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Poésie Japonaise

LE YOKAI DES ROUTES DE HIROSHIGE

28 Juin 2026, 07:49am

LE YOKAI DES ROUTES DE HIROSHIGE

Rappel de la définition d'un yokai : c'est un phénomène qui dépasse la compréhension humaine et qui ne peut être expliqué que par l'existence d'une entité surnaturelle.

Le yokay fait partie de la tradition et de la culture du Japon.

 

On dit qu’il existe des esprits qui ne vivent ni dans les forêts, ni dans les temples, mais dans les images.

Pas des images immobiles , non, celles qui contiennent un passage.

Les anciens graveurs murmuraient parfois à demi-voix qu’un yokai s’était glissé un jour dans les planches du Tōkaidō. Personne ne savait quand.

Peut-être au moment précis où l’artiste comprit que la route n’était pas une ligne, mais une suite d’instants.

On l’appelait , faute de mieux : Kage no Tabi. le Voyageur d’Ombre.

Kage no Tabi n’a pas de forme fixe. Parfois il est un voyageur en retard. Parfois une silhouette trop immobile sous une averse.
Parfois , simplement , un vide là où quelqu’un devrait être.

Il apparaît surtout dans les œuvres où le monde semble en mouvement.

Comme dans Les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō. Car une route attire ce qui passe… et ce qui ne s’arrête jamais.

On raconte qu’un soir d’hiver, un apprenti graveur travaillait tard dans l’atelier. Il recopiait une estampe représentant une station enneigée. Le silence était profond.

Puis il entendit un pas.

Un seul.

Il leva les yeux , personne.

Mais sur le papier… une empreinte de plus.

Le yokai ne hante pas les hommes. Il hante les transitions.

Les ponts.
Les seuils.
Les instants où l’on passe d’un lieu à un autre.

C’est pourquoi il se tient souvent près de cette estampe : Pluie soudaine sur le pont Shin-Ōhashi

Regardez bien. Tous fuient la pluie. Sauf un.

Avec les années, le yokai devint plus audacieux.

Dans les Cent vues d'Edo, il ne se cache plus seulement dans les silhouettes, il se glisse dans les cadrages eux-mêmes.

Une branche coupe le monde. Un angle cache l’essentiel. Quelque chose est toujours hors champ.

Et c’est là qu’il réside.

Certains disent que Kage no Tabi est né du bokashi, ce dégradé qui fait glisser les couleurs. Entre deux teintes, il existe un espace incertain.

Ni tout à fait bleu. Ni tout à fait vide. Un passage parfait pour une chose sans forme.

À la fin de sa vie, Utagawa Hiroshige aurait senti quelque chose. Non pas une peur. Plutôt… une compagnie.

Comme si quelqu’un avait parcouru toutes ses routes sans jamais s’arrêter.

Et lorsqu’il écrivit son dernier poème, certains jurent qu’il n’était pas seul.

Depuis lors, si vous observez attentivement une estampe de Hiroshige… prenez votre temps.

Ne regardez pas seulement ce qui est là. Regardez ce qui manque. Car quelque part, entre la pluie et le silence, le Voyageur d’Ombre continue son chemin.

L’innovation de Utagawa Hiroshige tient précisément à cette capacité de suggérer plus qu’à montrer.

Ses cadrages coupés, ses plans rapprochés inattendus, son usage du bokashi, ou encore ces instants météorologiques (pluie, neige, brume) créent des zones d’incertitude.

Et c’est dans ces interstices que l’imaginaire , qu’il soit poétique ou peuplé de yokai , peut naturellement se glisser.

Ce n’est sans doute pas un hasard si ses œuvres, comme les Cent vues d'Edo, donnent souvent l’impression que le monde continue au-delà du cadre.

Il ne ferme jamais complètement l’image , il l’ouvre.

LE YOKAI DES ROUTES DE HIROSHIGE

POESIE PAR PHILEMON

 

Haïbun
La première trace

Dans une estampe, un homme marche sous la pluie. Rien d’étrange. Et pourtant, si l’on regarde bien, ses pas ne touchent pas tout à fait le sol.

