Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Poésie Japonaise

SUMO suite et fin.

31 Mars 2025, 09:39am

Estampe de Kuniyoshi Utagawa , portrait d'un yokozuna (Grand champion)

Estampe de Kuniyoshi Utagawa , portrait d'un yokozuna (Grand champion)

Gyoji (l'arbitre en costume traditionnel)

Gyoji (l'arbitre en costume traditionnel)

Les lutteurs doivent prendre énormément de poids pour être plus lourds et stables sur le dohyō. Leur plat principal est le chankonabe, un ragoût hyperprotéiné.

Composition du Chankonabe :
  • Viande : Poulet (traditionnel), bœuf, porc.

    Poisson et fruits de mer : Saumon, crevettes, etc.

    Légumes : Chou, champignons, poireaux, carottes.

    Tofu et nouilles : Sources de protéines et glucides.

    Bouillon : À base de dashi, miso ou sauce soja.

Les lutteurs accompagnent souvent cela de grandes quantités de riz et de bière pour augmenter leur apport calorique.

Le poids des sumotori varie énormément selon leur style de combat et leur morphologie :

  • Poids moyen en division Makuuchi : 150 à 160 kg

    Les plus légers : Autour de 110 kg (certains lutteurs misent sur la vitesse plutôt que la masse).

    Les plus lourds : Tokushoryu (190 kg), Akebono (233 kg), Orora (292 kg !)

À titre de comparaison, un sumotori moyen pèse 2 fois plus qu’un rugbyman et 3 fois plus qu’un homme japonais moyen (65 kg).

La formation d’un lutteur de sumo commence très jeune et dure toute sa carrière, mais voici les étapes principales :

1. Entrée dans une écurie (Heya)
  • Les jeunes recrues, appelées shin-deshi, entrent dès 15-16 ans après le collège.

    Ils rejoignent une écurie (heya) dirigée par un ancien lutteur (oyakata).

    Aucune formation académique n’est requise, mais les lutteurs venant d’universités peuvent entrer plus tard (vers 21-23 ans).

2. Formation intensive (1 à 5 ans)

La première année est la plus dure, avec un entraînement quotidien épuisant :

  • Réveil à 5h du matin

    4-5 heures d’entraînement (exercices de souplesse, combats, répétition de chutes).

    Tâches ménagères et service aux lutteurs plus anciens.

    Alimentation stricte avec des repas hypercaloriques.

    Pas de liberté personnelle : Pas de téléphone, peu de sorties.

Les plus talentueux atteignent la division Jūryō en 3-5 ans, mais certains mettent 10 ans ou ne montent jamais.

3. Accession à l’élite (Makuuchi)
  • Seuls quelques élus atteignent la division Makuuchi.

    Temps moyen pour atteindre l’élite : 5 à 10 ans après l’entrée.

    Progression basée sur les résultats : Les défaites peuvent faire redescendre un lutteur dans les divisions inférieures.

4. Fin de carrière et retraite
  • La plupart des sumotori prennent leur retraite entre 35 et 40 ans.

    Les meilleurs deviennent entraîneurs (oyakata) dans leur écurie.

    D’autres ouvrent des restaurants, travaillent à la TV ou deviennent commentateurs.

En résumé :


Début : 15-16 ans (ou plus tard pour les universitaires).
Formation intense : 1 à 5 ans pour atteindre un niveau compétitif.
Accession à l’élite : Entre 5 et 10 ans pour atteindre Makuuchi.
Retraite : 35-40 ans en moyenne

 

Tankas composés par Philémon

 

Avant d’affronter
Ils jettent le sel priant
Les dieux de la terre
Puis se figent tels des rocs
Prêts à défier l'infini

 

Dans un court instant
Un choc inévitable
Deux mondes croulent
Un seul lutteur reste droit
L’autre goûte la poussière

 

Au geste du gyoji
Sous la sueur et la peur
Début du combat
Mais déjà dans un éclat
L’un est hors du cercle blanc

 

D’efforts en efforts
Son corps sculpté par le temps
Devient un rempart
Mais dans ses rêves parfois
Il danse léger dans le vent

 

Philémon

Lutteurs de sumo, estampe de Kunisada, trityque, 1860.

