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Poésie Japonaise

MOMOTARO (1ère partie)

27 Mars 2026, 16:46pm

Photo de couverture de Sunrise Japon

Photo de couverture de Sunrise Japon

MOMOTARO        (1ère partie)

Momotaro est l'un des contes japonais les plus célèbres. Il raconte l'histoire fabuleuse d'un garçon né dans une pêche (momo) qui, une fois devenu grand et doué d'une force exceptionnelle, part combattre les terribles démons et ogres de l'île Onigashima, située au-delà des mers.

NARRATION :

Dans un village effacé par les saisons, au bord d’une rivière lente, vivaient deux êtres que le temps avait presque oubliés. Leurs gestes étaient simples, leurs paroles rares, et leurs jours s’écoulaient comme l’eau : sans bruit, sans retour.

Un matin d’été, alors que la lumière reposait encore sur les pierres humides, la vieille femme aperçut une forme étrange glissant à la surface du courant.

Ce n’était pas une feuille, encore moins un reflet. C’était une pêche toute ronde et d’une taille exceptionnelle, d’une extrême beauté .

Elle la recueillit sans un mot et la montra à son mari qui observa  longtemps ce fruit. Il n’y avait là ni miracle, ni présage apparent seulement une présence assez forte et inhabituelle pour une pêche.

Puis ils décidèrent de partager cette pêche qui s’ouvrit d’elle même au moment de la couper en deux et , aussitôt, surgit un petit enfant resplendissant .

Les deux personnes âgées furent tellement étonnées qu’elles en tombèrent à la renverse, pendant que l’enfant leur expliquait que leurs pleurs de vivre sans enfant ont été entendus et qu’il se tient là pour accompagner leur vieux jours.

On l’appela Momotarō. ( né d’une pêche )

L’enfant grandit sans excès. Il ne pleurait pas plus qu’il ne riait. Il observait. Il écoutait. Il semblait reconnaître le monde, comme s’il l’avait déjà traversé sous une autre forme.

Un jour, sans colère ni défi, il dit simplement :

"Il y a, au-delà de la mer, un lieu où les choses ne sont pas à leur place".

Personne ne lui demanda comment il le savait.

On lui donna quelques boulettes de millet et galettes de riz. Il les prit, non comme des provisions, mais comme un lien avec ceux qui restaient.

Sur la route, il rencontra un chien. L’animal ne montra ni peur ni soumission. Ils se regardèrent longuement, puis partagèrent une galette. Le chien marcha à ses côtés.

Plus loin, un singe descendit des arbres. Puis un faisan traversa le ciel bas. Aucun ne fut appelé. Aucun ne fut contraint. Tous reconnurent, dans le silence de ce garçon, une direction à suivre.

La mer ne résista pas à leur passage dans la barque, trouvée en bordure de rivage.

Au loin se dressait Onigashima, île aux contours durs, où vivaient les oni , non pas seulement des monstres et des ogres, mais aussi des êtres en rupture avec l’ordre du monde.

Le combat ne fut pas glorieux. Il fut nécessaire.

Les cris des démons n’étaient pas différents de ceux des hommes. Leur violence n’était pas étrangère. Elle était simplement laissée libre, sans retenue, sans mémoire.

Momotarō ne triompha pas par la force seule, mais par une forme de justesse. Ce qui était déséquilibré fut ramené. Ce qui débordait fut contenu.

Lorsque tout fut terminé, il ne resta ni colère, ni joie.

Seulement le vent.

Ils revinrent avec des richesses que l’ensemble. des villageois fut heureux de reconnaître ce qui lui avait été dérobé. Les jours reprirent leur cours. Les saisons aussi.

Et l’on raconte que Momotarō vécut longtemps.

Mais il est dit que certains soirs, au bord de la rivière, quand l’eau devient presque immobile, on peut encore voir passer une pêche lentement, silencieuse, comme si rien n’avait jamais vraiment commencé, ni jamais vraiment fini.

Poésie par Philémon

 

Tanka

Dans l’eau du ruisseau 
Une pêche dérive
Mystère du destin
Un enfant naît du fruit rose
Offert par les eaux sacrées

  1.  

Vieil homme étonné 
La vieille femme sourit
Fruit ouvert en deux
Un enfant au cœur de feu
Envoyé par les esprits

 

Sous le ciel d’été 
Grandit le garçon pêche
Force dans ses bras
Son regard déjà tourné
Vers les îles des démons

 

Dans son baluchon 
Des kibi dango * précieux
Partage du cœur
Un chien devient compagnon
Fidèle à chaque pas

* boulette de millet

 

 

haïbun

 

LA RIVIÈRE DE VIE 

La rivière s’écoule sans hâte entre les pierres. Rien ne presse en ce village où les jours se répètent avec douceur. Le vieux coupe du bois. La vieille lave le linge. Le monde tient dans ces gestes. Un matin d’été, une pêche apparaît sur l’eau. Elle ne dérive pas vraiment , elle arrive. Ils la recueillent sans surprise, comme on accueille ce qui était déjà destiné à venir.

Pêche sur les flots
Dans le silence du courant
Un destin mûrit
 

PROJET 

L’enfant grandit comme pousse le bambou : sans bruit, mais avec certitude. Il parle peu. Son regard semble porter plus loin que les collines.Un jour, il dit qu’il partira. La vieille prépare des galettes. Le vieux ne pose pas de question. Les adieux sont courts, comme le sont les choses vraies.

