Les Trois Amants du Ciel. Contes de la Tisserande et du Bouvier (Chine – Corée – Japon) partie 1/3
Les Trois Amants du Ciel
Préambule :
Sous la rivière d’étoiles :
Au-dessus de nos têtes, là où le ciel se déploie comme une soie sans fin, coule une rivière d’argent.
Les anciens la nommèrent la Voie lactée, le fleuve céleste, ou encore le fleuve des oiseaux.
Et dans chaque pays d’Asie de l’Est, on raconte qu’au bord de cette rivière vivent deux étoiles , Véga et Altaïr, la Tisserande et le Bouvier , éternellement séparées, mais réunies une fois l’an.
Leur histoire a traversé les siècles, prenant un visage différent dans chaque culture :
romantique en Chine, moral en Corée, poétique au Japon.
Trois contes, un seul amour : celui qui défie le temps et les dieux.
La Tisserande et le Bouvier, version chinoise :
Il était une fois, dans un petit village chinois, un jeune homme nommé Niulang, si pauvre qu’il ne possédait qu’une vieille vache.
Mais cette vache était magique : jadis, elle avait appartenu au Ciel.
Un jour, elle dit à Niulang :
« Demain, les filles du Ciel viendront se baigner dans le lac du bois sacré. Parmi elles, se trouve Zhinu, la Tisserande céleste. Cache sa robe, et elle ne pourra remonter au Ciel. »
Ainsi fit le jeune homme. Quand Zhinu découvrit qu’elle ne pouvait plus regagner le Ciel, Niulang lui rendit sa robe en lui promettant de ne jamais la forcer, mais de l’aimer et de la protéger.
Touchée par sa bonté, elle resta. Ils se marièrent, eurent deux enfants et vécurent heureux.
Mais la Reine-Mère du Ciel, mère de Zhinu, découvrit leur union interdite.
Furieuse, elle rappela sa fille au firmament.
Niulang, désespéré, enfourcha la vache céleste, ses deux enfants dans des paniers, pour la rejoindre.
Alors, la Reine-Mère leva son épingle d’or et traça dans le ciel une rivière éclatante : la Voie lactée.
Séparés à jamais, Zhinu et Niulang pleurèrent tant que leurs larmes devinrent pluie.
Touchées, les pies du monde entier se rassemblèrent et formèrent un pont de plumes, permettant aux amants de se retrouver une fois par an, le septième jour du septième mois.
C’est ainsi qu’est née la fête de Qixi , la nuit où les amoureux lèvent les yeux vers le ciel, espérant que leurs cœurs se rejoignent aussi.
POÉSIE PAR PHILÉMON
CHINE (Niú Láng Zhī Nǚ)
Tankas
Sous la Voie lactée
Deux ombres se tiennent prêtes
La pluie tombe fine
Les pies battent leur grand pont
Et le ciel s’incline un peuLa robe tissée
Suspendue entre les cieux
Embaume le soir
Une aiguille d’or sépare
Les amants d’un seul fil pur
Septième lune
Les étoiles rayonnent
Sous le pont des pies
Deux cœurs s’unissent sans mots
Le vent garde leur secret
Haïbuns :
"Le fil d’or"
La nuit s’étire comme une soie de brume. Zhinu, penchée sur son métier céleste, entend les cris lointains de ses enfants. Une étoile coule : son cœur s’ouvre. Elle tisse encore, non plus pour les dieux, mais pour la mémoire d’un amour qui n’a pas de rive.pluie de juillet
sur la rivière du ciel
un fil d’or tremble"Le pont des pies"
Chaque année, elles reviennent, les ailes noires et argentées. Les hommes d’en bas lèvent les yeux, croyant voir un pont de lumière. Ce ne sont que des oiseaux, pourtant. Mais quand Zhinu et Niulang se touchent enfin, le ciel s’éclaire d’un sourire.sur l’eau céleste
les plumes tressent la nuit
un pas puis deux cœurs
Philémon
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