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Poésie Japonaise

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU (1ère partie)

12 Juillet 2026, 10:25am

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU  (1ère partie)
CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU  (1ère partie)
Murasaki Shikibu : la dame qui donna une âme à la littérature japonaise

 

Au tournant du XIᵉ siècle, alors que l'Europe bâtit ses cathédrales romanes et que les chevaliers commencent à peupler les chansons de geste, le Japon vit l'un des âges les plus raffinés de son histoire.

À Heian-kyō, l'actuelle Kyoto, la capitale impériale est un monde clos où les saisons, les parfums, les étoffes et les poèmes règlent le rythme de la vie. C'est dans cet univers d'une élégance presque irréelle qu'apparaît une femme dont le nom traversera les siècles : Murasaki Shikibu.

Son véritable nom demeure inconnu. Comme beaucoup de dames de la cour, elle est désignée par un surnom. « Murasaki » qui est emprunté à l'une des héroïnes de son roman, tandis que « Shikibu » rappelle la fonction occupée par un membre de sa famille au ministère des Cérémonies.

Elle naît vers 973 dans une branche secondaire du puissant clan Fujiwara. Son père, Fujiwara no Tametoki, est un lettré renommé, passionné de littérature chinoise.

À une époque où l'étude des classiques chinois est presque exclusivement réservée aux hommes, il remarque très tôt l'intelligence exceptionnelle de sa fille.

Un jour, dit-on, tandis qu'il enseigne les textes chinois à son fils, la jeune enfant retient les leçons avec une facilité déconcertante. Son père laisse alors échapper un soupir devenu célèbre :

« Ah ! Si seulement tu étais née garçon... »

Cette remarque, souvent citée, témoigne moins d'un regret que des limites imposées aux femmes de son époque. Pourtant, ces limites n'empêcheront jamais Murasaki d'apprendre.

Elle grandit entourée de poésie, de musique, de calligraphie et de littérature. Elle maîtrise les kana, l'écriture japonaise utilisée par les femmes, mais comprend également les caractères chinois, savoir rare qui nourrira toute son œuvre.

Vers l'âge de vingt-cinq ans, elle épouse Fujiwara no Nobutaka, un noble plus âgé qu'elle. Leur bonheur est de courte durée. Deux ans après leur mariage, son mari meurt, la laissant veuve avec une petite fille.

Ce deuil marque profondément sa personnalité. Les textes qu'elle écrira plus tard portent l'empreinte constante de l'impermanence, cette conscience que toute beauté est appelée à disparaître.

Sa réputation de femme cultivée attire bientôt l'attention de la cour impériale. Elle devient dame de compagnie de l'impératrice Fujiwara no Shōshi, fille du tout-puissant Fujiwara no Michinaga.

Le palais est alors le cœur intellectuel du Japon.

Les dames échangent des poèmes comme d'autres échangent aujourd'hui des messages.

Un éventail décoré, une branche de prunier ou une feuille d'érable accompagnent souvent quelques vers qui peuvent décider d'une amitié, d'une réconciliation ou d'un amour.

Murasaki observe tout :

Les rivalités, les ambitions, les intrigues politiques., les passions secrètes, les jalousies, les cérémonies, les naissances et les décès.

Elle note les gestes, les silences, les regards derrière les paravents.

Toute cette matière deviendra bientôt un monument littéraire.

C'est probablement entre 1001 et 1012 qu'elle compose progressivement Le Dit du Genji (Genji Monogatari).

L'œuvre circule d'abord sous forme de chapitres copiés à la main. Chaque nouveau récit est attendu avec impatience par les dames de la cour.

Jamais encore un écrivain n'avait exploré avec une telle finesse les sentiments humains.

Le héros, le prince Hikaru Genji, est d'une beauté presque surnaturelle. Fils d'empereur écarté de la succession, il traverse les splendeurs et les drames de la cour impériale.

Autour de lui gravitent des dizaines de personnages dont chacun possède une psychologie complexe :

Amours impossibles, jalousies, mariages politiques, espoirs,vieillesse, perte des êtres chers.

