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Poésie Japonaise

HOICHI

30 Mai 2026, 09:36am

Hôichi , joueur de biwa.

Hôichi , joueur de biwa.

Dramatique bataille de Dan no Ura

Dramatique bataille de Dan no Ura

Voici une histoire extraite d’un chanson basée sur des faits historiques avérés.


 

Dans la ville de Hôfu, près des côtes du sud du Japon, vivait un jeune homme aveugle nommé Hôichi.

Il était musicien, joueur de biwa (un luth traditionnel à 4 cordes)
Et il avait un don rare : quand il jouait, même les plus durs guerriers pleuraient.

Ses chansons racontaient surtout une grande tragédie ancienne :la chute des Taira, un clan noble vaincu lors de la bataille de Dan-no-ura.

Les esprits de cette guerre, dit-on, erraient encore sur les rivages.

Hôichi vivait dans un temple bouddhiste.

La nuit, il jouait seul, dans la cour silencieuse.

Un soir, un serviteur du monde invisible vint le chercher.

Notre musicien entendit des pas. Puis une voix élégante.

Des guerriers invisibles aux yeux ordinaires étaient venus le voir.

Ils lui dirent :

“Viens jouer pour notre maître.”

Hôichi, ignorant qu’il s’agissait de fantômes, les suivit.

On le mena à un grand palais.

Là, dans une salle immense, des nobles spectres étaient assis en silence.

Ils portaient des armures anciennes, des visages pâles, des regards vides.

Et devant eux, Hôichi joua.

Il joua la bataille de Dan-no-ura.

Il joua les navires, les flèches, la mer rouge.

Il joua la mort des guerriers.

Et les esprits pleuraient.

Chaque nuit, ils revenaient le chercher.

Et chaque nuit, il jouait pour eux, sans savoir qu’il jouait pour les morts.

Mais les moines du temple commencèrent à s’inquiéter.

Ils comprirent qu’Hôichi disparaissait la nuit.

Et surtout : qu’il revenait épuisé, comme vidé de sa force vitale.

Un moine décida de le protéger.

Il demanda à Hôichi de rester immobile.

Puis il écrivit des sutras sacrés sur tout son corps :
les bras, les jambes, la poitrine.

Il voulait le rendre invisible aux esprits.

Mais il oublia une chose.

Ses oreilles.

La nuit suivante, les fantômes revinrent.

Ils cherchèrent Hôichi.

Ils ne virent pas son corps.

Mais ils virent ses oreilles.

Alors ils comprirent.

Ils pensèrent qu’il était irrespectueux : seul un corps sans tête semblait défier leur présence.

Le chef des spectres s’approcha.

Et d’une voix grave, il ordonna :

“Apportez-moi ses oreilles.”

Dans l’obscurité du temple, les moines n’avaient rien vu.

Mais au matin, ils découvrirent Hôichi vivant…sans oreilles.

Pourtant, quelque chose d’étrange se produisit ensuite.

Les fantômes ne revinrent jamais.

Car Hôichi, désormais marqué par sa douleur, avait été respecté par les esprits : il avait survécu à leur monde.

Son histoire devint célèbre dans tout l’archipel Nippon

On l’appela :
Hôichi sans oreilles (Mimi-nashi Hôichi).

Ce qui rend cette légende si particulière, c’est le ton et surtout une idée très japonaise :

la musique peut ouvrir des portes… même celles des morts.


 

EPILOGUE


 

Pour une meilleure compréhension de cette histoire il me paraît important de vous fournir des précisions sur le sujet de la chanson interprétée par Hôichi : la tragédie de la bataille de Dan-no-Ura, qui fut la dernière grande confrontation de la guerre de Genpei, un conflit civil majeur qui opposa les clans Taira (Heike) et Minamoto (Genji) pour le contrôle du Japon.

Cet affrontement s'est déroulé le 25 avril 1185 (selon le calendrier lunaire japonais : le 24 du 3e mois de l'année 1185) dans le détroit de Shimonoseki, entre l'île de Honshu et l'île de Kyushu.

