Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Poésie Japonaise

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU (2ème partie) 2/2

17 Juillet 2026, 16:02pm

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU   (2ème partie) 2/2

 

Parallèlement, Murasaki tient un journal aujourd'hui connu sous le nom de Journal de Murasaki (Murasaki Shikibu Nikki).

Ce texte offre un témoignage précieux sur la vie quotidienne de la cour impériale.

On y découvre les cérémonies de naissance des princes, les fêtes, les concours de poésie, mais aussi les critiques parfois mordantes que l'autrice adresse à ses contemporains.

Elle y révèle une personnalité discrète, parfois mélancolique, souvent lucide, toujours attentive aux faiblesses humaines.

Elle compose également un recueil de plus d'une centaine de poèmes, réunis sous le titre Recueil poétique de Murasaki Shikibu (Murasaki Shikibu Shū).

Ces waka de trente-et-une syllabes évoquent les saisons, les séparations, l'amour, les regrets et la solitude.

Vers 1014 ou 1015, les traces de Murasaki disparaissent progressivement des chroniques.

La date exacte de sa mort demeure inconnue bien que située aux alentours de 1016.

Comme beaucoup de figures du Japon ancien, elle s'efface dans le silence.

Mais son œuvre ne cessera jamais de vivre.

Pendant près de mille ans, Le Dit du Genji sera copié, commenté, illustré et étudié. Des peintres en feront des rouleaux enluminés ; des poètes y puiseront leur inspiration ; le théâtre nô, puis le kabuki, reprendront plusieurs de ses épisodes.

Aujourd'hui encore, le roman est lu, traduit et adapté dans le monde entier, tant en littérature qu'au cinéma, au manga et dans les arts visuels.

Les principales œuvres de Murasaki Shikibu:

 

Le Dit du Genji (Genji Monogatari)
Son chef-d'œuvre absolu. Composé de cinquante-quatre chapitres, il raconte la vie du prince Hikaru Genji puis celle de ses descendants spirituels.

Plus qu'un roman d'amour, c'est une vaste méditation sur le temps, la beauté, le pouvoir et l'impermanence des choses. Il est considéré comme l'un des sommets de la littérature universelle.

Le Journal de Murasaki (Murasaki Shikibu Nikki)
Un journal personnel rédigé durant son séjour à la cour impériale. Il mêle descriptions de cérémonies, portraits psychologiques, observations sociales et réflexions intimes.

Cette œuvre constitue une source historique exceptionnelle sur la vie à la cour de Heian.

Le Recueil poétique de Murasaki Shikibu (Murasaki Shikibu Shū)
Environ cent vingt poèmes waka, où l'autrice exprime avec une grande délicatesse les émotions liées aux saisons, à l'amour, au souvenir, à la séparation et à la fugacité de la vie.

Ces poèmes témoignent de la sensibilité esthétique qui irrigue également son roman.

Elle aura laissé un héritage sans égal .

Murasaki Shikibu a profondément transformé la littérature.

Elle a montré qu'un récit pouvait explorer les mouvements les plus subtils de l'âme humaine sans s'appuyer sur les exploits guerriers ou les légendes héroïques.

Cette auteure est à la frontière entre personnage historique, témoin d'une époque et presque héroïne légendaire, un peu comme certains grands poètes ou religieux japonais dont la postérité a transformé la biographie en symbole.

Son écriture, fondée sur l'observation, la psychologie et la poésie, a ouvert une voie nouvelle qui influencera durablement les lettres japonaises et, bien plus tard, la littérature mondiale.

Mille ans après sa disparition, son œuvre continue d'émouvoir par sa modernité.

Derrière les paravents de la cour de Heian, Murasaki Shikibu a su capter ce qui ne vieillit jamais : les espoirs, les regrets, les élans et les fragilités du cœur humain.

NB :

Pour une immersion complète de son œuvre :

LE DIT DU GENJI est paru aux éditions VERDIER , à Paris, en mai 2011 et traduit du Japonais par le professeur René SIEFFERT , dont je salue la remarquable traduction tout au long des 1472 pages du roman.

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU   (2ème partie) 2/2
CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU   (2ème partie) 2/2

Poésie par Philémon

 

Murasaki écrit
chaque trait d'encre retient
l'ombre d'un soupir
Le Prince aux habits de brume
traverse encore les siècles

 

 

Le vent dans les pins
tourne les pages fanées
du Dit du Genji
Chaque silence révèle
un amour déjà perdu

 

 

Sous le pinceau noir
une fleur devient silence
dans l'encre légère
Murasaki l'a cueillie
au jardin des souvenirs

 

 

Le vent du matin
soulève un store de soie
Personne n'y vient
Seul demeure le parfum
d'une parole oubliée

 

 

Les feuilles d'érable
traversent le vieux bassin
sans troubler la lune
Ainsi passent les amours
que l'encre seule retient

 

 

Un pin immobile
écoute tomber la neige
sur l'étang sans rides
Le cœur du Prince comprend
ce que nul vers ne peut dire

 

 

La chambre aux encens

Les pavillons du palais ont disparu depuis longtemps. Pourtant, certains soirs d'automne, lorsque le vent s'attarde sous les pins, il semble qu'un parfum ancien revienne avec lui. Ce n'est pas celui d'une fleur, mais celui des manuscrits que l'on déroulait lentement à la lumière d'une lampe. Une femme y cherchait moins la gloire que la vérité des cœurs. Ses personnages vieillissent encore sous la même lune que la notre.

