Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Poésie Japonaise

MOMOTARO (2ème partie)

30 Mars 2026, 09:20am

Illustration provenant de la collection Mythes et légendes du Japon

Illustration provenant de la collection Mythes et légendes du Japon

Origine de Momotarō

 

L’histoire de Momotarō vient du folklore du Japon. Elle s’est transmise oralement pendant des siècles avant d’être mise par écrit durant l’époque d’Edo (1063 - 1868)

Voici quelques éléments clés sur son origine :

  • Conte populaire (otogizōshi) : Momotarō est un récit destiné à enseigner des valeurs comme le courage, la loyauté et la justice.

    Symbolisme de la pêche : au Japon, la pêche est associée à la longévité et à la protection contre le mal.

    Les oni (démons) : ils représentent souvent les forces du chaos ou les ennemis extérieurs.

    Les compagnons animaux : chacun incarne une qualité (fidélité, intelligence, vigilance).

Avec le temps, Momotarō est devenu l’un des héros les plus célèbres du Japon, souvent raconté aux enfants, un peu comme le conte du Petit Poucet.

Des récits proches apparaissent avant même le conte écrit, probablement à l’époque de Muromachi (vers le XVe siècle)

  • La première trace indirecte remonte au moins à 1583, dans un document lié au sanctuaire Kibitsu , cela démontre que la légende existait déjà.

  • Les premières versions écrites connues remontent à la fin du XVIIe siècle (ère Genroku, (1688–1704)

    C’est surtout pendant la période Edo que les versions ont été développées mais pas encore standartisées

  • Au XIXe siècle (ère Meiji), le gouvernement introduit Momotarō dans les manuels scolaires et une version « officielle » s’imposa (naissance dans la pêche, animaux compagnons, etc.) qui aura une influence aux XXe et XXIe siècles

Momotarō n’est pas juste un conte c’est un symbole culturel japonais majeur, encore très vivant aujourd’hui.

Propagande et guerre
  • « Momotaro, Sacred Sailors »
    premier long-métrage d’animation japonais
    utilisé comme propagande pendant la Seconde Guerre mondiale

Momotarō y devient :

  • un héros militaire

    un symbole national

Momotarō continue de peser encore sur :

  • des séries tokusatsu (héros costumés)

    des personnages inspirés (héros + animaux compagnons)

    des récits de héros contre démons »

  • des manga modernes

Il inspire même la structure narrative de nombreuses œuvres modernes ainsi que des jeux vidéo récents.

  • Des œuvres contemporaines reprennent clairement ses éléments :

    le trio chien / singe / oiseau est devenu un archétype culturel.

Au XXIe siècle, Momotarō est une figure nationale (comme le Petit Poucet ou Hercule en Europe)

  • racontée aux enfants et omniprésent dans la pop culture mais aussi réinterprétée (parfois de façon sombre ou critique)

L’histoire de Momotaro est tellement populaire au Japon, qu’à ses personnages s’associent désormais à Okayama,  un festival qui a lieu dans la première partie du mois d’août,  aux alentours de la ville d’Okayama, et un temple, le temple Momotaro   à Takamatsu lui est associé.

Sanstuaire de Kibitsu

Sanstuaire de Kibitsu

Accès au sanctuaire

Accès au sanctuaire

Poésie par Philémon

 

EMBARQUEMENT
 

La mer s’ouvre sans résistance. Au loin, l’île d’Onigashima repose, lourde, comme une faute ancienne. Les oni y vivent sans retenue, tels des désirs devenus formes. Le combat éclate , bref, inévitable. Il n’y a ni gloire ni fureur. Seulement le choc de ce qui doit être rétabli. Quand tout s’apaise, le silence revient le premier. Momotarō ne regarde pas derrière lui. Ils repartent.

Le vent sur la mer
Même les cris des démons
Se perdent au loin

 
RETOUR
 

Au village, rien n’a changé sinon ce qui ne se voit pas. Les saisons reprennent leur marche. Le riz pousse. L’eau coule. Momotarō vit parmi les siens, comme s’il n’était jamais parti.