  • Le clan Taira, qui contrôlait l'empereur et la cour impériale, était en retraite forcée vers l'ouest du Japon, poussé par les forces du clan Minamoto et s'était réfugié dans le détroit de Dan-no-Ura avec la famille impériale, dont le jeune empereur Antoku.

     

    Les combats furent acharnés. Les Taira, connaissant les marées du détroit, espéraient les utiliser à leur avantage. Cependant, une trahison de certains capitaines de navires Taira (qui passèrent du côté des Minamoto) et un changement imprévu des courants ont inversé le cours de la bataille en faveur des Minamoto.

     

    Face à la défaite inévitable, la grand-mère de l'empereur Antoku, la veuve de l'empereur Go-Shirakawa, se jeta à la mer avec le jeune empereur (âgé de 6 ans) et le trésor impérial, notamment le Joya no Tama (le Joyau de la couronne japonaise), se noyant tous les deux.

     

    Beaucoup d'autres membres du clan Taira suivirent leur exemple plutôt que de se rendre.

     

    Cette victoire marqua la fin définitive du clan Taira et permit au clan Minamoto d'établir le premier gouvernement militaire (shogunat) de l'histoire du Japon, sous le commandement de Minamoto no Yoritomo, ouvrant ainsi l'ère de la domination des samouraïs qui dura jusqu'en 1868.

C'est un événement tragique et emblématique, souvent romancé dans le Heike Monogatari (Le Conte du Heike), qui symbolise l'impermanence de la puissance (le concept bouddhique de mujō)

Le Conte du Heike est une œuvre littéraire classique japonaise, considérée comme l'une des plus importantes de la littérature mondiale et qui a influencé profondément le théâtre Nô.


 

Bataille de Dan no Ura

Bataille de Dan no Ura

Poésie par Philémon

 

Biwa sous la pluie
Dans les vagues de Dan-no-ura
Voguent les casques
La voix du vieux Hoichi
Fait pleurer les crabes rouges

 

 

Lune sur les flots
Les Heike sans sépulture
Errent sous l’écume
Chaque corde du biwa
Réveille un nom oublié

 

 

Temple déserté
Le joueur aveugle écoute
La mer respirer
Dans le vent des pins tordus
Des manches bruissent encor

 

Sous l’eau noire dort
L’enfant empereur noyé
Avec les miroirs
Hoichi chante tellement bas
Que tremble la lampe à huile

 

 

Les guerriers défunts
Reviennent aux nuits sans lune
Demander leur chant
Le sable humide conserve
L’empreinte de leurs armures

 

 

Encens du matin
Sur le corps nu de Hoichi
Les sutras effacent
Ses oreilles seules offertes
Aux fantômes du ressac

 

 

Dernière complainte
Le biwa se tait enfin
Devant l’aube grise
Sur Dan-no-ura flotte
La mémoire des vaincus.


 

Haïbuns


 

La nuit du temple

Le temple Amidaji semblait vide, mais la mer toute proche ne dormait jamais. Hoichi, assis près des lampes mourantes, passait ses doigts sur les cordes du biwa. Les moines avaient fermé les portes depuis longtemps ; pourtant quelqu’un attendait dehors. On entendait le clapotement d’une armure humide.

Un serviteur vint réclamer le chant des Heike.

Sous les pins battus
une armure sans visage
odeur de varech

 

Dan-no-ura

La marée change vite dans le détroit. Les bateaux des Genji encerclèrent les Heike tandis que les bannières claquaient comme des oiseaux noirs. L’enfant empereur regardait la mer avec des yeux trop calmes. Puis vint le grand silence de l’eau refermée.

Des siècles plus tard, les pêcheurs évitent encore certains courants.

Vagues de printemps
dans le filet remontent
des casques rouillés

 

Les oreilles de Hoichi

Les moines avaient couvert son corps entier de sutras afin que les morts ne puissent plus le voir. Dans la nuit, les fantômes vinrent malgré tout. Ils ne distinguèrent qu’une paire d’oreilles flottant dans l’obscurité.

Alors ils les emportèrent.

Temple au matin gris.
Sur le bois des galeries
goutte un sang très noir.

 

Les crabes Heike

À marée basse, les enfants des pêcheurs retournent les pierres du rivage. Ils trouvent parfois des crabes dont la carapace ressemble à un visage courroucé. Les anciens disent que ce sont les guerriers Heike changés en créatures marines afin qu’ils poursuivent leur guerre sous les vagues.

