LE THE DANS LA CULTURE JAPONAISE (1ère partie)
Le thé, introduit au Japon au VIIIe siècle par des moines bouddhistes revenus de Chine, est aujourd’hui indissociable de son identité culturelle, où sa consommation est tout autant un art qu’une philosophie.
D’abord réservé aux moines bouddhistes à des fins médicinales, le thé va devenir au fil des siècles une boisson délicate prisée de tous les Japonais, dégustée selon un véritable rituel qui convoque tous les arts : ceux de la composition florale, de la céramique et de la calligraphie, ainsi que l’architecture et l’art textile.
Autant de raffinements que décline à merveille cette centaine d’estampes des grands maîtres japonais, qui nous invitent à découvrir l’univers fascinant du thé, depuis les secrets de la récolte du fameux thé matcha jusqu’aux traditionnelles maisons de thé et leurs célèbres courtisanes, sans oublier une invitation au chanoyu, véritable immersion au cœur de la cérémonie du thé, source d’harmonie et de sérénité.
L’introduction du thé (VIIIe–IXe siècle)
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Le thé est introduit au Japon depuis la Chine pendant la période Nara (710–794) et Heian (794–1185).
Les moines bouddhistes japonais, comme Saichō et surtout Eisai, ramènent de Chine des graines et des pratiques liées au thé.
Le thé est d’abord utilisé comme boisson médicinale et comme aide à la méditation dans les monastères zen.
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Au XIIe siècle, Eisai écrit le Kissa Yōjōki (« Boire du thé pour vivre longtemps »), qui popularise les vertus médicinales du thé.
Au XIIIe siècle, la pratique du matcha (thé vert en poudre fouetté) importée de Chine devient la norme dans les temples zen.
À partir du XIVe siècle, le thé sort du cadre monastique et devient une pratique aristocratique et guerrière : les samouraïs adoptent le thé comme symbole de raffinement.
A la fin du XVe siècle est apparue une figure essentielle dans l’histoire du thé au Japon, en la personne de Murata Jukō (1423–1502)
C’était un moine bouddhiste zen de l’école Shōmyō-ji (Rinzai).
Il est considéré comme le « père fondateur de la cérémonie du thé japonaise » (chanoyu).
Il a été formé au bouddhisme et à la culture chinoise, mais a développé une esthétique spécifiquement japonaise et à joué un grand rôle dans l’évolution du thé.
Avant Jukō, la consommation du thé était surtout un loisir aristocratique et guerrier (concours de reconnaissance de thés, ostentation d’objets de luxe chinois).
Jukō a introduit l’idée d’un thé simple, épuré et spirituel, en accord avec le zen.
Il a mis en avant le concept de wabi *(l’élégance dans la simplicité, la beauté de l’imperfection).
C’est ainsi que ses idées ont ouvert la voie à une pratique du thé comme discipline spirituelle et non plus seulement comme divertissement.
Il est considéré comme l’inspirateur direct de maîtres ultérieurs, notamment Sen no Rikyū, qui a poussé cette philosophie à son sommet.
Grâce à lui, le thé au Japon a évolué vers ce que l’on appelle aujourd’hui le chadō / sadō (la voie du thé).
*Le mot wabi vient à l’origine d’un sens négatif : la solitude, la pauvreté, la mélancolie. Avec le temps (notamment grâce à Murata Jukō), le terme prend un sens esthétique et spirituel :
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La beauté dans la simplicité,
L’harmonie avec la nature,
L’acceptation de l’imperfection et de l’éphémère.
En résumé, wabi c’est trouver de la richesse dans ce qui est humble, et voir de la beauté dans ce qui n’est pas parfait.
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POESIE PAR PHILEMON
Vapeur légère
Le thé vert s’éveille en paix
Bol entre mes mains
L’âme s’incline au silence
La montagne s’y reflète -
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Le gong a sonné
Les tatamis respirent l’air
Un bol de matcha
La lumière s’y dépose
Comme un nuage vert tendre -
Main tremblante encore
Le disciple apprend l’art pur
Froth* du matcha vert
Le maître hoche la tête
Dans le silence complice*mousse
Sous le pin ancien
Le bol passe lentement
D’un hôte à l’ami
La mousse verte se lève
Offrande au temps suspendu -
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Feuilles cueillies hier
Mains brunes des paysans
Au soleil levant
Dans la tasse elles s’ouvrent
Histoires de leurs montagnes
HAIBUN SUR LE THE AU JAPON
À l’orée du jardin, le moine franchit la porte basse. L’air est saturé d’humidité et de mousse. Chaque pas le détache du monde, chaque silence devient plus dense. Quand la tasse lui est offerte, il sent sur ses lèvres non pas un breuvage, mais une promesse d’harmonie.
Bol de thé fumant
La pluie bat la pierre grise
Dans le cœur silence
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