Par un soir d’été
La rivière transporte
Un reflet de pêche
 

Tanka

 

Sur le long chemin
Un singe espiègle s’incline
Pour une douceur
Il rejoint la noble quête
Contre les bandits cruels

 

Dans les pins du vent
Un faisan fend le ciel clair
Cri de ralliement
Trois amis autour de lui
Portés par un même élan

 

Au loin l’île noire
Forteresse des oni
Hurle sous l’orage
Momotarō avance droit
Sans trembler face au danger

 

Portes fracassées
Les démons fuient ou supplient
Éclat des sabres
Justice frappe sans haine
Mais pour rétablir l’ordre

 

Des trésors repris
Or soie et mille richesses
Mais le plus précieux
Le retour vers son village
En compagnie des amis

 

Sous un ciel doré
La pêche est plus qu’un mythe
Et devient légende
Celle de l’enfant courageux
Né du cœur de la nature

Arrivée sur l'île d'Onigashima

Arrivée sur l'île d'Onigashima

Statue de Momotaro érigé dans son sanctuaire de Kibitsu

Statue de Momotaro érigé dans son sanctuaire de Kibitsu

Voir les commentaires

MOMOTARO (1ère partie)

27 Mars 2026, 16:46pm

Photo de couverture de Sunrise Japon

Photo de couverture de Sunrise Japon

MOMOTARO        (1ère partie)

Momotaro est l'un des contes japonais les plus célèbres. Il raconte l'histoire fabuleuse d'un garçon né dans une pêche (momo) qui, une fois devenu grand et doué d'une force exceptionnelle, part combattre les terribles démons et ogres de l'île Onigashima, située au-delà des mers.

NARRATION :

Dans un village effacé par les saisons, au bord d’une rivière lente, vivaient deux êtres que le temps avait presque oubliés. Leurs gestes étaient simples, leurs paroles rares, et leurs jours s’écoulaient comme l’eau : sans bruit, sans retour.

Un matin d’été, alors que la lumière reposait encore sur les pierres humides, la vieille femme aperçut une forme étrange glissant à la surface du courant.

Ce n’était pas une feuille, encore moins un reflet. C’était une pêche toute ronde et d’une taille exceptionnelle, d’une extrême beauté .

Elle la recueillit sans un mot et la montra à son mari qui observa  longtemps ce fruit. Il n’y avait là ni miracle, ni présage apparent seulement une présence assez forte et inhabituelle pour une pêche.

Puis ils décidèrent de partager cette pêche qui s’ouvrit d’elle même au moment de la couper en deux et , aussitôt, surgit un petit enfant resplendissant .

Les deux personnes âgées furent tellement étonnées qu’elles en tombèrent à la renverse, pendant que l’enfant leur expliquait que leurs pleurs de vivre sans enfant ont été entendus et qu’il se tient là pour accompagner leur vieux jours.

On l’appela Momotarō. ( né d’une pêche )

L’enfant grandit sans excès. Il ne pleurait pas plus qu’il ne riait. Il observait. Il écoutait. Il semblait reconnaître le monde, comme s’il l’avait déjà traversé sous une autre forme.

Un jour, sans colère ni défi, il dit simplement :

"Il y a, au-delà de la mer, un lieu où les choses ne sont pas à leur place".

Personne ne lui demanda comment il le savait.

On lui donna quelques boulettes de millet et galettes de riz. Il les prit, non comme des provisions, mais comme un lien avec ceux qui restaient.

Sur la route, il rencontra un chien. L’animal ne montra ni peur ni soumission. Ils se regardèrent longuement, puis partagèrent une galette. Le chien marcha à ses côtés.

Plus loin, un singe descendit des arbres. Puis un faisan traversa le ciel bas. Aucun ne fut appelé. Aucun ne fut contraint. Tous reconnurent, dans le silence de ce garçon, une direction à suivre.

La mer ne résista pas à leur passage dans la barque, trouvée en bordure de rivage.

Au loin se dressait Onigashima, île aux contours durs, où vivaient les oni , non pas seulement des monstres et des ogres, mais aussi des êtres en rupture avec l’ordre du monde.

Le combat ne fut pas glorieux. Il fut nécessaire.

Les cris des démons n’étaient pas différents de ceux des hommes. Leur violence n’était pas étrangère. Elle était simplement laissée libre, sans retenue, sans mémoire.

Momotarō ne triompha pas par la force seule, mais par une forme de justesse. Ce qui était déséquilibré fut ramené. Ce qui débordait fut contenu.

