L’AUTOMNE AU JAPON
Feuilles d'automne au temple de Kaianji à Kinagawa, estampe de Utagawa Hiroshige III et Utagawa Kuniaki II, 1881 III et
La proximité bien connue des Japonais avec la nature et l’attention qu’ils portent aux cycles saisonniers explique que l’automne , avec le printemps, fasse partie des thèmes les plus présents dans la tradition poétique et les estampes
Au Japon, l’iconographie de l’automne fait la part belle au moment où l’on contemple les érables, le monijigari.
Ce rituel de contemplation longtemps réservé à l’aristocratie s’est répandu au cours des siècles, dans toutes les couches de la société.
Parfois, un coup de vent accélère la chute des feuilles qui tourbillonnent et retombent formant sur les rivières un tapis ondoyant qu’on observe depuis la rive.
L’automne a aussi ses activités agricoles spécifiques, à commencer par la récolte du riz, à la fin du mois de septembre ainsi que la récolte des graines et feuilles d’érables que l’on cuit ou que l’on sèche pour les utiliser dans la pharmacopée traditionnelle.
Les signes de la nature en cette saison inspirent les poètes comme la stridulation des grillons, le brame du cerf ou le passage des oies sauvages.
Parmi les temps forts qui jalonnent cette période de l’année, deux sont d’une importance particulière :
- l’apparition de la pleine lune d’automne donc le début de la saison
- puis quelques semaines plus tard, la contemplation des érables
c’est la fête de Tsukimi qui se déroule vers la fin septembre ; sa célébration consiste à contempler la pleine lune durant cette nuit-là car le temps est encore clément et le ciel particulièrement pur.
Certains iront admirer ses reflets dans l’eau comme l’évoque le célèbre poète
Matsua Bashô dans un haïku :
Pleine lune
J’ai fait toute la nuit
Le tour de l’étang
Surnommée la lune des moissons, cette lune d’automne est également associé à la culture du riz récolté à cette époque : on remercie alors l’astre de s’être montré généreux, d’avoir apporté la prospérité et l’on partage avec lui les fruits de la terre sous forme d’offrandes que les personnes assemblées dégusteront ensuite, ( en particulier les mochis*)
*friandises rondes à base de pâte de riz.
L’autre grand évènement naturel marquant de l’automne c’est le changement de couleur des feuillages qui débute au mois de septembre à des dates variables selon le climat régional.
Tandis que la floraison des cerisiers, au printemps, s’amorce dans le sud de l’archipel et se déplace de semaine en semaine vers le nord, le rougeoiement des érables à l’inverse, commence donc dans l’île d’Hokaïdo, la plus septentrionale du Japon, pour descendre ensuite vers le sud durant deux mois.
Il existe des points points panoramiques réputés pour la beauté du spectacle, dans certaines montagnes notamment, mais aussi dans les grands parcs publics ou les nombreux jardins de temples et de palais.
Cependant, chacun sait que cette beauté est fugitive puisque la couleur éclatante des feuilles précède de peu leur chute.
L’automne est aussi l’expression spécialisée dans le domaine sensible d’une poésie de l’éphémère.
Je tiens à remercier Anne Séfrioui, éditrice et autrice spécialisée dans le domaine du livre d’Art, qui m’a aidé à composer cette introduction.
Poésies par Philémon
Tanka sur l’automne au Japon
Sous les érables
Un vent rouge nous traverse,
Une odeur de feu
Le ruisseau se rappelle
Les pluies des jours anciens.
Des grains de riz mûrs
Au loin les cigales mortes,
Le ciel se vide,
Les pas lents des paysans
Résonnent dans la brume.
Le clair de lune
S’accroche aux champs dorés
Un cerf s’avance
Son cri fend le silence
Dans cet air froid du matin
Les Matsutakés*
Au parfum de montagne
Rien ne pèse plus
Que ce goût éphémère
Apporté par la saison.
Haïbun
Le pont de bois
Il traverse un pont étroit, où l’eau reflète des milliers de feuilles rouges. Les enfants jouent plus bas, jetant des galets dans la rivière. L’air est vif, chaque souffle dessine une fumée blanche. Dans sa poitrine, une nostalgie sans nom se lève comme un vent d’amont.
Feuilles éparses
Un vrai tourbillon d’idées
Ailes de papillons
*Le matsutaké est un champignon très apprécié au Japon.
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Son nom signifie littéralement « champignon (take) des pins (matsu) », car il pousse souvent au pied des pins rouges japonais (akamatsu).
C’est un champignon rare, à la saveur boisée et à l’arôme très particulier, à la fois résineux, épicé et légèrement sucré.
Au Japon, il est considéré comme un mets de luxe, symbole de l’automne, souvent offert en cadeau ou dégusté grillé, dans le riz (matsutaké gohan) ou dans une soupe claire (dobin mushi).
Son prix peut être très élevé, parfois plusieurs centaines d’euros le kilo, surtout pour les spécimens japonais, car ils sont de plus en plus rares à cause de la disparition de leur habitat naturel.
Ce n’est pas seulement un mets raffiné, c’est aussi une image poétique et culturelle forte dans la littérature japonaise :
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Dans les waka et haïku, le matsutaké est un kigo (mot de saison) qui évoque l’automne.
Sa simple mention suffit à situer le poème dans la saison des feuilles rouges et du riz mûr.
Parce qu’il est rare et difficile à trouver, il symbolise les plaisirs fugaces de la vie.
Comme les feuilles qui tombent, il rappelle que la beauté est passagère.
Son parfum particulier est souvent lié à la nostalgie et à la mémoire des forêts anciennes.
Dans la poésie, l’odeur du matsutaké devient une métaphore pour un souvenir qui s’élève, subtil et persistant.
Le pin, avec lequel il partage son nom, est un symbole de longévité et de fidélité au Japon.
Associer le champignon au pin ajoute une nuance de force et de permanence, contrastant avec son côté éphémère.
Dans certains poèmes zen, le matsutaké représente la pureté simple de la nature et l’attention à ce qui est caché.
Le cueillir est un acte de communion avec la montagne.
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Par exemple, dans des haïku classiques, on peut trouver des images où le matsutaké apparaît non pas comme un simple aliment, mais comme un signe discret de la saison, chargé de senteurs et de silence.
Philémon
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