Pluie sans bruit
Entre deux pas hésitants
L’ombre avance seule

Neige vivante

La neige devrait effacer toute trace. Pourtant, parfois, elle révèle ce qui ne devrait pas être vu.

Blanc immobile
Une trace sans origine
Et nul voyageur

Le pont

Un pont relie deux rives. Mais il n'appartient à aucune.

Sous l’averse vive
Un homme ne se retourne pas
Il attend encore

 

Derrière la branche

Le regard croit voir, mais il est guidé. Ce qui est caché devient plus présent que ce qui est montré.

Prunier en avant
Derrière un monde retient
Son souffle ancien

 

Entre deux couleurs

Le monde ne change pas d’un coup. Il glisse. Et dans ce glissement, quelque chose peut naître.

Bleu qui se défait
Là où la couleur hésite
Une présence naît

  1. Tankas

Edo s’étend là
Cent vues comme cent saisons
Murmure urbain
Hiroshige en fragments
Capte l’âme fugitive

 

  1. Le vent sur la mer
    Barques minuscules fuient
    Vers un horizon
    Dans un dégradé léger
    Le ciel respire d’azur

  2.  

    Un pont une pluie
    Un instant saisi sans bruit
    Et tout se courbe
    La modernité surgit
    Avec un geste ancien

  3.  

Voyage immobile
Le regard devient chemin
Feuilles et nuées
Les estampes nous portent
Plus loin que les sandales

 

Perspective neuve
Cadre tranché audacieux
Branche au premier plan
L’horizon soudain lointain
Ouvre un théâtre secret

  1.  

Dernier paysage
Le pinceau s’efface presque
Il reste la pluie
Et l’empreinte d’un instant
Que nul vent n’effacera

 

 

Les Cent vues d’Edo

 

La ville n’est plus seulement un lieu, mais un rythme. Hiroshige en saisit les saisons, les fêtes, les silences. Edo devient une mosaïque sensible, où chaque image est une fenêtre ouverte.

Ville en cent souffles
L’hiver l’été se répondent
Univers morcelé

LE YOKAI DES ROUTES DE HIROSHIGE
Vue nocturne du quartier de Edo : Saruwaka-Machi, estampe de Hiroshige.

Vue nocturne du quartier de Edo : Saruwaka-Machi, estampe de Hiroshige.

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UTAGAWA HIROSHIGE artiste peintre

22 Juin 2026, 08:55am

La forêt du sanctuaire de Sujin au bord de la rivière Sumida, estampe de Hiroshige

La forêt du sanctuaire de Sujin au bord de la rivière Sumida, estampe de Hiroshige

Le Poète du Paysage Japonais (1797–1858)

 

 

Né à Edo (l'actuelle Tokyo) en 1797 sous le nom de Andō Tokutarō, Hiroshige naît dans une famille de pompiers de la ville.

Dès son plus jeune âge, il montre une fascination pour le dessin. À l'âge de 14 ans, il entre dans l'atelier de Utagawa Toyohiro, l'un des maîtres les plus respectés de l'école Utagawa. C'est là qu'il reçoit le nom d'artiste Hiroshige.

Contrairement à son contemporain Katsushika Hokusai, qui a connu une vie de bohème et de voyages, Hiroshige mène d'abord une vie très stable et conventionnelle, occupant même un poste de fonctionnaire dans les services de pompiers de Edo pour compléter ses revenus.

Cette stabilité apparente cache cependant une soif d'art inextinguible.

Bien qu'il ait produit des portraits d'acteurs de kabuki et des scènes de beauté féminine (bijinga) dès les années 1820, son style reste académique et conventionnel.

Le tournant décisif de sa carrière survient en 1830, lorsqu'il découvre les œuvres de Katsushika Hokusai, notamment Trente-six vues du mont Fuji.

C'est précisément vers l'âge de 36 ans que Hiroshige change tout.

Il publie sa série la plus célèbre, Les Cinquante-trois Étapes du Tōkaidō (Tōkaidō Gojūsan-tsugi).

Un jour, il quitta Edo. Il suivit la grande route, celle que l’on nomme Tōkaidō, où passent les marchands, les pèlerins, les soldats et les rêveurs.

