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Poésie Japonaise

POÉSIE AUTOMNALE

18 Novembre 2025, 16:40pm

Averse au bord du lac, estampe de Kawase Asui, 1932

Averse au bord du lac, estampe de Kawase Asui, 1932

Poèmes par Philémon

 

 

Un pont vermillon
Sur l’eau douce du torrent
Flottent des érables
Son ombre se dissout
Dans l’ardeur des couleurs

  1.  

Au temple vide
Le son des gongs résonne
Loin dans la vallée
L’automne se recueille

En silence mordoré

 

Le ginkgo doré
Éclaire la ruelle
Comme un soleil
Qui décline sans regret
Dans l’air léger de Kyoto

 

Le gong du soir

À la tombée du jour, il s’arrête devant un temple. Le moine frappe le gong, et le son se propage comme une onde dans la vallée. Les montagnes répondent d’un silence profond. Dans la lumière déclinante, il comprend alors que l’automne n’est pas seulement de la couleur, mais aussi de l’effacement.

A l’ombre des pins
Le parfum de sésame
S’échappe du feu

Calendrier 2025 du rougissement des érables

Calendrier 2025 du rougissement des érables

POÉSIE AUTOMNALE

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ODE A L ‘AUTOMNE DU JAPON

10 Novembre 2025, 09:42am

Deux femmes dans le vent d'automne, estampe de Suzuki Harunobu

Deux femmes dans le vent d'automne, estampe de Suzuki Harunobu

Chaque année , le service météorologique japonais publie des calendriers pour permettre au public d’assister aux changements de couleurs du feuillage de certains arbres : érables et ginkgos, sur les quatre grandes îles de l’archipel.

 

        Ryokô wo tanoshindekudasai (Bon voyage) !

 

ODE A L ‘AUTOMNE DU JAPON

ODE D'AUTOMNE :

 

Hokkaidō :

Le souffle du nord
Déjà, les vents descendent des monts Daisetsu,
et la brume effleure les lacs comme un voile ancien.
Les érables s’embrasent, rouges de pudeur,
tandis que les grues s’élancent vers les ciels d’hiver.
Ô île du nord, ton automne a la saveur du silence,
où chaque feuille tombée murmure :
shizuka ni :
doucement, le monde se prépare au sommeil.


 

Honshū

Le cœur battant des saisons
Sous les torii de Kyoto, les feuillages flamboient
comme des lanternes suspendues dans l’air limpide.
Les rizières dorées s’inclinent en offrande,
et le Fuji, couronné de givre, contemple son royaume.
Sur les chemins de Nikkō, les moines prient,
leurs pas mêlés au craquement des feuilles.
L’automne ici est un poème calligraphié
par le vent sur la peau du temps.


 

Shikoku

L’île des pèlerins et des rivières
Les sentiers du henro serpentent entre les érables,
et les temples s’illuminent d’un feu paisible.
Le murmure des torrents répond au chant des gongs

et les mandariniers s’inclinent sous leurs fruits d’or.
Shikoku, douce gardienne du sud,
ton automne est un repos d’âme,
une offrande de lumière sur la pierre mouillée.


 

Kyūshū

Le crépuscule parfumé
Des vapeurs d’onsen montent dans l’air du soir,
mêlant la chaleur du soufre à celle du souvenir.
Les camélias s’inclinent devant les sanctuaires,
et les cigales d’automne fredonnent leur dernière prière.
Ici, la terre fume encore, vivante et calme,
et le ciel se teinte de cuivre au-dessus des volcans.
Kyūshū, île du feu et de la brume,
ton automne est une promesse : celle du renouveau.


 

Ainsi le Japon s’incline, quatre fois, sous la même saison.
De l’aube boréale au crépuscule des îles du sud,
chaque feuille qui tombe est un haïku du temps
éphémère, parfait, et infiniment doux.


 

ODE A L ‘AUTOMNE DU JAPON
ODE A L ‘AUTOMNE DU JAPON

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LÉGENDE ASIATIQUE DE LA TISSERANDE ET DU BOUVIER 3/3

5 Novembre 2025, 19:52pm

LÉGENDE  ASIATIQUE DE LA TISSERANDE ET DU BOUVIER     3/3

Plus loin encore, là où le soleil se lève sur les bambous et les lucioles, le Japon fit de cette histoire une fête de vœux et d’espérance : TANABATA.


C’est la même rivière, les mêmes étoiles, mais un autre rêve.

La Tisserande et le Berger des Étoiles , version japonaise:

 

Au bord de la Voie lactée, la princesse céleste Orihime tissait chaque jour des tissus si fins qu’ils faisaient scintiller les nuages.


Son père, le dieu Tentei, admirait son talent, mais s’attristait de la voir seule.
Il décida donc de la présenter à
Hikoboshi, le berger des étoiles, gardien des bœufs célestes.

Ils se virent, s’aimèrent, et ne se quittèrent plus, mais dans leur bonheur, ils oublièrent leurs devoirs :
les bœufs s’égarèrent, et plus aucun tissu ne fut tissé et même le ciel s’assombrit.


Tentei, en colère, traça entre eux une rivière de lumière : la Voie lactée.
Orihime, inconsolable, supplia son père.


Alors, touché par sa peine, il accorda sa grâce :

« Vous vous reverrez une fois l’an, si le ciel reste clair. »

Chaque septième jour du septième mois, les étoiles Véga et Altaïr s’approchent, et si le ciel n’est pas couvert, elles se rejoignent sur un pont d’oiseaux.


Les hommes, en bas, célèbrent ce jour sous le nom de Tanabata

.
Ils écrivent leurs vœux sur de petits papiers colorés : les
tanzaku , qu’ils suspendent aux branches de bambou.