Lutteurs de sumo, estampe de Kunisada, trityque, 1860.

Cérémonie de clôture d'un combat.

Cérémonie de clôture d'un combat.

Voir les commentaires

SPORT DE LUTTE JAPONAIS : le SUMO

28 Mars 2025, 18:09pm

Les lutteurs de sumo Nakogafuchi Kandayû et Takagazi Ichizurô , vers 1790, estampe de Hokusai

Les lutteurs de sumo Nakogafuchi Kandayû et Takagazi Ichizurô , vers 1790, estampe de Hokusai

 

Le sumo remonte à l’Antiquité japonaise et trouve ses racines dans les rituels shintoïstes. Il était pratiqué dans des sanctuaires comme un rite religieux pour divertir les dieux et garantir de bonnes récoltes. Les premières traces écrites datent du 8ᵉ siècle, mais il aurait existé bien avant.

Sous l’ère Edo (1603-1868), le sumo est devenu un sport organisé avec des compétitions régulières, des règles officielles et une hiérarchie stricte.

But du Sumo

Le sumo oppose deux lutteurs dans un cercle appelé dohyō. Le but est de pousser son adversaire hors du cercle ou de lui faire toucher le sol avec une autre partie du corps que la plante des pieds. Le combat est très bref et dure souvent quelques secondes.

Hiérarchie des Lutteurs (Rikishi)

Les sumotori (lutteurs) appartiennent à une hiérarchie rigide divisée en plusieurs divisions :

  1. Makuuchi (la division élite)

    • Yokozuna (Grand champion) : Le plus haut rang, il n’est atteint qu’après une domination prolongée.

      Ōzeki (Champion majeur) : Juste en dessous du Yokozuna, il doit maintenir des performances élevées pour rester à ce niveau.

      Sekiwake et Komusubi : Des rangs intermédiaires prestigieux.

      Maegashira : Le reste de la division Makuuchi.

       

  2. Jūryō (2ᵉ division professionnelle) :

    Les lutteurs de cette division et au-dessus reçoivent un salaire.

  3. Makushita, Sandanme, Jonidan et Jonokuchi :

    Les divisions inférieures où les jeunes lutteurs font leurs preuves.

Règles et Rituels

  • Avant le combat, les lutteurs effectuent un rituel shinto en jetant du sel pour purifier le dohyō.

    Ils adoptent des postures basses et effectuent un tachiai (choc initial) puissant.

    Les interdictions :

    Pas de coups de poing, d’étranglements prolongés, ni de tirage de cheveux.

    Les combats sont supervisés par un arbitre (gyoji) en tenue traditionnelle.

  • Les lutteurs vivent dans des écuries (heya) sous la tutelle d’un ancien lutteur.

  • La discipline y est stricte :

    Horaires fixes, entraînements rigoureux, et respect des anciens.

     

    Le régime alimentaire repose sur le célèbre chankonabe, un ragoût riche en calories pour favoriser la prise de poids.

  • Bien que traditionnel, le Sumo a évolué et attire des lutteurs du monde entier (Mongolie, Europe, États-Unis). Le Japon organise six grands tournois annuels (Honbasho), et les lutteurs sont suivis comme des célébrités.

    Les lutteurs professionnels de la division Makuuchi (l’élite du sumo) gagnent de l’argent de plusieurs manières :
  • Salaire mensuel:
    • Yokozuna : ~3 millions de yens (environ 18 500 €)

      Ōzeki : ~2,5 millions de yens (environ 15 500 €)

      Sekiwake/Komusubi : ~1,8 million de yens (environ 11 000 €)

      Maegashira : ~1,4 million de yens (environ 8 500 €)

      En dessous de la division Jūryō, il n’y a pas de salaire fixe, les lutteurs sont entretenus par leur écurie.