Cette route du Tōkaidō, l'une des artères les plus célèbres du Japon féodal, reliait deux capitales majeures : Edo (l'actuelle Tokyo), siège du gouvernement du shogunat Tokugawa, et Kyōto, la résidence impériale.

Au XVIIIe siècle, sous l'ère Edo, cette route ne desservait pas seulement ces deux extrémités, mais traversait également 53 relais officiels (shuku) répartis le long du trajet.

Les principales villes situées sur ce parcours incluaient :

  • Edo (Nihonbashi, le point de départ)

    Kawasaki

    Yokohama (bien moins développée qu'aujourd'hui, la zone était un point d'étape)

    Odawara

    Shinagawa

    Kōbe (via la connexion vers Nara et Ōsaka )

    Kyōto (Gokōbashi, le point d'arrivée)

Le trajet passait par les provinces de : Izu, Sagami, Kai, Suruga, Tōtōmi, Mikawa, Owari, Mino, Ōmi, et Yamashiro.

La ville d'Ōtsu, juste au sud de Kyōto, était souvent considérée comme le dernier relais avant la capitale impériale.

Cette route était cruciale pour le contrôle politique et le commerce, permettant aux daimyos (seigneurs féodaux) de voyager régulièrement vers Edo selon le système sankin-kōtai (résidence alternée).

Le célèbre ouvrage d'Utagawa Hiroshige : Cinquante-trois stations du Tōkaidō, immortalise ces régions, villages , villes ainsi que les paysages traversés..

La route permettait de relier le pouvoir politique de l'est (Edo) au pouvoir impérial de l'ouest (Kyōto).

Bien que ce trajet traversait de nombreuses villes et villages (les 53 stations), ces deux cités étaient les seuls véritables centres urbains majeurs aux extrémités du parcours.

Les voyageurs continuaient souvent vers Ōsaka, située juste à côté de Kyoto et  qui était un nœud commercial vital, mais techniquement, le Tōkaidō lui-même ne la reliait pas directement comme terminus officiel.

Et là, il comprit :

Chaque pas est une image.
Chaque instant est un monde.
Il peignit les auberges, les ponts battus par la pluie, les voyageurs courbés sous le vent.

Et ses images devinrent si nombreuses que le peuple les emporta avec lui, comme on emporte un talisman.

Contrairement aux scènes de théâtre ou aux portraits de beautés qui dominaient alors l'Ukiyo-e*, Hiroshige se lance dans le paysage.

*Mouvement artistique de l'époque Edo qui signifie : "image du monde flottant"

Il ne s'agit pas seulement de représenter des lieux, mais de capturer l'atmosphère, le climat et la vie des voyageurs sur la route reliant Edo à Kyoto.

  • Il innove en déplaçant le centre d'intérêt des personnages vers l'environnement : la pluie, la neige, le vent et les saisons deviennent les véritables protagonistes.

    De fait la série est un triomphe immédiat. Elle révolutionne l'estampe japonaise et ouvre la voie à une nouvelle ère où la nature et la vie quotidienne deviennent des sujets nobles.

Après le succès du Tōkaidō, Hiroshige ne cesse de produire. Il voyage à travers le Japon et réalise des séries majeures qui cimentent sa légende :

  • Les Cent Vues d'Edo (Meisho Edo Hyakkei) :

    Considérées comme une exploration poétique de sa ville natale à travers les saisons.

    Les Trente six Vues du Mont Fuji:

    Qui sont une réponse directe à Hokusai, mais avec une sensibilité plus lyrique et moins géométrique.

    Les Voyages des Postes:

    Nouvelles séries inspirées d'autres routes officielles du Japon.

Il maîtrise alors parfaitement la technique du bokashi (dégradé subtil), permettant des ciels nuageux, des aubes rosées et des effets de pluie d'une finesse inégalée.

Ses compositions deviennent plus audacieuses, utilisant des cadrages inhabituels (vues en contre-plongée, personnages coupés par le bord de l'image) qui trahissent l'influence de la photographie naissante et de l'art occidental, bien qu'il n'ait jamais voyagé hors de son pays.

Vers la fin de sa vie, Hiroshige, bien que souffrant de maladie, reste incroyablement productif.