Car si les amants célestes se retrouvent, peut-être que les vœux des humains, eux aussi, franchiront la rivière du Ciel ?

Épilogue :

Sous le même ciel

Trois nations, trois langues, mais un seul récit :
celui de deux êtres séparés par le destin, unis par le ciel, et par l’amour plus fort que la distance.

 

En Chine, ils sont Niulang et Zhinu, fidèles malgré l’interdit.


En Corée, Gyeonwu et Jiknyeo, rappelés à l’ordre par le devoir.


Au Japon, Hikoboshi et Orihime, porteurs d’espérance et de vœux.


 

Et chaque année, lorsque les étoiles Véga et Altaïr s’approchent, le monde entier peut lever les yeux vers la Voie lactée et murmurer :

« Que les amants se retrouvent… et que nos vœux traversent le ciel. »
 
Ainsi se termine l’exposé de cette légende vue par trois pays d’Asie et réunies ensemble pour la première fois sur du vélin.

 
 
LÉGENDE  ASIATIQUE DE LA TISSERANDE ET DU BOUVIER     3/3
POÉSIE PAR PHILÉMON
Tankas

Tanabata

Sous le bambou vert
Des vœux dansent au vent léger
Orihime rêve
Altaïr lui répond aimant
Sur la rivière d’argent

  1.  

Fil de soie et pluie
Deux étoiles se frôlant
Un pont de silence
Oiseaux et brume unis
Sous le souffle du destin

  1.  

La nuit étoilée
Les lanternes dans le vent.
Un vœu suspendu
“Puissent nos cœurs se revoir
Avant que passe la pluie”

  1.  

Le métier s’endort
Les bœufs lèvent leurs cornes
Sur la voie lactée
Leurs cris tissent une nuit
Que même Dieu n’efface

 

Haibun

 

Tanzaku*
Les papiers de couleur frémissent sous la brise. Les enfants y ont écrit leurs rêves, les amants leurs espoirs. Orihime regarde, de là-haut. Elle lit les mots, tous semblables : « Revois-le ». Alors elle sourit, et la pluie s’arrête.

bambou ployant
un vœu s’accroche au vent
avant la rosée
 
*bande de papier coloré où les gens écrivent leurs souhaits :
Les couleurs du tanzaku ont des significations spécifiques :

Rouge: représente le bonheur et la bonne fortune.

Bleu: symbolise la paix et la tranquillité.

Jaune: représente la richesse et la prospérité.

Blanc: signifie la pureté et les nouveaux départs.

 

 

"Le ciel lumineux"
Les nuages se dispersent : le pont est prêt. Hikoboshi attend, la main tendue. Orihime s’avance, hésitante. Le premier pas sur les plumes du monde. Entre eux, une éternité contenue dans un seul instant.

ciel sans nuage
deux étoiles s’inclinent
et tout se tait
LÉGENDE  ASIATIQUE DE LA TISSERANDE ET DU BOUVIER     3/3
LÉGENDE  ASIATIQUE DE LA TISSERANDE ET DU BOUVIER     3/3

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LA CHÂTAIGNE AU JAPON 2/2

2 Novembre 2025, 19:16pm

LA CHÂTAIGNE AU JAPON   2/2

C’est un symbole de l’automne japonais

L’automne (aki,) est associé à la nourriture saisonnière (shun no tabemono).

Les châtaignes sont l’un des emblèmes de cette saison, au même titre que les champignons (matsutake), les patates douces (satsumaimo) et les kakis (kaki).


Elles symbolisent la prospérité, la récolte et la force, car autrefois elles constituaient une source importante d’énergie avant l’hiver.

Mets traditionnels d’automne à base de kuri :

  • Kuri gohan : riz cuit à la vapeur, mélangé à des morceaux de châtaignes cuites — un classique des repas automnaux.

    Kuri kinton : purée sucrée de châtaignes, parfois mélangée à de la patate douce. On la déguste à l’automne mais aussi au Nouvel An pour porter chance.

    Mont Blanc japonais : adaptation du dessert français, très populaire dans les pâtisseries nippones à l’automne.

    Kuri manju : petite pâtisserie wagashi fourrée de pâte de haricot sucré et de châtaigne.

Les châtaignes japonaises (nihon-guri) sont cultivées depuis des siècles.
Les régions réputées incluent :

  • Gunma, Nagano, Kyoto, Ehime, et Kumamoto.


  • Les marchés d’automne et festivals (aki matsuri) proposent souvent des stands où l’on peut acheter ou griller des châtaignes fraîches.

Dans la poésie haïku, la châtaigne (kuri) est un mot de saison (kigo) associé à l’automne, évoquant la simplicité rustique et la chaleur du foyer.


Elle incarne aussi une nostalgie douce pour la campagne japonaise et la transition vers l’hiver.

Aujourd’hui, on trouve du kuri dans toutes sortes de douceurs :

  • Glaces, lattés, dorayaki, et même KitKat aux marrons !


  • Les cafés et depachika (sous-sols gourmets des grands magasins) rivalisent de créativité chaque automne.

Contemplation de la lune d'automne, estampe de Toyohara Chikanobu 1896.

Contemplation de la lune d'automne, estampe de Toyohara Chikanobu 1896.

POÉSIE PAR PHILÉMON

Tanka et haï bun

 

Sous le vieux ponton
L’eau roule des coques vides
Chants de fin d’automne
La châtaigne en se taisant
Offre encor sa douceur brune

  1.  

