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Poésie Japonaise

LES CHATS AU JAPON (2ème et dernière partie)

26 Mai 2026, 14:44pm

LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)

Le Maneki-neko illustre ainsi la manière dont une croyance populaire peut se transformer en symbole économique durable.

La présence du chat dans la culture japonaise prend une dimension nouvelle au début du XXᵉ siècle avec la publication du roman : «Je suis un chat» (Wagahai wa neko de aru) de l’écrivain Natsume Soseki.

Publié entre 1905 et 1906, ce roman adopte un dispositif narratif original : l’histoire est racontée par un chat domestique sans nom qui observe les humains qui l’entourent. L’œuvre s’ouvre par une phrase devenue célèbre :

«Je suis un chat. Je n’ai pas encore de nom».

Le choix d’un narrateur félin permet à Soseki d’adopter un regard ironique sur la société japonaise de l’ère Meiji (1868-1912)

À cette époque, le Japon connaît une modernisation rapide et une forte influence culturelle occidentale.

Dans le roman, le chat observe les discussions d’un groupe d’intellectuels et révèle les contradictions de cette société en transformation, du snobisme intellectuel à la fascination maladive pour l’occident.

Sa position est idéale pour ce rôle : il appartient au foyer mais reste extérieur au monde humain. Une perspective qui permet à l’auteur de proposer une satire sociale particulièrement efficace. 

Les arts visuels japonais ont également contribué à populariser l’image du chat.

 Dans les estampes ukiyo-e de l’époque d’Edo, les artistes représentent souvent des chats dans des scènes de la vie quotidienne.

Ces clichés montrent par exemple des chats jouant avec des objets, observant leur environnement ou dormant dans des intérieurs domestiques. Elles témoignent d’une sensibilité esthétique attentive aux détails du quotidien et aux gestes ordinaires.

Une représentation particulièrement célèbre est le Nemuri-neko, ou «chat endormi», une sculpture située dans le sanctuaire de Nikkō Tōshō-gū et attribuée à l’artisan Hidari Jingorō.

Cette sculpture représentant un chat paisiblement endormi est souvent interprétée comme un symbole d’harmonie et de tranquillité dans un lieu sacré.

Elle illustre une dimension importante de l’esthétique japonaise : l’attention portée aux états de calme et de contemplation.

Au XXᵉ et au XXIᵉ siècle, la présence des chats dans la culture japonaise s’étend également à la culture populaire.

Les mangas et l’animation japonaise mettent souvent en scène des personnages félins, qui incarnent tour à tour la malice, la sagesse ou la protection.

Comme dans : Le Royaume des chats, Doraemon, Le chat qui venait du ciel, Neko no Otera no Chion-san, ou encore le plus populaire de tousPokémon, avec l’espiègle Miaouss.

Cette popularité s’inscrit dans une esthétique plus large associée à la culture kawaii (qui incite à l’affection) qui valorise les formes douces et les personnages attachants.

Les chats deviennent également des mascottes commerciales et médiatiques. Certaines entreprises ou collectivités locales utilisent leur image pour promouvoir des produits ou attirer les visiteurs.

Aujourd’hui, la fascination japonaise pour les chats s’exprime aussi dans l’économie. Les chercheurs parlent parfois de "nekonomics" pour désigner l’ensemble des activités économiques liées à l’image du chat. 

Un business juteux qui rapporterait, d’après l’hebdomadaire Courrier international, pas loin de 16 milliards d’euros par an.

Entre les cafés à chats, îles à chats (tourisme félin), les produits dérivés (objets, goodies), publicité avec des chats, les livres et mangas sur les chats, événements autour des chats, services pour animaux, les applications et contenus digitaux liés aux chats… les nekonomics ont encore de belles années devant elles.

On se souvient aussi de Tama, une chatte nommée cheffe de gare en 2007 dans la préfecture de Wakayam. 

Sa popularité a attiré des milliers de visiteurs et contribué à revitaliser une ligne ferroviaire locale menacée de fermeture. Décédée en 2015, la relève de Tama a été assurée par son assistante féline, Nitama .

