UTAGAWA HIROSHIGE artiste peintre
Né à Edo (l'actuelle Tokyo) en 1797 sous le nom de Andō Tokutarō, Hiroshige naît dans une famille de pompiers de la ville.
Dès son plus jeune âge, il montre une fascination pour le dessin. À l'âge de 14 ans, il entre dans l'atelier de Utagawa Toyohiro, l'un des maîtres les plus respectés de l'école Utagawa. C'est là qu'il reçoit le nom d'artiste Hiroshige.
Contrairement à son contemporain Katsushika Hokusai, qui a connu une vie de bohème et de voyages, Hiroshige mène d'abord une vie très stable et conventionnelle, occupant même un poste de fonctionnaire dans les services de pompiers de Edo pour compléter ses revenus.
Cette stabilité apparente cache cependant une soif d'art inextinguible.
Bien qu'il ait produit des portraits d'acteurs de kabuki et des scènes de beauté féminine (bijinga) dès les années 1820, son style reste académique et conventionnel.
Le tournant décisif de sa carrière survient en 1830, lorsqu'il découvre les œuvres de Katsushika Hokusai, notamment Trente-six vues du mont Fuji.
C'est précisément vers l'âge de 36 ans que Hiroshige change tout.
Il publie sa série la plus célèbre, Les Cinquante-trois Étapes du Tōkaidō (Tōkaidō Gojūsan-tsugi).
Un jour, il quitta Edo. Il suivit la grande route, celle que l’on nomme Tōkaidō, où passent les marchands, les pèlerins, les soldats et les rêveurs.
Cette route du Tōkaidō, l'une des artères les plus célèbres du Japon féodal, reliait deux capitales majeures : Edo (l'actuelle Tokyo), siège du gouvernement du shogunat Tokugawa, et Kyōto, la résidence impériale.
Au XVIIIe siècle, sous l'ère Edo, cette route ne desservait pas seulement ces deux extrémités, mais traversait également 53 relais officiels (shuku) répartis le long du trajet.
Les principales villes situées sur ce parcours incluaient :
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Edo (Nihonbashi, le point de départ)
Kawasaki
Yokohama (bien moins développée qu'aujourd'hui, la zone était un point d'étape)
Odawara
Shinagawa
Kōbe (via la connexion vers Nara et Ōsaka )
Kyōto (Gokōbashi, le point d'arrivée)
Le trajet passait par les provinces de : Izu, Sagami, Kai, Suruga, Tōtōmi, Mikawa, Owari, Mino, Ōmi, et Yamashiro.
La ville d'Ōtsu, juste au sud de Kyōto, était souvent considérée comme le dernier relais avant la capitale impériale.
Cette route était cruciale pour le contrôle politique et le commerce, permettant aux daimyos (seigneurs féodaux) de voyager régulièrement vers Edo selon le système sankin-kōtai (résidence alternée).
Le célèbre ouvrage d'Utagawa Hiroshige : Cinquante-trois stations du Tōkaidō, immortalise ces régions, villages , villes ainsi que les paysages traversés..
La route permettait de relier le pouvoir politique de l'est (Edo) au pouvoir impérial de l'ouest (Kyōto).
Bien que ce trajet traversait de nombreuses villes et villages (les 53 stations), ces deux cités étaient les seuls véritables centres urbains majeurs aux extrémités du parcours.
Les voyageurs continuaient souvent vers Ōsaka, située juste à côté de Kyoto et qui était un nœud commercial vital, mais techniquement, le Tōkaidō lui-même ne la reliait pas directement comme terminus officiel.
Et là, il comprit :
Chaque pas est une image.
Chaque instant est un monde.
Il peignit les auberges, les ponts battus par la pluie, les voyageurs courbés sous le vent.
Et ses images devinrent si nombreuses que le peuple les emporta avec lui, comme on emporte un talisman.
Contrairement aux scènes de théâtre ou aux portraits de beautés qui dominaient alors l'Ukiyo-e*, Hiroshige se lance dans le paysage.
*Mouvement artistique de l'époque Edo qui signifie : "image du monde flottant"
Il ne s'agit pas seulement de représenter des lieux, mais de capturer l'atmosphère, le climat et la vie des voyageurs sur la route reliant Edo à Kyoto.
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Il innove en déplaçant le centre d'intérêt des personnages vers l'environnement : la pluie, la neige, le vent et les saisons deviennent les véritables protagonistes.
De fait la série est un triomphe immédiat. Elle révolutionne l'estampe japonaise et ouvre la voie à une nouvelle ère où la nature et la vie quotidienne deviennent des sujets nobles.
Après le succès du Tōkaidō, Hiroshige ne cesse de produire. Il voyage à travers le Japon et réalise des séries majeures qui cimentent sa légende :
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Les Cent Vues d'Edo (Meisho Edo Hyakkei) :
Considérées comme une exploration poétique de sa ville natale à travers les saisons.
