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Poésie Japonaise

LE PÈLERINAGE DU MONT FUJI

23 Août 2025, 08:22am

Fuji San et marécages, estampe de Utagawa Hiroshige

Fuji San et marécages, estampe de Utagawa Hiroshige

Le Fuji San au loin, estampe de Katsushika Hokusaï

Le Fuji San au loin, estampe de Katsushika Hokusaï

Entre ascension physique et élévation spirituelle.

 

Mont Fuji, flanc sud-est . Il est quatre heures du matin. Une file silencieuse de marcheurs progresse lentement à la lumière des lampes frontales. Le froid mord les visages, le souffle se fait plus court.

Pourtant, aucun mot de plainte ne se fait entendre. Ce n’est pas une simple randonnée. Pour beaucoup, c’est un pèlerinage. Une quête intérieure, aussi importante que le sommet lui-même.

Depuis des siècles, gravir le Mont Fuji est un acte de foi autant qu’un effort physique. Ce pèlerinage, enraciné dans les traditions religieuses japonaises, est une expérience que vivent chaque année des milliers de personnes. Si les motivations modernes sont diverses : sportives, touristiques, personnelles , le caractère sacré de la montagne reste, lui, intact.

Le pèlerinage remonte au VIIIe siècle, à l’époque de l’éveil du bouddhisme et du syncrétisme religieux au Japon.

Dans le shintoïsme, la montagne est perçue comme un kami, une divinité de la nature. Pour les bouddhistes, elle est une métaphore de l’ascension vers l’illumination.

Le sommet, caché dans les nuages, symbolise l’éveil après une vie de souffrances et d’épreuves.

Le moine Matsudai Shōnin est considéré comme l’un des premiers à avoir institutionnalisé ce pèlerinage, au XIe siècle.

Au fil des générations, des groupes appelés Fuji-kō, des confréries de dévots, se formaient à travers tout le pays.

Ils organisaient ensemble leur voyage, portaient des habits blancs ( couleur de la purification ) et suivaient des rituels précis avant, pendant et après l’ascension.

Traditionnellement, le pèlerinage commençait au niveau de la mer, à Fujisan Hongū Sengen Taisha, un sanctuaire shinto situé dans la ville de Fujinomiya. Là, les marcheurs demandaient la protection de la déesse Konohanasakuya-hime, l’esprit du volcan.

De ce lieu, ils entamaient une montée en plusieurs étapes, ponctuée de stations rituelles (ou ) où prières, offrandes et chants accompagnaient les pauses.

Encore aujourd’hui, certains itinéraires de pèlerinage sont conservés, comme l’ancienne route Yoshida, qui commence au sanctuaire Kitaguchi Hongū Fuji Sengen Jinja, au nord.

Le sentier traverse des forêts sacrées, des torii de pierre, et de petits autels cachés dans la roche volcanique.

Le moment principal du pèlerinage est l’arrivée au sommet avant l’aube, pour assister au Goraikō : littéralement "la venue de la lumière". Voir le soleil se lever au-dessus de la mer de nuages, depuis le plus haut point du Japon, est une vision mystique.

Pour les pèlerins, cela symbolise la renaissance, la lumière intérieure après l’épreuve.

À ce moment, beaucoup ferment les yeux, récitent des prières, ou simplement laissent couler leurs larmes. Ce n’est plus une simple randonnée, mais une expérience de transformation.

Si la modernité a modifié les pratiques , nombreux sont ceux qui montent en baskets, munis de gourdes et de smartphones mais l’esprit du pèlerinage subsiste.

Certains groupes perpétuent les rituels ancestraux, accompagnés de moines ou de guides spirituels. Des sanctuaires, des rites de purification, des cérémonies de départ sont toujours actifs.

L’État japonais reconnaît d’ailleurs ce patrimoine immatériel : le Fuji Shinkō (le culte du Mont Fuji) est inscrit au titre du patrimoine mondial pour sa signification religieuse et culturelle.

Le Mont Fuji n’est pas qu’une montagne. C’est un sanctuaire à ciel ouvert.

Un temple sans murs, dont chaque pierre, chaque souffle d’air porte le poids d’un millénaire de prières.

