MOMOTARO (1ère partie)
Momotaro est l'un des contes japonais les plus célèbres. Il raconte l'histoire fabuleuse d'un garçon né dans une pêche (momo) qui, une fois devenu grand et doué d'une force exceptionnelle, part combattre les terribles démons et ogres de l'île Onigashima, située au-delà des mers.
NARRATION :
Dans un village effacé par les saisons, au bord d’une rivière lente, vivaient deux êtres que le temps avait presque oubliés. Leurs gestes étaient simples, leurs paroles rares, et leurs jours s’écoulaient comme l’eau : sans bruit, sans retour.
Un matin d’été, alors que la lumière reposait encore sur les pierres humides, la vieille femme aperçut une forme étrange glissant à la surface du courant.
Ce n’était pas une feuille, encore moins un reflet. C’était une pêche toute ronde et d’une taille exceptionnelle, d’une extrême beauté .
Elle la recueillit sans un mot et la montra à son mari qui observa longtemps ce fruit. Il n’y avait là ni miracle, ni présage apparent seulement une présence assez forte et inhabituelle pour une pêche.
Puis ils décidèrent de partager cette pêche qui s’ouvrit d’elle même au moment de la couper en deux et , aussitôt, surgit un petit enfant resplendissant .
Les deux personnes âgées furent tellement étonnées qu’elles en tombèrent à la renverse, pendant que l’enfant leur expliquait que leurs pleurs de vivre sans enfant ont été entendus et qu’il se tient là pour accompagner leur vieux jours.
On l’appela Momotarō. ( né d’une pêche )
L’enfant grandit sans excès. Il ne pleurait pas plus qu’il ne riait. Il observait. Il écoutait. Il semblait reconnaître le monde, comme s’il l’avait déjà traversé sous une autre forme.
Un jour, sans colère ni défi, il dit simplement :
"Il y a, au-delà de la mer, un lieu où les choses ne sont pas à leur place".
Personne ne lui demanda comment il le savait.
On lui donna quelques boulettes de millet et galettes de riz. Il les prit, non comme des provisions, mais comme un lien avec ceux qui restaient.
Sur la route, il rencontra un chien. L’animal ne montra ni peur ni soumission. Ils se regardèrent longuement, puis partagèrent une galette. Le chien marcha à ses côtés.
Plus loin, un singe descendit des arbres. Puis un faisan traversa le ciel bas. Aucun ne fut appelé. Aucun ne fut contraint. Tous reconnurent, dans le silence de ce garçon, une direction à suivre.
La mer ne résista pas à leur passage dans la barque, trouvée en bordure de rivage.
Au loin se dressait Onigashima, île aux contours durs, où vivaient les oni , non pas seulement des monstres et des ogres, mais aussi des êtres en rupture avec l’ordre du monde.
Le combat ne fut pas glorieux. Il fut nécessaire.
Les cris des démons n’étaient pas différents de ceux des hommes. Leur violence n’était pas étrangère. Elle était simplement laissée libre, sans retenue, sans mémoire.
Momotarō ne triompha pas par la force seule, mais par une forme de justesse. Ce qui était déséquilibré fut ramené. Ce qui débordait fut contenu.
Lorsque tout fut terminé, il ne resta ni colère, ni joie.
Seulement le vent.
Ils revinrent avec des richesses que l’ensemble. des villageois fut heureux de reconnaître ce qui lui avait été dérobé. Les jours reprirent leur cours. Les saisons aussi.
Et l’on raconte que Momotarō vécut longtemps.
Mais il est dit que certains soirs, au bord de la rivière, quand l’eau devient presque immobile, on peut encore voir passer une pêche lentement, silencieuse, comme si rien n’avait jamais vraiment commencé, ni jamais vraiment fini.
Poésie par Philémon
Tanka
Dans l’eau du ruisseau
Une pêche dérive
Mystère du destin
Un enfant naît du fruit rose
Offert par les eaux sacrées
Vieil homme étonné
La vieille femme sourit
Fruit ouvert en deux
Un enfant au cœur de feu
Envoyé par les esprits
Sous le ciel d’été
Grandit le garçon pêche
Force dans ses bras
Son regard déjà tourné
Vers les îles des démons
Dans son baluchon
Des kibi dango * précieux
Partage du cœur
Un chien devient compagnon
Fidèle à chaque pas
* boulette de millet
haïbun
LA RIVIÈRE DE VIE
La rivière s’écoule sans hâte entre les pierres. Rien ne presse en ce village où les jours se répètent avec douceur. Le vieux coupe du bois. La vieille lave le linge. Le monde tient dans ces gestes. Un matin d’été, une pêche apparaît sur l’eau. Elle ne dérive pas vraiment , elle arrive. Ils la recueillent sans surprise, comme on accueille ce qui était déjà destiné à venir.
Pêche sur les flots
Dans le silence du courant
Un destin mûrit
PROJET
L’enfant grandit comme pousse le bambou : sans bruit, mais avec certitude. Il parle peu. Son regard semble porter plus loin que les collines.Un jour, il dit qu’il partira. La vieille prépare des galettes. Le vieux ne pose pas de question. Les adieux sont courts, comme le sont les choses vraies.
Chemin de poussière
Derrière lui s’efface déjà
La trace des pas
CHEMIN FAISANT
Un chien rejoint Momotaro. Puis un singe. Puis un faisan traverse le ciel et redescend vers eux. Rien n’est expliqué. Le partage suffit. Chaque rencontre est une reconnaissance.
Galette rompue
Dans la paume offerte
Une alliance naît
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