Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Poésie Japonaise

BUNKYO TSUTSUJI MATSURI

19 Avril 2026, 17:44pm

BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI

C’est le festival des azalées du sanctuaire shinto Nezu-jinja, situé dans l'arrondissement de Bunkyo au nord de Tokyo .

Plusieurs évènements traditionnels et culturels y sont également organisés pendant ce festival saisonnier haut en couleurs.


Le printemps, lancé avec la saison des sakuras  (cerisiers ornementaux), poursuit sa balade avec d'autres inflorescences tout aussi magnifiques à contempler, notamment celle des azalées du Japon ( azarea ou  tsutsuji), un genre de rhododendrons qui fleurit au cours du mois d'avril à Tokyo.

Au nord de la capitale, le sanctuaire  Nezu-Jinja héberge l'un des 5 grands festivals saisonniers de son arrondissement, baptisé Bunkyo Tsutsuji Matsuri

Ce dernier a lieu pendant tout le mois d'avril et se concentre autour du jardin aux 3.000 azalées,  ouvert pour l'occasion dans l'enceinte spirituelle.

La floraison d'une centaine d'espèces différentes de rhododendrons se fait de manière progressive, avec un pic moyen constaté autour de la mi-avril (sous réserve des conditions météorologiques des semaines précédentes).

Sanctuaire déjà remarquable avec ses pavillons vermillons à l'architecture traditionnelle préservée, Nezu-jinja se pare de couleurs flamboyantes pendant la floraison de ses azalées : du blanc étincelant en passant par toutes les nuances de rose, de violet et de rouge.

Certains bosquets affichent également des fleurs jaunes ou orange. Ce paysage coloré et fleuri contraste alors merveilleusement avec le vert des jeunes feuilles des arbres environnant.

Perchés sur une colline, les premiers massifs floraux ont été plantés il y a plus de 350 ans à l'initiative de Tokugawa Tsunashige (1644 - 1678), fils du shogun Tokugawa Iemitsu à l'époque Edo (1603 - 1868) et seigneur du domaine féodal de Kofu.

Le jardin d'azalées fut d'abord baptisé « Tsutsujigaoka »  (colline des Azalées) et depuis ce belvédère, l'on peut toujours admirer la vue sur :

  • la porte Romon du sanctuaire et le petit tunnel Senbon-Torii.

Il faut préciser que ces points de vue en hauteur sont réalisables uniquement pendant la durée du matsuri  (festival); les allées du jardin étant fermées au public le reste de l'année.


En plus des floraisons, plusieurs évènements sont organisés pendant les week-ends et les jours fériés du festival permettant d’ assister à des manifestations comme :

 

  • une parade de chars mikoshi (sanctuaires portatifs shintoistes).

    une représentation du maniement du matoi (objet d’identification en forme de drapeau).

    un marché aux antiquités.

Un goshuin spécial(sceau sacré à collectionner),  en série limitée, est également mis en vente à 1.000¥ (5,34€) pendant cette période.

Ce festival est un évènement saisonnier prisé des Japonais, qui sont par ailleurs en vacances nationales à compter de la fin avril pour la Golden Week (vacances nationales de 7 à 10 jours autour de 4 jours fériés)

Bunkyo Tsutsuji Matsuri attire la foule et l'on recommande de privilégier plutôt un jour en semaine pour découvrir les azalées du Nezu-jinja, les week-ends étant très chargés,

Dans la région ouest de Tokyo, il est également possible de visiter le temple Shiofune Kannon-Ji , installé dans une vallée où fleurissent environ 17.000 rhododendrons, ce qui promet encore de longs moments de contemplation, en perspective.

Tunnel de torii

Tunnel de torii

Poésie par Philémon

 

Nezu, saison des tsutsuji

On entre par les torii successifs, et soudain le jardin s’ouvre. Les rhododendrons occupent tout l’espace. Il n’y a plus vraiment de chemin, seulement une progression lente entre les masses de fleurs.

Beaucoup de rouge
Même le pas hésite
A continuer.

Près du sanctuaire Nezu

 

Allée étroite
Les tsutsuji débordent
Presque trop proches
Ton épaule effleure
Un printemps de silence

  1.  

Torii vermillon
Derrière lui les massifs
Rouges sur rouges,
Mais le regard hésite
Entre bois et pétales.

 

À l’aube fragile
Les lampions s’éteignent tous
Reste le parfum
D’un souvenir partagé
Qui ne veut pas s’achever

 

Haïbun

Fragments du matsuri

Les ruelles de Bunkyō se remplissent lentement. Les premiers lampions s’allument comme des étoiles domestiquées. Une vieille femme ajuste son yukata (kimono léger), puis s’incline devant le temple.

