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Poésie Japonaise

LE THÉ DANS LA CULTURE JAPONAISE ( 2ème et dernière partie )

13 Octobre 2025, 14:42pm

Préparation du thé

Préparation du thé

Cérémonie du thé

Cérémonie du thé

  • Application au thé par Murata Jukō


 

  • Avant Jukō, les cérémonies du thé mettaient en avant :

    des objets précieux importés de Chine,

    des démonstrations d’opulence,

    une ambiance de compétition (concours de dégustation).

    Jukō a transformé cela en :

    utilisation de vaisselle simple, parfois rustique, souvent d’origine japonaise,

    préférence pour des petites salles de thé sobres plutôt que de grands espaces luxueux,

    une atmosphère de recueillement et de méditation, proche du zen,

    un partage sincère entre hôte et invités, où le thé devient prétexte à créer un moment d’harmonie.

    Ce concept du Wabi a profondément marqué la culture japonaise, pas seulement le thé : on le retrouve dans la poésie (haïku), la peinture, l’architecture ou l’ikebana (art floral).

    Dans la cérémonie du thé, il s’exprime à travers le principe des quatre vertus mises en avant plus tard par Sen no Rikyū :

    • Wa (harmonie)

      Kei (respect)

      Sei (pureté)

      Jaku (sérénité)

    Ainsi, grâce à Jukō, la préparation et le partage du thé sont devenus une voie spirituelle (chadō/sadō), bien plus qu’une simple consommation.

     

    Apparaît alors le tōcha, un jeu d’identification des thés, très populaire parmi les élites.

Naissance de la cérémonie du thé (XVIe siècle)

  • Le thé prend une dimension esthétique et spirituelle sous l’influence de Murata Jukō (XV siècle), considéré comme le « père de la cérémonie du thé » comme nous l’avons vu précédemment.

    Le grand maître zen : Sen no Rikyū (1522–1591) codifie la voie du thé (chadō / sadō), en mettant l’accent sur :

    • la simplicité (wabi),

      l’harmonie avec la nature,

      la spiritualité zen.

    La cérémonie du thé devient une véritable pratique culturelle et philosophique.

L’époque Edo (1603–1868) : démocratisation

  • Le shogunat Tokugawa favorise la stabilité et la prospérité → le thé se diffuse largement.

    Naissance de grandes maisons de thé et perfectionnement de la production (notamment à Uji, près de Kyoto, qui devient un terroir prestigieux).

    Développement du sencha (thé infusé en feuilles, non en poudre), plus simple que le matcha et apprécié par les classes populaires et les intellectuels.

L’ère moderne (XIXe–XXe siècle) :

  • Avec l’ouverture du Japon (ère Meiji, 1868–1912), le thé devient une marchandise d’exportation importante, surtout vers les États-Unis et l’Europe.

    Introduction de nouvelles techniques de culture et de transformation.

    Le thé vert reste central dans la vie quotidienne japonaise, tandis que le matcha garde une place prestigieuse dans la cérémonie du thé.

Aujourd’hui

  • Le thé fait partie intégrante de la culture japonaise, à la fois dans la vie quotidienne (sencha, bancha, genmaicha, gyokuro, etc.) et dans les pratiques artistiques (cérémonie du thé).

    Le Japon s’impose comme un pays du thé vert, avec une image de raffinement et de bien-être.

    Les régions de production célèbres incluent Uji (Kyoto), Shizuoka, Kagoshima.

    Le thé s’associe désormais aussi à la modernité : thés en bouteille, cafés-thés, pâtisseries au matcha, etc.

  •  

     

Poésie par Philémon :

 

Sur le vieux tatami
Les gestes se répètent
Sacrés immuables
Le parfum du thé s’élève
Comme un temple invisible

 

Sous le pin ancien
Le bol passe lentement
D’un hôte à l’ami
La mousse verte se lève
Offrande au temps suspendu

  1.  

Chaleur dans le bol
l’hiver se retire un peu
Au fond de la tasse
Un reflet de lune pâle
Tremble et s’éteint doucement

  1.  

Senteur du sencha
fraîcheur d’une source pure
Le vent de l’été
Dans le jardin s’accorde
Au chant bref des cigales

 

 

Au bol partagé
Ni maître ni invité
Juste un cœur offert
Un instant de pure paix
Dans la saveur du thé vert


Haibun sur le thé au Japon

 

L’hiver et le thé

Un soir d’hiver, les vents balaient la campagne. Les tatamis sont froids, et pourtant la chaleur d’un seul bol suffit à chasser le givre intérieur. La mousse verte tourbillonne comme un feu calme. Ce n’est pas seulement boire, c’est respirer avec la saison.

Bol de matcha chaud
Les pins battus par le vent
Demeurent solides


 

La récolte du printemps

Les femmes courbées récoltent les jeunes pousses, doigts rapides, gestes transmis par des générations. L’odeur des feuilles fraîches rappelle la pluie de la veille. Plus tard, autour du feu, la première infusion jaillit dans nos bols : lumière liquide, claire comme l’aube.

Premier thé du jour
Dans le bol encore tiède
L’aube s’épanche

Philémon
 

  •  

Table à thé

Table à thé

Maison de thé et saké, estampe de Utagawa Hiroshige

Maison de thé et saké, estampe de Utagawa Hiroshige

Scène de cueillette du thé

Scène de cueillette du thé

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LE THE DANS LA CULTURE JAPONAISE (1ère partie)

6 Octobre 2025, 16:16pm

Dégustation du thé.

Dégustation du thé.

Estampe de Toyo Chikanobu 1895, château de Chiyoba.

Estampe de Toyo Chikanobu 1895, château de Chiyoba.

Le thé, introduit au Japon au VIIIe siècle par des moines bouddhistes revenus de Chine, est aujourd’hui indissociable de son identité culturelle, où sa consommation est tout autant un art qu’une philosophie.

 

D’abord réservé aux moines bouddhistes à des fins médicinales, le thé va devenir au fil des siècles une boisson délicate prisée de tous les Japonais, dégustée selon un véritable rituel qui convoque tous les arts : ceux de la composition florale, de la céramique et de la calligraphie, ainsi que l’architecture et l’art textile.

 

Autant de raffinements que décline à merveille cette centaine d’estampes des grands maîtres japonais, qui nous invitent à découvrir l’univers fascinant du thé, depuis les secrets de la récolte du fameux thé matcha jusqu’aux traditionnelles maisons de thé et leurs célèbres courtisanes, sans oublier une invitation au chanoyu, véritable immersion au cœur de la cérémonie du thé, source d’harmonie et de sérénité.
 

L’introduction du thé (VIIIe–IXe siècle)

  • Le thé est introduit au Japon depuis la Chine pendant la période Nara (710–794) et Heian (794–1185).

    Les moines bouddhistes japonais, comme Saichō et surtout Eisai, ramènent de Chine des graines et des pratiques liées au thé.

