétue encore aujourd’hui lors du festival annuel Hykumangoku Matsuri.

Sur 3 jours lors du 1er week-end de juin, on peut assister à une parade historique de 2.500 participants, un festival de danses Obon et un lâcher de lanternes Toro Nagashi.

Takayama Ukon (1552 - 1615), également connu sous les noms de Hikogoro Shigetomo ou Justo (de son nom latin), est un seigneur daimyo converti au christianisme, persécuté pour sa foi et qui trouve refuge dans la province de Kaga.

Il sera béatifié en 2017 par le Vatican à Osaka en tant que martyr catholique japonais.

Ce chrétien catholique, kirishitan en japonais, est baptisé dès l'âge de 12 ans par le père Dario. Takayama Ukon entame ensuite une carrière militaire ponctuée de plusieurs succès ainsi qu'une évangélisation de la population locale.

Son influence est stoppée nette en 1587, lorsque Toyotomi Hideyoshi accède au pouvoir et s'oppose fermement au christianisme.

Déchu de ses biens et de ses pouvoirs, Ukon part se réfugier à Kanazawa où il gagne la protection du puissant clan de Maeda Toshiie.

Pendant les 27 années qu'il passe dans la région et grâce notamment à ses talents d'architecte, il participe à la conception des châteaux de Takaoka et de Kanazawa.

Il continue également d'œuvrer pour ses croyances, comme en témoigne l’église catholique de Kanazawa et la Cathédrale du Saint-Esprit, 2 monuments que l'on peut toujours visiter dans le centre-ville.

Moins florissante dans la 1ère moitié du XXe siècle, Kanazawa est néanmoins préservée des destructions de la seconde Guerre mondiale, ce qui lui permet depuis les années 2000 de capitaliser sur son riche passé culturel et ses quartiers historiques.

La ville, avec sa connotation artistique, est jumelée avec Nancy en France (haut lieu de l'art nouveau) depuis 1973.

KANAZAWA La petite perle féodale d'Ishikawa

Poésie Kanazawa par Philémon

 

 

Le jardin Kenroku-en

Brume du matin
la mousse garde en secret
le pas des siècles
Chaque pierre semble avoir
appris le silence vert

 

La feuille d'or

Sous un souffle léger
la feuille d'or se dépose
comme une neige
L'hiver lui-même hésite
à couvrir tant de lumière

 

Le château

Au-dessus des pins
les murailles immobiles
retiennent l'aube
Les corneilles sont les seules
à franchir tous les remparts

 

Le château regarde
passer les siècles tranquilles
Les pierres ne comptent
ni les guerres ni les hommes
seulement les mousses vertes

 

Le marché Ômichō

Le cri des marchands
mêle l'iode à la montagne
Un poisson d'argent
porte encore dans ses écailles
la fraîcheur de la marée

 

 

Le jardin des six vertus

À l'ouverture du jardin Kenroku-en, les visiteurs parlent à voix basse sans qu'aucun écriteau ne le demande. Les étangs semblent retenir le ciel entre leurs rives. Les pins, soutenus par leurs cordages d'hiver, ressemblent à de vieux sages acceptant avec sérénité le poids des saisons. Ici, la beauté ne cherche jamais à impressionner : elle invite simplement à ralentir.

Brume sur l'étang
une carpe disparaît
avec le nuage


 

Le quartier des geishas

À Higashi Chaya, les façades de bois brun filtrent la lumière de l'après-midi. Rien ne paraît avoir changé depuis l'époque d'Edo. Une porte coulisse, un rire discret s'échappe, puis le calme reprend possession de la rue. Le voyageur comprend alors que les plus belles rencontres sont parfois celles qui demeurent invisibles.

Lanternes éteintes
le parfum du thé poursuit
les pas du soir

KANAZAWA La petite perle féodale d'Ishikawa
KANAZAWA La petite perle féodale d'Ishikawa

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CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU (2ème partie) 2/2

17 Juillet 2026, 16:02pm

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU   (2ème partie) 2/2

 

Parallèlement, Murasaki tient un journal aujourd'hui connu sous le nom de Journal de Murasaki (Murasaki Shikibu Nikki).

Ce texte offre un témoignage précieux sur la vie quotidienne de la cour impériale.

On y découvre les cérémonies de naissance des princes, les fêtes, les concours de poésie, mais aussi les critiques parfois mordantes que l'autrice adresse à ses contemporains.

Elle y révèle une personnalité discrète, parfois mélancolique, souvent lucide, toujours attentive aux faiblesses humaines.

Elle compose également un recueil de plus d'une centaine de poèmes, réunis sous le titre Recueil poétique de Murasaki Shikibu (Murasaki Shikibu Shū).