Une lampe veille
la fumée de l'encens monte
l'encre respire

 

 

Le pont

Le vieux pont ne conduit plus vers aucun palais. Il relie seulement deux rives de la mémoire. Chaque pas efface un siècle. Au milieu du tablier, un pétale de camélia hésite entre l'eau et le vent. Peut-être est-ce ainsi que vivent encore les héroïnes du Genji : dans cet instant où rien n'est tout à fait perdu.

Sous le pont désert
le reflet d'un nuage blanc
emporte les ans

 

La lune de Heian

La même lune éclaire les pavillons de Heian et les lecteurs d'aujourd'hui. Entre eux, mille années n'ont pas suffi à dissiper les hésitations du cœur. Genji continue de marcher sous cette lumière qui ne choisit ni les siècles ni les royaumes.

Lune d'été
sur l'étang un seul reflet
et tant de vies

 

Le dernier lecteur

Lorsque le livre se referme, le silence ne signifie pas la fin. Les personnages quittent simplement la lumière pour retrouver les jardins où ils sont nés. Au printemps suivant, un autre lecteur les appellera sans le savoir. C'est peut-être cela, la véritable immortalité : renaître chaque fois qu'un regard se pose sur une page.

Branche de prunier
un seul pétale demeure
la lune suffit

 

EPILOGUE :

Sous la lune de Murasaki

Les jardins se sont tus. Les palais ne sont plus que poussière, les soieries ont perdu leurs couleurs et les parfums se sont dissipés dans le vent des siècles.

Pourtant, lorsque la lune d'automne s'élève au-dessus des pins, il semble qu'une manche de soie frôle encore les rideaux de la cour de Heian.

Alors les pages du Genji se tournent d'elles-mêmes, comme si Murasaki Shikibu n'avait jamais cessé d'écrire.

 

 

Philémon.

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU   (2ème partie) 2/2
CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU   (2ème partie) 2/2
Commenter cet article
E
Murasaki t'a inspiré de jolis poèmes
Répondre
Merci pour ta gentille visite où tu trouves la possibilité de poursuivre ton rôle de blogueuse , au milieu de ce capharnaüm incendiaire qui t'as contraint à une sorte d'exil que je te souhaite provisoire.<br /> <br /> Bien amicalement Brigitte.
B
Superbe 2e chronique sur Murasaki Shikibu qui a profondément transformé la littérature !<br /> Que de belles estampes !<br /> Et ta page est magnifiquement poétique... <br /> Nous sommes plongés dans ton univers japonais et c'est vraiment très agréable et dépaysant...<br /> Bon mardi cher Philémon<br /> Je t'embrasse.<br /> Amitiés
Répondre
C'est vrai qu'ils sont trop choux tes chats-ponais.<br /> <br /> Amusante trouvaille : poissons-chats !<br /> Avec toutes mes amitiés<br /> Je t'embrasse<br />
B
Je tiens à te remercier cher Philémon pour ta réponse pleine de gentillesse.<br /> Je t'invite à voir mes poissons-chats d'hier (un brin japonisants !)<br /> Je te souhaite un bon dimanche.<br /> Bien amicalement.<br /> Je t'embrasse.
Chère Béa, je me trouve submergé par autant de compliments de ta part mais qui me touchent au plus profond de mon cœur ; je ne suis qu'un passionné de la culture traditionnelle nippone, sans plus et tant mieux si cette passion permet de découvrir un pan de la tradition japonaise.<br /> <br /> Belle semaine pout toi.<br /> <br /> Bien amicalement.<br /> <br /> Je t'embrasse. 🌻🌻🌻🌻🌻
M
merci pour cette belle page que j 'ai appréciée <br /> bone fin de semaine
Répondre
Merci Monica pour cette charmante" vague" de gentillesse.<br /> <br /> Passe également une belle fin de semaine.
T
Bonjour Phil.<br /> Merci pour ces jolies pages et estompes japonaise et de partager avec nous ta magnifique plume.<br /> Belle journée à toi.<br /> Marie-Ange.
Répondre
C'est moi qui te dis merci Marie-Ange pour ta sympathique visite et tes commentaires amicaux.<br /> <br /> Je te souhaite de passer une aussi belle journée que celle qui vient de s'écouler à l'ombre de peupliers qui jouent à la balançoire.
P
Tu nous donnes très envie de découvrir. Cette femme extraordinaire, ooétesse, autrice et témoin de son époque.<br /> Merci de nous en parler avec tellement de sensibilité. Bonne journée Philémon
Répondre
Je suis très heureux d'avoir pu présenter cette auteure, fort peu connue en France.<br /> <br /> Belle journée Brigitte.
M
Merci pour ce texte magnifique, si émouvant. Oui, c'était aussi une grande poétesse, mais que vous avez saluée à la hauteur de son talent. J'aime beaucoup vos haïbun, mais de toute façon on est entraîné dans la nostalgie de plus en plus au fil de la lecture.
Répondre
Cette œuvre est d'une grande richesse sur l'analyse des comportements dans la société aristocratique nippone d'il y a un millier d'années montrant que les émotions et les actions liées à celles-ci sont pratiquement les mêmes qu'à notre époque.<br /> <br /> Merci Martine pour votre visite.<br />
J
Merci Philémon, ce sont toujours de fort belles pages que tu nous offres sur le Japon, ta plume comprise, bonne soirée, amitiés jill
Répondre
Merci Fabienne pour la gentillesse de ta visite, belle soirée à Toi également.<br /> Amitiés.