LES CHATS AU JAPON (1ère partie)
Cette chronique est extraite, en partie, d’ un article paru dans Japanization par Maureen Damman.
Il est partout : dans les temples, les récits folkloriques, la littérature, dans les arts visuels, les mangas, les yokais mais aussi dans l’économie touristique et la culture populaire contemporaine.
Mascottes commerciales, personnages de fiction ou encore ambassadeurs involontaires de territoires ruraux, ils semblent omniprésents dans l’imaginaire collectif japonais.
Cette fascination n’est pas qu’un attachement domestique : elle s’inscrit dans une construction historique longue, où se mêlent pratiques religieuses, folklore, transformations sociales et production artistique.
Comprendre cette relation particulière suppose donc de retracer l’histoire de l’arrivée des chats dans l’archipel et d’observer la manière dont leur statut s’est progressivement transformé.
Les historiens situent l’arrivée des félidés dans l'archipel entre les VIe et VIIIe siècles, période marquée par des échanges culturels et religieux intenses avec la Chine et la péninsule coréenne.
Selon une analyse publiée par la Japan Society sur l’histoire culturelle des chats au Japon, ces animaux auraient été introduits par des moines bouddhistes afin de protéger des rongeurs, les fameux textes manuscrits des sutras, conservés sur des rouleaux de soie ou de papier.
Au départ, les chats étaient rares et associés aux milieux aristocratiques et religieux, comme l’atteste, par exemple le journal de l'empereur Uda ( à la charnière des IXe et Xe siècles)
Dans ce texte de 889, l’empereur décrit un chat offert par la Chine et explique qu’il est gardé comme un animal précieux.
Les documents historiques suggèrent qu’au Xe siècle ils étaient encore considérés comme des animaux rares et réservés aux élites, parfois attachés par des cordons pour éviter qu'ils ne s'échappent .
Avec le temps, leur présence s’étend progressivement au reste de la société. Cette diffusion s’explique notamment par des raisons économiques.
Les rongeurs représentaient une menace importante pour les réserves alimentaires et pour certains secteurs de production. C’est particulièrement le cas pour la sériciculture.
Les vers à soie, essentiels à l’économie japonaise prémoderne, étaient menacés par les rats. Les chats deviennent donc progressivement des auxiliaires précieux pour protéger ces élevages.
Comme le souligne l’universitaire Michael Dylan Foster dans ses recherches sur la culture des yokais, le chat occupe une place liminale unique dans l’imaginaire japonais.
Dans la tradition japonaise, imprégnée de shintoïsme, l’animal n’est jamais seulement un compagnon ; il est un réceptacle potentiel pour le sacré ou le surnaturel.
Cette indépendance caractéristique du félin, perçue comme une forme de mystère impénétrable, explique pourquoi il est si souvent dépeint comme un esprit capable de franchir le seuil entre le quotidien des hommes et les forces invisibles.
C’est un animal ambivalent dans le folklore japonais.
Avec le temps, les chats cessent d’être seulement des auxiliaires domestiques et deviennent aussi des figures importantes du folklore japonais.
Dans l’imaginaire populaire apparaissent des créatures surnaturelles telles que le bakeneko ou le nekomata, des chats auxquels on attribue des pouvoirs extraordinaires.
Selon certaines légendes, ces animaux pourraient se transformer, parler ou manipuler les humains après avoir atteint un âge avancé.
Dans la tradition japonaise, imprégnée de shintoïsme, l’animal n’est jamais seulement un compagnon ; il est un réceptacle potentiel pour le sacré ou le surnaturel.
Cette indépendance caractéristique du félin, perçue comme une forme de mystère impénétrable, explique pourquoi il est si souvent dépeint comme un esprit capable de franchir le seuil entre le quotidien des hommes et les forces invisibles.
Cette iconographie si bien connue désormais, apparaît durant l’époque d’Edo (1603-1868) et se diffuse largement au XIXᵉ siècle.
Plusieurs légendes expliquent l’origine de cette image. L’une des plus connues raconte qu’un seigneur féodal aurait été sauvé d’un éclair après avoir suivi un chat qui semblait l’inviter à entrer dans un temple.
Au fil du temps, cette figure folklorique s’est transformée en symbole commercial largement diffusé. On la retrouve aujourd’hui dans les boutiques, les restaurants ou les entreprises, où elle est censée attirer la prospérité.
Au Japon, le chat est passé du rôle de gardien des sutras bouddhiques à celui d’esprit familier des ruelles d’Edo, compagnon des courtisanes, présage de fortune ou créature surnaturelle comme le bakeneko.
Poésie par Philémon
Sur les jonques noires
Venus des terres de Chine
Les chats regardaient
Les vagues du détroit pâle
Comme un royaume neuf
Temple de Nara
Dans l’odeur du bois ancien
Un chat sommeillait
Vrai gardien silencieux des
Sutras contre les souris
Pont Nihonbashi
Le vendeur de figurines
Sourit au passant
Un maneki-neko luit
Dans la poussière d’été
Dans Tokyo la nuit
Entre bougies et pluie tiède
Un chat tigré va
Héritier des anciens ports
Et des temples oubliés
On raconte que les premiers chats arrivèrent avec les moines bouddhistes, depuis la Chine ou la Corée. Leur tâche était humble : protéger les rouleaux sacrés des rats. Pourtant, dans les salles obscures des temples, leur silence semblait déjà chargé de mystère.
Sous le gong du soir
Ce chat fixe sans bouger
La fumée d’encens
Dans Edo, les chats vivaient partout : sur les étals de poissons, les toits de tuiles, les bains publics encore fumants. Les graveurs d’estampes les aimaient pour leur indifférence élégante. Certains artistes disaient qu’un chat assis près d’eux empêchait les mauvais rêves d’entrer dans l’atelier.
La pluie de printemps
Sur l’estampe inachevée
Une empreinte grise
Le bakeneko
Dans les villages reculés, les anciens se méfiaient des chats trop âgés. Un animal vivant longtemps pouvait devenir bakeneko, esprit capable de parler ou de prendre forme humaine. Ainsi naquirent d’innombrables récits murmurés près du feu.
Maison désertée
Une ombre tourne la tête
Avant le typhon
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