 

POÉSIE COMPOSÉE PAR Philémon

 

Un grand corbeau vole 
Puis disparaît dans le vent
Le sommet t’appelle
Tu grimpes sans le vouloir
Poussé par le silence

 

Brume sur les flancs 
Le mont chante en lui tout bas
Des mots invisibles
Il s’abandonne sans nom
Devant ce dieu sans visage

 

À l’aube Fuji 
Porte un manteau de lumière
Chaque rayon touche
Une corde de son esprit
Qui résonne en harmonie

 

Le vent sur les pierres 
Lui récite un vieux poème
Sans début ni fin
Tout son être s’évanouit
Dans cette voix millénaire

 

Il s’incline bas 
Devant le géant sacré
Pas de mot pas d’yeux
Juste une immense présence
Qui bénit sans un geste

 

 

L’ aube sur Fuji-San

Avant que le soleil ne perce l’horizon, le moine s’arrête. L’air est sacré, lourd d’une attente. Le mont veille. Il ne dort jamais. En lui sommeille un dieu immobile.

Flamme du matin
Fuji ouvre lentement
L’œil de l’univers

 
Les cendres de l’ego

Il dépose son passé sur la lave ancienne. Sous la neige éternelle, ses erreurs fondent. L’âme se polit comme pierre sous pluie.

Nuées sur la cime
Tu te perds dans le nuage
Tu deviens lumière
 
Philémon
 


​​​​​​​​​​​​​​​​​​

Fuji yama, estampe de Katsushika Hokusaï

Fuji yama, estampe de Katsushika Hokusaï

Coup de vent, estampe de Katsuskika Hokusaï

Coup de vent, estampe de Katsuskika Hokusaï

Mont Fuji et cerf volants, estampe de Utagawa Hiroshige

Mont Fuji et cerf volants, estampe de Utagawa Hiroshige

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LE MONT FUJI

18 Août 2025, 07:55am

Orage sur le mont Fuji estampe de Katsushika Hokusaï

Orage sur le mont Fuji estampe de Katsushika Hokusaï

Mont Fuji, estampe de Utagawa Hiroshige

Mont Fuji, estampe de Utagawa Hiroshige

Mont sacré qui traverse l’histoire

Le mont Fuji, ou Fuji-san, est le plus haut sommet du Japon, culminant à 3 776 mètres.

Ce volcan majestueux, situé sur l’île principale de Honshu, à environ 100 kilomètres au sud-ouest de Tokyo, est un symbole incontournable du Japon, tant sur le plan naturel que spirituel.

Le mont Fuji est un stratovolcan formé par la superposition de plusieurs couches de lave et de cendres issues d'éruptions successives. Il s’est formé sur plusieurs centaines de milliers d’années, avec trois grands stades volcaniques :

  • Komitake Fuji (le plus ancien) :

    • C’est la première activité volcanique, il y a plus de 700 000 ans.

      Il s’agit d’un ancien volcan aujourd’hui enfoui sous les couches plus récentes.

    Ko Fuji (le "vieux Fuji") :

    • Il s’est édifié il y a environ 100 000 à 10 000 ans.

      Son activité a donné naissance à un grand stratovolcan, mais il a ensuite été fortement érodé et en partie détruit par des éruptions

      et enfin Shin Fuji (le "nouveau Fuji"), dont les éruptions ont sculpté le cône actuel

    • C’est la phase actuelle, commencée il y a environ 10 000 ans.

      C’est ce cône volcanique symétrique et majestueux que l’on voit aujourd’hui.

    Un peu comme 3 volcans “empilés” l’un sur l’autre.

La dernière éruption connue, appelée l’éruption Hōei, a eu lieu en 1707. Bien que considéré comme actif, le volcan est aujourd’hui en sommeil.

Au-delà de sa majesté naturelle, le mont Fuji a une place centrale dans la culture et la spiritualité japonaises. Il est considéré comme une montagne sacrée depuis des siècles.

Dans le shintoïsme, il est associé à Konohanasakuya-hime, la déesse des fleurs et du volcan. Beaucoup de pèlerins gravissent la montagne pour honorer les divinités qui y résident.

Pendant l’époque d’Edo (1603–1868), les ascensions rituelles du mont Fuji étaient pratiquées par des groupes religieux appelés Fuji-kō, renforçant le lien spirituel entre les Japonais et la montagne.

Aujourd’hui encore, escalader le mont Fuji reste un acte à la fois physique et spirituel pour de nombreux Japonais et touristes.

La phrase célèbre "Celui qui escalade le mont Fuji une fois est un sage, celui qui le fait deux fois est un fou" résume bien cette tradition.