Sa dernière œuvre majeure: Les Cent Vues d'Edo (Meisho Edo Hyakkei), est publiée en 1857-1858.

Ses estampes sont d'une intensité émotionnelle particulière, souvent décrites comme une méditation sur la mortalité et la beauté éphémère de la vie.

Les dernières œuvres de Hiroshige, comme Une pluie soudaine sur le pont d'Ōhashi, sont empreintes d'une sérénité et d'une mélancolie qui évoquent une forme de détachement spirituel

Il meurt le 12 octobre 1858 à Edo, peu de temps après avoir terminé la série.

Il est enterré au temple Zōshō-ji. à Edo (aujourd'hui Tokyo), il est mort en tant qu'artiste, entouré de ses élèves et de ses admirateurs.

Curieusement, il a donné le nom de Hiroshige II à son élève le plus proche (Shigemasa), qu'il adopta comme successeur, alors que ce dernier ait eu une carrière moins prolifique par la suite.

La vraie gloire de Hiroshige a éclaté après sa mort. Dans les années 1860, des milliers d'estampes japonaises arrivent en Europe, par les Pays-Bas , utilisées notamment comme papier d'emballage pour la porcelaine.

Les artistes occidentaux, surtout les Impressionnistes et les Néo-impressionnistes, sont stupéfiés par la beauté de ces œuvres.

  • Vincent van Gogh, grand collectionneur d’estampes (il en possédera plus de 400) a directement copié: Pluie soudaine au-dessus d'Ōi dans sa peinture: La Pluie.

    Claude Monet a collectionné plus de 200 estampes de Hiroshige et s'est inspiré de ses compositions pour ses séries de nymphéas et de la cathédrale de Rouen.

    James McNeill Whistler et Mary Cassatt ont également intégré la sensibilité de Hiroshige dans leurs œuvres.

  •  

Hiroshige est aujourd'hui reconnu comme le père du paysage moderne en art.

Il a réussi à transformer une simple vue de la nature en une expérience émotionnelle universelle, prouvant que la beauté réside dans l'instant présent et la simplicité des choses.

On raconte qu’en 1858, une grande épidémie de choléra emporta de nombreux habitants de la ville. Il en fut.

Et dans ses derniers jours, il aurait laissé un poème , comme un dernier souffle posé sur la route.

Le pinceau s’arrête. Mais le regard, lui, continue:

Je laisse derrière
Edo et ses cent paysages
Et pars en nuage

Portrait de Hiroshige , estampe de  Kunisada.

Portrait de Hiroshige , estampe de Kunisada.

La Maison de thé au Grand père , à Meguro, estampe de Hiroshige.

La Maison de thé au Grand père , à Meguro, estampe de Hiroshige.

Poésie par Philémon

EN ROUTE...

Les cinquante-trois souffles
Pieds et nuages
Dans chaque relais dorment
Un instant d’éternité

 

Pluie oblique tombe 
Pont d’Ōhashi frissonne
Des passants pressés
Le monde devient rideau
D’encre et de silence

 

Sous le vieux prunier 
Kameido exhale en bleu
Un parfum d’hiver
L’œil traverse la branche
Comme un rêve suspendu

 

Neige sur Kanbara
Le pas devient souvenir
Trace dans le blanc
La nuit avale les formes
Et garde le silence

 

Bokashi *discret
Les couleurs glissent sans bord
A l’exemple du temps
L’artiste souffle un monde
Entre quelques nuances

*technique du dégradé

 

Haïbun

 

La route du Tōkaidō

 

Il marche sans quitter l’atelier. La route devient série, et chaque station un souffle nouveau. Les voyageurs ploient sous la fatigue, mais les paysages, eux, s’étirent à l’infini. Hiroshige invente un Japon vu par fragments, où l’espace est une succession de haltes.

Relais dans le vent
Sandales et nuages mêlés
Route intérieure


 

Pluie soudaine sur le pont d’Ōhashi

 

La pluie n’est pas un décor, mais un événement. Les lignes obliques traversent la feuille comme des cordes tendues. Les corps se penchent, pressés. L’instant est fugitif, mais l’image, elle, demeure.