Ces waka de trente-et-une syllabes évoquent les saisons, les séparations, l'amour, les regrets et la solitude.

Vers 1014 ou 1015, les traces de Murasaki disparaissent progressivement des chroniques.

La date exacte de sa mort demeure inconnue bien que située aux alentours de 1016.

Comme beaucoup de figures du Japon ancien, elle s'efface dans le silence.

Mais son œuvre ne cessera jamais de vivre.

Pendant près de mille ans, Le Dit du Genji sera copié, commenté, illustré et étudié. Des peintres en feront des rouleaux enluminés ; des poètes y puiseront leur inspiration ; le théâtre nô, puis le kabuki, reprendront plusieurs de ses épisodes.

Aujourd'hui encore, le roman est lu, traduit et adapté dans le monde entier, tant en littérature qu'au cinéma, au manga et dans les arts visuels.

Les principales œuvres de Murasaki Shikibu:

 

Le Dit du Genji (Genji Monogatari)
Son chef-d'œuvre absolu. Composé de cinquante-quatre chapitres, il raconte la vie du prince Hikaru Genji puis celle de ses descendants spirituels.

Plus qu'un roman d'amour, c'est une vaste méditation sur le temps, la beauté, le pouvoir et l'impermanence des choses. Il est considéré comme l'un des sommets de la littérature universelle.

Le Journal de Murasaki (Murasaki Shikibu Nikki)
Un journal personnel rédigé durant son séjour à la cour impériale. Il mêle descriptions de cérémonies, portraits psychologiques, observations sociales et réflexions intimes.

Cette œuvre constitue une source historique exceptionnelle sur la vie à la cour de Heian.

Le Recueil poétique de Murasaki Shikibu (Murasaki Shikibu Shū)
Environ cent vingt poèmes waka, où l'autrice exprime avec une grande délicatesse les émotions liées aux saisons, à l'amour, au souvenir, à la séparation et à la fugacité de la vie.

Ces poèmes témoignent de la sensibilité esthétique qui irrigue également son roman.

Elle aura laissé un héritage sans égal .

Murasaki Shikibu a profondément transformé la littérature.

Elle a montré qu'un récit pouvait explorer les mouvements les plus subtils de l'âme humaine sans s'appuyer sur les exploits guerriers ou les légendes héroïques.

Cette auteure est à la frontière entre personnage historique, témoin d'une époque et presque héroïne légendaire, un peu comme certains grands poètes ou religieux japonais dont la postérité a transformé la biographie en symbole.

Son écriture, fondée sur l'observation, la psychologie et la poésie, a ouvert une voie nouvelle qui influencera durablement les lettres japonaises et, bien plus tard, la littérature mondiale.

Mille ans après sa disparition, son œuvre continue d'émouvoir par sa modernité.

Derrière les paravents de la cour de Heian, Murasaki Shikibu a su capter ce qui ne vieillit jamais : les espoirs, les regrets, les élans et les fragilités du cœur humain.

NB :

Pour une immersion complète de son œuvre :

LE DIT DU GENJI est paru aux éditions VERDIER , à Paris, en mai 2011 et traduit du Japonais par le professeur René SIEFFERT , dont je salue la remarquable traduction tout au long des 1472 pages du roman.

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU   (2ème partie) 2/2
CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU   (2ème partie) 2/2

Poésie par Philémon

 

Murasaki écrit
chaque trait d'encre retient
l'ombre d'un soupir
Le Prince aux habits de brume
traverse encore les siècles

 

 

Le vent dans les pins
tourne les pages fanées
du Dit du Genji
Chaque silence révèle
un amour déjà perdu

 

 

Sous le pinceau noir
une fleur devient silence
dans l'encre légère
Murasaki l'a cueillie
au jardin des souvenirs

 

 

Le vent du matin
soulève un store de soie
Personne n'y vient
Seul demeure le parfum
d'une parole oubliée

 

 

Les feuilles d'érable
traversent le vieux bassin
sans troubler la lune
Ainsi passent les amours
que l'encre seule retient

 

 

Un pin immobile
écoute tomber la neige
sur l'étang sans rides
Le cœur du Prince comprend
ce que nul vers ne peut dire

 

 

La chambre aux encens

Les pavillons du palais ont disparu depuis longtemps. Pourtant, certains soirs d'automne, lorsque le vent s'attarde sous les pins, il semble qu'un parfum ancien revienne avec lui. Ce n'est pas celui d'une fleur, mais celui des manuscrits que l'on déroulait lentement à la lumière d'une lampe. Une femme y cherchait moins la gloire que la vérité des cœurs. Ses personnages vieillissent encore sous la même lune que la notre.