Le mont Fuji est un motif omniprésent dans l’art japonais, notamment dans les estampes célèbres comme "La Grande Vague de Kanagawa" de Hokusai, où il apparaît en arrière-plan. Il figure également sur des objets quotidiens, des billets de banque, et dans la littérature. C’est une véritable icône nationale.

En 2013, le mont Fuji a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en tant que "site culturel", en reconnaissance de son influence artistique et spirituelle.

 

 

Poésie composée par Philémon

Haibun

Brume du matin

Au petit matin, la vallée dort encore. Les clochettes des pèlerins tintent à peine, comme des échos du rêve. Le sentier s'efface dans une mer de brume, et soudain, dans un souffle du vent, le mont Fuji surgit , silhouette sacrée, suspendue entre ciel et silence. Je reste figé. Le monde entier se recueille dans cette apparition.

Fuji dans la brume
Un dieu se lève en silence
Parmi les cigales

 

Sous la lune d’automne

À l’automne, la neige blanche recouvre déjà la cime du mont Fuji. Il marche seul sur les rives du lac Kawaguchi. La lune s’y reflète, ronde et froide, comme un œil ancien qui le regarde. Même les roseaux se taisent. Le souffle de l’éternité passe entre les pierres.

Ombre du Fuji
La lune d'automne tremble
Dans une onde claire

 
Tanka sur le mont Fuji
 

Tant de voyageurs
Ont laissé leurs pas là-haut
Et pourtant toujours
Le sommet reste lointain
Un silence de nuage

 

Des vents violents
Fouettent les pins en contrebas
Lui reste impassible
Fuji San garde les cieux
Au creux de sa solitude

 

Sous le grand Fuji
Un sanctuaire caché
Entre deux cyprès
Le dieu de la montagne
N’a pas besoin d’encensoir

 

Philémon

 


​​​​

Fuji San et marais , estampe de Utagawa Hiroshige

Fuji San et marais , estampe de Utagawa Hiroshige

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FÊTE DE LA MONTAGNE AU JAPON

12 Août 2025, 13:23pm

vue du lac de Hakone, estampe de Utagawa Hiroshige

vue du lac de Hakone, estampe de Utagawa Hiroshige

Tateyama dans la province d'Etchu, estampe de Utagawa Hiroshige

Tateyama dans la province d'Etchu, estampe de Utagawa Hiroshige

Il existe une profonde vénération et un lien spirituel avec la nature au Japon grâce à la religion Shintō, qui met l’accent sur le pouvoir et la divinité de la nature. Les esprits, ou kami prennent la forme d’objets présents dans la nature comme les montagnes, les arbres, les rivières, etc.

Trois montagnes sont considérées comme les montagnes les plus sacrées du Japon :

le mont Fuji,

le mont Haku (Hakusan

et le mont Tate (Tateyama ).

Ensemble, ils sont connus sous le nom de Sanreizan , ou les Trois Monts Saints et sont censés posséder des pouvoirs spirituels.

En plus d’être un symbole du Japon, le Mont Fuji est un point de rassemblement pour les esprits des ancêtres.

La principale divinité associée au Mt Fuji est la déesse Shintō Konohana Sakura Hime, la déesse des arbres en fleurs. « Fuji » est également le mot pour « feu », ainsi le dieu du feu est associé au Mt Fuji et honoré lors d’une cérémonie du feu à la fin de la saison d’escalade de chaque année.

Si le mont Fuji est associé au feu, le mont Haku, situé près de Kanazawa dans la préfecture d’Ishikawa, est vénéré comme le dieu de l’eau. En effet, trois rivières voisines tirent leur eau de cette montagne. L’eau de ces rivières est essentielle pour les agriculteurs locaux.

Le Hakusan, qui signifie montagne blanche, est recouvert de neige pendant la majeure partie de l’année, ce qui en fait une destination populaire pour les skieurs et les snowboardeurs.

Enfin, le Mt Tate est connu comme le lieu où les esprits reviennent. C’était autrefois le lieu d’entraînement des moines bouddhistes, mais c’est aujourd’hui une destination de randonnée populaire, comme ses homologues des montagnes sacrées.

En plus de la randonnée, les gens profitent des « onsen »* lorsqu’ils visitent cette montagne. Elle est également recouverte de neige pendant une grande partie de l’année, ce qui en fait un sommet difficile à escalader la plupart du temps.