Rideau de pluie fine
Le pont devient passage bref
Le monde se sauve

 

Le prunier de Kameido

 

Un tronc massif, presque démesuré, occupe le premier plan. Le regard doit contourner l’obstacle pour atteindre le paysage. C’est là une révolution : le cadre n’est plus neutre, il impose sa présence.

Vieille branche sombre
L’horizon en morceaux bleus
L’œil apprend à voir

Les pruniers de Kamada, estampe de Hiroshige

Les pruniers de Kamada, estampe de Hiroshige

Le jardin des pruniers à Kameido, estampe de Hiroshige.

Le jardin des pruniers à Kameido, estampe de Hiroshige.

Averse sur le pont Shin Ohasi, estampe de Hiroshige.

Averse sur le pont Shin Ohasi, estampe de Hiroshige.

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Sanctuaire de FUSHIMI INARI TAISHA

11 Juin 2026, 12:36pm

Torii et statue de renard Inari

Torii et statue de renard Inari

Estampe de Hasegawa Sadanobu

Estampe de Hasegawa Sadanobu

Sanctuaire de FUSHIMI INARI TAISHA

Afin de vous présenter ce lieu exceptionnel , je me suis inspiré des guides touristiques et notices de voyages au Japon.


 

Fushimi Inari Taisha est le plus grand sanctuaire shinto du Japon, situé au sud de Kyoto.

La beauté de ce complexe incontournable se dévoile au gré d'une randonnée pédestre qui sillonne le mont forestier, balisée par des milliers de portiques vermillons appelés torii.

Fushimi Inari Taisha est le principal et le plus grand sanctuaire consacré à la divinité Inari ; il chapeaute les 30.000 environ, lieux de cultes qui lui sont dédiés dans l’archipel.

Situé sur le mont Inari au sud de la chaîne de Higashiyama, il est facilement accessible depuis le centre de Kyoto grâce aux trains JR et Keihan et aux bus

D’ailleurs, il figure parmi les lieux les plus visités de l’ancienne capitale impériale, accueillant plusieurs millions de visiteurs par an, dont à peu près 3 millions pour la première prière de l’année Hatsumode (1ère visite dans un sanctuaire religieux pour la nouvelle année , entre les 1er et 3 janvier)


En 2011, il a célébré ses 1.300 ans mais ses prêtres estiment que l’endroit aurait été une terre sacrée depuis bien plus longtemps encore.

La fondation officielle de Fushimi Inari Taisha remonterait à 711. Le puissant clan Hata y installe sa divinité tutélaire Inari, qui préside notamment à l’agriculture, pour remédier à une année de mauvaises récoltes de riz.

Au début de l’époque de Heian (794 - 1185), le sanctuaire passe sous le patronage impérial et Kukai (Kobo Daishi), figure religieuse majeure au Japon, qui place son templeTo-ji sous la protection d’Inari, contribuant ainsi à la popularisation de ce kami et à la construction de ses sanctuaires dans tout le pays.

L’importance d’Inari-jinja grandit au fil des siècles et le culte d’Inari se complexifie. Ainsi, son champ d’action s’étend progressivement au commerce, à l’artisanat ou à l’industrie, et globalement à la recherche de prospérité.

Aujourd’hui, on le prie également pour la fertilité et les amours.

L’enceinte s’ouvre par la porte monumentale Romon, cadeau de Hideyoshi Toyotomi en 1589, et s’étend sur environ 87 hectares du pied jusqu'au sommet du mont Inari.

Malgré l’ancienneté du lieu, la plupart des édifices sont relativement récents, datant au plus tôt du XVe siècle.

Il en est de même pour l’attraction principale de Fushimi Inari Taisha : le tunnel de 10000 portails vermillons Senbon torii, dont la tradition remonte à la période Edo (1603 - 1868).

Les torii sont considérés comme des ex-voto destinés à Inari, en remerciements de vœux exaucés ou pour appuyer une prière.

En raison de l’association d’Inari à la prospérité et à la réussite en affaires, les torii offerts par les commerçants et entreprises se sont multipliés et constituent aujourd’hui la plus grande partie du tunnel.

Les inscriptions au dos des portiques, mystérieuses pour ceux qui ne lisent pas le japonais, rappellent en fait les noms des donateurs et la date du don.

