URASHIMA TARO
LE PECHEUR DU ROYAUME SOUS LA MER (1ère partie)
Le conte d’Urashima Tarō est l’un des plus vieux récits du Japon, presque aussi ancien que celui du Coupeur de Bambou.
Il était une fois, sur la côte d’un petit village de pêcheurs, un jeune homme nommé Urashima Tarō.
Il vivait simplement, pêchant chaque jour sous les ciels changeants, et offrant parfois ses prises aux enfants ou aux vieillards du village.
On disait de lui qu’il avait le cœur pur comme la mer au matin.
Un jour, alors qu’il marchait le long du rivage, il vit des enfants s’acharner sur une petite tortue.
Pris de compassion, Urashima les arrêta et racheta l’animal blessé.
Il la remit doucement à l’eau, et la tortue, avant de disparaître dans les vagues, leva la tête vers lui comme pour le remercier.
Les jours passèrent. Puis, un matin, alors qu’il pêchait seul au large, une grande tortue apparut à côté de sa barque.
Elle parla d’une voix douce et grave :
« Urashima Tarō, notre Reine, la fille du Roi Dragon, souhaite te voir. Viens avec moi au fond des mers. »
Surpris mais sans peur, Urashima monta sur le dos de la tortue.
Les flots s’ouvrirent, et ils descendirent dans un royaume de lumière mouvante, où les poissons brillaient comme des étoiles et les coraux formaient des jardins de mille couleurs.
Au cœur de ce monde se dressait le palais du Roi Dragon, Ryūgū-jō, aux toits d’écailles d’or et aux portes de nacre.
Là, l’attendait la princesse Otohime, fille du Roi Dragon, d’une beauté que nul mot humain ne pouvait décrire.
Elle l’accueillit avec un sourire :
« Je suis la tortue que tu as sauvée. Laisse-moi te remercier. Reste ici et oublie les douleurs du monde. »
Ainsi, Urashima demeura au palais.
Les jours s’écoulaient comme des rêves : festins, danses sous-marines, rires des sirènes, musique des coquillages.
Il n’y avait ni nuit ni jour, seulement la lumière tranquille de la mer.
Mais un matin, Urashima sentit la nostalgie du monde d’en haut.
Il pensa à ses parents, à son village, aux falaises baignées de vent.
La princesse vit son trouble et, bien que le cœur serré, elle lui remit un petit coffret laqué, orné de fils d’argent :
« Voici le tamatebako, le coffret précieux.
Ne l’ouvre jamais, quoi qu’il advienne.
Il contient le souvenir de notre monde. »
Urashima la remercia, monta sur la tortue, et remonta vers la surface, le cœur empli de gratitude et de tristesse mêlées.
Quand il revint sur la plage, tout lui parut étrangement différent.
Le village avait changé. Les maisons n’étaient plus là. Les visages, inconnus.
Il chercha sa maison, ses parents, mais on lui répondit que cela faisait plus de trois cents ans qu’un pêcheur nommé Urashima Tarō avait disparu dans les flots.
Saisi d’effroi, il se rappela le coffret.
Peut-être contenait-il un moyen de revenir en arrière ?
Malgré l’interdiction, il souleva le couvercle.
Aussitôt, un nuage blanc s’échappa du coffret et l’enveloppa.
Ses cheveux devinrent gris, son dos se courba, et son visage, autrefois jeune, se flétrit.
Il comprit alors : le coffret gardait le temps qu’il avait laissé au fond de la mer.
Dans le vent marin, une voix douce sembla murmurer :
« Si tu avais gardé le secret, le rêve aurait duré… »
Et Urashima disparut, emporté par la brume.
Certains disent qu’il devint une grue, d’autres qu’il rejoignit la princesse sous la mer.
Mais sur la côte, on raconte encore son nom, à la lisière du monde des hommes et de celui des dragons.
POÉSIE PAR PHILÉMON
Urashima Tarō
Perles endormies
Un palais sous la mer bleue
Le chant des coraux
Dans les bras de la princesse
Le temps s’effiloche lent
L’écaille d’argent
Glisse entre mes doigts tremblants
Souvenir marin
Les vagues m’ont tout repris
Sauf ton nom sur mes lèvres
Les années s’enfuient
Silencieuses invisibles
Comme la marée
Quand je foule la plage nue
Plus rien ne me conviendra
Les écailles du dragon luisaient comme mille miroirs. Urashima suivit la tortue jusqu’au fond du monde. Dans la salle d’or, il dansa, ivre de musique et de beauté. Chaque rire, chaque perle, effaçait un jour sa mémoire. Le temps n’existait plus : seulement le chant de la mer.
Sous la mer sans fin
Les cœurs battent lentement
Douce éternité
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