*Bassin naturel d’eau de source chaude géothermale utilisé pour les bains publics. Cette pratique culturelle est renommée pour purifier le corps et l’esprit et soigner quelques douleurs.

Chaque année, le 11 août, on célèbre la Journée de la montagne, ou « Yama no Hi » au Japon. Il s’agit du plus récent jour férié du pays, promulgué en 2014 dans l’intention d’encourager les gens à rendre hommage aux montagnes et à en apprécier les bénédictions.

Il ne faut pas s’étonner qu’il existe au Japon un jour férié célébrant les montagnes. Plus de 70 % du pays est montagneux et le plus haut sommet, le Mont Fuji (Fujisan,) à 3 775 mètres, est l’une des montagnes les plus célèbres au monde.

Traditionnellement, les montagnes ont une grande signification spirituelle dans la culture japonaise et elles sont souvent vénérées en tant que lieux sacrés. Cela prend tout son sens quand on pense à la relation forte que la religion Shintō entretient avec la nature.

Le Club alpin japonais et d’autres amateurs de randonnée, de trekking et de ski ont plaidé en faveur d’un jour férié pour célébrer les paysages montagneux du pays. La loi instituant la Journée de la montagne a été promulguée en 2014 et appliquée pour la première fois en 2016.

 

On dit que le 11 août a été choisi parce que le kanji** pour « huit » () ressemble à une montagne et que le chiffre 11 ressemble à deux arbres.

** idéogramme qui a un sens propre et qui est d’origine chinoise.

Le mont Asuka à Edo, ce parc existe encore aujourd'hui à Tokyo. Estampe de Utagawa Hiroshige

Le mont Asuka à Edo, ce parc existe encore aujourd'hui à Tokyo. Estampe de Utagawa Hiroshige

Poésie composée par Philémon :

Tanka sur la montagne au Japon

 

Sentier escarpé
Des pas gravent dans la roche
Un chant éphémère
Au sommet l’aube s’enflamme
Sur la mer de nuages

  1.  

Sous le torii rouge
La montagne s’incline
Dans le soir tombant
L’encens danse avec le vent
Les dieux murmurent leurs vœux

  1.  

Pluie sur les mousses
Le temple en bois centenaire
S’imbibe de paix
Un moine passe en silence
Écho d’un monde ancien

 

Sur le Mont Koya
Des tombes sous les cyprès
Et mille légendes
Un moine trace un kanji
Dans la terre humide et froide

  1.  

Nuit sans un murmure
Seule la lune s’attarde
Sur le vieux sommet
Un loup rôde sous la brume
Gardien des âmes errantes

 

Haïbun sur la montagne

 

La brume et le torii

 

L’ascension fut longue. Le sentier serpente entre des cèdres centenaires, et chaque pas le rapproche du sommet. Là-haut, un torii vermillon se dresse, embrassé par la brume. Il s’arrête. Tout autour, la montagne disparaît dans un voile cotonneux. Juste un instant, il est suspendu entre ciel et terre, comme si le monde des hommes s’effaçait derrière lui.

Torii dans la brume
Un aigle s’élève seul
Vers l’invisible

  1. Philémon

Le col dans la province de Kaï, estampe de Katsushika Okusaï

Le col dans la province de Kaï, estampe de Katsushika Okusaï

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MOINES MARATHONIENS ( suite et fin ) leçons de plénitude

11 Août 2025, 14:24pm

MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude
MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude

38 400 kilomètres sur la voie de l’illumination

Chaque matin, durant 100 jours, les aspirants partent courir et marcher sur 30 kilomètres à travers les montagnes, pour aller prier dans les temples répartis de part et d’autre de la région. Un choix doit se faire le matin du 101e jour : arrêter et entrer dans les ordres, ou continuer le chemin pouvant mener à l’illumination, sur une distance de 38 400 kilomètres et pour une durée de 1 000 jours. 

 

Cette pratique s’étale sur sept ans. Elle est divisée en plusieurs sections de 100 jours. Les jours de repos sont consacrés à la méditation, à l’apprentissage de la calligraphie et à la réalisation des tâches monacales habituelles. Mis à part les chants et les prières devant être effectués à chaque temple situé sur une route définie, d’autres règles sont à respecter : il est interdit de s’arrêter pour boire ou se rafraîchir, de retirer la robe, le chapeau et les sandales de paille qui composent la tenue, et il n’est possible de s’asseoir qu’une fois par jour. Celui qui décide de poursuivre sa route le 101e jour prête un serment faisant de lui un chercheur, et il doit en tant que tel s’engager à un défi supplémentaire : s’il échoue dans sa quête, il devra mettre fin à ses jours. Il n’est donc pas étonnant que seuls 46 moines aient réussi à tenir 1 000 jours.