Chemin de poussière
Derrière lui s’efface déjà
La trace des pas
 
 
CHEMIN FAISANT 

Un chien rejoint Momotaro. Puis un singe. Puis un faisan traverse le ciel et redescend vers eux. Rien n’est expliqué. Le partage suffit. Chaque rencontre est une reconnaissance.

Galette rompue
Dans la paume offerte
Une alliance naît
MOMOTARO        (1ère partie)

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URASHIMA TARO ( 3ème et dernière partie )

22 Mars 2026, 08:46am

 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )

Urashima Tarō à travers les âges

Dans le théâtre et la littérature
  • Dès le Moyen Âge (Xe-XIVᵉ siècle), le conte devient un sujet populaire dans les récits appelés setsuwa (contes édifiants bouddhiques).
    Le
    tamatebako (coffret du temps) symbolise alors la vanité des désirs terrestres et l’impossibilité d’échapper au cycle de la vie et de la mort (samsara).

    Au XIVᵉ-XVIᵉ siècle, il est adapté au théâtre Nô et au Kyōgen, où l’histoire prend une tonalité symbolique : le retour d’Urashima au monde humain devient une métaphore du réveil spirituel après l’illusion.
    L’atmosphère y est lente, rêveuse, presque suspendue dans le temps.

    Pendant la période Edo (XVIIᵉ-XIXᵉ), il devient un conte pour enfants, souvent chanté ou illustré sur des rouleaux (emaki).


    L’accent se déplace du message religieux vers l’émerveillement et la tristesse douce du héros perdu dans le temps.

     

Dans la culture visuelle :
  • Les estampes ukiyo-e représentent Urashima sur le dos de la tortue, descendant vers le palais du Roi Dragon.
    Des artistes comme
    Utagawa Kuniyoshi ou Toshusai Sharaku ont immortalisé cette scène, symbole d’un passage vers un autre monde (kaikyō / le seuil).

    Au XXᵉ siècle, Urashima Tarō devient un symbole du Japon ancien :


    - En littérature, il apparaît dans des poèmes de Yosano Akiko et Miyazawa Kenji, qui y voient une métaphore du Japon qui change trop vite.


    - En musique, il inspire des chansons d’école (dōyō), apprises encore aujourd’hui par les enfants.

     

Dans la culture populaire :
  • L’histoire a inspiré des dizaines d’adaptations animées, dès les années 1910.
    Le tout premier
    film d’animation japonais connu, Urashima Tarō (1918), raconte justement cette légende qui prouve  son importance dans l’imaginaire national.

    On retrouve son écho dans :

    • Pokémon (Lapras et Dracolosse sont liés à Ryūjin et aux mythes marins)

      Dragon Ball :

      le « maître Tortue » ( Kame Sennin en est une parodie bienveillante)

      One Piece, dans l’arc de l’Île des Hommes-Poissons, où le Roi Neptune et sa fille Shirahoshi évoquent directement le royaume de Ryūgū.

Urashima Tarō symbolise aujourd’hui le retour impossible, l’homme qui a perdu le lien avec son temps : un thème encore très présent dans la culture japonaise moderne.

 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )

POÉSIE PAR PHILÉMON

 

Tanka

 

Sous l’onde claire
Un palais aux mille perles
Le temps au repos
Quand il remonte à la terre
Les fleurs ne le reconnaissent

 

Boîte scellée d’or
Souvenir d’un beau rêve
Sa main tremble un peu
Le vent d’un autre siècle
Effleure ses cheveux blancs

 

Les vagues chuchotent
Le nom qu’elle a donné
« Fleur de l’abysse »
Le monde a fui son ombre
Il devient coquille vide

 


 

Haïbun

 

Le retour du pêcheur

Il crut n’avoir dormi qu’une nuit au palais du Dragon. La mer l’avait bercé d’une musique sans fin, et la princesse riait derrière son éventail. Mais sur le rivage, les maisons étaient de pierre grise, le port désert, les noms oubliés. Il porta la boîte à ses lèvres, comme un baiser d’adieu.

Boîte entrouverte
Un souffle et tout s’efface
Mer sans rivage

 
 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )
 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )
 URASHIMA TARO   ( 3ème et dernière partie )

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LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT

20 Mars 2026, 14:42pm

LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT
LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT
LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT
LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT

LE JOUR DU PRINTEMPS

 

Brume du matin
Les cerisiers frissonnent
Pétales en pluie
Sous le vent léger de mars
Le temps suspend son souffle

 

Rivière paisible
Reflet de fleurs éphémères
Glissant en silence
Un pas puis l’autre s’efface
Dans la douceur renaissante



Au vent de printemps
Un pétale s’attarde
Sur son écharpe

 

Sous les sakuras
Un rire d’enfant s’envole

Les fleurs s'éparpillent


 

VOYAGE

Le train ralentit à l’approche du village. Déjà, les collines semblent poudrées de rose. Sur le quai, quelques voyageurs s’arrêtent sans parler, comme s’ils entraient dans un sanctuaire invisible. Le printemps n’est pas seulement une saison ici il est un passage, une respiration fragile entre ce qui fut et ce qui disparaît déjà . Il marche sous les cerisiers. Chaque pétale tombe avec une précision silencieuse, et pourtant rien n’est perdu. Tout se transforme en souvenir au moment même où cela existe.