Lumière tremblante
Une main ridée s’attarde

Sur le bois sacré.

 

Sous les rhododendrons

Le jardin du temple disparaît sous les rhododendrons en fleurs. Les allées deviennent des couloirs de couleur, où l’on avance lentement, presque avec respect, comme dans une mer vivante.

Les allées fleuries
Chaque pas soulève un peu
De parfum dense


Transmission

Un vieil homme explique à son petit-fils que ces fleurs reviennent chaque année, mais jamais identiques. L’enfant regarde, sérieux, comme s’il cherchait à s’en souvenir pour toujours.

Même arbuste
Et pourtant autre printemps
Dans son regard neuf


Nocturne

Les fleurs de tsutsuji débordent des jardins. Leur couleur semble irréelle sous les lanternes. On dirait que la nuit elle-même fleurit.

Nuit en pétales
Le rouge des azalées
Éclaire l’ombre

 

Dernière visite

Au petit matin, les rues sont presque vides. Quelques lanternes éteintes roulent doucement sous le vent. Le matsuri s’est retiré comme une marée.

Après la fête
Le silence recueille
Les tout derniers pas.


BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI
BUNKYO TSUTSUJI MATSURI

Voir les commentaires

INTERLUDE

15 Avril 2026, 20:12pm

INTERLUDE
INTERLUDE
INTERLUDE

Les jardins japonais sont une véritable expression de la nature

Les jardins japonais traditionnels sont des lieux de paix et de contemplation tranquille. Ils se caractérisent par des courbes et une asymétrie, les designers cherchant à créer une expression de la nature à travers une combinaison astucieuse d'arbres, de fleurs, de rochers et d'eau.

L’objectif n’est pas de parvenir à une reproduction parfaite des vues naturelles, mais de construire des versions à échelle réduite de paysages idéalisés.

Dans les jardins kaiyushik(de style promenade), qui intègrent divers éléments traditionnels autour d’une pièce d’eau, les visiteurs se promènent le long de sentiers entourant un grand étang central.

Des collines artificielles, des îles, des ponts, des pavillons, de gros rochers et d’autres éléments sont utilisés pour représenter des scènes célèbres de tout le pays.

Le charme des jardins japonais réside dans les vues qui changent lorsqu'elles sont vues sous différents angles et à différentes saisons ou heures de la journée.

On pense que les premiers jardins japonais ont été construits à l'époque de Nara (710–794).

À partir du Xe siècle environ, de nombreux temples ont construit des jardins de jōdo (terre pure), basés sur les descriptions bouddhistes du paradis.

À l'époque de Muromachi (1333–1568) karesansui, ou “ruisseau de montagne sec”, les jardins fleurissaient dans les temples bouddhistes zen où les moines utilisent la roche, le sable et le gravier pour représenter la terre et l’eau.

D'autres styles typiques incluent le roji ou Chaniwa (théières) rattachées aux salons de thé et aux jardins de promenade construits par les seigneurs féodaux dans leur château ou leur manoir.

D’autres jardins ont continué à être construits par des propriétaires fonciers privés, des établissements publics et des hôtels jusqu’à l’ère moderne.

Aujourd'hui, la plupart des grands jardins appartenant aux seigneurs féodaux sont des biens culturels désignés, ouverts au public et attirant de nombreux touristes.

De nombreux jardins célèbres sont concentrés à Kyoto, l'ancienne capitale et siège de l'aristocratie, qui compte également de nombreux temples dotés de terrains spacieux.

On dit que les “trois jardins célèbres” du Japon sont :

 

 Kenrokuen à Kanazawa, préfecture d'Ishikawa, 

Kōrakuen à Okayama, préfecture d'Okayama, et 

Kairakuen à Mito, préfecture d'Ibaraki.

 

Ces vastes espaces verts ont tous été construits par des seigneurs féodaux à l'époque d'Edo (1603–1868) et peuvent être appréciés tout au long de l'année.

Les rochers sont un élément essentiel d’un jardin japonais. Le célèbre guide Sakuteiki (Traité sur la création de jardins), écrit à un moment donné de la période Heian (794–1185), commence par discuter de l'emplacement des roches.

Selon ce guide, le paysagiste ne doit pas personnellement choisir où les placer, mais doit demander aux rochers eux-mêmes où ils souhaitent être posés et suivre leurs désirs.

Le jardin de rocaille du temple zen de Kyoto Ryōanji est peut-être l'exemple le plus connu de la karesansui (style qui utilise le sable et les pierres pour évoquer les collines et les cours d'eau)

Les gros rochers sont comme des îles dans une mer de gravier. Les 15 rochers et pierres ont été disposés de manière à ce qu'il ne soit pas possible d'en voir plus de 14, quel que soit l'angle sous lequel vous regardez.