Le vent sent le sel et les algues sèches.

Au fond des remous
des yeux d’hommes semblent suivre
les barques du soir.

 

Le dernier chant

Hoichi vieillissait. Sa renommée s’était répandue dans toutes les provinces, mais certaines nuits il croyait encore entendre l’appel venu de la mer. Alors il s’asseyait face aux vagues et jouait pour les morts.

Il savait qu’un jour eux seuls l’écouteraient encore.

Brume sur les flots
le biwa répond longtemps
à plus personne.

 

Spectre

Spectre

Fantôme

Fantôme

Application des sutras sur Hoichi

Application des sutras sur Hoichi

Hoichi séquence du théâtre Nô

Hoichi séquence du théâtre Nô

Joueurs de biwa aveugles

Joueurs de biwa aveugles

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LES CHATS AU JAPON (2ème et dernière partie)

26 Mai 2026, 14:44pm

LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)

Le Maneki-neko illustre ainsi la manière dont une croyance populaire peut se transformer en symbole économique durable.

La présence du chat dans la culture japonaise prend une dimension nouvelle au début du XXᵉ siècle avec la publication du roman : «Je suis un chat» (Wagahai wa neko de aru) de l’écrivain Natsume Soseki.

Publié entre 1905 et 1906, ce roman adopte un dispositif narratif original : l’histoire est racontée par un chat domestique sans nom qui observe les humains qui l’entourent. L’œuvre s’ouvre par une phrase devenue célèbre :

«Je suis un chat. Je n’ai pas encore de nom».

Le choix d’un narrateur félin permet à Soseki d’adopter un regard ironique sur la société japonaise de l’ère Meiji (1868-1912)

À cette époque, le Japon connaît une modernisation rapide et une forte influence culturelle occidentale.

Dans le roman, le chat observe les discussions d’un groupe d’intellectuels et révèle les contradictions de cette société en transformation, du snobisme intellectuel à la fascination maladive pour l’occident.

Sa position est idéale pour ce rôle : il appartient au foyer mais reste extérieur au monde humain. Une perspective qui permet à l’auteur de proposer une satire sociale particulièrement efficace. 

Les arts visuels japonais ont également contribué à populariser l’image du chat.

 Dans les estampes ukiyo-e de l’époque d’Edo, les artistes représentent souvent des chats dans des scènes de la vie quotidienne.

Ces clichés montrent par exemple des chats jouant avec des objets, observant leur environnement ou dormant dans des intérieurs domestiques. Elles témoignent d’une sensibilité esthétique attentive aux détails du quotidien et aux gestes ordinaires.

Une représentation particulièrement célèbre est le Nemuri-neko, ou «chat endormi», une sculpture située dans le sanctuaire de Nikkō Tōshō-gū et attribuée à l’artisan Hidari Jingorō.

Cette sculpture représentant un chat paisiblement endormi est souvent interprétée comme un symbole d’harmonie et de tranquillité dans un lieu sacré.

Elle illustre une dimension importante de l’esthétique japonaise : l’attention portée aux états de calme et de contemplation.

Au XXᵉ et au XXIᵉ siècle, la présence des chats dans la culture japonaise s’étend également à la culture populaire.

Les mangas et l’animation japonaise mettent souvent en scène des personnages félins, qui incarnent tour à tour la malice, la sagesse ou la protection.

Comme dans : Le Royaume des chats, Doraemon, Le chat qui venait du ciel, Neko no Otera no Chion-san, ou encore le plus populaire de tousPokémon, avec l’espiègle Miaouss.

Cette popularité s’inscrit dans une esthétique plus large associée à la culture kawaii (qui incite à l’affection) qui valorise les formes douces et les personnages attachants.

Les chats deviennent également des mascottes commerciales et médiatiques. Certaines entreprises ou collectivités locales utilisent leur image pour promouvoir des produits ou attirer les visiteurs.

Aujourd’hui, la fascination japonaise pour les chats s’exprime aussi dans l’économie. Les chercheurs parlent parfois de "nekonomics" pour désigner l’ensemble des activités économiques liées à l’image du chat. 