S’attirer les faveurs d’Inari a un certain coût : il faut compter entre 175.000Y (~947€) et 1,3 million de Yens (~7.036€) en fonction de l’emplacement du torii !

Cette accumulation publicitaire est devenue une véritable image d’Épinal de Kyoto et son esthétique attire les foules.

La randonnée de Fushimi Inari Taisha consiste à faire l'ascension à pied du mont Inari qui culmine à 233 mètres environ, en traversant plusieurs tunnels de torii vermillons et via différents escaliers de pierre.

 

À l’entrée principale, l’enceinte sacrée est signalée par un 1er torii géant à côté duquel se dresse la porte Romon.

Il vous est conseillé de visiter brièvement le pavillon principal Go Honden, classé Trésor National, à l’architecture richement ornée de style Azuchi-Momoyama, avant d’accéder au début de la randonnée et aux premiers torii du tunnel Senbon torii.

La plupart des visiteurs se concentrent ici jusqu’à une première patte d’oie pour capturer la photo la plus percutante possible.

Cette partie est la plus embouteillée et certainement la plus désagréable à traverser mais, passé le premier embranchement, le calme et l’ambiance spirituelle reprennent peu à peu leurs droits.

Plus on monte, moins il y a de randonneurs et plus les torii sont variés, de pierre ou de bois et de toutes tailles.

Il ne faut pas hésiter à explorer les chemins de traverse qui mènent à de petits autels secondaires.

Au cours de l’ascension quelques boutiques vendent des toris (à partir de 2.500¥ / ~13,53€) ou des ema en forme de tête de renard, l’animal messager d’Inari dont de nombreuses statues sont aussi disséminées un peu partout.

En raison de l’association d’Inari à la prospérité et à la réussite en affaires, les torii offerts par les commerçants et entreprises se sont multipliés et constituent aujourd’hui la plus grande partie du tunnel.

Les inscriptions au dos des portiques, mystérieuses pour ceux qui ne lisent pas le japonais, rappellent en fait les noms des donateurs et la date du don.

S’attirer les faveurs d’Inari a un certain coût : il faut compter entre 175.000Y (~947€) et 1,3 million de Yens (~7.036€) en fonction de l’emplacement du torii !

Cette accumulation publicitaire est devenue une véritable image d’Épinal de Kyoto et son esthétique attire les foules.

La randonnée de Fushimi Inari Taisha consiste à faire l'ascension à pied du mont Inari qui culmine à 233 mètres environ, en traversant plusieurs tunnels de torii vermillons et via différents escaliers de pierre.

Le parcours arboré à flanc de colline représente :

  • - une distance d’environ 4 à 5 kilomètres ;

    - un nombre de 12.000 marches à grimper puis redescendre ;

    - un point de vue en hauteur sur le sud de la ville de Kyoto qui se dévoile à l'intersection Yotsutsuji ;

    - pour une durée totale d’environ 2 à 3 heures, dont 30 minutes environ pour faire la boucle au sommet du mont.

À l’entrée principale, l’enceinte sacrée est signalée par un 1er torii géant à côté duquel se dresse la porte Romon.

Il vous est conseillé de visiter brièvement le pavillon principal Go Honden, classé Trésor National, à l’architecture richement ornée de style Azuchi-Momoyama, avant d’accéder au début de la randonnée et aux premiers torii du tunnel Senbon torii.

La plupart des visiteurs se concentrent ici jusqu’à une première patte d’oie pour capturer la photo la plus percutante possible.

Cette partie est la plus embouteillée et certainement la plus désagréable à traverser mais, passé le premier embranchement, le calme et l’ambiance spirituelle reprennent peu à peu leurs droits.

Plus on monte, moins il y a de randonneurs et plus les torii sont variés, de pierre ou de bois et de toutes tailles.

Il ne faut pas hésiter à explorer les chemins de traverse qui mènent à de petits autels secondaires.

Au cours de l’ascension quelques boutiques vendent des toris (à partir de 2.500¥ / ~13,53€) ou des ema en forme de tête de renard, l’animal messager d’Inari dont de nombreuses statues sont aussi disséminées un peu partout.