Pluie de pétales
Dans le creux de sa paume
Ils tiennent un instant

 

Poésie par Philémon

LA SAISON DU RENOUVEAU EST PARTOUT

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URASHIMA TARO

15 Mars 2026, 17:01pm

Estampe par Kuniyoshi

Estampe par Kuniyoshi

LE PÉCHEUR DU ROYAUME SOUS LA MER (2ème partie)

 

La genèse de l’histoire est fascinante, car elle se situe à la frontière entre mythe, légende et conte populaire.


La première trace écrite de ce récit remonte au VIIIᵉ siècle, dans deux chroniques fondamentales :

  • Le Nihon Shoki (Chroniques du Japon, 720), où l’on trouve une mention d’un pêcheur nommé Urashimako.

    Le Manyōshū (Recueil de dix mille feuilles, vers 760), une anthologie de poèmes où Urashimako est évoqué comme un homme ayant voyagé « au-delà de la mer » et ne revenant jamais pareil.

    Plus tard, le conte apparaît dans des recueils narratifs comme le Otogi-zōshi (XIVᵉ–XVᵉ siècles), où sa forme actuelle : le pêcheur, la tortue, le palais du Roi Dragon et le coffret du temps se fixe.

Cette narration s’enracine dans les mythes marins japonais et la croyance en des royaumes sous-marins habités par des dieux-dragons (Ryūjin) et les concepts bouddhiques du temps et de l’impermanence ( mujō) : le paradis du fond de la mer symbolise l’illusion d’un bonheur hors du cycle du monde.

  • Ce conte est également sous l’influence de récits chinois anciens, notamment des histoires d’immortels visitant des îles merveilleuses, puis revenant des siècles plus tard dans un monde changé (Penglai, Horaisan).

Urashima Tarō représente la fascination japonaise pour le passage du temps, l’illusion du paradis, et la nostalgie du monde perdu.

Il exprime un thème universel : celui de l’homme qui touche le divin un instant, puis se retrouve exilé du présent pour toujours
URASHIMA TARO

Poésie reliée à la narration du conte par Philémon

 

Coquillage clos
Ton rire y résonne encore
Douce prison d’eau
J’ai voulu voir le soleil
Et j’ai perdu le rêve

Un siècle s’éteint
Dans le souffle de la mer
Mon cœur s’y dissout
Ô princesse du profond
Ton adieu engloutit tout

 

Boîte interdite
Écrin d’un temps disparu
Main d’homme trop faible
Quand l’air m’effleure le front
Je deviens poussière d’onde

 

La boîte scellée

Quand il revint, la plage semblait étrangère. Les arbres avaient grandi, les villages changés, les visages éteints. La boîte pesait dans sa main comme un dernier serment. Il l’ouvrit, croyant revoir ses années perdues. Mais ce fut son souffle qui s’en échappa.

Boîte entrouverte
Le vent murmure un nom
Que nul ne connaît

 

URASHIMA TARO

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URASHIMA TARO

8 Mars 2026, 20:12pm

URASHIMA TARO

LE PECHEUR  DU ROYAUME SOUS LA MER     (1ère partie)

Le conte d’Urashima Tarō est l’un des plus vieux récits du Japon, presque aussi ancien que celui du Coupeur de Bambou.

 

 

Il était une fois, sur la côte d’un petit village de pêcheurs, un jeune homme nommé Urashima Tarō.


Il vivait simplement, pêchant chaque jour sous les ciels changeants, et offrant parfois ses prises aux enfants ou aux vieillards du village.


On disait de lui qu’il avait le cœur pur comme la mer au matin.

Un jour, alors qu’il marchait le long du rivage, il vit des enfants s’acharner sur une petite tortue.


Pris de compassion, Urashima les arrêta et racheta l’animal blessé.


Il la remit doucement à l’eau, et la tortue, avant de disparaître dans les vagues, leva la tête vers lui comme pour le remercier.

Les jours passèrent. Puis, un matin, alors qu’il pêchait seul au large, une grande tortue apparut à côté de sa barque.


Elle parla d’une voix douce et grave :

« Urashima Tarō, notre Reine, la fille du Roi Dragon, souhaite te voir. Viens avec moi au fond des mers. »

Surpris mais sans peur, Urashima monta sur le dos de la tortue.


Les flots s’ouvrirent, et ils descendirent dans un royaume de lumière mouvante, où les poissons brillaient comme des étoiles et les coraux formaient des jardins de mille couleurs.

Au cœur de ce monde se dressait le palais du Roi Dragon, Ryūgū-jō, aux toits d’écailles d’or et aux portes de nacre.


Là, l’attendait la princesse Otohime, fille du Roi Dragon, d’une beauté que nul mot humain ne pouvait décrire.
Elle l’accueillit avec un sourire :

« Je suis la tortue que tu as sauvée. Laisse-moi te remercier. Reste ici et oublie les douleurs du monde. »

Ainsi, Urashima demeura au palais.


Les jours s’écoulaient comme des rêves : festins, danses sous-marines, rires des sirènes, musique des coquillages.


Il n’y avait ni nuit ni jour, seulement la lumière tranquille de la mer.

Mais un matin, Urashima sentit la nostalgie du monde d’en haut.