    Le thé est d’abord utilisé comme boisson médicinale et comme aide à la méditation dans les monastères zen.

  • Au XIIe siècle, Eisai écrit le Kissa Yōjōki (« Boire du thé pour vivre longtemps »), qui popularise les vertus médicinales du thé.

    Au XIIIe siècle, la pratique du matcha (thé vert en poudre fouetté) importée de Chine devient la norme dans les temples zen.

    À partir du XIVe siècle, le thé sort du cadre monastique et devient une pratique aristocratique et guerrière : les samouraïs adoptent le thé comme symbole de raffinement.

    A la fin du XVe siècle est apparue une figure essentielle dans l’histoire du thé au Japon, en la personne de Murata Jukō (1423–1502)

    C’était un moine bouddhiste zen de l’école Shōmyō-ji (Rinzai).

    Il est considéré comme le « père fondateur de la cérémonie du thé japonaise » (chanoyu).

    Il a été formé au bouddhisme et à la culture chinoise, mais a développé une esthétique spécifiquement japonaise et à joué un grand rôle dans l’évolution du thé.

    Avant Jukō, la consommation du thé était surtout un loisir aristocratique et guerrier (concours de reconnaissance de thés, ostentation d’objets de luxe chinois).

    Jukō a introduit l’idée d’un thé simple, épuré et spirituel, en accord avec le zen.

    Il a mis en avant le concept de wabi *(l’élégance dans la simplicité, la beauté de l’imperfection).

    C’est ainsi que ses idées ont ouvert la voie à une pratique du thé comme discipline spirituelle et non plus seulement comme divertissement.

    Il est considéré comme l’inspirateur direct de maîtres ultérieurs, notamment Sen no Rikyū, qui a poussé cette philosophie à son sommet.

    Grâce à lui, le thé au Japon a évolué vers ce que l’on appelle aujourd’hui le chadō / sadō (la voie du thé).

    *Le mot wabi vient à l’origine d’un sens négatif : la solitude, la pauvreté, la mélancolie. Avec le temps (notamment grâce à Murata Jukō), le terme prend un sens esthétique et spirituel :

    • La beauté dans la simplicité,

      L’harmonie avec la nature,

      L’acceptation de l’imperfection et de l’éphémère.

    En résumé, wabi c’est trouver de la richesse dans ce qui est humble, et voir de la beauté dans ce qui n’est pas parfait.

  •  

     

    POESIE PAR PHILEMON

     

     

    Vapeur légère
    Le thé vert s’éveille en paix
    Bol entre mes mains
    L’âme s’incline au silence
    La montagne s’y reflète

  •  

  • Le gong a sonné
    Les tatamis respirent l’air
    Un bol de matcha
    La lumière s’y dépose
    Comme un nuage vert tendre

  •  

    Main tremblante encore
    Le disciple apprend l’art pur
    Froth* du matcha vert
    Le maître hoche la tête
    Dans le silence complice

    *mousse

     

    Sous le pin ancien
    Le bol passe lentement
    D’un hôte à l’ami
    La mousse verte se lève
    Offrande au temps suspendu

  •  

  • Feuilles cueillies hier
    Mains brunes des paysans
    Au soleil levant
    Dans la tasse elles s’ouvrent
    Histoires de leurs montagnes

 

HAIBUN SUR LE THE AU JAPON

Le pavillon de thé

À l’orée du jardin, le moine franchit la porte basse. L’air est saturé d’humidité et de mousse. Chaque pas le détache du monde, chaque silence devient plus dense. Quand la tasse lui est offerte, il sent sur ses lèvres non pas un breuvage, mais une promesse d’harmonie.

Bol de thé fumant
La pluie bat la pierre grise
Dans le cœur silence

Chanoyu (cérémonie du thé)

Chanoyu (cérémonie du thé)

Cueillette du thé vert à la main

Cueillette du thé vert à la main

Champ de thé

Champ de thé

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L’AUTOMNE AU JAPON

21 Septembre 2025, 14:49pm

Feuilles d'érable au nouveau palais, artiste inconnu,1888.

Feuilles d'érable au nouveau palais, artiste inconnu,1888.

Feuilles d'automne au temple de Kaianji à Kinagawa, estampe de Utagawa Hiroshige III et Utagawa Kuniaki II, 1881 III et

Feuilles d'automne au temple de Kaianji à Kinagawa, estampe de Utagawa Hiroshige III et Utagawa Kuniaki II, 1881 III et

Mésange charbonnière sur une branche de paulovnia, estampe de Ohara Koson, 1925-1936

Mésange charbonnière sur une branche de paulovnia, estampe de Ohara Koson, 1925-1936

La proximité bien connue des Japonais avec la nature et l’attention qu’ils portent aux cycles saisonniers explique que l’automne , avec le printemps, fasse partie des thèmes les plus présents dans la tradition poétique et les estampes

 

Au Japon, l’iconographie de l’automne fait la part belle au moment où l’on contemple les érables, le monijigari.

 

Ce rituel de contemplation longtemps réservé à l’aristocratie s’est répandu au cours des siècles, dans toutes les couches de la société.

 

Parfois, un coup de vent accélère la chute des feuilles qui tourbillonnent et retombent formant sur les rivières un tapis ondoyant qu’on observe depuis la rive.

 

L’automne a aussi ses activités agricoles spécifiques, à commencer par la récolte du riz, à la fin du mois de septembre ainsi que la récolte des graines et feuilles d’érables que l’on cuit ou que l’on sèche pour les utiliser dans la pharmacopée traditionnelle.

 

Les signes de la nature en cette saison inspirent les poètes comme la stridulation des grillons, le brame du cerf ou le passage des oies sauvages.

 

Parmi les temps forts qui jalonnent cette période de l’année, deux sont d’une importance particulière :

 

- l’apparition de la pleine lune d’automne donc le début de la saison

- puis quelques semaines plus tard, la contemplation des érables

 

c’est la fête de Tsukimi qui se déroule vers la fin septembre ; sa célébration consiste à contempler la pleine lune durant cette nuit-là car le temps est encore clément et le ciel particulièrement pur.

 

Certains iront admirer ses reflets dans l’eau comme l’évoque le célèbre poète

Matsua Bashô dans un haïku :

 

Pleine lune

J’ai fait toute la nuit

Le tour de l’étang

 

Surnommée la lune des moissons, cette lune d’automne est également associé à la culture du riz récolté à cette époque : on remercie alors l’astre de s’être montré généreux, d’avoir apporté la prospérité et l’on partage avec lui les fruits de la terre sous forme d’offrandes que les personnes assemblées dégusteront ensuite, ( en particulier les mochis*)

 

*friandises rondes à base de pâte de riz.

 

L’autre grand évènement naturel marquant de l’automne c’est le changement de couleur des feuillages qui débute au mois de septembre à des dates variables selon le climat régional.