Lorsque tout fut terminé, il ne resta ni colère, ni joie.

Seulement le vent.

Ils revinrent avec des richesses que l’ensemble. des villageois fut heureux de reconnaître ce qui lui avait été dérobé. Les jours reprirent leur cours. Les saisons aussi.

Et l’on raconte que Momotarō vécut longtemps.

Mais il est dit que certains soirs, au bord de la rivière, quand l’eau devient presque immobile, on peut encore voir passer une pêche lentement, silencieuse, comme si rien n’avait jamais vraiment commencé, ni jamais vraiment fini.

Poésie par Philémon

 

Tanka

Dans l’eau du ruisseau 
Une pêche dérive
Mystère du destin
Un enfant naît du fruit rose
Offert par les eaux sacrées

  1.  

Vieil homme étonné 
La vieille femme sourit
Fruit ouvert en deux
Un enfant au cœur de feu
Envoyé par les esprits

 

Sous le ciel d’été 
Grandit le garçon pêche
Force dans ses bras
Son regard déjà tourné
Vers les îles des démons

 

Dans son baluchon 
Des kibi dango * précieux
Partage du cœur
Un chien devient compagnon
Fidèle à chaque pas

* boulette de millet

 

 

haïbun

 

LA RIVIÈRE DE VIE 

La rivière s’écoule sans hâte entre les pierres. Rien ne presse en ce village où les jours se répètent avec douceur. Le vieux coupe du bois. La vieille lave le linge. Le monde tient dans ces gestes. Un matin d’été, une pêche apparaît sur l’eau. Elle ne dérive pas vraiment , elle arrive. Ils la recueillent sans surprise, comme on accueille ce qui était déjà destiné à venir.

Pêche sur les flots
Dans le silence du courant
Un destin mûrit
 

PROJET 

L’enfant grandit comme pousse le bambou : sans bruit, mais avec certitude. Il parle peu. Son regard semble porter plus loin que les collines.Un jour, il dit qu’il partira. La vieille prépare des galettes. Le vieux ne pose pas de question. Les adieux sont courts, comme le sont les choses vraies.

Chemin de poussière
Derrière lui s’efface déjà
La trace des pas
 
 
CHEMIN FAISANT 

Un chien rejoint Momotaro. Puis un singe. Puis un faisan traverse le ciel et redescend vers eux. Rien n’est expliqué. Le partage suffit. Chaque rencontre est une reconnaissance.

Galette rompue
Dans la paume offerte
Une alliance naît
MOMOTARO        (1ère partie)

Voir les commentaires

URASHIMA TARO ( 3ème et dernière partie )

22 Mars 2026, 08:46am

 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )

Urashima Tarō à travers les âges

Dans le théâtre et la littérature
  • Dès le Moyen Âge (Xe-XIVᵉ siècle), le conte devient un sujet populaire dans les récits appelés setsuwa (contes édifiants bouddhiques).
    Le
    tamatebako (coffret du temps) symbolise alors la vanité des désirs terrestres et l’impossibilité d’échapper au cycle de la vie et de la mort (samsara).

    Au XIVᵉ-XVIᵉ siècle, il est adapté au théâtre Nô et au Kyōgen, où l’histoire prend une tonalité symbolique : le retour d’Urashima au monde humain devient une métaphore du réveil spirituel après l’illusion.
    L’atmosphère y est lente, rêveuse, presque suspendue dans le temps.

    Pendant la période Edo (XVIIᵉ-XIXᵉ), il devient un conte pour enfants, souvent chanté ou illustré sur des rouleaux (emaki).


    L’accent se déplace du message religieux vers l’émerveillement et la tristesse douce du héros perdu dans le temps.

     

Dans la culture visuelle :
  • Les estampes ukiyo-e représentent Urashima sur le dos de la tortue, descendant vers le palais du Roi Dragon.
    Des artistes comme
    Utagawa Kuniyoshi ou Toshusai Sharaku ont immortalisé cette scène, symbole d’un passage vers un autre monde (kaikyō / le seuil).

    Au XXᵉ siècle, Urashima Tarō devient un symbole du Japon ancien :


    - En littérature, il apparaît dans des poèmes de Yosano Akiko et Miyazawa Kenji, qui y voient une métaphore du Japon qui change trop vite.