 

Malgré les épreuves, la récompense est grande pour les persévérants. Toute personne terminant le Kaihogyo, puis qui survit aux neuf jours sans nourriture, sans boisson et sans sommeil (à ne pas négliger), est élevée au statut de Bouddha vivant et est considérée comme un saint pour le restant de ses jours. En poussant leur corps et leur mental jusqu’aux dernières limites des capacités humaines, ces moines ont la réputation d’être en mesure de vivre pleinement l’expérience humaine. Grâce à des exercices physiques extrêmes, à un mental d’acier et à un engagement spirituel sans faille, ils sont parvenus à consacrer corps, esprit et âme à leur dévotion.

A son apogée Enryakuji comptait jusqu'à 3 000 sous-temples et des milliers de moines en résidence.

Le complexe de temples a été détruit par Oda Nobunaga en 1571 pour étouffer le pouvoir des moines guerriers. Il a été reconstruit dans les années qui ont suivi et la plupart des bâtiments actuels datent du XVIIe siècle. Enryakuji a été classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1994. Aujourd'hui, il abrite d'importants biens culturels et continue d'être un centre du bouddhisme Tendai.

Des moines célèbres et la diffusion du bouddhisme depuis le mont Hiei

De nombreux moines célèbres et influents ont étudié et se sont entraînés au temple Enryakuji avant de répandre le bouddhisme et de fonder d'autres sectes importantes. Le mont Hiei a été un centre d'études bouddhistes important qui a façonné le bouddhisme japonais.

Parmi les moines célèbres ayant des liens avec le mont Hiei, on peut citer:

Honen - Fondateur de la secte Jodo (Terre pure)

Shinran - Disciple de Honen qui a fondé la secte Jodo Shinshu

Nichiren - Fondateur de la secte Nichiren

Dogen - Fondateur du zen Soto

Eisai - introduit le zen Rinzai de Chine

 

Tous ces moines ont d'abord été formés à Enryakuji, ce qui démontre le rôle central du mont Hiei dans les études bouddhistes avant que ces personnalités influentes ne diffusent de nouvelles idées à travers le Japon.

 

Le Kaihōgyō : 7 années d’endurance extrême , résumé :


 

Années 1 à 3
  • Chaque jour : 30 km à pied (environ un marathon, sur terrain montagneux)

    Durée : 100 jours consécutifs.

    Objectif : habituer le corps et l’esprit à l’effort, et mémoriser les 250 lieux sacrés du parcours.

Années 4 et 5
  • Distance doublée : 60 km/jour.

    Durée : 200 jours dans l’année (en 2 périodes).

    Épreuve clé en 5ᵉ année : le dōiri

    • 9 jours sans nourriture, eau, sommeil ni repos (ils sont juste assis, priant continuellement).

      Le but est symboliquement de “mourir” au monde profane.

      C’est juste après cette épreuve que le moine est aidé par un pousseur lors des courses.

      • Il est tellement affaibli que le tsukebito le soutient, l’encourage, lui donne le rythme, et peut physiquement le pousser un peu dans les côtes.

    Ce “pousseur” n’est pas là pour courir à leur place, mais pour les maintenir éveillés, leur rappeler le rythme, et parfois même les pousser légèrement dans les montées, car à ce stade l’épuisement est extrême.

     

Année 6
  • Toujours 60 km/jour, sur 100 jours.

    Le moine est désormais très connu sur la montagne, vu comme un ascète presque surhumain.

Année 7
  • Phase finale :

    • 100 jours à 84 km/jour (double marathon quotidien).

      Puis 100 derniers jours à 30 km/jour pour “redescendre” symboliquement.

le pousseur en action

le pousseur en action

le pousseur et son poussoir

le pousseur et son poussoir

MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude
Modèle de sandale

Modèle de sandale

POESIE COMPOSEE PAR Philémon

 

Chaussé de vent pur
Il traverse la brume
Comme un feu paisible
L’éveil a le visage

D’un homme qui s’oublie

  1.  