 

Comme un tunnel de torii

Comme un tunnel de torii

Poésie FUSHIMI INARI par Philémon

Tankas

 

Sous l'arche rouge
Le renard guette l'aube
Dans le silence
Mille torii se succèdent
Rivière de feu dormant

 

La pluie de printemps
Vernit les piliers sacrés
Du sentier humide
Où les pas des visiteurs
Semblent encore résonner

 

Montagne d'Inari
Les cèdres gardent le seuil
Des dieux camouflés
Chaque torii franchi ouvre
Comme une chambre du cœur

 

Que du vermillon
Le chemin n'a plus de fin
Dans la pénombre
Un rayon d'or se suspend
Entre deux mondes unis

 

Le vent du soir joue
Dans les lanternes de pierre
Un cri de corbeau
Les dix mille portes veillent
Sur les songes des hommes

 

Au sommet brumeux
La ville devient nuage
Derrière les arcs
Il cherche un vieux poème
Gravé dans l'ombre du bois

 

Sous le clair de lune
Les portiques vermillons
Forment un tunnel
Chaque pas abandonne
Un regret au bord du sentier

Différents tunnel

Différents tunnel

Entrée du sanctuaire

Entrée du sanctuaire

Haïbun

 

L'entrée du sanctuaire

La foule se presse près des bâtiments principaux, mais dès les premiers torii franchis, le bruit se dissout. Le rouge intense des portiques absorbe les hésitations du voyageur. Chaque arche semble identique à la précédente, et pourtant chacune possède sa propre respiration. Peu à peu, le monde ordinaire reste derrière soi

Torii sans fin
Entre deux piliers rouges
Le chant d'un merle

La montée

Le sentier serpente sur les pentes du mont Inari. Les dons gravés au dos des torii racontent des générations de marchands, d'artisans et de croyants. Le temps paraît se plier à la courbe de la montagne. Plus on monte, plus le silence devient dense

Dans la mousse verte
Des feuilles d'érable roulent
Pas des pèlerins

Le renard

À un croisement, une statue de renard porte une clé dans sa gueule. Le regard de pierre semble suivre les visiteurs. Gardien des récoltes et messager des divinités, il veille depuis des décennies, peut-être des siècles, sur ce flot incessant d'êtres humains qui cherchent une réponse ou simplement un instant de paix

Sous l'œil du renard
La cloche du sanctuaire
Frémit dans le vent

Le retour

La descente commence alors que le soleil décline. Les torii deviennent plus sombres, presque pourpres. Entre leurs colonnes s'allument les premières lueurs de Kyoto. Le voyageur comprend que le chemin ne conduisait pas seulement vers un sommet, mais vers une manière différente de regarder le monde.

Crépuscule rouge
Au bout du dernier torii

La ville scintille.

Torii éclairé par des lanternes, le soir.

Torii éclairé par des lanternes, le soir.

Lanterne de couloir

Lanterne de couloir

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OKAYAMA KORAKUEN

5 Juin 2026, 16:12pm

Estampe de Hasui Kawase, 1934

Estampe de Hasui Kawase, 1934

OKAYAMA KORAKUEN
OKAYAMA KORAKUEN

C’est l’un des trois plus beaux jardins du Japon, et un site culturel renommé dans le monde entier.

Ikeda Tsunamasa, le Daimyo (seigneur féodal) d'Okayama, a en 1687, ordonné à son vassal Tsuda Nagatada de commencer la construction d'Okayama Korakuen.

Il a été achevé en 1700 et a conservé son aspect d'origine depuis la période Edo jusqu'à nos jours, à l'exception de quelques changements effectués par divers Daimyo.

Korakuen est l'un des rares jardins Daimyo dans les provinces où le changement historique peut être observé, grâce aux nombreuses peintures de la période Edo, aux registres de la famille Ikeda et aux anciens documents.

Ce jardin a été utilisé comme lieu de réception pour des invités importants mais aussi comme maison de repos pour le Daimyo, bien que des gens ordinaires aient également la possibilité de le visiter durant certains jours.

En 1884, la propriété a été transférée à la préfecture d'Okayama et le jardin a été ouvert au grand public.