Les Trente six Vues du Mont Fuji:
Qui sont une réponse directe à Hokusai, mais avec une sensibilité plus lyrique et moins géométrique.
Les Voyages des Postes:
Nouvelles séries inspirées d'autres routes officielles du Japon.
Il maîtrise alors parfaitement la technique du bokashi (dégradé subtil), permettant des ciels nuageux, des aubes rosées et des effets de pluie d'une finesse inégalée.
Ses compositions deviennent plus audacieuses, utilisant des cadrages inhabituels (vues en contre-plongée, personnages coupés par le bord de l'image) qui trahissent l'influence de la photographie naissante et de l'art occidental, bien qu'il n'ait jamais voyagé hors de son pays.
Vers la fin de sa vie, Hiroshige, bien que souffrant de maladie, reste incroyablement productif.
Sa dernière œuvre majeure: Les Cent Vues d'Edo (Meisho Edo Hyakkei), est publiée en 1857-1858.
Ses estampes sont d'une intensité émotionnelle particulière, souvent décrites comme une méditation sur la mortalité et la beauté éphémère de la vie.
Les dernières œuvres de Hiroshige, comme Une pluie soudaine sur le pont d'Ōhashi, sont empreintes d'une sérénité et d'une mélancolie qui évoquent une forme de détachement spirituel
Il meurt le 12 octobre 1858 à Edo, peu de temps après avoir terminé la série.
Il est enterré au temple Zōshō-ji. à Edo (aujourd'hui Tokyo), il est mort en tant qu'artiste, entouré de ses élèves et de ses admirateurs.
Curieusement, il a donné le nom de Hiroshige II à son élève le plus proche (Shigemasa), qu'il adopta comme successeur, alors que ce dernier ait eu une carrière moins prolifique par la suite.
La vraie gloire de Hiroshige a éclaté après sa mort. Dans les années 1860, des milliers d'estampes japonaises arrivent en Europe, par les Pays-Bas , utilisées notamment comme papier d'emballage pour la porcelaine.
Les artistes occidentaux, surtout les Impressionnistes et les Néo-impressionnistes, sont stupéfiés par la beauté de ces œuvres.
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Vincent van Gogh, grand collectionneur d’estampes (il en possédera plus de 400) a directement copié: Pluie soudaine au-dessus d'Ōi dans sa peinture: La Pluie.
Claude Monet a collectionné plus de 200 estampes de Hiroshige et s'est inspiré de ses compositions pour ses séries de nymphéas et de la cathédrale de Rouen.
James McNeill Whistler et Mary Cassatt ont également intégré la sensibilité de Hiroshige dans leurs œuvres.
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Hiroshige est aujourd'hui reconnu comme le père du paysage moderne en art.
Il a réussi à transformer une simple vue de la nature en une expérience émotionnelle universelle, prouvant que la beauté réside dans l'instant présent et la simplicité des choses.
On raconte qu’en 1858, une grande épidémie de choléra emporta de nombreux habitants de la ville. Il en fut.
Et dans ses derniers jours, il aurait laissé un poème , comme un dernier souffle posé sur la route.
Le pinceau s’arrête. Mais le regard, lui, continue:
Je laisse derrière
Edo et ses cent paysages
Et pars en nuage
Poésie par Philémon
EN ROUTE...
Les cinquante-trois souffles
Pieds et nuages
Dans chaque relais dorment
Un instant d’éternité
Pluie oblique tombe
Pont d’Ōhashi frissonne
Des passants pressés
Le monde devient rideau
D’encre et de silence
Sous le vieux prunier
Kameido exhale en bleu
Un parfum d’hiver
L’œil traverse la branche
Comme un rêve suspendu
Neige sur Kanbara
Le pas devient souvenir
Trace dans le blanc
La nuit avale les formes
Et garde le silence
Bokashi *discret
Les couleurs glissent sans bord
A l’exemple du temps
L’artiste souffle un monde
Entre quelques nuances
*technique du dégradé
Haïbun
Il marche sans quitter l’atelier. La route devient série, et chaque station un souffle nouveau. Les voyageurs ploient sous la fatigue, mais les paysages, eux, s’étirent à l’infini. Hiroshige invente un Japon vu par fragments, où l’espace est une succession de haltes.
Relais dans le vent
Sandales et nuages mêlés
Route intérieure
La pluie n’est pas un décor, mais un événement. Les lignes obliques traversent la feuille comme des cordes tendues. Les corps se penchent, pressés. L’instant est fugitif, mais l’image, elle, demeure.
Rideau de pluie fine
Le pont devient passage bref
Le monde se sauve
Un tronc massif, presque démesuré, occupe le premier plan. Le regard doit contourner l’obstacle pour atteindre le paysage. C’est là une révolution : le cadre n’est plus neutre, il impose sa présence.
Vieille branche sombre
L’horizon en morceaux bleus
L’œil apprend à voir
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