 

Tandis que la floraison des cerisiers, au printemps, s’amorce dans le sud de l’archipel et se déplace de semaine en semaine vers le nord, le rougeoiement des érables à l’inverse, commence donc dans l’île d’Hokaïdo, la plus septentrionale du Japon, pour descendre ensuite vers le sud durant deux mois.

 

Il existe des points points panoramiques réputés pour la beauté du spectacle, dans certaines montagnes notamment, mais aussi dans les grands parcs publics ou les nombreux jardins de temples et de palais.

 

Cependant, chacun sait que cette beauté est fugitive puisque la couleur éclatante des feuilles précède de peu leur chute.

 

L’automne est aussi l’expression spécialisée dans le domaine sensible d’une poésie de l’éphémère.

 

Je tiens à remercier Anne Séfrioui, éditrice et autrice spécialisée dans le domaine du livre d’Art, qui m’a aidé à composer cette introduction.

 

Poésies par Philémon

 

Tanka sur l’automne au Japon

Sous les érables
Un vent rouge nous traverse,
Une odeur de feu
Le ruisseau se rappelle
Les pluies des jours anciens.

  1.  

Des grains de riz mûrs
Au loin les cigales mortes,
Le ciel se vide,
Les pas lents des paysans
Résonnent dans la brume.

  1.  

Le clair de lune
S’accroche aux champs dorés
Un cerf s’avance
Son cri fend le silence
Dans cet air froid du matin

 

 

Les Matsutakés*
Au parfum de montagne
Rien ne pèse plus
Que ce goût éphémère
Apporté par la saison.

 

Haïbun

Le pont de bois

Il traverse un pont étroit, où l’eau reflète des milliers de feuilles rouges. Les enfants jouent plus bas, jetant des galets dans la rivière. L’air est vif, chaque souffle dessine une fumée blanche. Dans sa poitrine, une nostalgie sans nom se lève comme un vent d’amont.

Feuilles éparses
Un vrai tourbillon d’idées
Ailes de papillons

 

 

*Le matsutaké est un champignon très apprécié au Japon.

  • Son nom signifie littéralement « champignon (take) des pins (matsu) », car il pousse souvent au pied des pins rouges japonais (akamatsu).

    C’est un champignon rare, à la saveur boisée et à l’arôme très particulier, à la fois résineux, épicé et légèrement sucré.

    Au Japon, il est considéré comme un mets de luxe, symbole de l’automne, souvent offert en cadeau ou dégusté grillé, dans le riz (matsutaké gohan) ou dans une soupe claire (dobin mushi).

Son prix peut être très élevé, parfois plusieurs centaines d’euros le kilo, surtout pour les spécimens japonais, car ils sont de plus en plus rares à cause de la disparition de leur habitat naturel.

Ce n’est pas seulement un mets raffiné, c’est aussi une image poétique et culturelle forte dans la littérature japonaise :

    • Dans les waka et haïku, le matsutaké est un kigo (mot de saison) qui évoque l’automne.

      Sa simple mention suffit à situer le poème dans la saison des feuilles rouges et du riz mûr.

      Parce qu’il est rare et difficile à trouver, il symbolise les plaisirs fugaces de la vie.

      Comme les feuilles qui tombent, il rappelle que la beauté est passagère.

      Son parfum particulier est souvent lié à la nostalgie et à la mémoire des forêts anciennes.

      Dans la poésie, l’odeur du matsutaké devient une métaphore pour un souvenir qui s’élève, subtil et persistant.

      Le pin, avec lequel il partage son nom, est un symbole de longévité et de fidélité au Japon.

      Associer le champignon au pin ajoute une nuance de force et de permanence, contrastant avec son côté éphémère.

      Dans certains poèmes zen, le matsutaké représente la pureté simple de la nature et l’attention à ce qui est caché.

      Le cueillir est un acte de communion avec la montagne.

Par exemple, dans des haïku classiques, on peut trouver des images où le matsutaké apparaît non pas comme un simple aliment, mais comme un signe discret de la saison, chargé de senteurs et de silence.


 

Philémon

Feuilles d'érables rouge au pont de Tsûten, estampe Utagawa Kunisada, 1854e Tsuten, estampe

Feuilles d'érables rouge au pont de Tsûten, estampe Utagawa Kunisada, 1854e Tsuten, estampe

Femmes brûlant des feuilles d'érable pour chauffer du saké, estampe de Suzuki Harunobu, vers 1768

Femmes brûlant des feuilles d'érable pour chauffer du saké, estampe de Suzuki Harunobu, vers 1768

Poème de Sarumaru Dayû, estampe de Katsushika Hokusai, 1839

Poème de Sarumaru Dayû, estampe de Katsushika Hokusai, 1839

Erables au sanctuaire de Tekona, estampe de Utagawa Hiroshige, 1857

Erables au sanctuaire de Tekona, estampe de Utagawa Hiroshige, 1857

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FESTIVALS DE RIZICULTURE 3/3

11 Septembre 2025, 09:36am

Récolte du riz et mise en bottes, estampe de Uttagawa Hiroshige

Récolte du riz et mise en bottes, estampe de Uttagawa Hiroshige

Riz à maturité

Riz à maturité

Un festival rural de riziculture au Japon est bien plus qu’un événement agricole : c’est une célébration communautaire, spirituelle et culturelle autour du cycle de la vie du riz, marquée par des rituels ancestraux, de la musique, de la danse, et une forte dimension symbolique.

But du festival
  • Honorer les kamis (divinités shintō) des champs et de la nature.

    Demander une bonne récolte ou remercier après la moisson.

    Renforcer les liens communautaires dans les villages agricoles.

Ces festivals rythment le calendrier agricole traditionnel, en particulier au moment de la plantation ou de la récolte du riz.

 

Les deux grandes périodes

1. Printemps : festivals de plantation (taue matsuri )
Objectif :
  • Bénir les jeunes plants et les champs.

    Assurer pluie, croissance et fertilité.

Déroulement typique :
  1. Rituel shintō d’ouverture :

    • Offrandes (riz, saké, légumes) au sanctuaire.

      Prière d’un prêtre (kannushi).

    Plantation rituelle :

    • Jeunes femmes en kimono plantent du riz dans un champ sacré (shinden).

      Parfois, le champ est béni avec de l’eau sacrée.

    Danses et musiques rituelles :

    • Taue-odori : danses stylisées autour de la plantation.

      Tambours (taiko), flûtes, chants agricoles (taue-uta).

    Défilés de chars ou animaux :

    • Bœufs décorés, mikoshi (sanctuaires portatifs), etc.

Exemples célèbres :
  • Sumiyoshi Taisha Otaue-sai (Osaka)

    Ise Jingū Otaue-sai (Mie)

    Mibu no Hana Taue (Hiroshima) – inscrit à l’UNESCO

  •  

2. Automne : festivals des moissons (Niinamesai, Aki Matsuri, etc.)
Objectif :
  • Remercier les divinités pour la récolte.