Un panier de jonc
Emplis de fruits lourds tièdes
Près du temple froid
L’ermite souffle une prière
Dans la vapeur du matin

 

 

Châtaigne tombée
Dans l’ombre du torii rouge
Bruit de fin d’averse
Même la pierre du sanctuaire
Semble sourire un instant

 

 

Les sentiers brûlés
Par les feuilles et le vent
Mènent au foyer
Une vieille femme épluche
Sans hâte la fin du jour

  1.  

Montagne paisible
La marmite frissonne au feu
Châtaignes riz blanc
Un nuage s’étire
Comme un rêve vaporeux

  1.  

Châtaignes grillées
Sur le marché de Kyoto
Odeur d’enfance
Les cigales se sont tues
Le cœur du vieil homme bat encor

 

Devant la maison du potier

Le vieil homme est invité à goûter le riz aux châtaignes, fumant dans un bol d’émail craquelé. Le thé coule, vert et doux. Dans le jardin, les feuilles tombent sans hâte. Le silence a le goût de la gratitude.


Riz et châtaignes
La vapeur s’élève encor
Après les mots tus


 

Sur la route du col d’Arima

Le vent gifle les joues, chargé d’odeurs de mousse et de feu de bois. Dans son sac, quelques châtaignes ramassées, promesse de soupe du soir. Le ciel s’assombrit, bleu profond, presque violet.


Un feu sous la pluie
Les coques marrons luisent
Comme Reine du ciel
​​​​​​​​​​​​​​

LA CHÂTAIGNE AU JAPON   2/2
LA CHÂTAIGNE AU JAPON   2/2

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LE BOUVIER ET LA TISSERANDE CÉLESTE (Gyeonwu wa Jiknyeo) 2/3 Version Coréenne

29 Octobre 2025, 19:30pm

LE BOUVIER ET LA TISSERANDE CÉLESTE   (Gyeonwu wa Jiknyeo)  2/3  Version Coréenne

Cette légende provient de la mythologie chinoise ancienne, probablement issue de traditions orales autour du fleuve céleste (la Voie lactée). Elle est associée à la fête de Qixi célébrée le 7e jour du 7e mois lunaire : souvent appelée le “Saint-Valentin chinois”

 

Mais le Ciel n’a pas qu’un seul langage.


Au-delà de la mer de l’Est, en Corée, les sages ont gardé la même histoire : mais teintée d’une leçon de mesure et de devoir.

Le Bouvier et la Tisserande céleste : version coréenne :

 

Au royaume des nuages vivait Jiknyeo, la fille du Roi du Ciel.
Ses doigts tissaient les habits des dieux, ses fils d’or formaient les brumes de l’aube.


De l’autre côté du fleuve céleste, Gyeonwu, le bouvier des étoiles, gardait les bœufs du firmament.

Un jour, ils se rencontrèrent et tombèrent amoureux.
Leur mariage, d’abord béni par le Roi du Ciel, devint bientôt source de désordre :


Jiknyeo négligea son métier à tisser, Gyeonwu oublia son troupeau.
Les cieux se vidèrent de lumière.

Alors le Roi du Ciel, dans sa colère, les sépara de part et d’autre de la rivière d’argent.
Mais voyant leurs larmes, il eut pitié :

« Si vous accomplissez vos devoirs, vous pourrez vous revoir une fois l’an. »

Chaque année, au septième jour du septième mois, les pies et les corneilles battent des ailes pour former un pont vivant.
Sur ce pont fragile, les deux amants célestes se retrouvent, pleurent, puis se séparent avant l’aube.

Et quand, ce jour-là, une pluie fine tombe sur la terre, les anciens disent :

« Ce sont les larmes du Ciel, les larmes des amants. »

Cette nuit s’appelle Chilseok , la nuit où l’amour et le devoir se rencontrent dans les larmes et les étoiles.

Estampe d'origine Chinoise

Estampe d'origine Chinoise

 

POÉSIE PAR PHILÉMON
 

CORÉE (Gyeonwu wa Jiknyeo)

Tankas

 

Le fil s’est brisé
Le métier reste muet
Les bœufs ont fui loin
Mais les larmes du Ciel chantent
Le nom de Gyeonwu fidèle

  1.  

Jiknyeo tisse encore
Non pour l’ordre du Ciel non
Mais pour son regret
Chaque étoile qu’elle noue
Est un serment oublié

 

Sous la pluie de Chilseok*
La terre garde le silence
Les pies se font pont
Et les amants suspendus
Marchent sur leurs propres larmes

*Festival traditionnel qui a lieu chaque année le 7ème jour du 7ème mois du calendrier lunaire, pour célébrer la réunion du couple céleste Gyeonwu et Jiknyeo, symbolisés par les étoiles Altaïr et Véga.

 

Le Roi des Cieux dort
Mais le vent ne dort jamais
Dans la nuit d’argent
Deux souffles se reconnaissent
Et tout l’univers soupire

 

 

Haïbuns :


 

"Sous l’œil du Roi"
Le ciel est strict, les dieux sévères. Jiknyeo baisse la tête, tisse sans repos. Gyeonwu garde les troupeaux, mais son regard traverse la rivière de lumière. Leurs mains ne se toucheront qu’une fois, et pourtant, ce souvenir suffit à nourrir mille saisons.

pont d’oiseaux
le vent entre deux visages
murmure « encore »

 

"Les larmes du devoir"
Les mortels ne voient qu’une pluie d’été. Mais chaque goutte qui tombe est un mot jamais prononcé, une caresse contenue. Chilseok revient, comme un serment répété. L’amour n’est pas refusé , seulement ajourné.

lune cachée
deux étoiles se cherchent
sans se rejoindre

Philémon
LE BOUVIER ET LA TISSERANDE CÉLESTE   (Gyeonwu wa Jiknyeo)  2/3  Version Coréenne

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LA CHÂTAIGNE AU JAPON 1/2

27 Octobre 2025, 15:51pm

Estampe de Utagawa Hiroshige

Estampe de Utagawa Hiroshige

Les châtaignes sont l’un des plus anciens aliments cultivés au Japon.
Des fouilles archéologiques ont révélé des restes de
kuri* datant de la période Jōmon (environ 10 000 à 300 av. J.-C.).