    • Primes et récompenses

      • Primes de performance :

        Les lutteurs qui font des performances exceptionnelles reçoivent des primes spéciales (Shukun-sho, Gino-sho, Kanto-sho).

        Kenshō-kin (enveloppes de sponsors) :

        Chaque combat important attire des sponsors qui offrent des enveloppes (environ 600 € par enveloppe, et un lutteur peut en gagner plusieurs par combat).

        Prime de tournoi :

        Le gagnant du tournoi reçoit environ 10 millions de yens (~62 000 €), plus des cadeaux (voitures, trophées, etc.).

  • Revenus annexes
  • Publicité et partenariats (surtout pour les Yokozuna et Ōzeki).
    • Retraite et reconversion : Certains deviennent entraîneurs (Oyakata) ou font de la télévision.

 

SPORT DE LUTTE JAPONAIS : le SUMO
Haï bun

Composé par Philémon

La Valse du Vent

Le soleil frappe le sable battu du dohyō. Deux géants se font face, pesants comme des montagnes, légers comme des plumes. Un froissement de sel jeté en offrande. L’air vibre sous la tension. Un éclair, une charge, et l’un d’eux vole hors du cercle, avalé par la poussière.

Au signe du Gyoji*
Le vent danse dans l’arène
Un lutteur s’incline

Haï bun
L’Héritage du Père

Il se souvient du premier jour. Son père, un ancien lutteur, l’avait conduit devant le dohyō. L’odeur du cercle de sable, le silence pesant avant le combat. Aujourd’hui, c’est lui qui s’avance, ceint de son mawashi**, prêt à perpétuer la tradition.

Sur le sol sacré
Les pas de mon père résonnent,
Ma force est sienne.

* le gyoji est l’arbitre

**le mawashi est le pagne porté par les lutteurs de sumo pendant les entraînements et les compétitions.


Philémon
SPORT DE LUTTE JAPONAIS : le SUMO

Voir les commentaires

LA SAISON DE LA RENAISSANCE

25 Mars 2025, 20:30pm

Le pavillon Kiyomizu et l'étang Shinobazu no ike, à Ueno, estampe de Utagawa Hiroshige

Le pavillon Kiyomizu et l'étang Shinobazu no ike, à Ueno, estampe de Utagawa Hiroshige

Pique nique sous les cerisiers en fleurs

Pique nique sous les cerisiers en fleurs

Tankas

Composés par Philémon

Là-haut dans le ciel 
Un cerf-volant isolé
Danse et tournoie
Un enfant rit aux éclats
Printemps encore poupin

 

Brise sur l’étang 
Un frisson ride l’onde
Avril paisible
Le reflet d’un cerisier
Se perd dans l’eau endormie

 

Veille du printemps 
Un parfum de camélias
Effleure un rêve
Sous la pleine lune pâle
Ce poème voit le jour

 

Philémon

Le parc floral et la montée de Dangozaka à Sendagi, estampe de Utagawa Hiroshige

Le parc floral et la montée de Dangozaka à Sendagi, estampe de Utagawa Hiroshige

Voir les commentaires

LE PRINTEMPS S'INSTALLE

24 Mars 2025, 09:24am

Jardin d'un temple de Nippori, estampe de Utagawa Hiroshige

Jardin d'un temple de Nippori, estampe de Utagawa Hiroshige

LE PRINTEMPS S'INSTALLE
Hai bun composé par Philémon
Sous les cerisiers

 

Le vent léger emporte les pétales de cerisiers comme une pluie de confettis rosés. Les familles s’installent sous les arbres, partageant bentos et éclats de rire. Le temps suspend son vol, et chacun savoure ce court instant, conscient que demain, peut-être, la pluie viendra effacer ce spectacle.

Éclosion soudaine
Sous la brise matinale
Danse éphémère

 

 

Matin prometteur

 

À l’aube, le temple repose dans une brume légère. Les premières lueurs du jour caressent la mousse des pierres anciennes. Un moine balaie lentement l’allée, ses gestes en harmonie avec le chant lointain du coucou. L’air est empli d’un parfum de pruniers en fleurs, et le printemps s’annonce avec une douceur infinie.