    Bénir le riz nouveau.

    Partager le fruit du travail de l’année.

Déroulement typique :
  1. Offrandes du riz nouveau dans les sanctuaires.

    Mochi-tsuki (battage de mochi) public : symbolise la transformation du riz en nourriture.

    Banquets collectifs et danses traditionnelles (comme le bon-odori).

    Fête de village avec stands, musiques, jeux, parfois lanternes flottantes.

Rôle social et spirituel

  • Le festival permet aux agriculteurs de communiquer avec les forces invisibles de la nature.

    C’est un moment fort de la transmission intergénérationnelle : enfants, anciens, familles participent ensemble.

    Il souligne l’idée que le riz est un don des dieux – pas seulement une production humaine.

Exemple actuel : Mibu no Hana Taue

  • Lieu : Préfecture de Hiroshima.

    Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO (2009).

    Vraies rizières, jeunes femmes en kimono, chants traditionnels, costumes colorés, bœufs décorés de fleurs.

    Un mélange impressionnant de spiritualité, esthétique rurale et fête populaire.

En résumé :

Un festival rural de riziculture, c’est :

  • Une cérémonie sacrée et festive centrée sur le riz,

    Une mise en scène communautaire du lien entre l’homme, la nature et les dieux,

    Un héritage culturel vivant encore très respecté dans les zones rurales japonaises.

  •  

POÉSIE COMPOSÉE PAR PHILEMON

Tanka

Sous la pleine lune
Les épis d’argent dansent
Chants du festival
Les tambours accompagnent
La fête des récoltes

  1.  

Main du paysan
Cueille chaque grain doré
Offrande au foyer
Le riz devient souvenir
Chaîne de générations

  1.  

Le riz en saké
Ivresse douce au banquet
Rires partagés
La chaleur de la boisson
Embrase le froid mordant

 

Haïbun

RÉCOLTE

À l’automne, la faucille entaille les tiges sèches. Le souffle du vent emporte les poussières dorées comme une pluie de lumière.
Un cri de corbeau
Parmi les bottes liées
S’élève vers l’aube

 

A TABLE

À la table basse, trois générations partagent le même bol. Le riz circule, simple, mais empli d’histoire et de respect.
Au fond du bol noir,
Le grain resté solitaire
Mémoire d’un festin

 

 

OFFRANDE

Dans le sanctuaire, un prêtre dépose une poignée de riz devant l’autel. Offrande immobile, qui pourtant contient le mouvement des saisons entières.
Riz blanc sur la pierre
Immobile dans le vent
Écho de prières

 

Philémon

 

Ainsi s'achève ma chronique en trois parties sur la culture du riz au Japon, rehaussée de composition poétique.
​​​​​​​

Séchage des bottes de tiges de riz, estampe de Kawase Hasui , 1920

Séchage des bottes de tiges de riz, estampe de Kawase Hasui , 1920

Plantation mécanique du riz

Plantation mécanique du riz

Rizière et Fuji San

Rizière et Fuji San

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RITUELS LIES AU RIZ AU JAPON 2/3

5 Septembre 2025, 15:30pm

Rizière recouverte de chaume en hiver, estampe de Utagawa Hiroshige

Rizière recouverte de chaume en hiver, estampe de Utagawa Hiroshige

Plantation du riz et reflet du Mont Fuji

Plantation du riz et reflet du Mont Fuji

Le riz n’est pas seulement une nourriture au Japon : il est sacré, profondément lié aux croyances shintō et aux rituels saisonniers. Ces pratiques honorent les kamis (divinités) de la nature et assurent l’abondance des récoltes.

Principaux rituels traditionnels :
Niinamesai : Fête des premières récoltes
  • Célébrée le 23 novembre.L’empereur offre le nouveau riz à Amaterasu (déesse solaire) et aux autres kami, puis en consomme pour symboliser l’union spirituelle entre le peuple et les dieux.

    C’est l’acte central de son rôle religieux.

Otaue Matsuri : Rituels de plantation
  • Célébré dans de nombreuses régions au moment de la plantation du riz (mai-juin).

    Exemples célèbres :

    • Otaue-sai à Sumiyoshi Taisha (Osaka) ou à Ise-jingū.

    Ce sont des cérémonies publiques impliquant des prêtres, des jeunes femmes plantant le riz en costume traditionnel, et parfois des danses et musiques rituelles.

Inari Matsuri
  • En l’honneur de la divinité Inari, protectrice des récoltes et du riz.

    Fushimi Inari-taisha (Kyoto) est le sanctuaire principal.

    Les kitsune (renards), messagers d’Inari, y sont vénérés.

Rituels domestiques
  • Offrandes de riz (ou de mochi) sur les autels domestiques (kamidana).

    Riz jeté ou placé lors de rites de purification (harai) ou pour chasser les mauvais esprits (ex. Setsubun avec les haricots, mais parfois aussi du riz).

Types de riz japonais

Le Japon cultive principalement du riz japonica, à grains courts ou moyens, collant après cuisson. Voici les principales variétés et types utilisés :

Par type de grain :
Koshihikari
  • Originaire de Niigata.

    Texture douce, légèrement sucrée, très brillante.

    Très prisé pour les repas haut de gamme, sushis.

Akitakomachi
  • De la préfecture d’Akita.

    Moins collant que Koshihikari, bon équilibre goût/texture.

Hitomebore
  • Originaire du Tōhoku.

    Polyvalent, bon pour le riz de tous les jours.

Millets et riz rouge/noir (kome alternatifs)
  • Moins courants, utilisés dans des mélanges santé (zakkokumai), souvent dans une optique diététique ou traditionnelle.

  •  

 

POÉSIE COMPOSÉE PAR PHILEMON

Tanka

À l’automne rouge
Les tiges ploient sous le grain
Bercées par le vent
La faucille scintille
Un chant ancien résonne

  1.  

Bol blanc devant lui
Une fumée qui s’élève
Odeur de la mer
Chaque grain est un voyage
De la terre à sa bouche

 

 

Dans les mains d’un moine
Des grains posés un à un
Prière discrète
La vapeur se mêle aux chants
D’un bon repas nourrissant

 

 

Les terrasses vertes

Transforment la montagne

Ecailles de dragon

Un souffle ancien s’endort

Au rythme d'un filet d’eau

 

 

Haïbun


RIZ NOUVEAU

Au marché du matin, des paniers de riz luisent comme s’ils contenaient des perles. Les marchands échangent peu de mots, un sourire suffit pour fixer le prix.


Bol fumant au coin
Chaque grain en équilibre
Avant le soleil

 

 

A TABLE

À la table basse, trois générations partagent le même bol. Le riz circule, simple, mais empli d’histoire et de respect.