    - En musique, il inspire des chansons d’école (dōyō), apprises encore aujourd’hui par les enfants.

     

Dans la culture populaire :
  • L’histoire a inspiré des dizaines d’adaptations animées, dès les années 1910.
    Le tout premier
    film d’animation japonais connu, Urashima Tarō (1918), raconte justement cette légende qui prouve  son importance dans l’imaginaire national.

    On retrouve son écho dans :

    • Pokémon (Lapras et Dracolosse sont liés à Ryūjin et aux mythes marins)

      Dragon Ball :

      le « maître Tortue » ( Kame Sennin en est une parodie bienveillante)

      One Piece, dans l’arc de l’Île des Hommes-Poissons, où le Roi Neptune et sa fille Shirahoshi évoquent directement le royaume de Ryūgū.

Urashima Tarō symbolise aujourd’hui le retour impossible, l’homme qui a perdu le lien avec son temps : un thème encore très présent dans la culture japonaise moderne.

 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )

POÉSIE PAR PHILÉMON

 

Tanka

 

Sous l’onde claire
Un palais aux mille perles
Le temps au repos
Quand il remonte à la terre
Les fleurs ne le reconnaissent

 

Boîte scellée d’or
Souvenir d’un beau rêve
Sa main tremble un peu
Le vent d’un autre siècle
Effleure ses cheveux blancs

 

Les vagues chuchotent
Le nom qu’elle a donné
« Fleur de l’abysse »
Le monde a fui son ombre
Il devient coquille vide

 


 

Haïbun

 

Le retour du pêcheur

Il crut n’avoir dormi qu’une nuit au palais du Dragon. La mer l’avait bercé d’une musique sans fin, et la princesse riait derrière son éventail. Mais sur le rivage, les maisons étaient de pierre grise, le port désert, les noms oubliés. Il porta la boîte à ses lèvres, comme un baiser d’adieu.

Boîte entrouverte
Un souffle et tout s’efface
Mer sans rivage

 
 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )
 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )
 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )

Voir les commentaires

LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT

20 Mars 2026, 14:42pm

LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT
LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT
LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT
LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT

LE JOUR DU PRINTEMPS

 

Brume du matin
Les cerisiers frissonnent
Pétales en pluie
Sous le vent léger de mars
Le temps suspend son souffle

 

Rivière paisible
Reflet de fleurs éphémères
Glissant en silence
Un pas puis l’autre s’efface
Dans la douceur renaissante



Au vent de printemps
Un pétale s’attarde
Sur son écharpe

 

Sous les sakuras
Un rire d’enfant s’envole

Les fleurs s'éparpillent


 

VOYAGE

Le train ralentit à l’approche du village. Déjà, les collines semblent poudrées de rose. Sur le quai, quelques voyageurs s’arrêtent sans parler, comme s’ils entraient dans un sanctuaire invisible. Le printemps n’est pas seulement une saison ici il est un passage, une respiration fragile entre ce qui fut et ce qui disparaît déjà . Il marche sous les cerisiers. Chaque pétale tombe avec une précision silencieuse, et pourtant rien n’est perdu. Tout se transforme en souvenir au moment même où cela existe.


Pluie de pétales
Dans le creux de sa paume
Ils tiennent un instant

 

Poésie par Philémon

LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT

Voir les commentaires

URASHIMA TARO

15 Mars 2026, 17:01pm

Estampe par Kuniyoshi

Estampe par Kuniyoshi

LE PÉCHEUR DU ROYAUME SOUS LA MER (2ème partie)

 

La genèse de l’histoire est fascinante, car elle se situe à la frontière entre mythe, légende et conte populaire.


La première trace écrite de ce récit remonte au VIIIᵉ siècle, dans deux chroniques fondamentales :

  • Le Nihon Shoki (Chroniques du Japon, 720), où l’on trouve une mention d’un pêcheur nommé Urashimako.

    Le Manyōshū (Recueil de dix mille feuilles, vers 760), une anthologie de poèmes où Urashimako est évoqué comme un homme ayant voyagé « au-delà de la mer » et ne revenant jamais pareil.

    Plus tard, le conte apparaît dans des recueils narratifs comme le Otogi-zōshi (XIVᵉ–XVᵉ siècles), où sa forme actuelle : le pêcheur, la tortue, le palais du Roi Dragon et le coffret du temps se fixe.