Une lampe veille
la fumée de l'encens monte
l'encre respire

 

 

Le pont

Le vieux pont ne conduit plus vers aucun palais. Il relie seulement deux rives de la mémoire. Chaque pas efface un siècle. Au milieu du tablier, un pétale de camélia hésite entre l'eau et le vent. Peut-être est-ce ainsi que vivent encore les héroïnes du Genji : dans cet instant où rien n'est tout à fait perdu.

Sous le pont désert
le reflet d'un nuage blanc
emporte les ans

 

La lune de Heian

La même lune éclaire les pavillons de Heian et les lecteurs d'aujourd'hui. Entre eux, mille années n'ont pas suffi à dissiper les hésitations du cœur. Genji continue de marcher sous cette lumière qui ne choisit ni les siècles ni les royaumes.

Lune d'été
sur l'étang un seul reflet
et tant de vies

 

Le dernier lecteur

Lorsque le livre se referme, le silence ne signifie pas la fin. Les personnages quittent simplement la lumière pour retrouver les jardins où ils sont nés. Au printemps suivant, un autre lecteur les appellera sans le savoir. C'est peut-être cela, la véritable immortalité : renaître chaque fois qu'un regard se pose sur une page.

Branche de prunier
un seul pétale demeure
la lune suffit

 

EPILOGUE :

Sous la lune de Murasaki

Les jardins se sont tus. Les palais ne sont plus que poussière, les soieries ont perdu leurs couleurs et les parfums se sont dissipés dans le vent des siècles.

Pourtant, lorsque la lune d'automne s'élève au-dessus des pins, il semble qu'une manche de soie frôle encore les rideaux de la cour de Heian.

Alors les pages du Genji se tournent d'elles-mêmes, comme si Murasaki Shikibu n'avait jamais cessé d'écrire.

 

 

Philémon.

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU   (2ème partie) 2/2
CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU   (2ème partie) 2/2

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CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU (1ère partie)

12 Juillet 2026, 10:25am

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU  (1ère partie)
CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU  (1ère partie)
Murasaki Shikibu : la dame qui donna une âme à la littérature japonaise

 

Au tournant du XIᵉ siècle, alors que l'Europe bâtit ses cathédrales romanes et que les chevaliers commencent à peupler les chansons de geste, le Japon vit l'un des âges les plus raffinés de son histoire.

À Heian-kyō, l'actuelle Kyoto, la capitale impériale est un monde clos où les saisons, les parfums, les étoffes et les poèmes règlent le rythme de la vie. C'est dans cet univers d'une élégance presque irréelle qu'apparaît une femme dont le nom traversera les siècles : Murasaki Shikibu.

Son véritable nom demeure inconnu. Comme beaucoup de dames de la cour, elle est désignée par un surnom. « Murasaki » qui est emprunté à l'une des héroïnes de son roman, tandis que « Shikibu » rappelle la fonction occupée par un membre de sa famille au ministère des Cérémonies.

Elle naît vers 973 dans une branche secondaire du puissant clan Fujiwara. Son père, Fujiwara no Tametoki, est un lettré renommé, passionné de littérature chinoise.

À une époque où l'étude des classiques chinois est presque exclusivement réservée aux hommes, il remarque très tôt l'intelligence exceptionnelle de sa fille.

Un jour, dit-on, tandis qu'il enseigne les textes chinois à son fils, la jeune enfant retient les leçons avec une facilité déconcertante. Son père laisse alors échapper un soupir devenu célèbre :

« Ah ! Si seulement tu étais née garçon... »

Cette remarque, souvent citée, témoigne moins d'un regret que des limites imposées aux femmes de son époque. Pourtant, ces limites n'empêcheront jamais Murasaki d'apprendre.

Elle grandit entourée de poésie, de musique, de calligraphie et de littérature. Elle maîtrise les kana, l'écriture japonaise utilisée par les femmes, mais comprend également les caractères chinois, savoir rare qui nourrira toute son œuvre.

Vers l'âge de vingt-cinq ans, elle épouse Fujiwara no Nobutaka, un noble plus âgé qu'elle. Leur bonheur est de courte durée. Deux ans après leur mariage, son mari meurt, la laissant veuve avec une petite fille.

Ce deuil marque profondément sa personnalité. Les textes qu'elle écrira plus tard portent l'empreinte constante de l'impermanence, cette conscience que toute beauté est appelée à disparaître.

Sa réputation de femme cultivée attire bientôt l'attention de la cour impériale. Elle devient dame de compagnie de l'impératrice Fujiwara no Shōshi, fille du tout-puissant Fujiwara no Michinaga.

Le palais est alors le cœur intellectuel du Japon.

Les dames échangent des poèmes comme d'autres échangent aujourd'hui des messages.