Au fond du bol noir,
Le grain resté solitaire
Mémoire d’un festin

 

Philémon



​​​

Hamanoura no Tanada rizières

Hamanoura no Tanada rizières

RITUELS LIES AU RIZ AU JAPON     2/3
RITUELS LIES AU RIZ AU JAPON     2/3

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LA CULTURE DU RIZ AU JAPON 1/3

1 Septembre 2025, 18:41pm

Plantation du riz, vue lointaine du Mont Daisen, estampe de Utagawa Hiroshige

Plantation du riz, vue lointaine du Mont Daisen, estampe de Utagawa Hiroshige

 

La culture du riz au Japon est bien plus qu’une simple activité agricole : elle est au cœur de l’histoire, de la société, de la religion et de l’identité culturelle japonaise. Voici un aperçu de son évolution et de son importance depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui :

Origine :

  • Introduction depuis l’Asie continentale :
    Le riz a été introduit au Japon depuis la Chine via la Corée, probablement entre
    le IIIe et le Ier millénaire avant notre ère, pendant la période Jōmon (env. -14 000 à -300). Toutefois, c’est au début de la période Yayoi (env. -300 à 300 ap. J.-C.) que la culture intensive du riz irrigué se développe réellement.

    Techniques de riziculture :
    Les Yayoi ont introduit des techniques de riziculture en rizières inondées, ce qui a permis une agriculture plus productive. Cela a aussi mené à l’établissement de
    sociétés sédentaires, hiérarchisées et à la formation des premiers villages et chefferies.

Périodes historiques et développement
Période Yayoi (env. -300 à 300)
  • Début de la riziculture inondée.

    Structuration sociale autour de la gestion de l’eau et des récoltes.

Période Kofun et Nara (300–794)
  • Le riz devient un élément fondamental du système économique et politique.

    Les impôts sont souvent payés en riz.

    Le riz est également offert aux divinités shintoïstes, symbolisant la vie et la prospérité.

Période Heian à Edo (794–1868)
  • Le riz devient un indicateur de richesse et une monnaie d’échange.

    Les seigneurs féodaux (daimyō) sont évalués selon leur production de riz (mesurée en koku, environ 180 litres de riz).

    Développement de réseaux d’irrigation, de techniques agricoles avancées et de marchés du riz (notamment à Osaka).

Dimension religieuse et culturelle
  • Shintō et riz :
    Le riz est au centre de nombreux
    rites shintoïstes. La divinité Inari est la protectrice des rizières.
    Le cycle agricole est rythmé par des fêtes telles que :

    • Niinamesai : fête des premières récoltes, encore célébrée aujourd’hui par l’empereur.

      Otaue Matsuri : festivals de plantation du riz.

    Symbolisme :
    Le riz est un symbole de
    pureté, d’abondance, de solidarité communautaire. Il est omniprésent dans les repas traditionnels et cérémonies (mariages, funérailles, offrandes...).

Époque moderne et contemporaine
  • Modernisation agricole (ère Meiji, 1868–1912) :
    Introduction de nouvelles technologies, engrais, et organisation étatique de la production rizicole.

    Après-guerre :
    Le riz reste un
    aliment de base. L’État japonais instaure un contrôle strict des prix et de la production via le Nōrinshō (ministère de l’Agriculture).

    Années 1990 à aujourd’hui :

    • Baisse de la consommation due à la diversification alimentaire (pain, pâtes).

      Vieillissement des agriculteurs et déclin du nombre de rizières.

      Le riz reste cependant au cœur de l’identité japonaise, et des politiques soutiennent sa culture pour des raisons écologiques, culturelles et patrimoniales.

Aujourd’hui : entre tradition et innovation
  • Le Japon produit du riz de haute qualité, souvent cultivé selon des méthodes traditionnelles ou biologiques.

    Il existe des variétés emblématiques comme le Koshihikari, prisé pour sa saveur et sa texture.

    L’industrie du riz reste active : riz nature, saké, mochi, senbei, etc.

En résumé

La culture du riz au Japon est l’un des piliers historiques, culturels et spirituels de la nation. Plus qu’une simple ressource alimentaire, elle incarne les valeurs communautaires, la relation à la nature, et une tradition millénaire qui perdure malgré les défis du monde moderne.

Rizières de Chichibu

Rizières de Chichibu


 

POÉSIE COMPOSÉE PAR PHILEMON

Tanka

Riz au Japon

  1. Sous la pluie d’été
    Les rizières miroitent
    Grenouilles sautent
    Chaque pousse fragile boit
    Un éclat du ciel nouveau

  2.  

  3. Main calleuse douce
    Elle plante dans la boue tiède
    Pluie dans ses cheveux
    Ses pas laissent des offrandes
    Dans la terre nourricière

  4.  

  5. Matin de rosée
    Les champs dressent des miroirs
    Aux montagnes bleues
    Un grand héron silencieux
    Glisse dans l’eau endormie

  6.  

  1. Haïbun

    PLUIE BATTANTE

    La pluie s’abat sans répit sur les rizières. Le paysan, pieds nus dans la boue, sait que cette eau, aujourd’hui lourde et froide, deviendra demain nourriture et chaleur.


    Sous l’averse grise
    Grenouille au chant persistant
    Le riz prend racine.


    Philémon

rizière décorée

rizière décorée

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LE PÈLERINAGE DU MONT FUJI

23 Août 2025, 08:22am

Fuji San et marécages, estampe de Utagawa Hiroshige

Fuji San et marécages, estampe de Utagawa Hiroshige

Le Fuji San au loin, estampe de Katsushika Hokusaï

Le Fuji San au loin, estampe de Katsushika Hokusaï

Entre ascension physique et élévation spirituelle.

 

Mont Fuji, flanc sud-est . Il est quatre heures du matin. Une file silencieuse de marcheurs progresse lentement à la lumière des lampes frontales. Le froid mord les visages, le souffle se fait plus court.

Pourtant, aucun mot de plainte ne se fait entendre. Ce n’est pas une simple randonnée. Pour beaucoup, c’est un pèlerinage. Une quête intérieure, aussi importante que le sommet lui-même.

Depuis des siècles, gravir le Mont Fuji est un acte de foi autant qu’un effort physique. Ce pèlerinage, enraciné dans les traditions religieuses japonaises, est une expérience que vivent chaque année des milliers de personnes. Si les motivations modernes sont diverses : sportives, touristiques, personnelles , le caractère sacré de la montagne reste, lui, intact.

Le pèlerinage remonte au VIIIe siècle, à l’époque de l’éveil du bouddhisme et du syncrétisme religieux au Japon.

Dans le shintoïsme, la montagne est perçue comme un kami, une divinité de la nature. Pour les bouddhistes, elle est une métaphore de l’ascension vers l’illumination.

Le sommet, caché dans les nuages, symbolise l’éveil après une vie de souffrances et d’épreuves.

Le moine Matsudai Shōnin est considéré comme l’un des premiers à avoir institutionnalisé ce pèlerinage, au XIe siècle.

Au fil des générations, des groupes appelés Fuji-kō, des confréries de dévots, se formaient à travers tout le pays.

