URASHIMA TARO ( 3ème et dernière partie )
Urashima Tarō à travers les âges
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Dès le Moyen Âge (Xe-XIVᵉ siècle), le conte devient un sujet populaire dans les récits appelés setsuwa (contes édifiants bouddhiques).
Le tamatebako (coffret du temps) symbolise alors la vanité des désirs terrestres et l’impossibilité d’échapper au cycle de la vie et de la mort (samsara).Au XIVᵉ-XVIᵉ siècle, il est adapté au théâtre Nô et au Kyōgen, où l’histoire prend une tonalité symbolique : le retour d’Urashima au monde humain devient une métaphore du réveil spirituel après l’illusion.
L’atmosphère y est lente, rêveuse, presque suspendue dans le temps.Pendant la période Edo (XVIIᵉ-XIXᵉ), il devient un conte pour enfants, souvent chanté ou illustré sur des rouleaux (emaki).
L’accent se déplace du message religieux vers l’émerveillement et la tristesse douce du héros perdu dans le temps.
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Les estampes ukiyo-e représentent Urashima sur le dos de la tortue, descendant vers le palais du Roi Dragon.
Des artistes comme Utagawa Kuniyoshi ou Toshusai Sharaku ont immortalisé cette scène, symbole d’un passage vers un autre monde (kaikyō / le seuil).Au XXᵉ siècle, Urashima Tarō devient un symbole du Japon ancien :
- En littérature, il apparaît dans des poèmes de Yosano Akiko et Miyazawa Kenji, qui y voient une métaphore du Japon qui change trop vite.
- En musique, il inspire des chansons d’école (dōyō), apprises encore aujourd’hui par les enfants.
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L’histoire a inspiré des dizaines d’adaptations animées, dès les années 1910.
Le tout premier film d’animation japonais connu, Urashima Tarō (1918), raconte justement cette légende qui prouve son importance dans l’imaginaire national.On retrouve son écho dans :
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Pokémon (Lapras et Dracolosse sont liés à Ryūjin et aux mythes marins)
Dragon Ball :
le « maître Tortue » ( Kame Sennin en est une parodie bienveillante)
One Piece, dans l’arc de l’Île des Hommes-Poissons, où le Roi Neptune et sa fille Shirahoshi évoquent directement le royaume de Ryūgū.
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Urashima Tarō symbolise aujourd’hui le retour impossible, l’homme qui a perdu le lien avec son temps : un thème encore très présent dans la culture japonaise moderne.
POÉSIE PAR PHILÉMON
Sous l’onde claire
Un palais aux mille perles
Le temps au repos
Quand il remonte à la terre
Les fleurs ne le reconnaissent
Boîte scellée d’or
Souvenir d’un beau rêve
Sa main tremble un peu
Le vent d’un autre siècle
Effleure ses cheveux blancs
Les vagues chuchotent
Le nom qu’elle a donné
« Fleur de l’abysse »
Le monde a fui son ombre
Il devient coquille vide
Il crut n’avoir dormi qu’une nuit au palais du Dragon. La mer l’avait bercé d’une musique sans fin, et la princesse riait derrière son éventail. Mais sur le rivage, les maisons étaient de pierre grise, le port désert, les noms oubliés. Il porta la boîte à ses lèvres, comme un baiser d’adieu.
Boîte entrouverte
Un souffle et tout s’efface
Mer sans rivage
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