Le jardin a subi de graves dommages pendant les inondations de 1934 et durant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale en 1945, mais a heureusement été restauré sur la base de tableaux et de diagrammes datant de la période Edo.

En 1952, le parc Korakuen a été désigné comme site pittoresque du jardin en vertu de la Loi sur la protection des biens culturels, et est géré en tant que bien culturel historique à transmettre aux générations futures.

Aujourd’hui, plus de 60 grues sont élevées dans la préfecture dOkayama, plaçant ainsi cette préfecture numéro un dans l’élevage de ces volatiles,

Huit grues sont actuellement entretenues dans une volière à Korakuen, mais chaque année, au jour de l’an, elles sont libérées dans le jardin pour mettre en valeur leur belle silhouette.

POÉSIE par Philémon

 

Jardin KORAKUEN

 

Étang paisible
Une grue boit l’eau claire
Rideau de nuages
Château noir d’Okayama
Veille sur les pins anciens

 

 

Matin de printemps 
Les cerisiers du jardin
Ouvrent leurs nuages
Une odeur de terre humide
Monte des rives tranquilles

 

 

Au bord du sentier 
Une lanterne de pierre
Guette la rosée
Les pas d’un visiteur seul
S’effacent dans la verdure

 

 

La pluie de juillet 
Dessine mille cercles fins
Sur l’eau de l’étang
Les carpes disparaissent
Dans les profondeurs vertes

 

 

Sous le pont courbé 
Le vent d’été glisse encor
Parmi les iris
Nul ne trouble le miroir
Où s’endort le ciel du soir

 

 

Herbes d’automne 
Ondulent sur Yuishinzan
Au loin les corbeaux
La lumière du couchant
Embrase les feuilles rouges

 

 

Le pavillon vide 
Écoute s’écouler l’eau
Du ruisseau courbe
Un érable laisse choir
Sa dernière feuille d’or

 

Entre les roseaux 
La lune d’automne hésite
Comme une barque
Les étoiles se dispersent
Sur la surface obscure

 

 

Trois cents ans déjà 
Et pourtant le même rêve
Demeure vivant
Dans les allées Korakuen
Marche encore l’ancien temps

 

 

Haïbuns


Le château

Depuis certaines allées, le château d’Okayama surgit derrière les arbres. Sa silhouette sombre contraste avec la douceur des pelouses. Le jardin et la forteresse semblent dialoguer à travers les siècles.

Au-delà des pins
Le château noir se dresse
Chant d’une cigale

 

Les grues 

Il s’arrête devant l’étang principal. Deux grues avancent lentement sur un îlot de verdure. Rien ne semble pressé. Les arbres, les nuages et les oiseaux se reflètent ensemble dans une eau si calme qu’elle paraît retenir le temps.

Des grues dans l’étang
Le ciel descend doucement
Jusqu’à leur reflet

 

  1. Pluie d’été 

  2. Une pluie légère tombe sans vent. Les visiteurs ouvrent leurs ombrelles. Le jardin change alors de visage ; les couleurs deviennent plus profondes, les mousses plus lumineuses.

    Sous les gouttes d’eau
    Un autre jardin surgit
    Dans cette ondée

     

  3. Soir d’automne 

  4. Le soleil disparaît derrière les collines. Les érables se teintent de cuivre. Les derniers promeneurs ralentissent le pas, comme s’ils souhaitaient prolonger encore quelques instants cette lumière.

    Feuilles écarlates
    Le soir emporte avec lui
    La voix des hôtes

     

     

  1. Hiver

Le froid vide les allées. L’espace paraît immense. Quelques oiseaux traversent le ciel gris. Le Korakuen retrouve alors quelque chose de son ancien secret, lorsque seuls les hôtes du Daimyō pouvaient le parcourir.

Jardin déserté
Dans l’étang couleur d’acier
Un nuage passe


 

Estampe de Kawase Hasui

Estampe de Kawase Hasui

Etang Kayo no ike, rare lotus blanc.

Etang Kayo no ike, rare lotus blanc.

Pavillon Ryuten

Pavillon Ryuten

Jardin Korakuen

Jardin Korakuen

Pavillon de thé

Pavillon de thé

Grues en liberté

Grues en liberté

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