Il pensa à ses parents, à son village, aux falaises baignées de vent.


La princesse vit son trouble et, bien que le cœur serré, elle lui remit un petit coffret laqué, orné de fils d’argent :

« Voici le tamatebako, le coffret précieux.
Ne l’ouvre jamais, quoi qu’il advienne.
Il contient le souvenir de notre monde. »

Urashima la remercia, monta sur la tortue, et remonta vers la surface, le cœur empli de gratitude et de tristesse mêlées.

Quand il revint sur la plage, tout lui parut étrangement différent.


Le village avait changé. Les maisons n’étaient plus là. Les visages, inconnus.


Il chercha sa maison, ses parents, mais on lui répondit que cela faisait plus de trois cents ans qu’un pêcheur nommé Urashima Tarō avait disparu dans les flots.

Saisi d’effroi, il se rappela le coffret.
Peut-être contenait-il un moyen de revenir en arrière ?
Malgré l’interdiction, il souleva le couvercle.

Aussitôt, un nuage blanc s’échappa du coffret et l’enveloppa.
Ses cheveux devinrent gris, son dos se courba, et son visage, autrefois jeune, se flétrit.


Il comprit alors : le coffret gardait le temps qu’il avait laissé au fond de la mer.

Dans le vent marin, une voix douce sembla murmurer :

« Si tu avais gardé le secret, le rêve aurait duré… »

Et Urashima disparut, emporté par la brume.


Certains disent qu’il devint une grue, d’autres qu’il rejoignit la princesse sous la mer.


Mais sur la côte, on raconte encore son nom, à la lisière du monde des hommes et de celui des dragons.

 

URASHIMA TARO

POÉSIE PAR PHILÉMON

 

Urashima Tarō

 

Perles endormies
Un palais sous la mer bleue
Le chant des coraux
Dans les bras de la princesse

Le temps s’effiloche lent

 

L’écaille d’argent
Glisse entre mes doigts tremblants
Souvenir marin
Les vagues m’ont tout repris
Sauf ton nom sur mes lèvres

Les années s’enfuient
Silencieuses invisibles
Comme la marée
Quand je foule la plage nue
Plus rien ne me conviendra

 

Le palais du Dragon

Les écailles du dragon luisaient comme mille miroirs. Urashima suivit la tortue jusqu’au fond du monde. Dans la salle d’or, il dansa, ivre de musique et de beauté. Chaque rire, chaque perle, effaçait un jour sa mémoire. Le temps n’existait plus : seulement le chant de la mer.

Sous la mer sans fin
Les cœurs battent lentement
Douce éternité

 
URASHIMA TARO

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LE RETOUR

4 Mars 2026, 09:27am

LE RETOUR

Sous le ciel pâle de l’aube,
quatre lunes ont passé
comme des barques silencieuses
glissant sur l’eau immobile.

Le jardin attendait.

Les pierres gardaient la mémoire des pas,
la mousse buvait la rosée
sans savoir si la main familière
reviendrait troubler sa paix.

Dans la chambre vide,
l’encre dormait dans son puits sombre,
pareille à une graine sous la neige
vivante, mais retenue.

Puis un matin,
le vent d’est a frôlé les bambous,
et les clochettes ont murmuré :
« Il revient. »

Non comme l’homme d’hier,
mais tel le cerisier après la tempête
branches épurées,
racines plus profondes.

Quatre mois de silence
ont poli son regard
comme la rivière polit la pierre,
lentement, sans bruit.

Et voici que ses mots
retombent sur le monde
comme pétales au printemps :
fragiles,
inévitables,
lumineux.

Ô voyageur revenu des ombres,
que chaque phrase soit un pas
sur le pont rouge du matin.

Que ton souffle retrouvé
fasse vibrer la toile invisible
où se tissent nos pensées.

Car l’absence n’était qu’hiver.
Et l’hiver, au Japon du cœur,
n’est jamais une fin
seulement la promesse
d’un printemps plus attentif.

Bienvenue,
comme la première fleur
qui ose
après la neige.


 

HAÏKU

Quatre lunes sans voix
Sous la neige l’encre veille
Printemps au clavier


 

Je dédie ces quelques lignes à vous les amis blogueurs qui m’avaient soutenu par vos témoignages d’amitié et à tous ceux qui ont pratiqué la patience pendant ma convalescence.

 

Je vous souhaite un bon et beau cheminement vers le Printemps.

LE RETOUR
LE RETOUR

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Information

12 Décembre 2025, 18:01pm

Information

Suite à ma chute d'hier, je me trouve dans l'obligation d'avoir l'épaule droite immobilisée.

En conséquence, je remercie toutes les amies et tous les amis Blogueurs qui me suivent si gentiment et qui soutiennent mes publications car je serai absent du blog pendant quelques mois.

C'est avec une grande joie et une épaule guérie que je reprendrai mes activités de blogueur.

Bonnes et heureuses fêtes de fin d'année !!!

A bientôt !

Philémon

 

 

 

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CONTE DE LA GRUE RECONNAISSANTE

7 Décembre 2025, 16:40pm

Estampe de Utagawa Hiroshige

Estampe de Utagawa Hiroshige

Il était une fois, dans une vallée enneigée du Nord du Japon, un jeune homme pauvre nommé Yōsaku.


Il vivait seul dans une humble cabane de bois, entourée de pins et de silence.