Songe matinal
Le gong du temple vibre
Écho du passé

 

Philémon


 


 

Maison de thé et cerisiers, estampe de Utagawa Hiroshige

Maison de thé et cerisiers, estampe de Utagawa Hiroshige

Voir les commentaires

Tankas sur le printemps au Japon

22 Mars 2025, 15:05pm

La forêt du sanctuaire de Suijin ,région de Massakiau, au bord de la Sumida, estampe de Utagawa Hiroshige

La forêt du sanctuaire de Suijin ,région de Massakiau, au bord de la Sumida, estampe de Utagawa Hiroshige

Composés par Philémon

 

Sur le mont Fuji 
Neige et fleurs de cerisiers
Printemps en contraste
Le vent unit les saisons
Dans un souffle passager

Là-bas sur la rive
Un couple sous les pétales
Murmures d’amour
La rivière emporte tout
Même les promesses d’hier

Pétales au sol
Tapis de neige rosée
Soupirs d’Éole
Les jours s’effacent ainsi
Fugaces comme les fleurs.


Philémon

 


 

Tankas sur le printemps au Japon

Voir les commentaires

Le Printemps au Japon

20 Mars 2025, 08:54am

La plaine de Koganei, Ce lieu était, jadis, un endroit célèbre pour ses cerisiers, contemplés chaque année par les habitants de Edo  (XIXe , Tokyo aujourd’hui ) ,estampe de Utagawa Hiroshige

La plaine de Koganei, Ce lieu était, jadis, un endroit célèbre pour ses cerisiers, contemplés chaque année par les habitants de Edo (XIXe , Tokyo aujourd’hui ) ,estampe de Utagawa Hiroshige

HANAMI- Contemplation des cerisiers en fleurs

C’est sans doute la tradition printanière la plus célèbre. Les Japonais se réunissent sous les cerisiers en fleurs (sakura) pour pique-niquer en famille, entre amis ou avec des collègues.

Les parcs comme ceux de Tokyo (Ueno, Shinjuku Gyoen) ou Kyoto (Maruyama) deviennent des lieux de fête, avec de la nourriture, du saké et une ambiance conviviale.

Shunbun no Hi - Équinoxe de printemps (autour du 20 mars)

Ce jour férié est une période où les Japonais rendent hommage à leurs ancêtres en visitant les tombes familiales et en faisant des offrandes de fleurs et de nourriture. C’est aussi une journée qui marque l’équilibre entre le jour et la nuit.

Festival de Takayama (mi-avril)

L'un des plus beaux festivals du Japon, avec de magnifiques chars décorés (yatai) qui défilent dans la ville historique de Takayama. Ce festival célèbre le renouveau et la prospérité pour l’année à venir.

Yabusame tir à l'arc à cheval, avril-mai

C’est une tradition spectaculaire où des archers montés à cheval tirent sur des cibles en bois. Ce rituel shintoïste se tient lors de festivals comme celui de Kamakura et symbolise la prière pour de bonnes récoltes.

Le printemps est aussi une période où de nombreux aliments saisonniers sont consommés, comme les fraises, les pousses de bambou et les plats à base de sakura (comme les sakura mochi ).

Visiter le Japon au printemps, c'est une des meilleures saisons pour profiter du paysage et des festivités !

Au Japon, chaque saison a ses propres ingrédients phares, et au printemps, la nature offre des produits frais et délicats, souvent associés à la renaissance et à la légèreté.

Voici quelques aliments typiques du printemps au Japon :

Aliments liés aux cerisiers (Sakura)
  • Sakura Mochi :

    Une pâtisserie traditionnelle faite de riz gluant rose, fourrée de pâte de haricots rouges sucrée (anko) et enveloppée dans une feuille de cerisier marinée. La feuille est parfois consommée.

     

    Des boissons à base d’extraits de fleur de cerisier :

    Sakura Latte / Sakura Frappuccino servis dans les cafés

  • Sakura Yokan : Une gelée sucrée à base de haricots rouges et parfumée aux fleurs de cerisier.