Les jardins japonais reflètent les perspectives philosophiques et religieuses traditionnelles sur les propriétés éternelles de l’âme et de la nature.

Ce sont des mondes individuels qui transcendent la beauté simple à travers la composition d’éléments naturels.

Entrez dans l'une de ces îles vertes de calme depuis l'agitation de la ville et vous aurez l'impression d'entrer dans un petit univers.

INTERLUDE
INTERLUDE
INTERLUDE

Poésie par Philémon

Brume du matin
Les cerisiers frissonnent
Pétales en pluie
Sous le vent léger de mars
Le temps suspend son souffle

 

Rivière paisible
Reflet de fleurs éphémères
Glissant en silence
Un pas puis l’autre s’efface
Dans la douceur renaissante

 

VOYAGE

Le train ralentit à l’approche du village. Déjà, les collines semblent poudrées de rose. Sur le quai, quelques voyageurs s’arrêtent sans parler, comme s’ils entraient dans un sanctuaire invisible. Le printemps n’est pas seulement une saison ici il est un passage, une respiration fragile entre ce qui fut et ce qui disparaît déjà Il marche sous les cerisiers. Chaque pétale tombe avec une précision silencieuse, et pourtant rien n’est perdu. Tout se transforme en souvenir du moment même où cela existe.


Pluie de pétales
Dans le creux de ta paume
Un instant il tient.

 

 

Au vent de printemps
Un pétale s’attarde
Sur son écharpe


 

Sous les sakuras
Un rire d’enfant s’envole

Les fleurs s'éparpillent

INTERLUDE
INTERLUDE

Voir les commentaires

YOKAIS (3ème et dernière partie)

15 Avril 2026, 10:31am

Apparition d'un Kitsune

Apparition d'un Kitsune

Mariage de Kitsune

Mariage de Kitsune

Prêtre en pleine pratique entouré d'un démon et d'un loup, estampe de Hokusai.

Prêtre en pleine pratique entouré d'un démon et d'un loup, estampe de Hokusai.

La relecture moderne du bestiaire yōkai montre à quel point ces créatures restent ancrées dans l'imaginaire japonais.

 Elles sont une source d'inspiration sans cesse renouvelée pour les artistes nippons, prouvant leur capacité à évoluer avec leur temps tout en conservant leur puissance évocatrice originelle.

Aujourd'hui encore, impossible d'échapper aux yōkai lorsqu'on s'intéresse à la culture populaire japonaise, tant leur influence demeure profonde et vivace !

Si les yōkai les plus célèbres frappent par leur apparence spectaculaire, beaucoup de ces créatures se montrent en réalité beaucoup plus discrètes, s'immisçant dans les tracas de la vie quotidienne.

Au Japon, chaque recoin de la maison peut ainsi abriter son petit esprit malicieux.

L'Akaname par exemple se cache dans les salles de bains mal entretenues pour y lécher la crasse incrustée, tandis que le Makura-gaeshi, véritable cauchemar des dormeurs, s'amuse à déplacer leur oreiller durant la nuit. 

Ces yōkai domestiques incarnent avec malice les petits désagréments du quotidien et la nécessité de bien tenir son foyer.

Mais les yōkai ne se limitent pas à ces facéties domestiques. Certains sont de véritables forces de la nature, personnifiant la puissance brute des éléments.

Raijū, l'esprit du tonnerre qui accompagne le dieu shinto de la foudre, ou Yama-uba la sorcière des montagnes, en sont de parfaits exemples.

 Rencontrer ces créatures signifie se confronter à ce que la nature a de plus impressionnant et mystérieux.

D'autres yōkai frappent par leur étrangeté, comme Nue la chimère volante au corps de serpent, aux pattes de tigre et à la tête de singe, ou Amikiri le monstre-loutre coupeur de filets de pêche.

Ces créatures inclassables montrent toute l'inventivité et la poésie de l'imaginaire yōkai.

Enfin, nombre de yōkai sont issus de la métamorphose d'animaux ayant atteint un âge avancé. Chats, renards, serpents, tanuki, tous peuvent se transformer pour semer le trouble parmi les humains.

Le plus célèbre d'entre eux est sans doute le Nekomata, terrifiant chat-démon doté de deux queues et capable de dévorer son maître.

Ainsi, même les animaux familiers peuvent devenir des yōkai une fois transfigurés par les années et le contact avec les forces surnaturelles.