Un business juteux qui rapporterait, d’après l’hebdomadaire Courrier international, pas loin de 16 milliards d’euros par an.

Entre les cafés à chats, îles à chats (tourisme félin), les produits dérivés (objets, goodies), publicité avec des chats, les livres et mangas sur les chats, événements autour des chats, services pour animaux, les applications et contenus digitaux liés aux chats… les nekonomics ont encore de belles années devant elles.

On se souvient aussi de Tama, une chatte nommée cheffe de gare en 2007 dans la préfecture de Wakayam. 

Sa popularité a attiré des milliers de visiteurs et contribué à revitaliser une ligne ferroviaire locale menacée de fermeture. Décédée en 2015, la relève de Tama a été assurée par son assistante féline, Nitama .

D’autres localités se sont inspirées de cet exemple pour favoriser le tourisme. Certaines entreprises permettent même à leurs employés de venir avec leur chat au bureau ou en adoptent directement.

Les estampes montrent des scènes du quotidien : un chat qui dort, observe un jardin, joue avec une pelote ou accompagne une courtisane.

On y trouve souvent une atmosphère calme et saisonnière typique de l’ukiyo-e.

Très populaires au XIXe siècle, ces chats marchent debout, dansent, jouent du shamisen, boivent du saké ou imitent les humains.

Les deux grandes figures qui entrent dans le surnaturel japonais sont :

  • le Bakeneko : chat métamorphe,

    le Nekomata : chat à queue dédoublée doté de pouvoirs occultes.

Ces créatures apparaissent dans :

  • les récits de fantômes,

    les histoires de vengeance,

    les estampes fantastiques.

Dans le quartier du plaisir d’Edo, les chats accompagnaient souvent les courtisanes.

Ils symbolisent :

  • l’élégance,

    la sensualité,

    le raffinement domestique.

On les voit dans :

  • les maisons de thé,

    les intérieurs raffinés,

    les scènes de toilette.

Le Japon développe aussi toute une symbolique féline :

  • protection contre les mauvais esprits,

    chance,

    prospérité.

Le plus célèbre héritier de cette tradition est le Maneki-neko ( chat qui invite ).

Dans certaines croyances d’Edo :

  • les chats protégeaient les manuscrits des rats,

    repoussaient les influences néfastes,

    portaient bonheur aux commerces.

Ce qui rend les chats de l’ukiyo-e si fascinants, c’est qu’ils oscillent constamment entre :

  • observation réaliste,

    humour populaire,

    poésie quotidienne,

    et fantastique inquiétant.

C’est probablement l’un des animaux les plus variés de tout l’imaginaire visuel japonais.

LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)

Poésie par Philémon

 

Sous la lampe huile
Le moine copie la nuit
Un sutra doré
Près de l’encrier repose
Une queue noire en croissant

  1.  

Au marché d’Edo
Parmi les poissons d’argent
Miaule un vieux chat
Les enfants lui font cortège
Comme à un prince usé

  1.  

Neige sur Kyōto
Dans le jardin du thé vert
Une chatte blanche
Efface de ses coussinets
Les traces du vent d’hiver

  1.  

A Yoshiwara
Les lanternes se reflètent
Dans mille regards
Un chat suit les courtisanes
Comme un parfum discret

 

Sous le vieux pont noir
Un chat boit l’eau des lanternes
Nuit de pluie d’été
Ses yeux fendent les roseaux
Comme deux lunes noyées

Temple abandonné
Sur le sutra mangé d’ombre
Dort un chat sans nom
Le vent tourne les prières
Que nul moine n’écoute plus

Neige sur Kyōto
Les traces d’un chat s’effacent
Devant le torii
Même les renards sacrés
Semblent retenir leur souffle

Dans la maison vide
Un shamisen* joue tout seul
Au cœur de la nuit
Sous la lampe vacillante
Remue une queue rayée

*Luth traditionnel à 3 cordes

 

Le pêcheur revient
Avec l’odeur des marées
Et du varech froid
Son vieux chat blanc l’attendait
Comme une épouse discrète


 

