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Poésie Japonaise

HOICHI

30 Mai 2026, 09:36am

Hôichi , joueur de biwa.

Hôichi , joueur de biwa.

Dramatique bataille de Dan no Ura

Dramatique bataille de Dan no Ura

Voici une histoire extraite d’un chanson basée sur des faits historiques avérés.


 

Dans la ville de Hôfu, près des côtes du sud du Japon, vivait un jeune homme aveugle nommé Hôichi.

Il était musicien, joueur de biwa (un luth traditionnel à 4 cordes)
Et il avait un don rare : quand il jouait, même les plus durs guerriers pleuraient.

Ses chansons racontaient surtout une grande tragédie ancienne :la chute des Taira, un clan noble vaincu lors de la bataille de Dan-no-ura.

Les esprits de cette guerre, dit-on, erraient encore sur les rivages.

Hôichi vivait dans un temple bouddhiste.

La nuit, il jouait seul, dans la cour silencieuse.

Un soir, un serviteur du monde invisible vint le chercher.

Notre musicien entendit des pas. Puis une voix élégante.

Des guerriers invisibles aux yeux ordinaires étaient venus le voir.

Ils lui dirent :

“Viens jouer pour notre maître.”

Hôichi, ignorant qu’il s’agissait de fantômes, les suivit.

On le mena à un grand palais.

Là, dans une salle immense, des nobles spectres étaient assis en silence.

Ils portaient des armures anciennes, des visages pâles, des regards vides.

Et devant eux, Hôichi joua.

Il joua la bataille de Dan-no-ura.

Il joua les navires, les flèches, la mer rouge.

Il joua la mort des guerriers.

Et les esprits pleuraient.

Chaque nuit, ils revenaient le chercher.

Et chaque nuit, il jouait pour eux, sans savoir qu’il jouait pour les morts.

Mais les moines du temple commencèrent à s’inquiéter.

Ils comprirent qu’Hôichi disparaissait la nuit.

Et surtout : qu’il revenait épuisé, comme vidé de sa force vitale.

Un moine décida de le protéger.

Il demanda à Hôichi de rester immobile.

Puis il écrivit des sutras sacrés sur tout son corps :
les bras, les jambes, la poitrine.

Il voulait le rendre invisible aux esprits.

Mais il oublia une chose.

Ses oreilles.

La nuit suivante, les fantômes revinrent.

Ils cherchèrent Hôichi.

Ils ne virent pas son corps.

Mais ils virent ses oreilles.

Alors ils comprirent.

Ils pensèrent qu’il était irrespectueux : seul un corps sans tête semblait défier leur présence.

Le chef des spectres s’approcha.

Et d’une voix grave, il ordonna :

“Apportez-moi ses oreilles.”

Dans l’obscurité du temple, les moines n’avaient rien vu.

Mais au matin, ils découvrirent Hôichi vivant…sans oreilles.

Pourtant, quelque chose d’étrange se produisit ensuite.

Les fantômes ne revinrent jamais.

Car Hôichi, désormais marqué par sa douleur, avait été respecté par les esprits : il avait survécu à leur monde.

Son histoire devint célèbre dans tout l’archipel Nippon

On l’appela :
Hôichi sans oreilles (Mimi-nashi Hôichi).

Ce qui rend cette légende si particulière, c’est le ton et surtout une idée très japonaise :

la musique peut ouvrir des portes… même celles des morts.


 

EPILOGUE


 

Pour une meilleure compréhension de cette histoire il me paraît important de vous fournir des précisions sur le sujet de la chanson interprétée par Hôichi : la tragédie de la bataille de Dan-no-Ura, qui fut la dernière grande confrontation de la guerre de Genpei, un conflit civil majeur qui opposa les clans Taira (Heike) et Minamoto (Genji) pour le contrôle du Japon.

Cet affrontement s'est déroulé le 25 avril 1185 (selon le calendrier lunaire japonais : le 24 du 3e mois de l'année 1185) dans le détroit de Shimonoseki, entre l'île de Honshu et l'île de Kyushu.

  • Le clan Taira, qui contrôlait l'empereur et la cour impériale, était en retraite forcée vers l'ouest du Japon, poussé par les forces du clan Minamoto et s'était réfugié dans le détroit de Dan-no-Ura avec la famille impériale, dont le jeune empereur Antoku.