Ils organisaient ensemble leur voyage, portaient des habits blancs ( couleur de la purification ) et suivaient des rituels précis avant, pendant et après l’ascension.

Traditionnellement, le pèlerinage commençait au niveau de la mer, à Fujisan Hongū Sengen Taisha, un sanctuaire shinto situé dans la ville de Fujinomiya. Là, les marcheurs demandaient la protection de la déesse Konohanasakuya-hime, l’esprit du volcan.

De ce lieu, ils entamaient une montée en plusieurs étapes, ponctuée de stations rituelles (ou ) où prières, offrandes et chants accompagnaient les pauses.

Encore aujourd’hui, certains itinéraires de pèlerinage sont conservés, comme l’ancienne route Yoshida, qui commence au sanctuaire Kitaguchi Hongū Fuji Sengen Jinja, au nord.

Le sentier traverse des forêts sacrées, des torii de pierre, et de petits autels cachés dans la roche volcanique.

Le moment principal du pèlerinage est l’arrivée au sommet avant l’aube, pour assister au Goraikō : littéralement "la venue de la lumière". Voir le soleil se lever au-dessus de la mer de nuages, depuis le plus haut point du Japon, est une vision mystique.

Pour les pèlerins, cela symbolise la renaissance, la lumière intérieure après l’épreuve.

À ce moment, beaucoup ferment les yeux, récitent des prières, ou simplement laissent couler leurs larmes. Ce n’est plus une simple randonnée, mais une expérience de transformation.

Si la modernité a modifié les pratiques , nombreux sont ceux qui montent en baskets, munis de gourdes et de smartphones mais l’esprit du pèlerinage subsiste.

Certains groupes perpétuent les rituels ancestraux, accompagnés de moines ou de guides spirituels. Des sanctuaires, des rites de purification, des cérémonies de départ sont toujours actifs.

L’État japonais reconnaît d’ailleurs ce patrimoine immatériel : le Fuji Shinkō (le culte du Mont Fuji) est inscrit au titre du patrimoine mondial pour sa signification religieuse et culturelle.

Le Mont Fuji n’est pas qu’une montagne. C’est un sanctuaire à ciel ouvert.

Un temple sans murs, dont chaque pierre, chaque souffle d’air porte le poids d’un millénaire de prières.

 

POÉSIE COMPOSÉE PAR Philémon

 

Un grand corbeau vole 
Puis disparaît dans le vent
Le sommet t’appelle
Tu grimpes sans le vouloir
Poussé par le silence

 

Brume sur les flancs 
Le mont chante en lui tout bas
Des mots invisibles
Il s’abandonne sans nom
Devant ce dieu sans visage

 

À l’aube Fuji 
Porte un manteau de lumière
Chaque rayon touche
Une corde de son esprit
Qui résonne en harmonie

 

Le vent sur les pierres 
Lui récite un vieux poème
Sans début ni fin
Tout son être s’évanouit
Dans cette voix millénaire

 

Il s’incline bas 
Devant le géant sacré
Pas de mot pas d’yeux
Juste une immense présence
Qui bénit sans un geste

 

 

L’ aube sur Fuji-San

Avant que le soleil ne perce l’horizon, le moine s’arrête. L’air est sacré, lourd d’une attente. Le mont veille. Il ne dort jamais. En lui sommeille un dieu immobile.

Flamme du matin
Fuji ouvre lentement
L’œil de l’univers

 
Les cendres de l’ego

Il dépose son passé sur la lave ancienne. Sous la neige éternelle, ses erreurs fondent. L’âme se polit comme pierre sous pluie.

Nuées sur la cime
Tu te perds dans le nuage
Tu deviens lumière
 
Philémon
 


​​​​​​​​​​​​​​​​​​

Fuji yama, estampe de Katsushika Hokusaï

Fuji yama, estampe de Katsushika Hokusaï

Coup de vent, estampe de Katsuskika Hokusaï

Coup de vent, estampe de Katsuskika Hokusaï

Mont Fuji et cerf volants, estampe de Utagawa Hiroshige

Mont Fuji et cerf volants, estampe de Utagawa Hiroshige

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LE MONT FUJI

18 Août 2025, 07:55am

Orage sur le mont Fuji estampe de Katsushika Hokusaï

Orage sur le mont Fuji estampe de Katsushika Hokusaï

Mont Fuji, estampe de Utagawa Hiroshige

Mont Fuji, estampe de Utagawa Hiroshige

Mont sacré qui traverse l’histoire

Le mont Fuji, ou Fuji-san, est le plus haut sommet du Japon, culminant à 3 776 mètres.

Ce volcan majestueux, situé sur l’île principale de Honshu, à environ 100 kilomètres au sud-ouest de Tokyo, est un symbole incontournable du Japon, tant sur le plan naturel que spirituel.

Le mont Fuji est un stratovolcan formé par la superposition de plusieurs couches de lave et de cendres issues d'éruptions successives. Il s’est formé sur plusieurs centaines de milliers d’années, avec trois grands stades volcaniques :

  • Komitake Fuji (le plus ancien) :

    • C’est la première activité volcanique, il y a plus de 700 000 ans.

      Il s’agit d’un ancien volcan aujourd’hui enfoui sous les couches plus récentes.

    Ko Fuji (le "vieux Fuji") :

    • Il s’est édifié il y a environ 100 000 à 10 000 ans.

      Son activité a donné naissance à un grand stratovolcan, mais il a ensuite été fortement érodé et en partie détruit par des éruptions

      et enfin Shin Fuji (le "nouveau Fuji"), dont les éruptions ont sculpté le cône actuel

    • C’est la phase actuelle, commencée il y a environ 10 000 ans.

      C’est ce cône volcanique symétrique et majestueux que l’on voit aujourd’hui.

    Un peu comme 3 volcans “empilés” l’un sur l’autre.

La dernière éruption connue, appelée l’éruption Hōei, a eu lieu en 1707. Bien que considéré comme actif, le volcan est aujourd’hui en sommeil.

Au-delà de sa majesté naturelle, le mont Fuji a une place centrale dans la culture et la spiritualité japonaises. Il est considéré comme une montagne sacrée depuis des siècles.

Dans le shintoïsme, il est associé à Konohanasakuya-hime, la déesse des fleurs et du volcan. Beaucoup de pèlerins gravissent la montagne pour honorer les divinités qui y résident.

Pendant l’époque d’Edo (1603–1868), les ascensions rituelles du mont Fuji étaient pratiquées par des groupes religieux appelés Fuji-kō, renforçant le lien spirituel entre les Japonais et la montagne.

Aujourd’hui encore, escalader le mont Fuji reste un acte à la fois physique et spirituel pour de nombreux Japonais et touristes.

La phrase célèbre "Celui qui escalade le mont Fuji une fois est un sage, celui qui le fait deux fois est un fou" résume bien cette tradition.