Les peuples Jōmon les faisaient sécher ou griller pour les conserver tout l’hiver, signe que la châtaigne jouait déjà un rôle vital dans l’alimentation saisonnière.

 

À cette époque, elle n’était pas seulement une denrée : c’était une offrande spirituelle aux divinités de la nature (kami), notamment dans les rituels liés aux récoltes.


La châtaigne, robuste et nutritive, représentait la force vitale offerte par la terre.

*châtaigne

Période classique : symbole d’abondance et d’élégance

Sous les ères Nara (710–794) et Heian (794–1185), la culture des châtaignes se raffine.


Elles apparaissent dans les banquets impériaux et les offrandes aux dieux shintō, notamment pendant les festivals des moissons.


Elles étaient souvent associées à la fertilité et à la prospérité agricole.

Dans la poésie waka et haiku, le kuri évoque la simplicité rustique mais noble de la campagne japonaise, contrastant avec la vie raffinée de la cour.


On y voit l’expression du concept esthétique de wabi-sabi : la beauté dans la modestie, l’imperfection et la nature passagère.

Période féodale : symbole de force et de courage.

Durant les époques Kamakura et Edo, les châtaignes acquièrent une signification martiale.


Elles deviennent un aliment de base pour les soldats samouraïs, car faciles à transporter et énergétiques.


Dans certaines régions, on les offrait aux guerriers avant une bataille en guise de porte-bonheur,  une source de force physique et morale.

De là vient l’expression proverbiale :

 

Kuri wa chie to chikara no moto
 
« La châtaigne est la source de la sagesse et de la force »
 

Dans le calendrier saisonnier japonais, l’automne est la période du "kuri no kisetsu" : la saison des châtaignes.


Elles sont offertes lors des fêtes des récoltes (Niiname-sai, ) et des fêtes locales shintō pour remercier les divinités agricoles.

Le kuri gohan (riz aux châtaignes) n’est pas seulement un plat savoureux : c’est une offrande symbolique exprimant gratitude et harmonie avec la nature.


C’est aussi une manière de marquer le passage du temps, chère à la sensibilité japonaise (mono no aware).

Aujourd’hui encore, manger des châtaignes à l’automne relie les Japonais à leurs racines agricoles et spirituelles.


Même dans les villes, les vitrines de pâtisseries et les depachika regorgent de desserts au kuri, rappelant que la saisonnalité reste un pilier de la culture gastronomique japonaise.

Le kuri kinton (purée sucrée de châtaigne) a également survécu comme aliment porte-bonheur du Nouvel An, symbole de richesse (kin = or) et de prospérité pour l’année à venir.

La châtaigne japonaise n’est pas qu’un fruit d’automne :
c’est une
trace vivante de la relation spirituelle entre les Japonais, la nature et le passage du temps.


Du feu Jōmon aux pâtisseries modernes, elle relie survie, gratitude et beauté éphémère, trois notions fondamentales de la culture japonaise.


 

LA CHÂTAIGNE AU JAPON  1/2

POÉSIE PAR PHILÉMON

 

Tanka et haï bun

 

Tanka

« Les châtaignes d’automne »

 

 

Sous la brume claire
Les châtaignes craquent encor
Fumée du foyer
Le vent passe hôte discret
Sur la peau tiède du bois

  1.  

Main d’enfant étonné
Piquant le fruit forestier
Marron luisant d’or
Le vieil arbre se souvient
Des éclats de rires d’antan

  1.  

Soir en montagne
Les châtaignes sur le feu
Parfum du retour
La lune rit au bord du bol
Miroir d’un simple festin

 

 

Fête des moissons
Les mains tachées de rousseur
Riz et châtaignes
Sous les lampions fatigués
Un rire s’attarde doré

 

 

Haïbun

Esquisses d’automne

Sous les chênes du Nara ancien

Les daims s’approchent, humant la terre. Sous leurs sabots, les bogues s’ouvrent, libérant une promesse tiède. Le moine s’accroupit les doigts noirs de terre. Autour, le vent balance le gong du temple.


Châtaigne tombée
Dans la paume un soleil bref
Puis revient la nuit


 

À la vapeur du train d’octobre

Entre deux gares, un marchand passe. Il vend des châtaignes grillées dans du papier journal. L’odeur le tire d’un demi-sommeil. Le paysage file, ocre et or. Dans sa main, la chaleur d’un fruit qui tient lieu de souvenir.


Le train d’automne
Au creux du fruit la braise
De cet ancien temps


Philémon

LA CHÂTAIGNE AU JAPON  1/2
LA CHÂTAIGNE AU JAPON  1/2

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Les Trois Amants du Ciel. Contes de la Tisserande et du Bouvier (Chine – Corée – Japon) partie 1/3

25 Octobre 2025, 08:46am

Les Trois Amants du Ciel. Contes de la Tisserande et du Bouvier (Chine – Corée – Japon) partie 1/3

Les Trois Amants du Ciel

Préambule :

Sous la rivière d’étoiles :


 

Au-dessus de nos têtes, là où le ciel se déploie comme une soie sans fin, coule une rivière d’argent.