Nuit sans fond dehors
Mais de la clarté grandit
A l’intérieur de lui-même
Le sentier est lumineux
Que les yeux ne peuvent voir

 

Le souffle du Mont

Le vent est plus qu’un souffle : c’est un maître. Il gifle, il caresse, il rappelle que la nature n’est ni douce, ni cruelle.

Brume sur les pins
L’ombre du moine traverse
Sans troubler le sol
 
Le cercle accompli

Sept ans. Mille jours. Les mêmes chemins. Mais aujourd’hui, tout est neuf. Il a cessé de marcher, et c’est le monde qui avance. Il a atteint l’état sans début ni fin.

Chute de feuilles
Sans regret ni bruit du cœur
Vide plein « d’être »
 
Philémon
En prières

En prières

MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude
MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude
MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude

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Les Moines Marathoniens du Mont Hiei (2ème suite/3)

8 Août 2025, 19:02pm

Les Moines Marathoniens du Mont Hiei   (2ème suite/3)
Les Moines Marathoniens du Mont Hiei   (2ème suite/3)

Le monastère principal où résident les moines marathoniens est le :

Enryaku-ji

C’est le siège du bouddhisme Tendai au Japon, fondé en 788 par le moine Saichō

Le complexe d'Enryaku-ji est vaste, composé de plusieurs pavillons, temples secondaires, et lieux de retraite, répartis sur les flancs du mont Hiei.

Altitude du mont Hiei
  • Mont Hiei culmine à environ 848 mètres d’altitude.
    Il marque la frontière entre les préfectures de
    Kyoto et Shiga.

La méditation extrême de 9 jours sans nourriture, eau, sommeil ni repos s'appelle le :

Doiri , parfois orthographié Dōiri
  • Littéralement, cela signifie « entrer dans le hall ».

  • Le lieu où se déroule cette épreuve est appelé Myōō-dō , soit le hall du Roi de Sagesse, situé dans l’enceinte du complexe du Enryaku-ji.

Pendant le Doiri, le moine reste dans ce local sous la surveillance constante de deux assistants, récitant continuellement le mantra du Fudō Myōō, divinité protectrice et immobile du feu et de la détermination.

 

Le moine marathonien est une figure emblématique des marathoniens du mont Hiei, au Japon. Ces moines bouddhistes, appelés gyōja ou plus précisément kaihōgyō, accomplissent un pèlerinage extrêmement rigoureux autour du mont Hiei, près de Kyoto, sur plusieurs années, en marchant jusqu’à 84 km par jour, parfois pendant 1000 jours. Leur tenue est à la fois simple, traditionnelle et hautement symbolique.

Tenue du moine marathonien :
  1. Kimono blanc (hakui) :

    • Couleur de la pureté… mais aussi du deuil. En effet, le blanc est la couleur des linceuls au Japon traditionnel : ce kimono rappelle donc que le moine accepte la possibilité de mourir pendant le kaihōgyō.

      Ce vêtement ample favorise une bonne liberté de mouvement, tout en respectant les codes de la tradition bouddhiste.

    Couvre-chef (tokin) :

    • Petit chapeau noir ou blanc en forme de boîte ou de carré, parfois orné d’un symbole religieux.

      Il protège symboliquement l’esprit et rappelle l’engagement spirituel du moine.

    Cape ou manteau (kesa) :

    • Parfois portée en plus du kimono, notamment par temps plus frais ou pluvieux.

      C’est le vêtement liturgique des moines, porté en bandoulière.

    Bâton de marche (kongō-zue) :

    • Représente le Bouddha ou le maître spirituel.

      Sert de soutien physique mais aussi spirituel pendant la marche.

      En cas de chute ou de découragement, le moine s’adresse parfois à son bâton comme à un guide.

Les "chaussures de marche" du moine marathonien :

Ce sont loin d’être des chaussures modernes de trail ou de running. Les moines portent des zōri ou waraji, des sandales traditionnelles faites de paille de riz (wara) ou parfois de corde.

Description :
  • Matériau : corde végétale tressée (paille de riz ou de chanvre).

    Forme : semelle plate, sans support orthopédique, nouée aux pieds avec des cordelettes.

    Tenue au pied : les sandales sont attachées avec des liens qui passent entre les orteils et autour de la cheville.

    Poids : très légères.

    Protection : minimale. Elles laissent les pieds exposés aux cailloux, à l’humidité, au froid.