Tout est raconté avec une délicatesse extraordinaire.

Mais le véritable sujet du roman est peut-être ailleurs.

À travers Genji, Murasaki décrit la fragilité de toute existence :

La jeunesse passe.

Les fleurs tombent.

Les palais changent de maîtres.

Les enfants deviennent adultes.

Les passions les plus ardentes finissent par s'éteindre.

Cette vision annonce déjà la sensibilité bouddhique qui marquera la littérature japonaise pendant des siècles.

Le roman compte cinquante-quatre chapitres et près de quatre cents personnages.

Il est souvent considéré comme le premier grand roman psychologique de l'histoire mondiale.

Contrairement aux récits héroïques de nombreuses civilisations, il ne glorifie ni les batailles ni les conquêtes.

Il s'intéresse au cœur humain.

À la nuance.

Aux émotions.

À ce qui demeure invisible.

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU  (1ère partie)

Poésie par Philémon

 

 

Rideau de bambou
une cithare répond
au chant des grillons
Dans la chambre du palais
l'automne ferme les yeux

 

Brume sur l'étang 
Murasaki sourit peu
l'encre est son miroir
Les femmes parlent plus bas
que les feuilles du saule

 

Sous la pleine lune
les éventails refermés
gardent les secrets.
Le Dit du Genji demeure
comme un parfum dans la nuit.

 

Le chant du coucou
éveille les souvenirs
du palais ancien
Chaque amour naît pour mourir
chaque vers pour le sauver

 

Rosée du matin
sur les manches de soie grise,
rien ne dure ici.
Même le Prince resplendit
comme un reflet sur l'eau.

 

Dernière bougie
Murasaki pose enfin
son pinceau d'hiver
Dans le souffle de l'aurore
Genji continue son rêve

 

Les pages du palais

 

Le palais s'éveille avant les hommes. Les dames de cour échangent des poèmes comme d'autres offriraient des fleurs. Au fond d'une galerie, Murasaki Shikibu observe les gestes minuscules qui deviennent destin. Elle comprend déjà que le véritable royaume n'est pas celui des empereurs mais celui de la mémoire. Ainsi naît peu à peu Le Dit du Genji, où chaque émotion survit davantage que les fastes de la cour.

Brume sur les stores
une plume suit la pluie
c’est l'aube sans bruit.

 

Le parfum des manches

 

Dans le Genji, un parfum suffit à rappeler une présence disparue. Les vêtements parlent, les couleurs murmurent, les saisons deviennent des messagères. Rien n'est jamais tout à fait perdu tant qu'un souvenir peut renaître d'une senteur ou d'une branche en fleurs.

Vent de printemps
une manche oubliée danse
parmi les cerisiers.

 

L'impermanence

 

Le Prince Genji croit parfois retenir le bonheur. Pourtant, les jardins changent avant lui. Les fleurs tombent sans regret et les chants s'éloignent. Murasaki Shikibu n'enseigne pas le désespoir ; elle montre simplement que la beauté est inséparable de son effacement.

Pétales au vent
le miroir garde un visage
déjà lointain.

 

L'encre

 

Chaque trait de pinceau ressemble à une respiration. L'écriture ne cherche pas à vaincre le temps ; elle lui offre seulement un refuge. Voilà pourquoi le Dit du Genji continue de parler à ceux qui ouvrent ses pages mille ans plus tard.

Sous la lampe
l'encre devient rivière
vers le silence.

CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU  (1ère partie)
CHRONIQUE SUR MURASAKI SHIKIBU  (1ère partie)
Commenter cet article
E
Bonjour Philémon. Bel hommage à cette femme cultivée et jolis poèmes. Bon dimanche
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Son nom et son œuvre méritaient d'être portés à notre connaissance afin de ne pas tomber dans les oubliettes.<br /> <br /> Bon courage à toi, Brigitte, face au déchaînement de l'extrême.
G
Une femme qui a su faire fi de sa condition de femme pour nous donner une étude magistrale de la vie à son époque. Une vision des sentiments, des intrigues, des passions que seule une femme pouvait donner.<br /> Je ne la connaissais pas, ce qu'elle a écrit doit être passionnant !
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Son regard sur la psychologie, la fugacité du temps et la beauté éphémère continue de parler aux lecteurs que nous sommes, un millier d'années plus loin.<br /> <br /> Marie-Thérèse j'apprécie tes commentaires et ta venue.<br /> <br /> A la fin de la seconde partie que je vais publier tu y trouveras les renseignements pour la lecture de son roman en Français.<br /> <br /> Belle fin de semaine.
B
Quelle femme exceptionnelle.<br /> Tu nous l'as superbement présentée avec tes mots si poétiques et tes jolies illustrations.<br /> Un bonheur de découvrir Murasaki<br /> Je te souhaite une belle journée... C'est orageux à Guéret... On va avoir moins chaud... Et on attend la pluie<br /> Je t'embrasse cher Philémon<br /> Amitiés.
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Suite....<br /> <br /> et te permettre de souffler un peu pour faciliter tes déplacements.<br /> <br /> Je t'embrasse chère Béa.<br /> <br /> Amitiés.
Cette femme était douée pour les études littéraires mais surtout pour l'étude de la psychologie humaine de son milieu social privilégié ce qui rend son oeuvre très intéressante.<br /> <br /> Je salue la pause intempéries sur ton territoire qui va adoucir tes journées
P
Je découvre cette femme extraordinaire hors du temps. Elle porte l'humanité en elle. Elle sait les joies, les peines, les désespoirs de l'homme. Non seulement parce qu'elle les a vécu mais par ce qu'on appelle aujourd'hui l'empathie. Toute entière tournée vers l'humain elle a porté sa parole et ses sentiments. J'espère qu'elle est publiée en France. J'ai très envie de la découvrir à travers ses écrits. <br /> Bonne semaine Philémon
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Je viens de retrouver une trace de son roman en Français, sous le titre:<br /> LE DIT DU GENJI , édition VERDIER, traduit du japonais par le remarquable professeur René Sieffert<br /> 1472 pages, paru en mai 2011 au prix de 60€.<br /> <br /> Bonne chance et peut-être bonne lecture, Brigitte.
Il y a eu une traduction complète de son oeuvre, en Grande Bretagne, réalisée par le Yamato logue A.WALEY, en sis volumes, entre 1925 et 1933 qui suscita un grand nombre de commentaires favorables, rendant justice aux dons de l'auteure et au fruit de son ingéniosité.<br /> <br /> C'est tout ce que je peux te donner comme infos. Le peu que j'en ai lu en Anglais est passionnant.<br /> <br /> Par ailleurs, je te conseille de regarder et peut-être de publier une chronique sur un peintre actuel Chinois au style hyper réaliste dont les tableaux sont comparables à des photographies, stupéfiant ! Son nom est LENG JUN.<br /> <br /> Belle semaine à toi, Brigitte et merci pour tes commentaires toujours pertinents.
M
Quelle femme extraordinaire ! Il faut toujours quelques femmes exceptionnelles pour montrer, dans un monde d'hommes, combien elles sont nécessaires. Ce "roman-fondateur" semble en effet plein de qualités. Et en tous cas, tes poèmes sont toujours d'une grande beauté, très expressifs et inspirants. Un bel hommage.
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Merci Martine pour tes commentaires si justes.<br /> <br /> Passe une belle semaine en surmontant les vagues de chaleur le mieux possible.
J
Un personnage que je découvre, très intéressant d'ailleurs, merci Philémon, amitiés jill
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Cette auteur est très peu connue en France et bien que cela remonte à plus de mille ans, elle fut la première femme à publier un roman au monde, cela valait la peine de le souligner.<br /> <br /> Merci Fabienne pour ta sympathique visite. Bien amicalement.
T
Bonjour Phil.<br /> Encore de bien belles poésies. ta plume est vraiment magnifique.<br /> Bon dimanche.
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Merci Marie-Ange, j'apprécie tes commentaires qui me touchent sincèrement.<br /> <br /> Belle journée dominicale