     

    Les combats furent acharnés. Les Taira, connaissant les marées du détroit, espéraient les utiliser à leur avantage. Cependant, une trahison de certains capitaines de navires Taira (qui passèrent du côté des Minamoto) et un changement imprévu des courants ont inversé le cours de la bataille en faveur des Minamoto.

     

    Face à la défaite inévitable, la grand-mère de l'empereur Antoku, la veuve de l'empereur Go-Shirakawa, se jeta à la mer avec le jeune empereur (âgé de 6 ans) et le trésor impérial, notamment le Joya no Tama (le Joyau de la couronne japonaise), se noyant tous les deux.

     

    Beaucoup d'autres membres du clan Taira suivirent leur exemple plutôt que de se rendre.

     

    Cette victoire marqua la fin définitive du clan Taira et permit au clan Minamoto d'établir le premier gouvernement militaire (shogunat) de l'histoire du Japon, sous le commandement de Minamoto no Yoritomo, ouvrant ainsi l'ère de la domination des samouraïs qui dura jusqu'en 1868.

C'est un événement tragique et emblématique, souvent romancé dans le Heike Monogatari (Le Conte du Heike), qui symbolise l'impermanence de la puissance (le concept bouddhique de mujō)

Le Conte du Heike est une œuvre littéraire classique japonaise, considérée comme l'une des plus importantes de la littérature mondiale et qui a influencé profondément le théâtre Nô.


 

Bataille de Dan no Ura

Bataille de Dan no Ura

Poésie par Philémon

 

Biwa sous la pluie
Dans les vagues de Dan-no-ura
Voguent les casques
La voix du vieux Hoichi
Fait pleurer les crabes rouges

 

 

Lune sur les flots
Les Heike sans sépulture
Errent sous l’écume
Chaque corde du biwa
Réveille un nom oublié

 

 

Temple déserté
Le joueur aveugle écoute
La mer respirer
Dans le vent des pins tordus
Des manches bruissent encor

 

Sous l’eau noire dort
L’enfant empereur noyé
Avec les miroirs
Hoichi chante tellement bas
Que tremble la lampe à huile

 

 

Les guerriers défunts
Reviennent aux nuits sans lune
Demander leur chant
Le sable humide conserve
L’empreinte de leurs armures

 

 

Encens du matin
Sur le corps nu de Hoichi
Les sutras effacent
Ses oreilles seules offertes
Aux fantômes du ressac

 

 

Dernière complainte
Le biwa se tait enfin
Devant l’aube grise
Sur Dan-no-ura flotte
La mémoire des vaincus.


 

Haïbuns


 

La nuit du temple

Le temple Amidaji semblait vide, mais la mer toute proche ne dormait jamais. Hoichi, assis près des lampes mourantes, passait ses doigts sur les cordes du biwa. Les moines avaient fermé les portes depuis longtemps ; pourtant quelqu’un attendait dehors. On entendait le clapotement d’une armure humide.

Un serviteur vint réclamer le chant des Heike.

Sous les pins battus
une armure sans visage
odeur de varech

 

Dan-no-ura

La marée change vite dans le détroit. Les bateaux des Genji encerclèrent les Heike tandis que les bannières claquaient comme des oiseaux noirs. L’enfant empereur regardait la mer avec des yeux trop calmes. Puis vint le grand silence de l’eau refermée.

Des siècles plus tard, les pêcheurs évitent encore certains courants.

Vagues de printemps
dans le filet remontent
des casques rouillés

 

Les oreilles de Hoichi

Les moines avaient couvert son corps entier de sutras afin que les morts ne puissent plus le voir. Dans la nuit, les fantômes vinrent malgré tout. Ils ne distinguèrent qu’une paire d’oreilles flottant dans l’obscurité.

Alors ils les emportèrent.

Temple au matin gris.
Sur le bois des galeries
goutte un sang très noir.

 

Les crabes Heike

À marée basse, les enfants des pêcheurs retournent les pierres du rivage. Ils trouvent parfois des crabes dont la carapace ressemble à un visage courroucé. Les anciens disent que ce sont les guerriers Heike changés en créatures marines afin qu’ils poursuivent leur guerre sous les vagues.

Le vent sent le sel et les algues sèches.

Au fond des remous
des yeux d’hommes semblent suivre
les barques du soir.

 

Le dernier chant

Hoichi vieillissait. Sa renommée s’était répandue dans toutes les provinces, mais certaines nuits il croyait encore entendre l’appel venu de la mer. Alors il s’asseyait face aux vagues et jouait pour les morts.

Il savait qu’un jour eux seuls l’écouteraient encore.