Les yōkai sont bien plus que de simples monstres destinés à effrayer. Ils reflètent en réalité les angoisses, les croyances et l'imaginaire des Japonais, et ce depuis l'époque médiévale. 

Chaque créature porte en elle un concentré de peurs ancestrales et de questionnements sur le monde.

Dans une société profondément marquée par le shintoïsme et son rapport sacré à la nature, les yōkai deviennent une façon d'expliquer l'inexplicable.

Phénomènes étranges, catastrophes naturelles, disparitions mystérieuses, tout peut être attribué à l'action de ces esprits.

En leur donnant un corps et un nom, les Japonais cherchent à apprivoiser symboliquement les mystères d'un monde qui les dépasse.

Mais les yōkai sont aussi porteurs de valeurs morales et de leçons de vie. Dans les contes et légendes, ils punissent souvent l'avidité, l'orgueil ou l'impolitesse des humains. Tengu et Kappa sont ainsi réputés pour donner une bonne leçon aux présomptueux et aux grossiers. 

Rencontrer un yōkai, c'est souvent faire face à ses propres défauts et faiblesses.

Surtout, les yōkai sont la plupart du temps ambivalents. Ni totalement bons, ni foncièrement mauvais, ils agissent selon leur propre logique, parfois incompréhensible pour les mortels.

Tout est question de circonstances et d'attitude des humains à leur égard. Ce caractère double des yōkai reflète en réalité toute la complexité de la nature humaine, entre ombre et lumière

Les Yōkai,font partie du patrimoine culturel du Japon :

Loin d'être des superstitions d'un autre âge, les yōkai restent extraordinairement vivaces dans le Japon contemporain.

Profondément ancrées dans l'imaginaire national, ces créatures représentent un formidable patrimoine culturel, transmis de génération en génération.

Conscients de ce trésor, les Japonais déploient de nombreux efforts pour préserver et étudier les contes et légendes traditionnels.

Ethnologues et passionnés collectent les histoires populaires dans les campagnes, répertorient les yōkai locaux et analysent leur symbolique. 

Un véritable intérêt académique qui montre l'importance accordée à ce pan méconnu de la culture nippone.

Mais ils ne restent pas cantonnés aux livres d'érudits. Toujours aussi populaires, ils sont mis à l'honneur lors de nombreux festivals comme le Hyakki Yakō, où une joyeuse parade de créatures défile dans les rues.

Les matsuri* locaux intègrent souvent des représentations de yōkai typiques de la région, sous forme de costumes, de chars décorés ou de feux d'artifice.

*Festivals

De la fête de Setsubun**, jusqu'aux espiègleries d'Halloween, les yōkai rythment le calendrier traditionnel japonais.

**Fête du passage de l'hiver au printemps qui se déroule chaque 3 février.

Leur omniprésence dans l'art, la littérature et les médias modernes montre aussi à quel point ces créatures sont indissociables du paysage culturel nippon.

Des vénérables rouleaux peints du Moyen-âge aux mangas futuristes, en passant par les estampes d'Hokusai et les films de J-Horror, les yōkai n'ont jamais cessé de fasciner artistes et public.

 Véritables icônes nationales, ils sont un marqueur essentiel de l'identité japonaise.

Jorogumo, la femme araignée.

Jorogumo, la femme araignée.

POÉSIE YOKAIS par Philémon

Tanka

 

Sous le vieux pont gris
L’eau garde un rire d’enfant
Figé éternel
Un kappa attend en paix
Qu’un imprudent s’approche

 

Papillon d’été
Posé sur un front brûlant
Il ne s’envole pas
L’âme hésite à partir
Entre deux mondes flottants

 

Soir de lucioles
Une main semble guider
Leurs très faibles lumières
Vers un visage absent
Dissous dans l’air sec d’été

  1.  

Givre sur les pins
Un petit rire se perd
Dans l’espace immobile
Le tengu veille au sommet
Là où nul ne doit monter

 

Nuit de pleine lune
Les bambous grincent ensemble
Comme en confidence
Un esprit sans nom traverse
L’espace entre deux souffles

 

  1. Chaleur de l’été
    Au bord d’une eau trouble
    Concombre offert
    Le kappa incline la tête
    Puis il disparaît sans bruit

  2.  

  1. Pluie de saison
    Un vieux parapluie saute
    Dans cette ruelle
    Karakasa-obake voit
    Une main pour l’emporter

Bakeneko Chat démon très méchant à deux queues

Bakeneko Chat démon très méchant à deux queues

Haïbun
Kitsune

Au printemps, près des sanctuaires, certaines flammes ne brûlent pas. Elles hésitent, comme si elles observaient.