Ses journées se passaient à couper du bois et à marcher dans la neige pour échanger quelques fagots contre un peu de riz.


Mais malgré sa misère, Yōsaku possédait un cœur droit et généreux, et ses yeux savaient encore s’émerveiller de la beauté du monde.

 

Un soir d’hiver, alors que le soleil déclinait derrière les montagnes, Yōsaku aperçut une grue blanche prise dans un piège à collet.


Ses ailes se débattaient désespérément dans la neige tachée de sang.


Il s’approcha doucement, la libéra, et murmura :

« Va, belle créature. La liberté te rendra plus forte que la peur. »

La grue le fixa de ses yeux sombres et profonds, comme si elle voulait graver son visage dans sa mémoire, puis s’envola dans le ciel d’argent, jusqu’à disparaître dans la neige qui tombait.

Puis, une nuit alors que le vent faisait gémir les murs de la cabane, quelqu’un frappa à sa porte : en ouvrant, Yōsaku découvrit une jeune femme, vêtue d’un simple kimono blanc.

Ses joues étaient roses de froid, mais son regard rayonnait de douceur.
Elle dit d’une voix claire :

« Je me suis perdue dans la tempête. Puis-je trouver refuge ici cette nuit ? »

Yōsaku, ému, l’accueillit.
Ils partagèrent le peu de riz qu’il lui restait, et la jeune femme remercia avec un sourire si lumineux que le feu sembla brûler plus chaudement.


Les jours suivants, la neige continua de tomber sans fin.
La jeune femme resta, aidant Yōsaku dans les tâches du foyer, tissant des nattes, chantant d’une voix si pure qu’elle semblait faire fondre la glace sur les branches.

Bientôt, elle lui dit :

« Si tu le veux bien, laisse-moi devenir ton épouse. Je souhaite vivre ici, simplement, auprès de toi. »

Et ainsi, ils devinrent mari et femme.

Une fois mariée, la jeune femme déclara , un jour :

« J’aimerai tisser une étoffe pour toi, mais promets-moi une chose : ne regarde jamais dans la pièce pendant que je travaille. »

Spontanément,Yōsaku le lui promit.

Sur ces mots, elle entra dans la petite chambre, ferma la porte, et pendant des jours, on entendit le bruit léger du métier à tisser.

Quand elle sortit enfin, elle tenait entre ses mains un tissu d’une beauté indescriptible : une étoffe brillante comme la neige au clair de lune, plus fine que le souffle du vent.

Elle dit :

« Vends-la au village. Ce tissu vaut plus que l’or. »

Et en effet, au marché, les chalands et les marchands s’émerveillèrent.


Grâce à cette étoffe, Yōsaku et sa femme purent vivre dans l’aisance.

Mais la jeune femme retourna bientôt tisser encore, et chaque fois, elle ressortait plus pâle, plus fragile, comme si sa vie se mêlait aux fils du métier.

Un soir, consumé par la curiosité et l’inquiétude, Yōsaku ne put résister: il entrouvrit la porte…

Et là, il vit une grue blanche.
La même qu’il avait libérée.

Elle arrachait ses propres plumes pour les mêler aux fils du métier, tissant avec sa douleur la splendeur du tissu.
Ses ailes tremblaient, mais ses yeux brillaient d’une lumière douce.

Effrayé et bouleversé, Yōsaku recula.


La grue se retourna et dit d’une voix humaine :

« Tu as vu ce que je voulais te cacher.
Je suis la grue que tu as sauvée.
Je suis venue pour te remercier, mais désormais, je dois repartir. »

Elle rétablit sa forme , déploya ses ailes blanches dans la lueur de l’aube, et s’éleva lentement dans le ciel.


Yōsaku courut dans la neige, les bras levés, criant son nom, mais la grue ne se retourna pas.


Elle monta, monta encore, jusqu’à se fondre dans la lumière du matin.

Il garda longtemps le dernier tissu qu’elle avait tissé : le dernier souvenir d’un amour impossible entre l’homme et l’oiseau.


Et chaque hiver, quand la neige tombait, on disait qu’une grue blanche planait au-dessus de sa maison, veillant sur lui en silence.

Ainsi se termine la légende de la Grue reconnaissante,
qui enseigne que
la gratitude sincère dépasse la vie humaine,
mais aussi que
le mystère des cœurs aimants ne doit pas être forcé.

Car parfois, dans le silence du secret, réside la beauté même de l’amour.

 

Ce conte d’origine populaire est plus récent que celui du Coupeur de Bambous, mais ses racines sont profondément ancrées dans les traditions rurales du Japon.

Il appartient à la catégorie des “contes de gratitude animale” (ongaeshi-mono), où un animal sauvé par un humain revient plus tard pour le remercier.

Les versions orales les plus anciennes remontent probablement à l’époque Edo (XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècle), bien que des motifs similaires existaient déjà dans des récits du Moyen Âge japonais (setsuwa).


Il a été transmis par le bouche-à-oreille dans tout le pays, avec de nombreuses variantes régionales.

Ce récit s’inspire de plusieurs sources :

  • Les croyances shintoïstes selon lesquelles les animaux : en particulier la grue , sont des messagers des dieux (kami) et des symboles de pureté et de fidélité.

    Les valeurs bouddhiques de reconnaissance et de détachement : le bien accompli revient à son auteur, mais l’attachement brise l’harmonie.