Particularités :
  • Le moine en use plusieurs paires par an car elles s’usent vite, surtout avec de telles distances.

    L’absence d’amorti moderne ou de semelle épaisse oblige une démarche très attentive, posée, fluide , ce qui correspond bien à l’esprit méditatif de leur marche.

    Leur fragilité rappelle aussi la précarité du corps, la nature éphémère de toute chose (impermanence, ou mujō en japonais).

     

Un moine marathonien (kaihōgyō) du mont Hiei use environ 4 à 5 paires de sandales par mois, ce qui représente environ 50 à 60 paires de sandales par an.

Détails :
  • Les sandales en paille (waraji) sont très peu durables : elles s'usent vite à cause des longues distances (jusqu’à 84 km/jour) et des terrains accidentés du mont Hiei.

    Les moines doivent parfois changer de paire en cours de journée s’il pleut ou si le terrain est particulièrement abrasif.

    Sur l’ensemble d’un kaihōgyō de 1000 jours (répartis sur 7 ans), un moine peut utiliser plus de 300 paires de sandales.

  •  

POESIE COMPOSEE PAR Philémon

 

 

Huit cents nuits froides
A gravir le même flanc
Toujours différent
La montagne enseigne
L’abandon de l’illusion

  1.  

Un pas, puis un pas
Sans regard vers la cime
Ni vers la vallée
Seule compte la vraie voie
Qui consume les formes

  1.  

Chapelets battants
Contre la poitrine nue
D’un cœur incanté
La forêt le reconnaît
Ce rythme du silence

 

 

Au bord de l'effort
Le moine danse immobile
Dans sa fatigue
Le temps devient labyrinthe
Où se perd enfin l’ego

 

L’épreuve du non-retour

Il a atteint ce point : où l'on doit mourir ou s’éveiller. Il prie, mais non pour la vie mais pour la vérité intrinsèque.

Fil de cloche ténu
Le bâton à son côté
Tranche l’illusion
 
Philémon
Les Moines Marathoniens du Mont Hiei   (2ème suite/3)
Les Moines Marathoniens du Mont Hiei   (2ème suite/3)

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Les Moines Marathoniens du Mont Hiei : L’Ultime Quête de l’Éveil

5 Août 2025, 08:16am

Les Moines Marathoniens du Mont Hiei : L’Ultime Quête de l’Éveil
Les Moines Marathoniens du Mont Hiei : L’Ultime Quête de l’Éveil

Perché au nord-est de Kyoto, le mont Hiei est un lieu sacré, enveloppé de brumes, de forêts épaisses et de silence. C’est ici que réside l’un des ordres bouddhistes les plus énigmatiques du Japon : les moines marathoniens, ou plus précisément, les moines du kaihōgyō, une discipline issue de la tradition Tendai.

Il s’agit d’une pratique religieuse où la foi se mesure en pas, en souffrance, en endurance quasi surhumaine. Les moines du mont Hiei courent non pas pour la gloire, mais pour le salut qui est devenue une une tradition millénaire.

Le mont Hiei est depuis le IXe siècle le berceau du bouddhisme Tendai, importé de Chine par le moine Saichō. Dans cette tradition, le corps n’est pas un obstacle à la spiritualité, mais un outil à transcender. Ainsi naquit, au fil des siècles, une forme extrême de pratique ascétique : le kaihōgyō.

Ce mot signifie littéralement « la pratique du circuit libérateur ». Il s’agit d’un pèlerinage intérieur autant qu’extérieur, consistant à parcourir à pied des distances gigantesques autour du mont Hiei, tout en observant vœux, rituels et méditation. Ces hommes ne sont pas des coureurs au sens moderne du terme. Ce sont des moines guerriers de l’âme, des marathoniens de l’esprit.

Au sommet de cette pratique se trouve le Sennichi Kaihōgyō, ou "pratique de mille jours". Ce parcours initiatique, qui s’étale sur sept ans, impose aux moines une routine quotidienne que peu d’humains oseraient tenter :

  • 1 000 jours de marche répartis sur 7 ans.

    Jusqu’à 84 km par jour, pendant 100 jours consécutifs, sans interruption, qu’il pleuve, qu’il neige ou que le soleil accable de chaleur.

    Des parcours escarpés, boisés, dangereux, de nuit comme de jour.

    En sandales de paille.