Les anciens la nommèrent la Voie lactée, le fleuve céleste, ou encore le fleuve des oiseaux.


Et dans chaque pays d’Asie de l’Est, on raconte qu’au bord de cette rivière vivent deux étoiles , Véga et Altaïr, la Tisserande et le Bouvier , éternellement séparées, mais réunies une fois l’an.

Leur histoire a traversé les siècles, prenant un visage différent dans chaque culture :
romantique en
Chine, moral en Corée, poétique au Japon.


Trois contes, un seul amour : celui qui défie le temps et les dieux.

La Tisserande et le Bouvier, version chinoise :

Il était une fois, dans un petit village chinois, un jeune homme nommé Niulang, si pauvre qu’il ne possédait qu’une vieille vache.
Mais cette vache était magique : jadis, elle avait appartenu au Ciel.

Un jour, elle dit à Niulang :

« Demain, les filles du Ciel viendront se baigner dans le lac du bois sacré. Parmi elles, se trouve Zhinu, la Tisserande céleste. Cache sa robe, et elle ne pourra remonter au Ciel. »

Ainsi fit le jeune homme. Quand Zhinu découvrit qu’elle ne pouvait plus regagner le Ciel, Niulang lui rendit sa robe en lui promettant de ne jamais la forcer, mais de l’aimer et de la protéger.


Touchée par sa bonté, elle resta. Ils se marièrent, eurent deux enfants et vécurent heureux.

Mais la Reine-Mère du Ciel, mère de Zhinu, découvrit leur union interdite.
Furieuse, elle rappela sa fille au firmament.


Niulang, désespéré, enfourcha la vache céleste, ses deux enfants dans des paniers, pour la rejoindre.

Alors, la Reine-Mère leva son épingle d’or et traça dans le ciel une rivière éclatante : la Voie lactée.


Séparés à jamais, Zhinu et Niulang pleurèrent tant que leurs larmes devinrent pluie.


Touchées, les pies du monde entier se rassemblèrent et formèrent un pont de plumes, permettant aux amants de se retrouver une fois par an, le septième jour du septième mois.

C’est ainsi qu’est née la fête de Qixi , la nuit où les amoureux lèvent les yeux vers le ciel, espérant que leurs cœurs se rejoignent aussi.

 

 

POÉSIE PAR PHILÉMON

CHINE (Niú Láng Zhī Nǚ)

 

Tankas

 

Sous la Voie lactée
Deux ombres se tiennent prêtes
La pluie tombe fine
Les pies battent leur grand pont
Et le ciel s’incline un peu

La robe tissée
Suspendue entre les cieux
Embaume le soir
Une aiguille d’or sépare
Les amants d’un seul fil pur

 

Septième lune
Les étoiles rayonnent
Sous le pont des pies
Deux cœurs s’unissent sans mots
Le vent garde leur secret

 

 

Haïbuns :

 

"Le fil d’or"
La nuit s’étire comme une soie de brume. Zhinu, penchée sur son métier céleste, entend les cris lointains de ses enfants. Une étoile coule : son cœur s’ouvre. Elle tisse encore, non plus pour les dieux, mais pour la mémoire d’un amour qui n’a pas de rive.

pluie de juillet
sur la rivière du ciel
un fil d’or tremble
 

"Le pont des pies"
Chaque année, elles reviennent, les ailes noires et argentées. Les hommes d’en bas lèvent les yeux, croyant voir un pont de lumière. Ce ne sont que des oiseaux, pourtant. Mais quand Zhinu et Niulang se touchent enfin, le ciel s’éclaire d’un sourire.

sur l’eau céleste
les plumes tressent la nuit
un pas puis deux cœurs

Philémon

 
  1.  

 

Les Trois Amants du Ciel. Contes de la Tisserande et du Bouvier (Chine – Corée – Japon) partie 1/3

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LE THÉ DANS LA CULTURE JAPONAISE ( 2ème et dernière partie )

13 Octobre 2025, 14:42pm

Préparation du thé

Préparation du thé

Cérémonie du thé

Cérémonie du thé

  • Application au thé par Murata Jukō


 

  • Avant Jukō, les cérémonies du thé mettaient en avant :

    des objets précieux importés de Chine,

    des démonstrations d’opulence,

    une ambiance de compétition (concours de dégustation).

    Jukō a transformé cela en :

    utilisation de vaisselle simple, parfois rustique, souvent d’origine japonaise,

    préférence pour des petites salles de thé sobres plutôt que de grands espaces luxueux,

    une atmosphère de recueillement et de méditation, proche du zen,

    un partage sincère entre hôte et invités, où le thé devient prétexte à créer un moment d’harmonie.

    Ce concept du Wabi a profondément marqué la culture japonaise, pas seulement le thé : on le retrouve dans la poésie (haïku), la peinture, l’architecture ou l’ikebana (art floral).

    Dans la cérémonie du thé, il s’exprime à travers le principe des quatre vertus mises en avant plus tard par Sen no Rikyū :

    • Wa (harmonie)

      Kei (respect)

      Sei (pureté)

      Jaku (sérénité)

    Ainsi, grâce à Jukō, la préparation et le partage du thé sont devenus une voie spirituelle (chadō/sadō), bien plus qu’une simple consommation.

     

    Apparaît alors le tōcha, un jeu d’identification des thés, très populaire parmi les élites.

Naissance de la cérémonie du thé (XVIe siècle)

  • Le thé prend une dimension esthétique et spirituelle sous l’influence de Murata Jukō (XV siècle), considéré comme le « père de la cérémonie du thé » comme nous l’avons vu précédemment.