Un éventail décoré, une branche de prunier ou une feuille d'érable accompagnent souvent quelques vers qui peuvent décider d'une amitié, d'une réconciliation ou d'un amour.

Murasaki observe tout :

Les rivalités, les ambitions, les intrigues politiques., les passions secrètes, les jalousies, les cérémonies, les naissances et les décès.

Elle note les gestes, les silences, les regards derrière les paravents.

Toute cette matière deviendra bientôt un monument littéraire.

C'est probablement entre 1001 et 1012 qu'elle compose progressivement Le Dit du Genji (Genji Monogatari).

L'œuvre circule d'abord sous forme de chapitres copiés à la main. Chaque nouveau récit est attendu avec impatience par les dames de la cour.

Jamais encore un écrivain n'avait exploré avec une telle finesse les sentiments humains.

Le héros, le prince Hikaru Genji, est d'une beauté presque surnaturelle. Fils d'empereur écarté de la succession, il traverse les splendeurs et les drames de la cour impériale.

Autour de lui gravitent des dizaines de personnages dont chacun possède une psychologie complexe :

Amours impossibles, jalousies, mariages politiques, espoirs,vieillesse, perte des êtres chers.

Tout est raconté avec une délicatesse extraordinaire.

Mais le véritable sujet du roman est peut-être ailleurs.

À travers Genji, Murasaki décrit la fragilité de toute existence :

La jeunesse passe.

Les fleurs tombent.

Les palais changent de maîtres.

Les enfants deviennent adultes.

Les passions les plus ardentes finissent par s'éteindre.

Cette vision annonce déjà la sensibilité bouddhique qui marquera la littérature japonaise pendant des siècles.

Le roman compte cinquante-quatre chapitres et près de quatre cents personnages.

Il est souvent considéré comme le premier grand roman psychologique de l'histoire mondiale.

Contrairement aux récits héroïques de nombreuses civilisations, il ne glorifie ni les batailles ni les conquêtes.

Il s'intéresse au cœur humain.

À la nuance.

Aux émotions.

À ce qui demeure invisible.

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU  (1ère partie)

Poésie par Philémon

 

 

Rideau de bambou
une cithare répond
au chant des grillons
Dans la chambre du palais
l'automne ferme les yeux

 

Brume sur l'étang 
Murasaki sourit peu
l'encre est son miroir
Les femmes parlent plus bas
que les feuilles du saule

 

Sous la pleine lune
les éventails refermés
gardent les secrets.
Le Dit du Genji demeure
comme un parfum dans la nuit.

 

Le chant du coucou
éveille les souvenirs
du palais ancien
Chaque amour naît pour mourir
chaque vers pour le sauver

 

Rosée du matin
sur les manches de soie grise,
rien ne dure ici.
Même le Prince resplendit
comme un reflet sur l'eau.

 

Dernière bougie
Murasaki pose enfin
son pinceau d'hiver
Dans le souffle de l'aurore
Genji continue son rêve

 

Les pages du palais

 

Le palais s'éveille avant les hommes. Les dames de cour échangent des poèmes comme d'autres offriraient des fleurs. Au fond d'une galerie, Murasaki Shikibu observe les gestes minuscules qui deviennent destin. Elle comprend déjà que le véritable royaume n'est pas celui des empereurs mais celui de la mémoire. Ainsi naît peu à peu Le Dit du Genji, où chaque émotion survit davantage que les fastes de la cour.

Brume sur les stores
une plume suit la pluie
c’est l'aube sans bruit.

 

Le parfum des manches

 

Dans le Genji, un parfum suffit à rappeler une présence disparue. Les vêtements parlent, les couleurs murmurent, les saisons deviennent des messagères. Rien n'est jamais tout à fait perdu tant qu'un souvenir peut renaître d'une senteur ou d'une branche en fleurs.

Vent de printemps
une manche oubliée danse
parmi les cerisiers.

 

L'impermanence

 

Le Prince Genji croit parfois retenir le bonheur. Pourtant, les jardins changent avant lui. Les fleurs tombent sans regret et les chants s'éloignent. Murasaki Shikibu n'enseigne pas le désespoir ; elle montre simplement que la beauté est inséparable de son effacement.

Pétales au vent
le miroir garde un visage
déjà lointain.

 

L'encre

 

Chaque trait de pinceau ressemble à une respiration. L'écriture ne cherche pas à vaincre le temps ; elle lui offre seulement un refuge. Voilà pourquoi le Dit du Genji continue de parler à ceux qui ouvrent ses pages mille ans plus tard.

Sous la lampe
l'encre devient rivière
vers le silence.

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU  (1ère partie)
CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU  (1ère partie)

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