Cette narration s’enracine dans les mythes marins japonais et la croyance en des royaumes sous-marins habités par des dieux-dragons (Ryūjin) et les concepts bouddhiques du temps et de l’impermanence ( mujō) : le paradis du fond de la mer symbolise l’illusion d’un bonheur hors du cycle du monde.

  • Ce conte est également sous l’influence de récits chinois anciens, notamment des histoires d’immortels visitant des îles merveilleuses, puis revenant des siècles plus tard dans un monde changé (Penglai, Horaisan).

Urashima Tarō représente la fascination japonaise pour le passage du temps, l’illusion du paradis, et la nostalgie du monde perdu.

Il exprime un thème universel : celui de l’homme qui touche le divin un instant, puis se retrouve exilé du présent pour toujours
URASHIMA TARO

Poésie reliée à la narration du conte par Philémon

 

Coquillage clos
Ton rire y résonne encore
Douce prison d’eau
J’ai voulu voir le soleil
Et j’ai perdu le rêve

Un siècle s’éteint
Dans le souffle de la mer
Mon cœur s’y dissout
Ô princesse du profond
Ton adieu engloutit tout

 

Boîte interdite
Écrin d’un temps disparu
Main d’homme trop faible
Quand l’air m’effleure le front
Je deviens poussière d’onde

 

La boîte scellée

Quand il revint, la plage semblait étrangère. Les arbres avaient grandi, les villages changés, les visages éteints. La boîte pesait dans sa main comme un dernier serment. Il l’ouvrit, croyant revoir ses années perdues. Mais ce fut son souffle qui s’en échappa.

Boîte entrouverte
Le vent murmure un nom
Que nul ne connaît

 

URASHIMA TARO

Voir les commentaires

URASHIMA TARO

8 Mars 2026, 20:12pm

URASHIMA TARO

LE PECHEUR  DU ROYAUME SOUS LA MER     (1ère partie)

Le conte d’Urashima Tarō est l’un des plus vieux récits du Japon, presque aussi ancien que celui du Coupeur de Bambou.

 

 

Il était une fois, sur la côte d’un petit village de pêcheurs, un jeune homme nommé Urashima Tarō.


Il vivait simplement, pêchant chaque jour sous les ciels changeants, et offrant parfois ses prises aux enfants ou aux vieillards du village.


On disait de lui qu’il avait le cœur pur comme la mer au matin.

Un jour, alors qu’il marchait le long du rivage, il vit des enfants s’acharner sur une petite tortue.


Pris de compassion, Urashima les arrêta et racheta l’animal blessé.


Il la remit doucement à l’eau, et la tortue, avant de disparaître dans les vagues, leva la tête vers lui comme pour le remercier.

Les jours passèrent. Puis, un matin, alors qu’il pêchait seul au large, une grande tortue apparut à côté de sa barque.


Elle parla d’une voix douce et grave :

« Urashima Tarō, notre Reine, la fille du Roi Dragon, souhaite te voir. Viens avec moi au fond des mers. »

Surpris mais sans peur, Urashima monta sur le dos de la tortue.


Les flots s’ouvrirent, et ils descendirent dans un royaume de lumière mouvante, où les poissons brillaient comme des étoiles et les coraux formaient des jardins de mille couleurs.

Au cœur de ce monde se dressait le palais du Roi Dragon, Ryūgū-jō, aux toits d’écailles d’or et aux portes de nacre.


Là, l’attendait la princesse Otohime, fille du Roi Dragon, d’une beauté que nul mot humain ne pouvait décrire.
Elle l’accueillit avec un sourire :

« Je suis la tortue que tu as sauvée. Laisse-moi te remercier. Reste ici et oublie les douleurs du monde. »

Ainsi, Urashima demeura au palais.


Les jours s’écoulaient comme des rêves : festins, danses sous-marines, rires des sirènes, musique des coquillages.


Il n’y avait ni nuit ni jour, seulement la lumière tranquille de la mer.

Mais un matin, Urashima sentit la nostalgie du monde d’en haut.


Il pensa à ses parents, à son village, aux falaises baignées de vent.