Légumes et plantes sauvages printanières :
  • Takenoko – Pousses de bambou :

  • Très appréciées au printemps, elles sont utilisées dans des soupes, des plats mijotés ou simplement grillées.

    Sansai – Plantes de montagne :

    Ce sont des herbes sauvages comestibles comme le fuki (pétasite du Japon), le warabi (fougère) et le kogomi (têtes de fougère). Elles sont souvent servies en tempura ou en accompagnement avec du riz.

  • Nanohana – Fleurs de colza :

  • Elles sont souvent blanchies et assaisonnées avec de la sauce soja ou du miso.

Fruits de saison
  • Ichigo – Fraises :

    Le printemps est la saison des fraises au Japon, avec des variétés luxueuses comme la "Tochiotome" ou la "Amaou" :

    On les trouve dans des pâtisseries, comme les Ichigo Daifuku (mochi fourré de fraise et d’anko).

    Dekopon – Agrume sucré :

    Un hybride entre une mandarine et une orange, souvent consommé frais.

Poissons et fruits de mer printaniers

 

  • Shirasu – Petites sardines blanches : Elles sont souvent consommées fraîches sur du riz ou séchées.

    Katsuo – Bonite : Poisson très consommé au printemps, en particulier sous forme de Katsuo Tataki, où il est légèrement grillé à l’extérieur et servi avec du gingembre et de la sauce soja.

    Hamaguri – Palourdes : Utilisées dans des soupes claires ou simplement grillées.

Thé nouveau Shincha

 

Le printemps marque aussi la première récolte du thé vert (shincha), qui a une saveur douce et fraîche, très appréciée par les amateurs de thé.

Tous ces aliments reflètent la fraîcheur et la délicatesse du printemps au Japon.

 

Poèmes tanka de saison 

Composés par Philémon

INFLORESCENCE

 

Le Printemps se réveille

Les fleurs étirent leurs pétales

Peints par le soleil

Dans l’air chants festifs d’oiseaux

La nature revit

 

Le Printemps s’installe

L’herbe verdit timide

Soleil hésitant

Dans l’espace parfums légers

Promesses de jours heureux

 

Les rus babillent

Joyeux sous le ciel d’azur

Printemps chuchote

Les ruches ouvrent les volets

L’éveil de la vie en chœur.

 

Philémon

Le Printemps au Japon

Voir les commentaires

LE THÉÂTRE TRADITIONNEL AU JAPON 2ème partie Théâtre No

17 Mars 2025, 17:00pm

Masque de No

Masque de No

Acteur de No

Acteur de No

Le théâtre No (ou Noh) trouve son origine au Japon au XIVe siècle, sous l'influence de diverses formes de spectacles plus anciens, notamment le dengaku, le sarugaku, le kagura et le bugaku.

Il a été codifié principalement par Kan'ami Kiyotsugu (1333-1384) et son fils Zeami Motokiyo (1363-1443), qui ont affiné cette forme artistique et en ont défini les principes esthétiques.

Zeami a notamment écrit plusieurs traités sur l’art du No  introduisant la notion de yūgen (une beauté subtile et mystérieuse) comme idéal du théâtre.

Le théâtre No était étroitement lié à la classe des samouraïs et, en particulier, avec le shogun Ashikaga Yoshimitsu, qui en a soutenu le développement.

Ce style est resté un art aristocratique et spirituel, mêlant danse, musique et poésie, et s’inspirant souvent de récits issus du bouddhisme zen, du shintoïsme et de la littérature classique japonaise.

Aujourd’hui encore, le No est pratiqué et apprécié comme une forme majeure du théâtre traditionnel japonais.

 

Le No et le Kabuki sont deux formes majeures du théâtre japonais, mais ils présentent des différences fondamentales sur le plan scénique. Voici leurs principales distinctions :

Scène et décor
  • No

    La scène est minimaliste, en bois, avec un toit rappelant un sanctuaire shinto. Il y a peu d’éléments de décor, souvent un simple arbre peint en arrière-plan, symbolisant la connexion entre les mondes terrestre et spirituel.