    Le grand maître zen : Sen no Rikyū (1522–1591) codifie la voie du thé (chadō / sadō), en mettant l’accent sur :

    • la simplicité (wabi),

      l’harmonie avec la nature,

      la spiritualité zen.

    La cérémonie du thé devient une véritable pratique culturelle et philosophique.

L’époque Edo (1603–1868) : démocratisation

  • Le shogunat Tokugawa favorise la stabilité et la prospérité → le thé se diffuse largement.

    Naissance de grandes maisons de thé et perfectionnement de la production (notamment à Uji, près de Kyoto, qui devient un terroir prestigieux).

    Développement du sencha (thé infusé en feuilles, non en poudre), plus simple que le matcha et apprécié par les classes populaires et les intellectuels.

L’ère moderne (XIXe–XXe siècle) :

  • Avec l’ouverture du Japon (ère Meiji, 1868–1912), le thé devient une marchandise d’exportation importante, surtout vers les États-Unis et l’Europe.

    Introduction de nouvelles techniques de culture et de transformation.

    Le thé vert reste central dans la vie quotidienne japonaise, tandis que le matcha garde une place prestigieuse dans la cérémonie du thé.

Aujourd’hui

  • Le thé fait partie intégrante de la culture japonaise, à la fois dans la vie quotidienne (sencha, bancha, genmaicha, gyokuro, etc.) et dans les pratiques artistiques (cérémonie du thé).

    Le Japon s’impose comme un pays du thé vert, avec une image de raffinement et de bien-être.

    Les régions de production célèbres incluent Uji (Kyoto), Shizuoka, Kagoshima.

    Le thé s’associe désormais aussi à la modernité : thés en bouteille, cafés-thés, pâtisseries au matcha, etc.

  •  

     

Poésie par Philémon :

 

Sur le vieux tatami
Les gestes se répètent
Sacrés immuables
Le parfum du thé s’élève
Comme un temple invisible

 

Sous le pin ancien
Le bol passe lentement
D’un hôte à l’ami
La mousse verte se lève
Offrande au temps suspendu

  1.  

Chaleur dans le bol
l’hiver se retire un peu
Au fond de la tasse
Un reflet de lune pâle
Tremble et s’éteint doucement

  1.  

Senteur du sencha
fraîcheur d’une source pure
Le vent de l’été
Dans le jardin s’accorde
Au chant bref des cigales

 

 

Au bol partagé
Ni maître ni invité
Juste un cœur offert
Un instant de pure paix
Dans la saveur du thé vert


Haibun sur le thé au Japon

 

L’hiver et le thé

Un soir d’hiver, les vents balaient la campagne. Les tatamis sont froids, et pourtant la chaleur d’un seul bol suffit à chasser le givre intérieur. La mousse verte tourbillonne comme un feu calme. Ce n’est pas seulement boire, c’est respirer avec la saison.

Bol de matcha chaud
Les pins battus par le vent
Demeurent solides


 

La récolte du printemps

Les femmes courbées récoltent les jeunes pousses, doigts rapides, gestes transmis par des générations. L’odeur des feuilles fraîches rappelle la pluie de la veille. Plus tard, autour du feu, la première infusion jaillit dans nos bols : lumière liquide, claire comme l’aube.

Premier thé du jour
Dans le bol encore tiède
L’aube s’épanche

Philémon
 

  •  

Table à thé

Table à thé

Maison de thé et saké, estampe de Utagawa Hiroshige

Maison de thé et saké, estampe de Utagawa Hiroshige

Scène de cueillette du thé

Scène de cueillette du thé

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LE THE DANS LA CULTURE JAPONAISE (1ère partie)

6 Octobre 2025, 16:16pm

Dégustation du thé.

Dégustation du thé.

Estampe de Toyo Chikanobu 1895, château de Chiyoba.

Estampe de Toyo Chikanobu 1895, château de Chiyoba.

Le thé, introduit au Japon au VIIIe siècle par des moines bouddhistes revenus de Chine, est aujourd’hui indissociable de son identité culturelle, où sa consommation est tout autant un art qu’une philosophie.

 

D’abord réservé aux moines bouddhistes à des fins médicinales, le thé va devenir au fil des siècles une boisson délicate prisée de tous les Japonais, dégustée selon un véritable rituel qui convoque tous les arts : ceux de la composition florale, de la céramique et de la calligraphie, ainsi que l’architecture et l’art textile.

 

Autant de raffinements que décline à merveille cette centaine d’estampes des grands maîtres japonais, qui nous invitent à découvrir l’univers fascinant du thé, depuis les secrets de la récolte du fameux thé matcha jusqu’aux traditionnelles maisons de thé et leurs célèbres courtisanes, sans oublier une invitation au chanoyu, véritable immersion au cœur de la cérémonie du thé, source d’harmonie et de sérénité.
 

L’introduction du thé (VIIIe–IXe siècle)

  • Le thé est introduit au Japon depuis la Chine pendant la période Nara (710–794) et Heian (794–1185).

    Les moines bouddhistes japonais, comme Saichō et surtout Eisai, ramènent de Chine des graines et des pratiques liées au thé.

    Le thé est d’abord utilisé comme boisson médicinale et comme aide à la méditation dans les monastères zen.

  • Au XIIe siècle, Eisai écrit le Kissa Yōjōki (« Boire du thé pour vivre longtemps »), qui popularise les vertus médicinales du thé.

    Au XIIIe siècle, la pratique du matcha (thé vert en poudre fouetté) importée de Chine devient la norme dans les temples zen.

    À partir du XIVe siècle, le thé sort du cadre monastique et devient une pratique aristocratique et guerrière : les samouraïs adoptent le thé comme symbole de raffinement.