D’autres localités se sont inspirées de cet exemple pour favoriser le tourisme. Certaines entreprises permettent même à leurs employés de venir avec leur chat au bureau ou en adoptent directement.

Les estampes montrent des scènes du quotidien : un chat qui dort, observe un jardin, joue avec une pelote ou accompagne une courtisane.

On y trouve souvent une atmosphère calme et saisonnière typique de l’ukiyo-e.

Très populaires au XIXe siècle, ces chats marchent debout, dansent, jouent du shamisen, boivent du saké ou imitent les humains.

Les deux grandes figures qui entrent dans le surnaturel japonais sont :

  • le Bakeneko : chat métamorphe,

    le Nekomata : chat à queue dédoublée doté de pouvoirs occultes.

Ces créatures apparaissent dans :

  • les récits de fantômes,

    les histoires de vengeance,

    les estampes fantastiques.

Dans le quartier du plaisir d’Edo, les chats accompagnaient souvent les courtisanes.

Ils symbolisent :

  • l’élégance,

    la sensualité,

    le raffinement domestique.

On les voit dans :

  • les maisons de thé,

    les intérieurs raffinés,

    les scènes de toilette.

Le Japon développe aussi toute une symbolique féline :

  • protection contre les mauvais esprits,

    chance,

    prospérité.

Le plus célèbre héritier de cette tradition est le Maneki-neko ( chat qui invite ).

Dans certaines croyances d’Edo :

  • les chats protégeaient les manuscrits des rats,

    repoussaient les influences néfastes,

    portaient bonheur aux commerces.

Ce qui rend les chats de l’ukiyo-e si fascinants, c’est qu’ils oscillent constamment entre :

  • observation réaliste,

    humour populaire,

    poésie quotidienne,

    et fantastique inquiétant.

C’est probablement l’un des animaux les plus variés de tout l’imaginaire visuel japonais.

LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)

Poésie par Philémon

 

Sous la lampe huile
Le moine copie la nuit
Un sutra doré
Près de l’encrier repose
Une queue noire en croissant

  1.  

Au marché d’Edo
Parmi les poissons d’argent
Miaule un vieux chat
Les enfants lui font cortège
Comme à un prince usé

  1.  

Neige sur Kyōto
Dans le jardin du thé vert
Une chatte blanche
Efface de ses coussinets
Les traces du vent d’hiver

  1.  

A Yoshiwara
Les lanternes se reflètent
Dans mille regards
Un chat suit les courtisanes
Comme un parfum discret

 

Sous le vieux pont noir
Un chat boit l’eau des lanternes
Nuit de pluie d’été
Ses yeux fendent les roseaux
Comme deux lunes noyées

Temple abandonné
Sur le sutra mangé d’ombre
Dort un chat sans nom
Le vent tourne les prières
Que nul moine n’écoute plus

Neige sur Kyōto
Les traces d’un chat s’effacent
Devant le torii
Même les renards sacrés
Semblent retenir leur souffle

Dans la maison vide
Un shamisen* joue tout seul
Au cœur de la nuit
Sous la lampe vacillante
Remue une queue rayée

*Luth traditionnel à 3 cordes

 

Le pêcheur revient
Avec l’odeur des marées
Et du varech froid
Son vieux chat blanc l’attendait
Comme une épouse discrète


 

À l’heure du corbeau
Nekomata* des collines
Descend vers le bourg
Les chiens cessent d’aboyer
Quand passent les deux ombres

*Yokais en forme de chat à double queues

 

 

haïbuns :

 

Chroniques étranges et félines :
Le chat du col de Hakone

On disait qu’au col de Hakone, certains chats n’étaient pas des chats. Les voyageurs évitaient de leur parler après le coucher du soleil. Une nuit d’automne, un porteur aperçut un animal tigré assis au milieu du chemin. L’animal semblait attendre. Lorsqu’il voulut le contourner, le chat prit voix humaine :

« La montagne réclame le silence. »

Le lendemain, on retrouva des traces menant jusqu’au ravin, puis plus rien.