Brume du matin
Le kitsune s’efface
Dans votre reflet

 

Kappa

En été, les anciens disent de ne pas fixer l’eau trop longtemps. Ce n’est pas le courant qui attire.

Rivière lourde
Le kappa est aux aguets
Sous le silence

Yuki-onna

L’hiver rend les rencontres irréelles. Les voix deviennent blanches, comme gelées avant d’exister.

Neige épaisse
La Yuki-onna respire
Dans le grand vent froid

Nurarihyon

Parfois, quelqu’un entre sans être invité, invisible, et tout semble soudain normal.

Soir tranquille
Nurarihyon s’installe
Comme dans sa cabane

 

 

Printemps lumineux
Un kitsune traverse
Sans laisser d’ombre

 

Neige en hiver
La porte s’ouvre un peu
Sans aucune main

 

Par vent d’automne
Une ombre suit la mienne
Puis s’en détache

  1.  

YOKAIS     (3ème et dernière partie)
Rokurokubi

Rokurokubi

Démon de la montagne

Démon de la montagne

Voir les commentaires

YOKAIS (2ème partie)

10 Avril 2026, 09:40am

Bakeneko, le chat fantôme , estampe par Kuniyosshi.

Bakeneko, le chat fantôme , estampe par Kuniyosshi.

Cérémonie destinée à apaiser un démon au cours d'un festival

Cérémonie destinée à apaiser un démon au cours d'un festival

Kappa, le garçon sournois de la rivière.

Kappa, le garçon sournois de la rivière.

COURTE CHRONIQUE SUR LES YOKAIS AU JAPON

Les yōkai sont des créatures surnaturelles issues du folklore japonais qui oscillent entre. religion et peur du monde invisible

Leur origine remonte à l’Antiquité, dans un contexte profondément marqué par le shintō (religion animiste) et le bouddhisme.

Dans ces croyances :

  • Tout élément de la nature peut posséder une âme (arbres, rivières, objets).

    Le monde visible coexiste avec un monde invisible peuplé d’esprits.

Les yōkai sont donc nés en tant que traduction des phénomènes inexplicables comme :

  • maladies

    catastrophes naturelles

    bruits nocturnes

    disparitions mystérieuses

Ils incarnent la peur humaine face à l’inconnu, mais aussi le respect de la nature.

On note une première apparition dans la littérature et l’art (de l’époque Heian à celle de Edo)

Période Heian (794–1185)

Les yōkai se manifestent dans les récits écrits et les contes aristocratiques. Ils sont encore mystérieux, souvent terrifiants.

Période Edo (1603–1868) : l’âge d’or :

C’est ici que tout change :

  • Explosion des représentations artistiques (estampes ukiyo-e) *

    Création de catalogues de yōkai par des artistes comme Toriyama Sekien

    Passage du statut de “terreur réelle” à objet de divertissement

    *Ukiyo-e : mouvement artistique picturale et graphique d’estampes surtout de paysages et de la vie de tous les jours, qui deviendra , par la suite, une forme d’art populaire.

     

Les Japonais commencent à apprécier les yōkai en tant que spectacle car ils ne sont pas seulement des monstres. Ils forment un univers complexe :

1. Créatures naturelles
  • Exemple : le kappa, esprit aquatique lié aux noyades

2. Esprits domestiques
  • zashiki-warashi : apportent chance ou malheur selon leur présence

3. Objets animés (tsukumogami)
  • objets qui prennent vie après 100 ans (parapluies, sandales…)

4. Créatures monstrueuses ou hybridesonikuma : ours démoniaque
  • bake-kujira : squelette de baleine fantôme

Certains yōkai sont maléfiques, d’autres protecteurs , beaucoup sont ambigus.

Les yōkai ont joué un rôle essentiel dans la société japonaise :

  • en enseignant aux enfants :

  • la prudence (ne pas s’approcher de l’eau ( kappa)

  • le respect des objets (tsukumogami)

  • la discipline sociale

Avant la science, ils permettaient de donner du sens aux :

  • famines

    maladies

    catastrophes naturelles

Les yōkai incarnent :

  • la peur de la mort

    la solitude

    la culpabilité

    l’injustice

Le terme “yōkai” se popularise et est étudié scientifiquement pour lutter contre les superstitions.

Au XXe siècle il y eut une renaissance culturelle qui fut un tournant majeur avec :

  • Le mangaka Mizuki Shigeru qui popularisa les yōkai

    Série culte : GeGeGe no Kitarō

Ainsi les yōkai deviennent des personnages attachants et accessibles.

