LE THÉ DANS LA CULTURE JAPONAISE ( 2ème et dernière partie )
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Application au thé par Murata Jukō
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Avant Jukō, les cérémonies du thé mettaient en avant :
des objets précieux importés de Chine,
des démonstrations d’opulence,
une ambiance de compétition (concours de dégustation).
Jukō a transformé cela en :
utilisation de vaisselle simple, parfois rustique, souvent d’origine japonaise,
préférence pour des petites salles de thé sobres plutôt que de grands espaces luxueux,
une atmosphère de recueillement et de méditation, proche du zen,
un partage sincère entre hôte et invités, où le thé devient prétexte à créer un moment d’harmonie.
Ce concept du Wabi a profondément marqué la culture japonaise, pas seulement le thé : on le retrouve dans la poésie (haïku), la peinture, l’architecture ou l’ikebana (art floral).
Dans la cérémonie du thé, il s’exprime à travers le principe des quatre vertus mises en avant plus tard par Sen no Rikyū :
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Wa (harmonie)
Kei (respect)
Sei (pureté)
Jaku (sérénité)
Ainsi, grâce à Jukō, la préparation et le partage du thé sont devenus une voie spirituelle (chadō/sadō), bien plus qu’une simple consommation.
Apparaît alors le tōcha, un jeu d’identification des thés, très populaire parmi les élites.
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Naissance de la cérémonie du thé (XVIe siècle)
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Le thé prend une dimension esthétique et spirituelle sous l’influence de Murata Jukō (XV siècle), considéré comme le « père de la cérémonie du thé » comme nous l’avons vu précédemment.
Le grand maître zen : Sen no Rikyū (1522–1591) codifie la voie du thé (chadō / sadō), en mettant l’accent sur :
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la simplicité (wabi),
l’harmonie avec la nature,
la spiritualité zen.
La cérémonie du thé devient une véritable pratique culturelle et philosophique.
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L’époque Edo (1603–1868) : démocratisation
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Le shogunat Tokugawa favorise la stabilité et la prospérité → le thé se diffuse largement.
Naissance de grandes maisons de thé et perfectionnement de la production (notamment à Uji, près de Kyoto, qui devient un terroir prestigieux).
Développement du sencha (thé infusé en feuilles, non en poudre), plus simple que le matcha et apprécié par les classes populaires et les intellectuels.
L’ère moderne (XIXe–XXe siècle) :
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Avec l’ouverture du Japon (ère Meiji, 1868–1912), le thé devient une marchandise d’exportation importante, surtout vers les États-Unis et l’Europe.
Introduction de nouvelles techniques de culture et de transformation.
Le thé vert reste central dans la vie quotidienne japonaise, tandis que le matcha garde une place prestigieuse dans la cérémonie du thé.
Aujourd’hui
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Le thé fait partie intégrante de la culture japonaise, à la fois dans la vie quotidienne (sencha, bancha, genmaicha, gyokuro, etc.) et dans les pratiques artistiques (cérémonie du thé).
Le Japon s’impose comme un pays du thé vert, avec une image de raffinement et de bien-être.
Les régions de production célèbres incluent Uji (Kyoto), Shizuoka, Kagoshima.
Le thé s’associe désormais aussi à la modernité : thés en bouteille, cafés-thés, pâtisseries au matcha, etc.
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Poésie par Philémon :
Sur le vieux tatami
Les gestes se répètent
Sacrés immuables
Le parfum du thé s’élève
Comme un temple invisible
Sous le pin ancien
Le bol passe lentement
D’un hôte à l’ami
La mousse verte se lève
Offrande au temps suspendu
Chaleur dans le bol
l’hiver se retire un peu
Au fond de la tasse
Un reflet de lune pâle
Tremble et s’éteint doucement
Senteur du sencha
fraîcheur d’une source pure
Le vent de l’été
Dans le jardin s’accorde
Au chant bref des cigales
Au bol partagé
Ni maître ni invité
Juste un cœur offert
Un instant de pure paix
Dans la saveur du thé vert
Haibun sur le thé au Japon
Un soir d’hiver, les vents balaient la campagne. Les tatamis sont froids, et pourtant la chaleur d’un seul bol suffit à chasser le givre intérieur. La mousse verte tourbillonne comme un feu calme. Ce n’est pas seulement boire, c’est respirer avec la saison.
Bol de matcha chaud
Les pins battus par le vent
Demeurent solides
Les femmes courbées récoltent les jeunes pousses, doigts rapides, gestes transmis par des générations. L’odeur des feuilles fraîches rappelle la pluie de la veille. Plus tard, autour du feu, la première infusion jaillit dans nos bols : lumière liquide, claire comme l’aube.
Premier thé du jour
Dans le bol encore tiède
L’aube s’épanche
Philémon
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