Vent dans les cèdres
Les grelots du cheval mort
Sonnent sous la pluie

 

 

La vieille du quartier des saules

À Edo vivait une marchande de charbon qui nourrissait tous les chats errants du quartier. Après sa mort, les habitants jurèrent voir encore une silhouette penchée déposer du poisson séché près des ruelles.

Chaque matin, les bols étaient vides.

Un jeune moine affirma qu’un bakeneko avait pris l’apparence de la vieille femme afin de poursuivre une dette de bonté.

Brume du matin
Sur le pas de la maison
Empreintes doubles

 

 

Le temple des clochettes

Dans un petit temple de montagne, les chats vivaient librement parmi les statues de Jizō.* Les pèlerins suspendaient de minuscules clochettes pour éloigner les mauvais esprits.

Mais certaines nuits, les clochettes tintaient seules.

Le gardien du lieu expliquait calmement :

« Les morts aiment parfois revenir sous forme de chats. Cela leur permet d’approcher les vivants sans leur faire peur. »

Lune d’hiver pâle
Entre les statues moussues
Des yeux apparaissent


*Bodhisattva du bouddhisme et protecteur des enfants

 


Le chat et le joueur de biwa*

Un joueur aveugle traversait les provinces en chantant les anciennes guerres. Partout où il s’arrêtait, un chat roux venait dormir à ses côtés. Les années passèrent ainsi.

À sa mort, les villageois ouvrirent son étui de biwa afin d’y placer ses cendres. Ils y trouvèrent des poils roux soigneusement entremêlés autour du plectre d’ivoire.

Depuis lors, certains soirs, une musique lente flotte encore près des rizières.

Rizières d’été
La chanson du vieux biwa
Suit le chat sans bruit.

 

*Instrument de musique ressemblant au luth et à 4 cordes pincées.

LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
Livres en coffret

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Commenter cet article
P
Bonjour Philémon,<br /> j'ai beaucoup de retard dans mes lectures mais c'est toujours un vrai bonheur de te retrouver. J'espère que tu es en forme et à l'abri des fortes chaleurs.<br /> Souvent en mouvement, la police de caractère que tu utilises est difficile à lire sur le téléphone, donc je profite d'un matin sur mon ordinateur pour flâner ici.<br /> Je n'ai pas lu Natsume Soseki mais Iro Arikawa j'ai aimé.<br /> La littérature japonaise est toujours un moment de sérénité pour moi.<br /> Tu évoques quelque part le shamisen, j'aime beaucoup la BD éponyme de Guilherme Petreca et<br /> Tiago Minamisawa, peut-être en avons nous déjà parlé. C'est un livre que j'ai souvent offert.<br /> Amitiés<br /> Anne
Répondre
Natsume Soseki a écrit une satire désopilante de la société nippone en transition c'est à dire quand Edo est devenue Tokyo aux premiers pas dans l'ère Meiji. Très intéressante lecture.<br /> <br /> Je ne connaissais pas Shamisen qui est basée sur une histoire vraie, aurais-je le temps de lire la BD?<br /> <br /> Je vais essayer de changer de caractères, si j'en trouve qui me plaisent !<br /> <br /> Quant à la chaleur je n'en souffre pas, l'appartement est très bien isolé<br /> et sa situation permet de s'abriter des rayons de Phébus et de faire le plein de fraîcheur , le matin de bonne heure grâce au jardin bien arboré.<br /> <br /> Je t'espère en bonne condition physique et que tu as obtenu des résultats positifs de ta dernière exposition littéraire.<br /> <br /> Bien amicalement chère Anne.
T
J'ai essayé dem'inscrire à votre Newsletter mais je ne reçois pas le mail de validation.
Répondre
Vous m'en voyez désolé, d'autant que je ne sais comment intervenir dans pareil cas à moins de demander conseil auprès de l'administrateur du site.<br /> <br /> J'espère que vous puissiez y parvenir lors d'une nouvelle tentative.<br /> <br /> Bien amicalement. ⛩️🌈
T
Bonjour Philemon.<br /> Ravie de découvrir votre univers, vos textes et vos illustrations. J’aime beaucoup écrire des haïkus et des Tankas. J’ai deux recueils qui leur sont consacrés. Je ne connaissais pas les Haïbuns. J’aime bien aussi. Je vais peut-être m’y frotter.<br /> Je m'abonne à votre newsletter.<br /> bel après-midi à vous.
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J'ai plaisir à vous accueillir sur ces lignes d'écriture influencées par l'archipel nippon.<br /> Cette composition littéraire de prose et de haïku nommée Haïbun est amusante à utiliser, tout comme le Drabble de 100 mots.<br /> <br /> Que les ombrages arboricoles soient avec vous ! Pardonnez cet emprunt à Dark Wador.<br /> <br /> Belle fin de semaine à Vous. ⛩️💐
B
Sublime 2 partie des chats au Japon...<br /> Tellement fascinée par les chats... <br /> J'adore +++<br /> Et ta jolie poésie à la japonaise est féline à souhait<br /> Les estampes sont superbes<br /> J'ai dans ma bibliothèque perso Les mémoires d'un chat.<br /> Grand merci pour ton très beau partage.<br /> Bon mercredi à l'ombre cher Philémon.<br /> Je t'embrasse<br /> Amitiés
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Tu me vois content de t'avoir fait découvrir que les Japonais aiment beaucoup les chats et le prouvent.<br /> <br /> J'apprécie beaucoup la suite élogieuse qui t'accompagne lors de tes agréables visites.<br /> <br /> Puisse la voute azurée rester autour de toi toute cette semaine, en t'aménageant des îlots ombragés, Chère Béa.<br /> <br /> <br /> Je t'embrasse.<br /> <br /> Amitiés.
D
Si les chats pouvaient parler, ils en auraient des choses à raconter eux qui font partie intégrante des foyers ou qu'ils soient chats des rues! C'est étonnant comme le chat au Japon a pris cette importance. Ton article est vraiment très intéressant, j'aime beaucoup l'estampe des chats joueurs de musique.<br /> Très belle journée<br /> amitiés.
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Chère Danièle, je partage ta préférence pour l'estampe des chats musiciens qui correspond au animaux yokais mi homme mi chat, ce qui apporte une pointe humoristique à cette représentation.<br /> <br /> Je te souhaite une magnifique semaine.<br /> <br /> Bien amicalement.
M
Que d'estampes représentant des chats ! Que de légendes toutes plus envoûtantes les unes que les autres ! En effet, je reconnais le chat réjoui qui dit bonjour, on peut lui appuyer sur la patte... Et tes poèmes sont toujours aussi superbes, particulièrement les 5e et 6e tanka.
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Merci beaucoup Martine pour tes sympathiques appréciations et tu me vois heureux de savoir que ces légendes et histoires sur les chats au Japon t'aient intéressée.<br /> <br /> Belle journée sous une voute de verdure.
P
C'est fascinant Nous n'avons pas dans notre culture, une telle vénération pour une espèce animale Il y a bien un bestiaire gaulois mais ça n'a aucun rapport Lee égyptiens vénéraient aussi le chat Il était le protecteur. Li Shou en Chine était la déesse de la fertilité Mais la place du chat va au-delà de la sacralisation. Outre sa place mystique, le chat fait parti du quotidien, il y a de l'affectivité qui entre en jeu. <br /> <br /> Je voulais te remercier pour tes articules, tu fais un joli travail de recherche. Tes articles sont complets et passionnants <br /> Bonne soirée Philémon
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Venant de toi, ces compliments me flattent et m'aident à poursuivre mes publications.<br /> <br /> Mille mercis Brigitte et belle fin de semaine.
J
Merci Philémon, les chats, j'adore, en ai eu, et même ce petit solaire ;-) belle page du jour à son sujet, bonne soirée, amitiés jill
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Merci Fabienne pour tes sympathiques visites.<br /> <br /> Belle fin de journée au frais !<br /> <br /> Amitiés.