On peut remarquer qu’ils exercent une influence massive sur la culture japonaise dans les Arts, la littérature,les estampes traditionnelles , les contes traditionnels, les jeux vidéo et les mangas où ils sont omniprésents :

  • -Pokémon (inspirations directes)

    -Naruto

    -Demon Slayer

Ils passent de l’état de monstres effrayants à celui des figures de pop culture mondiales.

Dans le cadre du cinéma d’animation  où l’univers spirituel est omniprésent par exemple :
  • - films de Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké)

     

Culture populaire et marketing qui marquent l'époque avec des :
  • mascottes

    jouets

    festivals

    tourisme (musées de yōkai)

  • C’est en inspirant les contes fantastiques (fantasy), les jeux vidéo et les films qu’ils participent à l’exportation de la culture japonaise à l’international.

  •  

Il est à noter un fait révélateur qui signale une évolution symbolique : c’est le passage de la peur à la fascination.

 

Les yōkai étaient autrefois des figures terrifiantes liées à la survie alors qu’aujourd’hui, ils sont souvent mignons, humoristiques ou héroïques :

un exemple :

  • le kappa est passé de l'état de  monstre dangereux à celui de mascotte sympathique.

Les yōkai sont bien plus que du folklore :

Ils révèlent :
  • une vision animiste du monde

    un rapport respectueux à la nature ,

    une capacité à transformer la peur en art

    une continuité entre tradition et modernité

Conclusion :

Les yōkai représentent un pont entre le passé et le présent au Japon car ils sont :

  • - à la fois mythes anciens

    - outils éducatifs

    - œuvres artistiques

    - icônes modernes

Ils évoluent avec la société tout en conservant leurs racines ce qui procure encore une grande force d’influence sur l'époque actuelle.

Tengu

Tengu

  1. POÉSIE YOKAIS par Philémon

     

Sous le vieux pont gris
L’eau garde un rire d’enfant
Figé éternel
Un kappa attend en paix
Qu’un imprudent s’approche

 

Le gong du temple
Sonne sans aucune main
Au milieu de l’aube
Les morts viennent écouter
Leur nom porté par le vent

  1.  

Chemin déserté
Des sandales avancent seules
Poussière levée
Le voyageur disparu
N’a jamais quitté la route

 

Lune entre les pins
Un rire fend le silence
Long et déformé
Les tengu veillent encor
Sur les montagnes interdites

 

Il marche seul dans un sentier couvert de mousse. Chaque pas semble réveiller une mémoire ancienne. Une pierre déplacée, et le vent change de voix.

Sous ses pieds humides
Un murmure s’élargit
Forêt éveillée


 

  1. La nuit avale les contours de la maison. Pourtant, une lumière glisse derrière les cloisons, comme si quelqu’un errait encore.

    Papier translucide
    Une ombre passe et repasse
    Souvenir vivant

  2.  

  3. Tracé

    L’hiver ferme les portes et les voix. La neige absorbe les sons, mais parfois un pas résonne trop clairement.

    Neige intacte
    Mais un seul pas apparaît
    Puis aucune trace

     

  4.  

    Kitsune

    Au printemps, près des sanctuaires, certaines flammes ne brûlent pas. Elles hésitent, comme si elles observaient.

    Brume du matin
    Le kitsune s’efface
    Dans votre reflet

  5.  

  6. Par une nuit claire
    Sur le sentier déserté
    Une ombre s’étire
    Plus longue que ton propre corps
    Et s’écarte de tes pas

  7.  

  8. Pluie de saison
    Un vieux parapluie saute
    Dans cette ruelle
    Karakasa-obake voit
    Une main pour l’emporter

     

  9. Pluie d’automne
    Dans la salle de bain vide
    Une langue passe
    Akaname lèche le sol
    Dans tous les coins oubliés

Akaname, monstre des salles de bain

Akaname, monstre des salles de bain

Sutoku Tenmo , l'un des trois rois les plus célèbres pour avoir hanté le Japon pendant le plus longtemps

Sutoku Tenmo , l'un des trois rois les plus célèbres pour avoir hanté le Japon pendant le plus longtemps

Chat qui traverse pour manger, estampe de Utagawa Hiroshige

Chat qui traverse pour manger, estampe de Utagawa Hiroshige

Kitsune devant un sanctuaire shinto

Kitsune devant un sanctuaire shinto

Yokais représentés en manga

Yokais représentés en manga

Voir les commentaires

YOKAIS (1ère partie)

6 Avril 2026, 07:52am

La sorcière et le squelette, estampe par Utagawa Kuniyoshi

La sorcière et le squelette, estampe par Utagawa Kuniyoshi

COURTE CHRONIQUE SUR LES YOKAIS AU JAPON

 

AVERTISSEMENT AUX LECTEURS :

Les prochaines publications sur les Yokais, vont vous faire pénétrer au plus profond de l’esprit culturel du citoyen Japonais, vous révélant un pan de croyance presque totalement inconnu du monde occidental malgré la parution d’ ouvrages spécialisés au Japon et quelques uns traduits en France,

 

 PRÉAMBULE


 

Pendant des millénaires, les habitants de l’archipel nippon ont dû trouver les moyens de survivre dans une nature aussi luxuriante qu’inhospitalière.