    Kabuki :

    La scène est grande, ornée et dynamique, avec des décors élaborés et mobiles. Elle peut inclure des machineries complexes, des trappes et des ponts escamotables comme le hanamichi, une passerelle qui traverse le public.

Jeu des acteurs
  • No

    Le jeu est lent, stylisé et épuré. Les mouvements sont contrôlés et codifiés, proches de la danse. L’expression repose beaucoup sur la posture et le port du masque.

  • Kabuki :

    Le jeu est exagéré et expressif, avec des poses dramatiques appelées mie pour souligner l’intensité des émotions. Le maquillage flamboyant kumadori remplace les masques du No.

Costumes et accessoires
  • No :

    Costumes raffinés mais sobres, avec plusieurs couches de tissus. Les personnages principaux portent souvent un masque en bois sculpté, tandis que les seconds rôles jouent à visage découvert.

    Kabuki :

    Costumes extravagants et colorés, parfois volumineux avec des perruques imposantes. Les acteurs utilisent un maquillage très marqué pour identifier leur rôle (rouge pour les héros, bleu pour les méchants, etc.).

Musique et chant
  • No:

    La musique est assurée par un petit ensemble de tambours et une flûte, accompagnant un chant proche du récitatif. Le rythme est lent et méditatif.

    Kabuki :

    La musique est plus variée et dramatique, avec des instruments comme le shamisen (luth à 3 cordes). Les dialogues sont souvent chantés ou scandés pour renforcer le rythme de la pièce.

Thèmes et ambiance :
  • No :Souvent inspiré de la mythologie, du bouddhisme et des légendes japonaises, avec des thèmes mélancoliques et spirituels. Il met en scène des fantômes, des divinités et des guerriers déchus

  • Kabuki :

  • Plus terre-à-terre et spectaculaire, il mélange drames historiques, intrigues amoureuses et récits héroïques. Certaines pièces sont pleines d’action et d’effets spéciaux.

Conclusion :

Le No est un art plus introspectif et spirituel, tandis que le Kabuki est un spectacle énergique, visuel et accessible. Le premier vise à exprimer le mystère et l’émotion intérieure, alors que le second cherche à captiver le public avec des représentations dynamiques et visuelles.

Le No a une profondeur unique, avec son atmosphère méditative et sa poésie visuelle. Son esthétisme épuré et son rythme lent demandent une certaine sensibilité, mais c’est ce qui le rend si fascinant.

Son lien avec le monde des esprits, les fantômes mélancoliques et les récits empreints de bouddhisme et de shintoïsme en font une forme d’art profondément mystique.

Les pièces de No ont souvent des personnages hantés par le passé, comme un guerrier déchu ou une femme abandonnée, qui reviennent sous forme de spectres pour raconter leur histoire. Tout est dans la subtilité : le jeu lent, les chants envoûtants, et cette sensation presque hors du temps.

 

Tankas composés par Philémon

 

Lumière tremblante
Les marionnettes dansent
Soft frémissement
Le destin se tisse lent
De fils d’or et de sang

 

Le tambour résonne
A l'ombrage des vieux temples
Les ombres s’étirent
Un drame naît sur scène
Et l’âme d’un homme meurt

 

Les geste se ruent
Au rythme des cymbales
Tissu des esprits
Un pas un cri une ombre
Le monde en attente

 

Philémon

Acteur sur scène

Acteur sur scène

Masques typiques du théâtre No

Masques typiques du théâtre No

Voir les commentaires

THÉÂTRE TRADITIONNEL JAPONAIS 1ère partie KABUKI

14 Mars 2025, 09:24am

Acteur Segawa Kikunojo III, estampe de Katsukawa Shimko, 1789

Acteur Segawa Kikunojo III, estampe de Katsukawa Shimko, 1789

Le théâtre Kabuki est né au Japon au début du XVIIe siècle, durant l’ère Edo (1603-1868). Il a été fondé par une prêtresse shinto nommée Okuni, qui aurait commencé à jouer vers 1603, à Kyoto, avec un style de danse théâtralisée excentrique et novateur. Son spectacle mêlait musique, danse et scènes dramatiques inspirées de la vie quotidienne et des récits populaires.