    Des mythes animistes où la frontière entre humains et animaux est poreuse, chaque être vivant ayant une âme (tamashii).

La grue ( tsuru) est au Japon un oiseau sacré :

  • Elle symbolise la longévité, la loyauté et la gratitude.

    Dans ce conte, elle incarne la beauté sacrificielle : elle se dépouille de ses plumes pour offrir à l’homme un don tissé de sa propre chair.

    Le thème du secret interdit (ne pas regarder) rappelle aussi des mythes européens comme Psyché et Éros, mais ici la transgression mène non à la punition, mais à une séparation douce-amère, typiquement japonaise.

En résumé
La Grue reconnaissante reflète la sensibilité japonaise à la nature vivante et à la gratitude silencieuse.

C’est une parabole sur la bonté, le respect du mystère, et la fragilité de l’amour entre mondes différents : humain et spirituel, visible et invisible.
 

La Grue reconnaissante à travers les âges :

dans le théâtre et les arts classiques:
  • Cette histoire est très populaire dans le théâtre de marionnettes Bunraku et le Kabuki à partir du XVIIIᵉ siècle.


  • On y met l’accent sur la pureté du sacrifice et sur la beauté du geste silencieux.


  • Les pièces s’appellent souvent Tsuru Nyōbō (La femme-grue) ou Yuki no Tsuru (La grue dans la neige).

    Dans le , la grue est un symbole récurrent de la transformation spirituelle : elle représente une âme libérée, purifiée par la souffrance.


  • On retrouve ces images jusque dans les danses rituelles shintoïstes où des prêtresses portent des ailes blanches.

dans la littérature et les arts visuels :
  • Le motif de la grue reconnaissante a inspiré d’innombrables poèmes et estampes.


  • Elle incarne à la fois la bonté réciproque (ongaeshi) et le tabou du secret violé, thème très présent dans les contes japonais.

    Des auteurs modernes comme Ogawa Mimei (considéré comme le “Andersen japonais”) ont réécrit la légende au début du XXᵉ siècle, en accentuant la tristesse et la pureté de la femme-grue.

dans la culture contemporaine :
  • La légende a inspiré des films, animés et romans modernes, où la grue devient symbole d’un amour impossible ou d’un lien entre deux mondes.


  • Quelques exemples :

    • The Crane Wife (1979), chanson inspirée du conte, reprise par le groupe américain The Decemberists (2006).

      Le film japonais Yuki no Tsuru (1953) et plusieurs adaptations animées diffusées dans les écoles.

      Spirited Away (Le Voyage de Chihiro, 2001) du Studio Ghibli reprend le thème central : le don, la gratitude et l’interdiction du regard sur l’être aimé.

      Le motif du tissage apparaît aussi dans Princess Kaguya de Takahata, comme un écho visuel à la création du tissu-lumière de la grue.

La grue aujourd’hui

Au Japon moderne :

  • La grue est le symbole de la paix et de la longévité.

    Elle est liée à l’histoire de Sadako Sasaki, fillette victime de la bombe d’Hiroshima, qui plia mille grues en papier pour la paix.


  • Ce geste (senbazuru) est directement inspiré par la symbolique de Tsuru no Ongaeshi.


  • Il perpétue le message du conte : le pouvoir de la bonté et du souvenir.

 


 

Estampe de Utagawa Hiroshige

Estampe de Utagawa Hiroshige

POÉSIE PAR PHILÉMON

 

Sous la neige froide 
Une grue blessée tremble
Mains d’homme la sauvent
Le cœur ne sait pas encore
Qu’il tisse sa propre perte

 

Fils de soie dorée 
Plume et larme se mêlant
Le don silencieux
Dans le métier endormi
Une âme s’effiloche

 

Toi que j’aimais tant 
Je te laisse mon ouvrage
Trame de pardon
Mon vol monte vers la lune
Je redeviens nuage.

 

Sous le ciel d’hiver 
Une plume solitaire
Souvenir d’amour
Le vent fredonne son chant
Comme une douce prière

 

Haïbun


La femme au métier

Elle tissait sans repos, derrière la porte close.
Chaque étoffe brillait d’une lumière que nul ne pouvait nommer.
Le jeune homme, troublé, voulut savoir d’où venait cette beauté. Quand il ouvrit la porte, il ne trouva qu’une grue blanche, éparse de plumes.

Vent sur le métier
Les fils tremblent doucement
L’écho d’un adieu

 
 
Le vol du retour

Le matin se leva sur un champ de neige pure. Une ombre s’éleva lentement dans le ciel, traînant un cri long, plein de larmes invisibles. L’homme resta seul, tenant contre lui le dernier tissu, chaud encore du souffle d’un oiseau.

Dans le ciel vide
Une plume retombe
Souvenir vivant
 
 Philémon
Estampe de Utagawa Hiroshige

Estampe de Utagawa Hiroshige

CONTE DE LA GRUE RECONNAISSANTE

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SYMPHONIE AUTOMNALE

29 Novembre 2025, 16:27pm

Tourbillon de feuilles d'érable, estampe de Suzuki Harunobu

Tourbillon de feuilles d'érable, estampe de Suzuki Harunobu

Estampe de Mizuno Toshikata, 1891-1893

Estampe de Mizuno Toshikata, 1891-1893

Poésie par Philémon

 

Feuilles écarlates
Sous le vieux pont de bois noir
L’eau qui tourbillonne
Chaque reflet emporte
Un fragment de ton souffle

 

Sur la véranda
Un bol oublié fume encore
Le soir s’installe
Des grillons accompagnent
Le silence des montagnes

 

Dans la rivière
Les feuilles rouges descendent
Lente dérive
Ce courant les emporte
Vers un océan lointain

  1.  