Et si les mers, les terres et les rivières leur ont souvent permis de subsister, elles se sont également imposées comme le théâtre de phénomènes mystérieux.

Pour tenter d’expliquer ces épisodes inquiétants, les Japonais ont développé un imaginaire populaire original peuplé d’êtres extraordinaires : les YOKAI.

A la croisée des chemins entre le monde visible et celui de l’invisible, ces esprits oscillant sans cesse entre le bien et le mal, constituent l’un des aspects les plus singuliers du folklore japonais.

Les yōkai sont des créatures surnaturelles du folklore japonais, englobant des esprits, des démons, des fantômes et des phénomènes étranges .

  Leurs origines plongent dans les croyances shintoïstes et bouddhistes, où ils servaient historiquement à expliquer les événements inexplicables, les catastrophes naturelles ou les tracas du quotidien. 

Loin des fantômes occidentaux, ces esprits et monstres du folklore japonais incarnent la relation profonde entre l’homme et la nature.

 Véritables icônes nationales, ils sont un marqueur essentiel de l'identité japonaise.


 

Voici leur histoire :

 

Le mot yokai se compose de deux kanji : (yô), qui évoque le mystère et la magie, et (kai), qui signifie étrange ou phénomène. Littéralement, il se traduit par « apparition étrange ».

Leur origine remonte à l’Antiquité japonaise, nourrie par les croyances shintô et bouddhistes, mais aussi par l’imaginaire populaire.

Dans les villages ruraux, les yôkai correspondaient à des phénomènes naturels inexpliqués : maladies, catastrophes ou bruits étranges dans la nuit.

À partir de la période Heian (794–1185), ils apparaissent dans la littérature et l’art, représentés sous des formes tantôt effrayantes, tantôt comiques.

Les yôkai ne sont pas de simples monstres : ils incarnent la complexité du monde spirituel. Certains sont maléfiques, d'autres bienveillants, et beaucoup oscillent entre les deux.

Ils ont également servi de morale éducative, les parents utilisant leurs histoires pour inculquer aux enfants prudence, respect et discipline.

Un concept clé est le Tsukumogami, ces objets du quotidien (parapluie, sandales, bouilloire) qui, après un siècle d'existence, peuvent s'animer et devenir des yôkai, comme pour se venger d'être abandonnés.


Il existe des centaines de yôkai, chacun ayant ses traits distinctifs. Voici une sélection des plus célèbres :

  • Kappa : Créature aquatique à la carapace de tortue et à la coupelle d’eau sur la tête, il est un redoutable nageur qui apprécie le concombre. Il est à la fois farceur et dangereux, capable de noyer ses victimes.

  • Tengu : Esprit montagnard au long nez et aux ailes. Redouté mais aussi protecteur des forêts et des temples, il est associé aux arts martiaux et à la sagesse.

  • Kitsune : Renard aux pouvoirs magiques, capable de se transformer en humain, il est souvent associé à Inari, la déesse du riz. Plus il est puissant, plus il a de queues (jusqu'à neuf).

  • Yuki-onna : « Femme des neiges », belle et glaciale, elle apparaît lors des tempêtes d'hiver et peut geler quiconque croise son chemin.

  • Tanuki : Chien viverrin espiègle, maître de la métamorphose. Souvent représenté avec un chapeau de paille et une gourde de saké, il est un symbole de chance.

  • Rokurokubi : Femme à l’apparence humaine le jour, dont le cou peut s’allonger démesurément la nuit pour espionner ou effrayer les passants.

  • Nopperabô : Fantôme sans visage. Il apparaît soudainement pour effrayer les passants, avant de révéler qu'il n'a ni yeux, ni nez, ni bouche.

    En plus des figures emblématiques, le folklore regorge de créatures surprenantes :

  • Bakezôri: Une sandale de paille animée par un Tsukumogami. Elle se met à courir et à chanter "Karakara, Korokoro, Kankoro, Sorori", un bruit qui peut effrayer la nuit.