    A la fin du XVe siècle est apparue une figure essentielle dans l’histoire du thé au Japon, en la personne de Murata Jukō (1423–1502)

    C’était un moine bouddhiste zen de l’école Shōmyō-ji (Rinzai).

    Il est considéré comme le « père fondateur de la cérémonie du thé japonaise » (chanoyu).

    Il a été formé au bouddhisme et à la culture chinoise, mais a développé une esthétique spécifiquement japonaise et à joué un grand rôle dans l’évolution du thé.

    Avant Jukō, la consommation du thé était surtout un loisir aristocratique et guerrier (concours de reconnaissance de thés, ostentation d’objets de luxe chinois).

    Jukō a introduit l’idée d’un thé simple, épuré et spirituel, en accord avec le zen.

    Il a mis en avant le concept de wabi *(l’élégance dans la simplicité, la beauté de l’imperfection).

    C’est ainsi que ses idées ont ouvert la voie à une pratique du thé comme discipline spirituelle et non plus seulement comme divertissement.

    Il est considéré comme l’inspirateur direct de maîtres ultérieurs, notamment Sen no Rikyū, qui a poussé cette philosophie à son sommet.

    Grâce à lui, le thé au Japon a évolué vers ce que l’on appelle aujourd’hui le chadō / sadō (la voie du thé).

    *Le mot wabi vient à l’origine d’un sens négatif : la solitude, la pauvreté, la mélancolie. Avec le temps (notamment grâce à Murata Jukō), le terme prend un sens esthétique et spirituel :

    • La beauté dans la simplicité,

      L’harmonie avec la nature,

      L’acceptation de l’imperfection et de l’éphémère.

    En résumé, wabi c’est trouver de la richesse dans ce qui est humble, et voir de la beauté dans ce qui n’est pas parfait.

  •  

     

    POESIE PAR PHILEMON

     

     

    Vapeur légère
    Le thé vert s’éveille en paix
    Bol entre mes mains
    L’âme s’incline au silence
    La montagne s’y reflète

  •  

  • Le gong a sonné
    Les tatamis respirent l’air
    Un bol de matcha
    La lumière s’y dépose
    Comme un nuage vert tendre

  •  

    Main tremblante encore
    Le disciple apprend l’art pur
    Froth* du matcha vert
    Le maître hoche la tête
    Dans le silence complice

    *mousse

     

    Sous le pin ancien
    Le bol passe lentement
    D’un hôte à l’ami
    La mousse verte se lève
    Offrande au temps suspendu

  •  

  • Feuilles cueillies hier
    Mains brunes des paysans
    Au soleil levant
    Dans la tasse elles s’ouvrent
    Histoires de leurs montagnes

 

HAIBUN SUR LE THE AU JAPON

Le pavillon de thé

À l’orée du jardin, le moine franchit la porte basse. L’air est saturé d’humidité et de mousse. Chaque pas le détache du monde, chaque silence devient plus dense. Quand la tasse lui est offerte, il sent sur ses lèvres non pas un breuvage, mais une promesse d’harmonie.

Bol de thé fumant
La pluie bat la pierre grise
Dans le cœur silence

Chanoyu (cérémonie du thé)

Chanoyu (cérémonie du thé)

Cueillette du thé vert à la main

Cueillette du thé vert à la main

Champ de thé

Champ de thé

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L’AUTOMNE AU JAPON

21 Septembre 2025, 14:49pm

Feuilles d'érable au nouveau palais, artiste inconnu,1888.

Feuilles d'érable au nouveau palais, artiste inconnu,1888.

Feuilles d'automne au temple de Kaianji à Kinagawa, estampe de Utagawa Hiroshige III et Utagawa Kuniaki II, 1881 III et

Feuilles d'automne au temple de Kaianji à Kinagawa, estampe de Utagawa Hiroshige III et Utagawa Kuniaki II, 1881 III et

Mésange charbonnière sur une branche de paulovnia, estampe de Ohara Koson, 1925-1936

Mésange charbonnière sur une branche de paulovnia, estampe de Ohara Koson, 1925-1936

La proximité bien connue des Japonais avec la nature et l’attention qu’ils portent aux cycles saisonniers explique que l’automne , avec le printemps, fasse partie des thèmes les plus présents dans la tradition poétique et les estampes

 

Au Japon, l’iconographie de l’automne fait la part belle au moment où l’on contemple les érables, le monijigari.

 

Ce rituel de contemplation longtemps réservé à l’aristocratie s’est répandu au cours des siècles, dans toutes les couches de la société.

 

Parfois, un coup de vent accélère la chute des feuilles qui tourbillonnent et retombent formant sur les rivières un tapis ondoyant qu’on observe depuis la rive.

 

L’automne a aussi ses activités agricoles spécifiques, à commencer par la récolte du riz, à la fin du mois de septembre ainsi que la récolte des graines et feuilles d’érables que l’on cuit ou que l’on sèche pour les utiliser dans la pharmacopée traditionnelle.

 

Les signes de la nature en cette saison inspirent les poètes comme la stridulation des grillons, le brame du cerf ou le passage des oies sauvages.

 

Parmi les temps forts qui jalonnent cette période de l’année, deux sont d’une importance particulière :

 

- l’apparition de la pleine lune d’automne donc le début de la saison

- puis quelques semaines plus tard, la contemplation des érables

 

c’est la fête de Tsukimi qui se déroule vers la fin septembre ; sa célébration consiste à contempler la pleine lune durant cette nuit-là car le temps est encore clément et le ciel particulièrement pur.