À l’origine, le kabuki odori (danse kabuki) était joué par des troupes exclusivement féminines. Ces spectacles étaient souvent suggestifs et atteignirent rapidement une grande popularité.

Cependant, en 1629, les autorités interdirent aux femmes de jouer sur scène, sous prétexte que cela encourageait la prostitution et troublait l’ordre public.

Le kabuki devint alors exclusivement masculin, avec des acteurs spécialisés (les onnagata) qui incarnaient les rôles féminins.

Durant le XVIIe et XVIIIe siècles, le Kabuki devint un art très structuré et raffiné. Il se distingua du (plus aristocratique et contemplatif) par son caractère spectaculaire, ses costumes flamboyants, ses maquillages élaborés (kumadori) et ses mises en scène dynamiques. Des genres narratifs comme les jidaimono (histoires historiques) et les sewamono (drames du quotidien) émergèrent.

Malgré des périodes de censure et de restrictions sous le shogunat Tokugawa, le Kabuki est resté un art vivant et populaire, évoluant avec le temps.

 Après l’ère Meiji (1868), il a survécu aux transformations culturelles et demeure aujourd’hui l’une des formes de théâtre traditionnel les plus emblématiques du Japon.


 

Tankas composés par Philémon

KABUKI

 

Masque de silence
La scène s'illumine lourde
Voix d’un samouraï
Le vent porte ses secrets
Sous l’arbre centenaire

Dans la brume noire
Le tambour frappe le cœur
Âme solitaire
Le vent effleure le bois
Son masque ne sourit plus

Sous le ciel d’azur
L’épée brille fauchant l’âme
Fierté dans la voix
Un héros tombe en silence
Le vent chante son nom


Philémon

THÉÂTRE TRADITIONNEL JAPONAIS    1ère partie    KABUKI
THÉÂTRE TRADITIONNEL JAPONAIS    1ère partie    KABUKI
Modèles de maquillage

Modèles de maquillage

Voir les commentaires

Matin de promesses

11 Mars 2025, 18:01pm

Jardin d'un temple de Nippori, estampe de Utagawa Hiroshige

Jardin d'un temple de Nippori, estampe de Utagawa Hiroshige

Matin de promesses

 

Haibun composé par Philémon

 

À l’aube, le temple repose dans une brume légère. Les premières lueurs du jour caressent la mousse des pierres anciennes. Un moine balaie lentement l’allée, ses gestes en harmonie avec le chant lointain du coucou. L’air est empli d’un parfum de pruniers en fleurs, et le printemps s’annonce avec une douceur infinie.

Songe matinal
Le gong du temple vibre
Écho du passé

 

Philémon
 

 Matin de promesses

Voir les commentaires

Haïbun sur la montagne au Japon en hiver

8 Mars 2025, 19:43pm

Neige de nuit à Kambara, estampe de Utagawa Hiroshige, vers 1833-1834

Neige de nuit à Kambara, estampe de Utagawa Hiroshige, vers 1833-1834

Montagne du silence

 

La neige tombe doucement sur les pentes du mont Haku. Chaque flocon danse un instant avant de disparaître dans le grand manteau blanc. Je marche lentement, mes pas crissant sur le sentier gelé. Une cabane en bois apparaît au détour d’un virage, fumée fine s’élevant dans l’air figé. J’y trouve un vieil homme assis près du feu, une tasse de thé fumante entre les mains. Nous échangeons un regard, aucun mot. Dans cette montagne silencieuse, le langage n’est qu’un murmure du vent.

Souffle hivernal
L’écho d’un grand corbeau noir
Se perd sous la neige

 

Philémon

Voir les commentaires

1 2 > >>