    Nurarihyon : Vieillard mystérieux et à la tête démesurée, il s'invite dans les maisons, se fait passer pour le maître des lieux, et s’y sert du thé. On dit qu'il est le "commandant en chef" de tous les yôkai.

  • Kasa-obake: Un parapluie vivant, sauteur, avec un seul œil et une longue langue qui s’agite. C'est un exemple de Tsukumogami qui est devenu l'un des yōkai les plus représentés dans les mangas et dessins animés.

  • Jorôgumo: Une araignée-femme séduisante qui attire les hommes pour les dévorer. Son nom se traduit par "femme-araignée séductrice".

Les yôkai ont nourri des siècles de contes et ont été popularisés par des artistes comme Toriyama Sekien, qui a publié des encyclopédies illustrées durant l'époque Edo (1603-1868).

Aujourd’hui, leur influence est immense. Ils ont inspiré :

  • Manga et Animation :

    GeGeGe no Kitarô qui a popularisé l'image moderne des yôkai, mais aussi Inuyasha, Natsume Yūjinchô et Yôkai Watch.

  • Jeux vidéo :

    La franchise Pokémon s'inspire largement du concept de créatures collectionnables issu des encyclopédies de yôkai. On les retrouve également dans des jeux comme Nioh.

Le Japon célèbre encore ses créatures surnaturelles à travers divers lieux :

  • Mizuki Shigeru Road à Sakaiminato (préfecture de Tottori) : une rue entière décorée de statues de yôkai.

  • Yōkai Street à Kyoto (Ichijo-dori) : où les commerçants décorent leurs boutiques avec des effigies de yôkai.

     

Loin de n’être qu’un héritage, les Yôkai restent très présents dans l’imaginaire collectif. Ils apparaissent dans la publicité, les mascottes locales (yurukyara), les jeux pour enfants, et sont à la fois des icônes de la tradition et des figures modernes. Ils ont même inspiré l'artisanat traditionnel japonais, des figurines aux masques de théâtre.

Les Yokais sont devenus, aujourd'hui , une source d'inspiration pour les créateurs.


 

Vous aussi, vous pouvez faire entrer un peu de cet imaginaire japonais chez vous et si l’extraordinaire ne vous fait plus peur ou bien vous intéresse, il a été publié en août 2024, en France , un excellent roman écrit par un auteur japonais Inoue Hisashi, véritable maître du divertissement populaire dont le titre est :

LA BEDONDAINE DES TANUKIS, aux éditions Zulma, 474 pages.

Remarquablement traduit en français par Jacques LALLOZ.


 

Bonne lecture !

 

NB : Pour une partie de mon préambule, je me suis inspiré de la collection Mythes et Légendes du Japon.

 

Esprit de la servante Okiku sortant du puits, estampe par Hokusai

Esprit de la servante Okiku sortant du puits, estampe par Hokusai

POÉSIE YOKAIS par Philémon

Tanka

Vent dans les bambous
Quelqu’un respire tout bas
Mais nul n’est présent
Le souffle d’un esprit long
Comme un serpent invisible

  1.  

Neige sur la nuit
Une femme pâle marche
Sans laisser de trace
Ses lèvres froides appellent
Les âmes qui veulent dormir

  1.  

Vieille maison vide
Les tatamis se plaignent seuls
Au cœur de minuit
Un œil glisse sur le mur
Et observe sans paupière

 

Sous la pluie d’automne
Un vieux parapluie oublié
Marche lentement
Porté par un esprit triste
Qui cherche encore son maître

​​​​​​​

 

Tu trouves un masque ancien dans la poussière. Quand tu te relèves, il est chaud, comme s’il venait d’être porté.

Visage figé
La chaleur d’un autre souffle
Tu n’est plus tout seul

 

  1.  

Le vent s’arrête brusquement. Même les insectes se taisent. Quelque chose observe, juste hors de portée du regard.

Silence trop plein
Entre deux battements du cœur
Yeux sans pupille

Nouveau sentier

Au crépuscule d’été, les lucioles dessinent des chemins. Certains semblent mener ailleurs que dans ce monde.

Lumières brèves
Dans la nuit tiède glisse
Un autre chemin

 

  1. Brume de printemps
    Tout près du torii désert
    Une flamme danse
    Le kitsune le regarde
    Puis prend son apparence


  1. La neige du soir
    Une femme toute blanche
    Immobile attend
    La yuki-onna souffle
    Et fige le dernier mot

  2.  

Philémon

Apparition des Kitsune au nouvel an, estampe d'Hiroshige

Apparition des Kitsune au nouvel an, estampe d'Hiroshige

Tengu, gardien des montagnes au long nez

Tengu, gardien des montagnes au long nez

Voir les commentaires