À l’heure du corbeau
Nekomata* des collines
Descend vers le bourg
Les chiens cessent d’aboyer
Quand passent les deux ombres

*Yokais en forme de chat à double queues

 

 

haïbuns :

 

Chroniques étranges et félines :
Le chat du col de Hakone

On disait qu’au col de Hakone, certains chats n’étaient pas des chats. Les voyageurs évitaient de leur parler après le coucher du soleil. Une nuit d’automne, un porteur aperçut un animal tigré assis au milieu du chemin. L’animal semblait attendre. Lorsqu’il voulut le contourner, le chat prit voix humaine :

« La montagne réclame le silence. »

Le lendemain, on retrouva des traces menant jusqu’au ravin, puis plus rien.

Vent dans les cèdres
Les grelots du cheval mort
Sonnent sous la pluie

 

 

La vieille du quartier des saules

À Edo vivait une marchande de charbon qui nourrissait tous les chats errants du quartier. Après sa mort, les habitants jurèrent voir encore une silhouette penchée déposer du poisson séché près des ruelles.

Chaque matin, les bols étaient vides.

Un jeune moine affirma qu’un bakeneko avait pris l’apparence de la vieille femme afin de poursuivre une dette de bonté.

Brume du matin
Sur le pas de la maison
Empreintes doubles

 

 

Le temple des clochettes

Dans un petit temple de montagne, les chats vivaient librement parmi les statues de Jizō.* Les pèlerins suspendaient de minuscules clochettes pour éloigner les mauvais esprits.

Mais certaines nuits, les clochettes tintaient seules.

Le gardien du lieu expliquait calmement :

« Les morts aiment parfois revenir sous forme de chats. Cela leur permet d’approcher les vivants sans leur faire peur. »

Lune d’hiver pâle
Entre les statues moussues
Des yeux apparaissent


*Bodhisattva du bouddhisme et protecteur des enfants

 


Le chat et le joueur de biwa*

Un joueur aveugle traversait les provinces en chantant les anciennes guerres. Partout où il s’arrêtait, un chat roux venait dormir à ses côtés. Les années passèrent ainsi.

À sa mort, les villageois ouvrirent son étui de biwa afin d’y placer ses cendres. Ils y trouvèrent des poils roux soigneusement entremêlés autour du plectre d’ivoire.

Depuis lors, certains soirs, une musique lente flotte encore près des rizières.

Rizières d’été
La chanson du vieux biwa
Suit le chat sans bruit.

 

*Instrument de musique ressemblant au luth et à 4 cordes pincées.

LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
LES CHATS AU JAPON   (2ème et dernière partie)
Livres en coffret

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LES CHATS AU JAPON (1ère partie)

23 Mai 2026, 08:23am

LES CHATS AU JAPON   (1ère partie)
LES CHATS AU JAPON   (1ère partie)

Cette chronique est extraite, en partie, d’ un article paru dans Japanization par Maureen Damman.

 

Le chat est probablement l’animal qui occupe le plus de place dans la culture nippone, jusqu’à posséder son propre jour national, le 22 février.
Voici l’histoire du chat au Japon, de son arrivée sur l’archipel à sa transformation en figure culturelle d’importance.

Il est partout : dans les temples, les récits folkloriques, la littérature, dans les arts visuels, les mangas, les yokais  mais aussi dans l’économie touristique et la culture populaire contemporaine. 

Mascottes commerciales, personnages de fiction ou encore ambassadeurs involontaires de territoires ruraux, ils semblent omniprésents dans l’imaginaire collectif japonais.

Cette fascination n’est pas qu’un attachement domestique : elle s’inscrit dans une construction historique longue, où se mêlent pratiques religieuses, folklore, transformations sociales et production artistique.

Comprendre cette relation particulière suppose donc de retracer l’histoire de l’arrivée des chats dans l’archipel et d’observer la manière dont leur statut s’est progressivement transformé.

Les historiens situent l’arrivée des félidés dans l'archipel entre les VIe et VIIIe siècles, période marquée par des échanges culturels et religieux intenses avec la Chine et la péninsule coréenne.

Selon une analyse publiée par la Japan Society sur l’histoire culturelle des chats au Japon, ces animaux auraient été introduits par des moines bouddhistes afin de protéger des rongeurs, les fameux textes manuscrits des sutras, conservés sur des rouleaux de soie ou de papier.