Le mont Fuji est un motif omniprésent dans l’art japonais, notamment dans les estampes célèbres comme "La Grande Vague de Kanagawa" de Hokusai, où il apparaît en arrière-plan. Il figure également sur des objets quotidiens, des billets de banque, et dans la littérature. C’est une véritable icône nationale.

En 2013, le mont Fuji a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en tant que "site culturel", en reconnaissance de son influence artistique et spirituelle.

 

 

Poésie composée par Philémon

Haibun

Brume du matin

Au petit matin, la vallée dort encore. Les clochettes des pèlerins tintent à peine, comme des échos du rêve. Le sentier s'efface dans une mer de brume, et soudain, dans un souffle du vent, le mont Fuji surgit , silhouette sacrée, suspendue entre ciel et silence. Je reste figé. Le monde entier se recueille dans cette apparition.

Fuji dans la brume
Un dieu se lève en silence
Parmi les cigales

 

Sous la lune d’automne

À l’automne, la neige blanche recouvre déjà la cime du mont Fuji. Il marche seul sur les rives du lac Kawaguchi. La lune s’y reflète, ronde et froide, comme un œil ancien qui le regarde. Même les roseaux se taisent. Le souffle de l’éternité passe entre les pierres.

Ombre du Fuji
La lune d'automne tremble
Dans une onde claire

 
Tanka sur le mont Fuji
 

Tant de voyageurs
Ont laissé leurs pas là-haut
Et pourtant toujours
Le sommet reste lointain
Un silence de nuage

 

Des vents violents
Fouettent les pins en contrebas
Lui reste impassible
Fuji San garde les cieux
Au creux de sa solitude

 

Sous le grand Fuji
Un sanctuaire caché
Entre deux cyprès
Le dieu de la montagne
N’a pas besoin d’encensoir

 

Philémon

 


​​​​

Fuji San et marais , estampe de Utagawa Hiroshige

Fuji San et marais , estampe de Utagawa Hiroshige

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FÊTE DE LA MONTAGNE AU JAPON

12 Août 2025, 13:23pm

vue du lac de Hakone, estampe de Utagawa Hiroshige

vue du lac de Hakone, estampe de Utagawa Hiroshige

Tateyama dans la province d'Etchu, estampe de Utagawa Hiroshige

Tateyama dans la province d'Etchu, estampe de Utagawa Hiroshige

Il existe une profonde vénération et un lien spirituel avec la nature au Japon grâce à la religion Shintō, qui met l’accent sur le pouvoir et la divinité de la nature. Les esprits, ou kami prennent la forme d’objets présents dans la nature comme les montagnes, les arbres, les rivières, etc.

Trois montagnes sont considérées comme les montagnes les plus sacrées du Japon :

le mont Fuji,

le mont Haku (Hakusan

et le mont Tate (Tateyama ).

Ensemble, ils sont connus sous le nom de Sanreizan , ou les Trois Monts Saints et sont censés posséder des pouvoirs spirituels.

En plus d’être un symbole du Japon, le Mont Fuji est un point de rassemblement pour les esprits des ancêtres.

La principale divinité associée au Mt Fuji est la déesse Shintō Konohana Sakura Hime, la déesse des arbres en fleurs. « Fuji » est également le mot pour « feu », ainsi le dieu du feu est associé au Mt Fuji et honoré lors d’une cérémonie du feu à la fin de la saison d’escalade de chaque année.

Si le mont Fuji est associé au feu, le mont Haku, situé près de Kanazawa dans la préfecture d’Ishikawa, est vénéré comme le dieu de l’eau. En effet, trois rivières voisines tirent leur eau de cette montagne. L’eau de ces rivières est essentielle pour les agriculteurs locaux.

Le Hakusan, qui signifie montagne blanche, est recouvert de neige pendant la majeure partie de l’année, ce qui en fait une destination populaire pour les skieurs et les snowboardeurs.

Enfin, le Mt Tate est connu comme le lieu où les esprits reviennent. C’était autrefois le lieu d’entraînement des moines bouddhistes, mais c’est aujourd’hui une destination de randonnée populaire, comme ses homologues des montagnes sacrées.

En plus de la randonnée, les gens profitent des « onsen »* lorsqu’ils visitent cette montagne. Elle est également recouverte de neige pendant une grande partie de l’année, ce qui en fait un sommet difficile à escalader la plupart du temps.

*Bassin naturel d’eau de source chaude géothermale utilisé pour les bains publics. Cette pratique culturelle est renommée pour purifier le corps et l’esprit et soigner quelques douleurs.

Chaque année, le 11 août, on célèbre la Journée de la montagne, ou « Yama no Hi » au Japon. Il s’agit du plus récent jour férié du pays, promulgué en 2014 dans l’intention d’encourager les gens à rendre hommage aux montagnes et à en apprécier les bénédictions.

Il ne faut pas s’étonner qu’il existe au Japon un jour férié célébrant les montagnes. Plus de 70 % du pays est montagneux et le plus haut sommet, le Mont Fuji (Fujisan,) à 3 775 mètres, est l’une des montagnes les plus célèbres au monde.

Traditionnellement, les montagnes ont une grande signification spirituelle dans la culture japonaise et elles sont souvent vénérées en tant que lieux sacrés. Cela prend tout son sens quand on pense à la relation forte que la religion Shintō entretient avec la nature.

Le Club alpin japonais et d’autres amateurs de randonnée, de trekking et de ski ont plaidé en faveur d’un jour férié pour célébrer les paysages montagneux du pays. La loi instituant la Journée de la montagne a été promulguée en 2014 et appliquée pour la première fois en 2016.

 

On dit que le 11 août a été choisi parce que le kanji** pour « huit » () ressemble à une montagne et que le chiffre 11 ressemble à deux arbres.

** idéogramme qui a un sens propre et qui est d’origine chinoise.

Le mont Asuka à Edo, ce parc existe encore aujourd'hui à Tokyo. Estampe de Utagawa Hiroshige

Le mont Asuka à Edo, ce parc existe encore aujourd'hui à Tokyo. Estampe de Utagawa Hiroshige

Poésie composée par Philémon :

Tanka sur la montagne au Japon

 

Sentier escarpé
Des pas gravent dans la roche
Un chant éphémère
Au sommet l’aube s’enflamme
Sur la mer de nuages

  1.  

Sous le torii rouge
La montagne s’incline
Dans le soir tombant
L’encens danse avec le vent
Les dieux murmurent leurs vœux

  1.  

Pluie sur les mousses
Le temple en bois centenaire
S’imbibe de paix
Un moine passe en silence
Écho d’un monde ancien

 

Sur le Mont Koya
Des tombes sous les cyprès
Et mille légendes
Un moine trace un kanji
Dans la terre humide et froide

  1.  