La princesse vit son trouble et, bien que le cœur serré, elle lui remit un petit coffret laqué, orné de fils d’argent :

« Voici le tamatebako, le coffret précieux.
Ne l’ouvre jamais, quoi qu’il advienne.
Il contient le souvenir de notre monde. »

Urashima la remercia, monta sur la tortue, et remonta vers la surface, le cœur empli de gratitude et de tristesse mêlées.

Quand il revint sur la plage, tout lui parut étrangement différent.


Le village avait changé. Les maisons n’étaient plus là. Les visages, inconnus.


Il chercha sa maison, ses parents, mais on lui répondit que cela faisait plus de trois cents ans qu’un pêcheur nommé Urashima Tarō avait disparu dans les flots.

Saisi d’effroi, il se rappela le coffret.
Peut-être contenait-il un moyen de revenir en arrière ?
Malgré l’interdiction, il souleva le couvercle.

Aussitôt, un nuage blanc s’échappa du coffret et l’enveloppa.
Ses cheveux devinrent gris, son dos se courba, et son visage, autrefois jeune, se flétrit.


Il comprit alors : le coffret gardait le temps qu’il avait laissé au fond de la mer.

Dans le vent marin, une voix douce sembla murmurer :

« Si tu avais gardé le secret, le rêve aurait duré… »

Et Urashima disparut, emporté par la brume.


Certains disent qu’il devint une grue, d’autres qu’il rejoignit la princesse sous la mer.


Mais sur la côte, on raconte encore son nom, à la lisière du monde des hommes et de celui des dragons.

 

URASHIMA TARO

POÉSIE PAR PHILÉMON

 

Urashima Tarō

 

Perles endormies
Un palais sous la mer bleue
Le chant des coraux
Dans les bras de la princesse

Le temps s’effiloche lent

 

L’écaille d’argent
Glisse entre mes doigts tremblants
Souvenir marin
Les vagues m’ont tout repris
Sauf ton nom sur mes lèvres

Les années s’enfuient
Silencieuses invisibles
Comme la marée
Quand je foule la plage nue
Plus rien ne me conviendra

 

Le palais du Dragon

Les écailles du dragon luisaient comme mille miroirs. Urashima suivit la tortue jusqu’au fond du monde. Dans la salle d’or, il dansa, ivre de musique et de beauté. Chaque rire, chaque perle, effaçait un jour sa mémoire. Le temps n’existait plus : seulement le chant de la mer.

Sous la mer sans fin
Les cœurs battent lentement
Douce éternité

 
URASHIMA TARO

Voir les commentaires

LE RETOUR

4 Mars 2026, 09:27am

LE RETOUR

Sous le ciel pâle de l’aube,
quatre lunes ont passé
comme des barques silencieuses
glissant sur l’eau immobile.

Le jardin attendait.

Les pierres gardaient la mémoire des pas,
la mousse buvait la rosée
sans savoir si la main familière
reviendrait troubler sa paix.

Dans la chambre vide,
l’encre dormait dans son puits sombre,
pareille à une graine sous la neige
vivante, mais retenue.

Puis un matin,
le vent d’est a frôlé les bambous,
et les clochettes ont murmuré :
« Il revient. »

Non comme l’homme d’hier,
mais tel le cerisier après la tempête
branches épurées,
racines plus profondes.

Quatre mois de silence
ont poli son regard
comme la rivière polit la pierre,
lentement, sans bruit.

Et voici que ses mots
retombent sur le monde
comme pétales au printemps :
fragiles,
inévitables,
lumineux.

Ô voyageur revenu des ombres,
que chaque phrase soit un pas
sur le pont rouge du matin.

Que ton souffle retrouvé
fasse vibrer la toile invisible
où se tissent nos pensées.

Car l’absence n’était qu’hiver.
Et l’hiver, au Japon du cœur,
n’est jamais une fin
seulement la promesse
d’un printemps plus attentif.

Bienvenue,
comme la première fleur
qui ose
après la neige.


 

HAÏKU

Quatre lunes sans voix
Sous la neige l’encre veille
Printemps au clavier


 

Je dédie ces quelques lignes à vous les amis blogueurs qui m’avaient soutenu par vos témoignages d’amitié et à tous ceux qui ont pratiqué la patience pendant ma convalescence.

 

Je vous souhaite un bon et beau cheminement vers le Printemps.

LE RETOUR
LE RETOUR

Voir les commentaires