Au départ, les chats étaient rares et associés aux milieux aristocratiques et religieux, comme l’atteste, par exemple le journal de l'empereur Uda ( à la charnière des IXe et Xe siècles)

Dans ce texte de 889, l’empereur décrit un chat offert par la Chine et explique qu’il est gardé comme un animal précieux.

 Les documents historiques suggèrent qu’au Xe siècle ils étaient encore considérés comme des animaux rares et réservés aux élites, parfois attachés par des cordons pour éviter qu'ils ne s'échappent .

Avec le temps, leur présence s’étend progressivement au reste de la société. Cette diffusion s’explique notamment par des raisons économiques. 

Les rongeurs représentaient une menace importante pour les réserves alimentaires  et pour certains secteurs de production. C’est particulièrement le cas pour la sériciculture.

Les vers à soie, essentiels à l’économie japonaise prémoderne, étaient menacés par les rats. Les chats deviennent donc progressivement des auxiliaires précieux pour protéger ces élevages. 

Le Maneki-neko : le chat devenu symbole de chance

Comme le souligne l’universitaire Michael Dylan Foster dans ses recherches sur la culture des yokais, le chat occupe une place liminale unique dans l’imaginaire japonais.

 Dans la tradition japonaise, imprégnée de shintoïsme, l’animal n’est jamais seulement un compagnon ; il est un réceptacle potentiel pour le sacré ou le surnaturel.

Cette indépendance caractéristique du félin, perçue comme une forme de mystère impénétrable, explique pourquoi il est si souvent dépeint comme un esprit capable de franchir le seuil entre le quotidien des hommes et les forces invisibles.

C’est un animal ambivalent dans le folklore japonais.

Avec le temps, les chats cessent d’être seulement des auxiliaires domestiques et deviennent aussi des figures importantes du folklore japonais. 

Dans l’imaginaire populaire apparaissent des créatures surnaturelles telles que le bakeneko ou le nekomata, des chats auxquels on attribue des pouvoirs extraordinaires.


Selon certaines légendes, ces animaux pourraient se transformer, parler ou manipuler les humains après avoir atteint un âge avancé.

 Dans la tradition japonaise, imprégnée de shintoïsme, l’animal n’est jamais seulement un compagnon ; il est un réceptacle potentiel pour le sacré ou le surnaturel.

Cette indépendance caractéristique du félin, perçue comme une forme de mystère impénétrable, explique pourquoi il est si souvent dépeint comme un esprit capable de franchir le seuil entre le quotidien des hommes et les forces invisibles.

Cette iconographie si bien connue désormais, apparaît durant l’époque d’Edo (1603-1868) et se diffuse largement au XIXᵉ siècle. 

Plusieurs légendes expliquent l’origine de cette image. L’une des plus connues raconte qu’un seigneur féodal aurait été sauvé d’un éclair après avoir suivi un chat qui semblait l’inviter à entrer dans un temple.

Au fil du temps, cette figure folklorique s’est transformée en symbole commercial largement diffusé. On la retrouve aujourd’hui dans les boutiques, les restaurants ou les entreprises, où elle est censée attirer la prospérité.

LES CHATS AU JAPON   (1ère partie)

Au Japon, le chat est passé du rôle de gardien des sutras bouddhiques à celui d’esprit familier des ruelles d’Edo, compagnon des courtisanes, présage de fortune ou créature surnaturelle comme le bakeneko.

 

 

Poésie par Philémon

 

 

Sur les jonques noires
Venus des terres de Chine
Les chats regardaient
Les vagues du détroit pâle
Comme un royaume neuf

  1.  

Temple de Nara
Dans l’odeur du bois ancien
Un chat sommeillait
Vrai gardien silencieux des
Sutras contre les souris

 

Pont Nihonbashi
Le vendeur de figurines
Sourit au passant
Un maneki-neko luit
Dans la poussière d’été

 

Dans Tokyo la nuit
Entre bougies et pluie tiède
Un chat tigré va
Héritier des anciens ports
Et des temples oubliés

 

 

Haïbuns

 

Le chat des sutras

 

On raconte que les premiers chats arrivèrent avec les moines bouddhistes, depuis la Chine ou la Corée. Leur tâche était humble : protéger les rouleaux sacrés des rats. Pourtant, dans les salles obscures des temples, leur silence semblait déjà chargé de mystère.