Brume sur les flots
le biwa répond longtemps
à plus personne.

 

Spectre

Spectre

Fantôme

Fantôme

Application des sutras sur Hoichi

Application des sutras sur Hoichi

Hoichi séquence du théâtre Nô

Hoichi séquence du théâtre Nô

Joueurs de biwa aveugles

Joueurs de biwa aveugles

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E
Bonjour Philémon. Merci pour cette légende d'Hoïchi et tes jolis poèmes. Bonne journée
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J'aime bien tes visites, toujours empreintes d'amitié.<br /> <br /> Belle fin de semaine, Brigitte.
M
Pour moi la musique est essentielle à notre vie, à la mienne en tout cas et à celle d'Arnaud, qui n'est plus... J'espère que dans une autre vie il en aura !
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Je partage ton sentiment au sujet de la musique qui est la partition de notre cheminement de vie avec différentes clés représentées par les évènements rencontrés au fil du déroulement de notre destinée.<br /> <br /> Je sais qu'il est des blessures qui ne se refermeront jamais, mais "The show must go on ! "<br /> <br /> Merci Marine pour ta visite et passe une belle journée dominicale au milieu de ton havre de paix. ⛩️🌈
B
Quelle belle histoire que celle de Hôichi sans oreilles basée sur des faits historiques avérés. avec sa légende si particulière qui donne le ton et surtout une idée très japonaise...<br /> <br /> "La musique peut ouvrir des portes… même celles des morts."<br /> <br /> Tu l'as joliment poétisée et illustrée.<br /> Merci pour cette découverte captivante.<br /> Bon début de semaine cher Philémon<br /> Je t'embrasse<br /> Amitiés
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La musique peut ouvrir des portes......cette phrase est la clef du domaine à la fois spirituel et laïque des traditions nippones.<br /> <br /> L'histoire étant peu banale, j'ai pensé qu'elle aurait une bonne audience lors de sa publication.<br /> <br /> Ta visite est comme une brise de fraîcheur , chère Béatrice.<br /> <br /> Je te souhaite de passer une excellente semaine.<br /> <br /> Bien amicalement , je t'embrasse. ⛩️🌈
G
On se laisse captiver par l'histoire si joliment illustrée par le choix des images et par tes textes qui en décryptent la profondeur.<br /> Très bon dimanche à toi !
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Merci Marie-Thérèse pour ces très sympathiques commentaires qui me confortent dans le choix de publier cette histoire.<br /> <br /> A mon tour , je te souhaite de passer un excellent dimanche.
M
Tu as toujours des illustrations magnifiques ! C'est vraiment très beau. L'histoire aussi est captivante, on sent l'attirance des Japonais pour la vie de l'au-delà, et surtout leur crainte à l'encontre d'éventuelles âmes errantes... Cela rejoint toutes les croyances des campagnes profondes, qui ont précédé la mainmise des religions (comme chez nous en Bretagne par exemple). Et puis cette puissance du chant rappelle le mythe grec d'Orphée. Enfin, toujours bravo pour tous tes poèmes, qui illustrent magnifiquement à leur façon ces légendes, par petites touches comme une peinture.
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Chère Martine ta généreuse et amicale visite accompagnée de tes commentaires me touchent beaucoup, très sincèrement.<br /> <br /> Oui, dans nos campagnes il y a toujours existé des croyances laïques qui ont été remplacées par des personnages de la religion et peu d'entre elles ont maintenu ces croyances comme en Bretagne.<br /> Dans l'archipel Nippon, les traditions séculaires sont imprégnées par 2 religions : le Shintoïsme et le Bouddhisme de façon naturelle; on peut dire que cela est passé dans l'inconscient collectif japonais, ce qui maintient les traditions vivantes.<br /> <br /> Bonne fin de semaine sous influence ombragée. ⛩️🌳
T
Merci pour ce partage. Vous avez une très belle plume.<br /> Bel après-midi à vous.
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J'en déduis que vous avez réussi à vous inscrire à ma news letter.<br /> <br /> J'apprécie vos commentaires qui me touchent et vous souhaite une belle fin de journée entourée de coupes glacées au sorbet de votre choix. ⛩️🍨🍨🍨🍨🍨
J
Merci Philémon, une autre belle découverte.... amitiés, jill
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Merci pour ta visite Fabienne et passe une belle fin de semaine ombragée, à proximité d'une rivière.<br /> <br /> Amitiés. ⛩️🌳<br />