Un gong de temple
Dans le soir de novembre
Long écho profond
Les érables s’inclinent
Comme pour saluer l’ombre

 

Haibun

 

La fête de la lune

En ce soir clair, les familles s’assemblent sur la terrasse. Le riz nouveau brille dans les coupes, les pampas argentés se dressent dans un vase. La lune d’automne, ronde et immense, semble veiller sur chaque sourire.

lune d’automne
dans le bol de riz fumant
une mer de lait

 

La forêt rouge

Il traverse la vallée. Chaque érable semble embrasé, chaque pierre recouverte de feuilles éclatantes. Le vent disperse ces fragments comme des flammes fragiles. L’automne est un incendie qui ne détruit rien, seulement le temps.

érables en feu
le ruisseau emporte lentement
un ciel écarlate

 

 

Les kakis suspendus

Devant chaque maison, des grappes de kakis sèchent au soleil. Les cordes oscillent doucement dans le vent. Leur couleur orange éclaire les façades grises. On dirait des lanternes pour accueillir l’hiver.

kakis suspendus
dans le vent de la montagne
un parfum sucré

 

Philémon

  1.  

  1.  

SYMPHONIE AUTOMNALE

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LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS

21 Novembre 2025, 19:42pm

LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS
LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS
Taketori Monogatari

La légende du Coupeur de Bambous est considérée comme le plus ancien récit de la littérature japonaise, souvent surnommée La princesse Kaguya (Kaguya-hime). Elle daterait du Xe siècle (période Heian, qui a été l’âge d’or de la culture impériale).

Origine :
  • Auteur : Inconnu, mais souvent attribué à un moine ou un lettré de cour.

    Sources possibles : anciennes légendes chinoises et contes populaires japonais sur les êtres célestes (tennyo).

    Thèmes : la beauté éphémère, la nostalgie du monde céleste, le refus des désirs terrestres, et la séparation entre le monde des hommes et le monde divin.

    Ce conte est parfois vu comme une première forme de science-fiction, car il met en scène une visite venue de la Lune : bien avant les récits modernes sur le sujet !

  •  

Il y a très longtemps, à une époque où les dieux marchaient encore parmi les hommes, vivait un humble coupeur de bambous nommé Taketori no Okina.


Chaque jour, il partait dans la forêt, son couteau à la main, pour couper les tiges vertes et élancées qui murmuraient au vent.


De la forêt de bambous il tirait de quoi vivre modestement avec son épouse : une vieille femme douce et bienveillante, mais au regard triste, car le couple n’avait jamais eu d’enfant.

 

Un soir, alors que le soleil s’effaçait derrière les collines, Taketori vit au loin un bambou qui luisait d’une étrange clarté, comme si la Lune elle-même y avait versé une larme.


Intrigué, il s’en approcha, coupa la tige… et là, au cœur du bambou, il découvrit une minuscule fillette, haute comme le pouce, baignée de lumière, elle souriait, paisible, et l’air autour d’elle semblait chanter.

Pris d’un grand émoi, le vieillard la porta contre son cœur et murmura :

« Si les cieux m’envoient un enfant, alors mon âme est comblée. »

Il la rapporta chez lui, et avec son épouse, ils l’élevèrent comme leur propre fille.


À mesure que les jours passaient, l’enfant grandissait à une vitesse miraculeuse. En quelques lunes, elle devint une jeune femme d’une beauté si éclatante que nul ne pouvait soutenir son regard sans frémir.


Ils la nommèrent Kaguya-hime, la princesse rayonnante de lumière.

Chaque fois que l'homme coupait du bambou, il trouvait dans certaines tiges des pépites d’or ou des étoffes précieuses, comme si la forêt elle-même bénissait le couple.


Bientôt, leur maison pauvre devint un petit palais, et Kaguya-hime fut élevée dans la splendeur.

Mais plus sa beauté grandissait, plus la rumeur se répandait.
Des seigneurs vinrent des provinces lointaines, des nobles en habits brodés se pressèrent à sa porte.


Cinq parmi eux, les plus puissants du royaume, demandèrent sa main.

Kaguya-hime, douce mais résolue, refusa de choisir.
Elle dit :

« Si vraiment votre amour est sincère, rapportez moi ce que nul ne peut obtenir. »

Et elle énonça cinq quêtes impossibles :

  1. Le bol de pierre du Bouddha caché dans les temples du ciel,

  2. La branche d’argent et de joyaux de l’arbre sacré de Penglai, île mythique des immortels,

  3. La peau du feu du dragon que nul mortel n’a jamais approché,

  4. La gemme brillante du cou d’une chimère,

  5. La coquille d’une hirondelle qui niche sous la mer.

Chacun partit plein d’arrogance et de promesses…

 

Mais tous revinrent brisés, certains couverts de honte, d’autres n’en revinrent jamais.