Et ce n’est pas tout. À la sixième année, le moine doit entreprendre une épreuve ultime : ne pas boire, ne pas manger, ne pas dormir et ne pas s’allonger pendant neuf jours. Il reste assis, immobile, en méditation, récitant continuellement des mantras. Deux assistants veillent sur lui, car la mort n’est pas rare.

À chaque étape, les moines prient, méditent, chantent des sutras, rendent hommage aux lieux sacrés. Ce n’est pas une course : c’est une traversée de l’impermanence, une marche vers l’éveil.

La question résonne naturellement : pourquoi infliger de telles souffrances ? La réponse est aussi simple que vertigineuse : atteindre la bouddhéité de son vivant.

Dans la tradition Tendai, le kaihōgyō est une forme de purification radicale. Chaque pas est un abandon de l’ego, un dépouillement des illusions. À travers la douleur, le doute, l’épuisement, le moine s’approche de l’essence du bouddhisme : la vacuité, l’interdépendance, la compassion universelle.

Mais c’est aussi une offrande pour les autres. Les moines ne courent pas seulement pour eux : ils courent pour alléger la souffrance du monde. Leur pénitence est un acte d’amour.

Ce chemin n’est pas sans risque. Dans les temps anciens, les moines devaient emporter avec eux une corde et un couteau. En cas d’échec — s’ils ne pouvaient pas terminer leur marche — ils devaient se donner la mort, car briser un vœu aussi sacré était considéré comme une faute cosmique.

Aujourd’hui, cette obligation n’est plus pratiquée, mais l’esprit de dévotion totale reste intact.

Depuis plus de 100 ans, moins de 50 moines ont accompli le sennichi kaihōgyō. Ce chiffre témoigne non seulement de la difficulté de l’épreuve, mais aussi de sa pureté : rien ici n’est pour la performance. Aucun record à battre, aucune médaille à accrocher.

Parmi les plus célèbres, Yūsai Sakai, qui termina sa pratique à 60 ans passés, pour la seconde fois,  le 12 mai 1992,  ou Genshin Fujinami alors âgé de 44 ans qui termina le 28 septembre 2003 et  dont les traits étaient décrits comme "lumineux comme la lune" à la fin de sa marche.

Ce sont les héritiers d’un Monde Silencieux.

 

Dans un Japon hypermoderne, bruyant, pressé, les moines marathoniens incarnent un contrepoint radical. Ils rappellent que le progrès n’est pas toujours dans la vitesse, mais parfois dans l’arrêt. Que l’exploit véritable n’est pas visible sur un écran, mais dans les replis invisibles de l’âme.

Le mont Hiei reste leur sanctuaire, leur terrain d’entraînement, leur temple. Là-haut, dans le vent et les chants d’oiseaux, résonnent encore les pas silencieux de ceux qui cherchent l’Éveil... en courant.

Les moines marathoniens du mont Hiei ne sont pas des athlètes. Ils sont des alchimistes spirituels, transformant la souffrance en paix, la sueur en prière, les kilomètres en éveil. À travers leur marche, c’est toute l’humanité qu’ils honorent.

Et pendant qu’en bas la ville s’agite, là-haut, dans les forêts sacrées, un homme marche. Et prie. Encore et encore.

 

POESIE COMPOSEE PAR Philémon

Le sentier du silence vers la liberté

 

Cordes aux chevilles
Le moine fend la rosée
Des mille matins
Chaque pierre sous ses pieds
Est un mot de son sutra

  1.  

Mont Hiei s’éveille
A la flamme du mental
Inextinguible
La boucle intérieure
Commence dans le vide

 

Silence du sentier
Le battement d’un seul pas
Brise l’aube en deux
Le souffle et la prière
Ne font plus qu’un dans l’ombre

 

Le premier pas

Au pied du mont, la brume colle aux paupières. Il n’y a pas de début, seulement le silence avant le silence.

Matin de rosée
L’herbe plie sous la sandale
Et se relève
 
Le feu intérieur

Le moine ne court pas pour arriver. Chaque pas est un monde, une offrande au vide. Mille jours et pourtant, toujours ici.

Flamme dans la gorge
Réciter en avançant
Jusqu’à disparaître
 
Philémon
Les Moines Marathoniens du Mont Hiei : L’Ultime Quête de l’Éveil
Les Moines Marathoniens du Mont Hiei : L’Ultime Quête de l’Éveil

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