Nuit sans un murmure
Seule la lune s’attarde
Sur le vieux sommet
Un loup rôde sous la brume
Gardien des âmes errantes

 

Haïbun sur la montagne

 

La brume et le torii

 

L’ascension fut longue. Le sentier serpente entre des cèdres centenaires, et chaque pas le rapproche du sommet. Là-haut, un torii vermillon se dresse, embrassé par la brume. Il s’arrête. Tout autour, la montagne disparaît dans un voile cotonneux. Juste un instant, il est suspendu entre ciel et terre, comme si le monde des hommes s’effaçait derrière lui.

Torii dans la brume
Un aigle s’élève seul
Vers l’invisible

  1. Philémon

Le col dans la province de Kaï, estampe de Katsushika Okusaï

Le col dans la province de Kaï, estampe de Katsushika Okusaï

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MOINES MARATHONIENS ( suite et fin ) leçons de plénitude

11 Août 2025, 14:24pm

MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude
MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude

38 400 kilomètres sur la voie de l’illumination

Chaque matin, durant 100 jours, les aspirants partent courir et marcher sur 30 kilomètres à travers les montagnes, pour aller prier dans les temples répartis de part et d’autre de la région. Un choix doit se faire le matin du 101e jour : arrêter et entrer dans les ordres, ou continuer le chemin pouvant mener à l’illumination, sur une distance de 38 400 kilomètres et pour une durée de 1 000 jours. 

 

Cette pratique s’étale sur sept ans. Elle est divisée en plusieurs sections de 100 jours. Les jours de repos sont consacrés à la méditation, à l’apprentissage de la calligraphie et à la réalisation des tâches monacales habituelles. Mis à part les chants et les prières devant être effectués à chaque temple situé sur une route définie, d’autres règles sont à respecter : il est interdit de s’arrêter pour boire ou se rafraîchir, de retirer la robe, le chapeau et les sandales de paille qui composent la tenue, et il n’est possible de s’asseoir qu’une fois par jour. Celui qui décide de poursuivre sa route le 101e jour prête un serment faisant de lui un chercheur, et il doit en tant que tel s’engager à un défi supplémentaire : s’il échoue dans sa quête, il devra mettre fin à ses jours. Il n’est donc pas étonnant que seuls 46 moines aient réussi à tenir 1 000 jours.

 

Malgré les épreuves, la récompense est grande pour les persévérants. Toute personne terminant le Kaihogyo, puis qui survit aux neuf jours sans nourriture, sans boisson et sans sommeil (à ne pas négliger), est élevée au statut de Bouddha vivant et est considérée comme un saint pour le restant de ses jours. En poussant leur corps et leur mental jusqu’aux dernières limites des capacités humaines, ces moines ont la réputation d’être en mesure de vivre pleinement l’expérience humaine. Grâce à des exercices physiques extrêmes, à un mental d’acier et à un engagement spirituel sans faille, ils sont parvenus à consacrer corps, esprit et âme à leur dévotion.

A son apogée Enryakuji comptait jusqu'à 3 000 sous-temples et des milliers de moines en résidence.

Le complexe de temples a été détruit par Oda Nobunaga en 1571 pour étouffer le pouvoir des moines guerriers. Il a été reconstruit dans les années qui ont suivi et la plupart des bâtiments actuels datent du XVIIe siècle. Enryakuji a été classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1994. Aujourd'hui, il abrite d'importants biens culturels et continue d'être un centre du bouddhisme Tendai.

Des moines célèbres et la diffusion du bouddhisme depuis le mont Hiei

De nombreux moines célèbres et influents ont étudié et se sont entraînés au temple Enryakuji avant de répandre le bouddhisme et de fonder d'autres sectes importantes. Le mont Hiei a été un centre d'études bouddhistes important qui a façonné le bouddhisme japonais.

Parmi les moines célèbres ayant des liens avec le mont Hiei, on peut citer:

Honen - Fondateur de la secte Jodo (Terre pure)

Shinran - Disciple de Honen qui a fondé la secte Jodo Shinshu

Nichiren - Fondateur de la secte Nichiren

Dogen - Fondateur du zen Soto

Eisai - introduit le zen Rinzai de Chine

 

Tous ces moines ont d'abord été formés à Enryakuji, ce qui démontre le rôle central du mont Hiei dans les études bouddhistes avant que ces personnalités influentes ne diffusent de nouvelles idées à travers le Japon.

 

Le Kaihōgyō : 7 années d’endurance extrême , résumé :


 

Années 1 à 3
  • Chaque jour : 30 km à pied (environ un marathon, sur terrain montagneux)

    Durée : 100 jours consécutifs.

    Objectif : habituer le corps et l’esprit à l’effort, et mémoriser les 250 lieux sacrés du parcours.

Années 4 et 5
  • Distance doublée : 60 km/jour.

    Durée : 200 jours dans l’année (en 2 périodes).

    Épreuve clé en 5ᵉ année : le dōiri

    • 9 jours sans nourriture, eau, sommeil ni repos (ils sont juste assis, priant continuellement).

      Le but est symboliquement de “mourir” au monde profane.

      C’est juste après cette épreuve que le moine est aidé par un pousseur lors des courses.

      • Il est tellement affaibli que le tsukebito le soutient, l’encourage, lui donne le rythme, et peut physiquement le pousser un peu dans les côtes.

    Ce “pousseur” n’est pas là pour courir à leur place, mais pour les maintenir éveillés, leur rappeler le rythme, et parfois même les pousser légèrement dans les montées, car à ce stade l’épuisement est extrême.

     

Année 6
  • Toujours 60 km/jour, sur 100 jours.

    Le moine est désormais très connu sur la montagne, vu comme un ascète presque surhumain.

Année 7
  • Phase finale :

    • 100 jours à 84 km/jour (double marathon quotidien).

      Puis 100 derniers jours à 30 km/jour pour “redescendre” symboliquement.

le pousseur en action

le pousseur en action

le pousseur et son poussoir

le pousseur et son poussoir

MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude
Modèle de sandale

Modèle de sandale

POESIE COMPOSEE PAR Philémon

 

Chaussé de vent pur
Il traverse la brume
Comme un feu paisible
L’éveil a le visage

D’un homme qui s’oublie

  1.  

Nuit sans fond dehors
Mais de la clarté grandit
A l’intérieur de lui-même
Le sentier est lumineux
Que les yeux ne peuvent voir

 

Le souffle du Mont

Le vent est plus qu’un souffle : c’est un maître. Il gifle, il caresse, il rappelle que la nature n’est ni douce, ni cruelle.

Brume sur les pins
L’ombre du moine traverse
Sans troubler le sol
 
Le cercle accompli

Sept ans. Mille jours. Les mêmes chemins. Mais aujourd’hui, tout est neuf. Il a cessé de marcher, et c’est le monde qui avance. Il a atteint l’état sans début ni fin.

Chute de feuilles
Sans regret ni bruit du cœur
Vide plein « d’être »
 
Philémon
En prières

En prières

MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude
MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude
MOINES MARATHONIENS   ( suite et fin ) leçons de plénitude

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