Leurs ruses et leurs mensonges furent dévoilés, et Kaguya-hime versa des larmes silencieuses :

« Aucun d’eux ne cherchait mon cœur, mais ma gloire. »

C’est alors que l’empereur du Japon, ayant entendu parler de sa beauté céleste, vint la voir.


Il fut ébloui, mais il sentit aussi une étrange tristesse en elle , comme une flamme qui tremble dans le vent.


Ils s’échangèrent des poèmes, des lettres parfumées, et dans son cœur, l’empereur conçut un amour sincère.


Mais Kaguya-hime, bien qu’elle l’aimât d’une tendresse pure, lui dit un jour :

« Mon corps appartient à ce monde, mais mon âme regarde ailleurs. »

Lorsque les nuits d’été s’allongèrent, Kaguya-hime se mit à contempler la Lune, le visage baigné de larmes.
Elle cessa de sourire.


Ses parents, inquiets, la pressèrent de parler, et enfin, elle leur révéla son secret :

« Je ne suis pas de ce monde. Je viens du royaume de la Lune. Pour une faute oubliée, j’ai été envoyée ici-bas pour un temps ; mais bientôt, ma famille viendra me chercher. »

Les parents âgés supplièrent les cieux de la leur laisser, mais nul ne peut changer le destin.


L’empereur envoya des gardes autour de sa demeure, espérant la retenir.


Pourtant, à la nuit convenue, le ciel s’ouvrit dans une lumière de grande clarté.


Des êtres vêtus de brume descendirent sur des chars d’argent. La musique des sphères emplissait l’air.

Kaguya-hime embrassa ses parents et dit :

« Vous m’avez offert l’amour que les cieux ignorent. Pour cela, je vous bénis. »

Elle écrivit une lettre d’adieu à l’empereur, laissa un flacon d’élixir d’immortalité, et monta vers la Lune, son visage s’effaçant dans la lumière.

Quand l’empereur reçut la lettre, il pleura longuement.
Il refusa de boire l’élixir :

« À quoi sert l’immortalité, si elle ne partage pas ma solitude ? »

Il ordonna que l’élixir et la lettre soient brûlés au sommet du mont le plus haut du pays, pour que la fumée monte jusqu’à elle.


Et depuis ce jour, dit-on, le Mont Fuji tire son nom du mot fushi , “immortel”, et la fumée qui s’élève encore parfois vers le ciel serait le soupir du roi pour la princesse de la Lune.

 

Épilogue :

Ainsi s’achève le conte de Kaguya-hime, la princesse née du bambou, fille des lunes et des hommes.
Son histoire nous rappelle que la beauté et l’amour sont éphémères, mais que leur souvenir éclaire les âmes bien après que la lumière se soit éteinte.

 

Le conte explore plusieurs thèmes profonds :

  • L’impermanence (mujo) : rien de beau ne dure, même la beauté divine.

    La nostalgie du ciel et la séparation entre le monde céleste et le monde humain.

    La vanité humaine : la quête impossible de richesse, de gloire ou d’immortalité.

    La solitude et le devoir, à travers le destin inévitable de Kaguya-hime.


Cette légende a inspiré de nombreuses œuvres :

 

  • Le film d’animation « Le Conte de la princesse Kaguya » du Studio Ghibli, réalisé par Isao Takahata (2013), en est une adaptation poétique et visuellement magnifique.

    On y retrouve aussi des échos dans la littérature japonaise classique et même dans la culture populaire moderne (mangas, jeux vidéo, bandes dessinées, etc.).

LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS

POESIE du conte « Le Coupeur de bambous »

Par Philémon

 

Dans l’ombre des bois
Un rai d’or fend le silence
Enfant de la lune
Dormant dans le creux des tiges
Changera le destin d’hommes

  1.  

Une lame d’argent
Le bambou se met à chanter
Un éclat de lune
Révèle un être fragile
Le vieillard retient son souffle

 

Les princes s’inclinent
Leurs présents lourds d’arrogance
Elle sourit pourtant
Léger souffle d’autre monde
Promesse sans attache

 

Au fond des bambous
Le coupeur cherche le son
De son doux passé
Le vent seul lui répondra
Dans un soupir de regret

 

 

Le coupeur de bambous”

 

Le rayon d’or

Le vieux coupeur n’attendait plus rien de la vie, sinon la simple fatigue des jours. Pourtant, un matin, l’or jaillit au cœur du bambou. L’enfant minuscule lui sourit comme si elle l’avait choisi.


lueur dans les tiges
la lune offre en silence
un être sage

 

Le repas du soir

Le vieil homme et son épouse prenaient leurs repas en observant la jeune fille. La pièce semblait plus claire quand elle était là. Ils savaient qu’un jour, peut-être, les cieux la leur reprendraient. Alors ils savouraient chaque instant, comme si le temps pouvait s’étirer.


brume sur le thé
le bonheur tient tout entier
dans un simple rire

 

Après son ascension

 

Le couple, désormais seul, se rend parfois dans la bambouseraie. Le vent joue entre les tiges, comme autrefois la voix de la jeune fille. Ils n’espèrent plus son retour, mais ils savent qu’un peu de sa lumière demeure dans chaque reflet du soir.


nuit douce qui tombe
dans le creux des feuilles vertes
un souvenir brille

Philémon

 

  1.  

LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS
LÉGENDE DU COUPEUR DE BAMBOUS

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