 

Certains iront admirer ses reflets dans l’eau comme l’évoque le célèbre poète

Matsua Bashô dans un haïku :

 

Pleine lune

J’ai fait toute la nuit

Le tour de l’étang

 

Surnommée la lune des moissons, cette lune d’automne est également associé à la culture du riz récolté à cette époque : on remercie alors l’astre de s’être montré généreux, d’avoir apporté la prospérité et l’on partage avec lui les fruits de la terre sous forme d’offrandes que les personnes assemblées dégusteront ensuite, ( en particulier les mochis*)

 

*friandises rondes à base de pâte de riz.

 

L’autre grand évènement naturel marquant de l’automne c’est le changement de couleur des feuillages qui débute au mois de septembre à des dates variables selon le climat régional.

 

Tandis que la floraison des cerisiers, au printemps, s’amorce dans le sud de l’archipel et se déplace de semaine en semaine vers le nord, le rougeoiement des érables à l’inverse, commence donc dans l’île d’Hokaïdo, la plus septentrionale du Japon, pour descendre ensuite vers le sud durant deux mois.

 

Il existe des points points panoramiques réputés pour la beauté du spectacle, dans certaines montagnes notamment, mais aussi dans les grands parcs publics ou les nombreux jardins de temples et de palais.

 

Cependant, chacun sait que cette beauté est fugitive puisque la couleur éclatante des feuilles précède de peu leur chute.

 

L’automne est aussi l’expression spécialisée dans le domaine sensible d’une poésie de l’éphémère.

 

Je tiens à remercier Anne Séfrioui, éditrice et autrice spécialisée dans le domaine du livre d’Art, qui m’a aidé à composer cette introduction.

 

Poésies par Philémon

 

Tanka sur l’automne au Japon

Sous les érables
Un vent rouge nous traverse,
Une odeur de feu
Le ruisseau se rappelle
Les pluies des jours anciens.

  1.  

Des grains de riz mûrs
Au loin les cigales mortes,
Le ciel se vide,
Les pas lents des paysans
Résonnent dans la brume.

  1.  

Le clair de lune
S’accroche aux champs dorés
Un cerf s’avance
Son cri fend le silence
Dans cet air froid du matin

 

 

Les Matsutakés*
Au parfum de montagne
Rien ne pèse plus
Que ce goût éphémère
Apporté par la saison.

 

Haïbun

Le pont de bois

Il traverse un pont étroit, où l’eau reflète des milliers de feuilles rouges. Les enfants jouent plus bas, jetant des galets dans la rivière. L’air est vif, chaque souffle dessine une fumée blanche. Dans sa poitrine, une nostalgie sans nom se lève comme un vent d’amont.

Feuilles éparses
Un vrai tourbillon d’idées
Ailes de papillons

 

 

*Le matsutaké est un champignon très apprécié au Japon.

  • Son nom signifie littéralement « champignon (take) des pins (matsu) », car il pousse souvent au pied des pins rouges japonais (akamatsu).

    C’est un champignon rare, à la saveur boisée et à l’arôme très particulier, à la fois résineux, épicé et légèrement sucré.

    Au Japon, il est considéré comme un mets de luxe, symbole de l’automne, souvent offert en cadeau ou dégusté grillé, dans le riz (matsutaké gohan) ou dans une soupe claire (dobin mushi).

Son prix peut être très élevé, parfois plusieurs centaines d’euros le kilo, surtout pour les spécimens japonais, car ils sont de plus en plus rares à cause de la disparition de leur habitat naturel.

Ce n’est pas seulement un mets raffiné, c’est aussi une image poétique et culturelle forte dans la littérature japonaise :

    • Dans les waka et haïku, le matsutaké est un kigo (mot de saison) qui évoque l’automne.

      Sa simple mention suffit à situer le poème dans la saison des feuilles rouges et du riz mûr.

      Parce qu’il est rare et difficile à trouver, il symbolise les plaisirs fugaces de la vie.

      Comme les feuilles qui tombent, il rappelle que la beauté est passagère.

      Son parfum particulier est souvent lié à la nostalgie et à la mémoire des forêts anciennes.

      Dans la poésie, l’odeur du matsutaké devient une métaphore pour un souvenir qui s’élève, subtil et persistant.

      Le pin, avec lequel il partage son nom, est un symbole de longévité et de fidélité au Japon.

      Associer le champignon au pin ajoute une nuance de force et de permanence, contrastant avec son côté éphémère.

      Dans certains poèmes zen, le matsutaké représente la pureté simple de la nature et l’attention à ce qui est caché.

      Le cueillir est un acte de communion avec la montagne.

Par exemple, dans des haïku classiques, on peut trouver des images où le matsutaké apparaît non pas comme un simple aliment, mais comme un signe discret de la saison, chargé de senteurs et de silence.


 

Philémon

Feuilles d'érables rouge au pont de Tsûten, estampe Utagawa Kunisada, 1854e Tsuten, estampe

Feuilles d'érables rouge au pont de Tsûten, estampe Utagawa Kunisada, 1854e Tsuten, estampe

Femmes brûlant des feuilles d'érable pour chauffer du saké, estampe de Suzuki Harunobu, vers 1768

Femmes brûlant des feuilles d'érable pour chauffer du saké, estampe de Suzuki Harunobu, vers 1768

Poème de Sarumaru Dayû, estampe de Katsushika Hokusai, 1839

Poème de Sarumaru Dayû, estampe de Katsushika Hokusai, 1839

Erables au sanctuaire de Tekona, estampe de Utagawa Hiroshige, 1857

Erables au sanctuaire de Tekona, estampe de Utagawa Hiroshige, 1857

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