Sous le gong du soir
Ce chat fixe sans bouger
La fumée d’encens

 

 

Les ruelles d’Edo

 

Dans Edo, les chats vivaient partout : sur les étals de poissons, les toits de tuiles, les bains publics encore fumants. Les graveurs d’estampes les aimaient pour leur indifférence élégante. Certains artistes disaient qu’un chat assis près d’eux empêchait les mauvais rêves d’entrer dans l’atelier.

La pluie de printemps
Sur l’estampe inachevée
Une empreinte grise


 

Le bakeneko

 

Dans les villages reculés, les anciens se méfiaient des chats trop âgés. Un animal vivant longtemps pouvait devenir bakeneko, esprit capable de parler ou de prendre forme humaine. Ainsi naquirent d’innombrables récits murmurés près du feu.

Maison désertée
Une ombre tourne la tête
Avant le typhon

LES CHATS AU JAPON   (1ère partie)
LES CHATS AU JAPON   (1ère partie)

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SÉQUENCE DES ESTAMPES DE NATURES MORTES

19 Mai 2026, 18:10pm

SÉQUENCE DES ESTAMPES DE NATURES MORTES

Drabble


 

PAVILLON DE THÉ

 

Dans la pénombre du pavillon, les ustensiles reposent comme après une confidence. Le bol, encore tiède, garde la mémoire des mains. La louche de bambou, posée en travers, semble suspendue entre deux gestes. Rien ne presse. Le silence, lui, s’infuse.

L’officient pense aux anciens maîtres du thé, à Sen no Rikyū,* qui voyaient dans ces objets modestes un monde entier. Leurs surfaces imparfaites ne sont pas des défauts, mais des passages. Une fissure capte la lumière comme un souvenir. Une trace d’eau devient paysage.

Tout ici invite à disparaître un peu, à laisser la place au moment.

 

 

*Sen no Rikyu (1522-1591) personnage emblématique, perfectionniste de la cérémonie du thé.

SÉQUENCE DES ESTAMPES DE NATURES MORTES

HAÏKU 

 

Bol encore vide
Au creux de la céramique
La chaleur demeure.

 

Philémon


 

SÉQUENCE DES ESTAMPES DE NATURES MORTES
SÉQUENCE DES ESTAMPES DE NATURES MORTES

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INTERMÈDE

17 Mai 2026, 20:04pm

Atelier, estampe de Katsushika Hokusaï

Atelier, estampe de Katsushika Hokusaï

Drabble*

Ode aux estampes "Ukiyo-e"

 

Dans le silence du papier naissent des mondes flottants où la vague de Hokusai murmure l’éternité, où les pruniers de Hiroshige parfument l’instant fragile.

Les lignes dansent, l’encre respire et la pluie fine caresse les toits courbés.

Visages d’acteurs, geishas rêveuses, voyageurs perdus sur la route du Tokaïdo, tous passent et demeurent à la fois.

Ô estampes ! vous capturez l’éphémère et offrez au regard une forme d’infinité, suspendue entre souffle et souvenir, comme un battement d’ailes sur l’eau immobile.

Doucement elles enseignent le temps à qui regardent encore aujourd’hui avec émerveillement .


 

 

*Drabble : composition littéraire de cent mots , avec pour règle, la lettre apostrophe compte pour un mot.

Modèles de maquillage du Kabuki

Modèles de maquillage du Kabuki

Les coraux , nature morte , estampe de Hokusaï

Les coraux , nature morte , estampe de Hokusaï

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HOKUSAI 2ème et dernière partie

10 Mai 2026, 08:52am

Cavalier, illustration pour un poème , estampe de Hokusaï.

Cavalier, illustration pour un poème , estampe de Hokusaï.

Portrait de Hokusaï, estampe de Kunisada

Portrait de Hokusaï, estampe de Kunisada

Auto portrait par Hokusaï

Auto portrait par Hokusaï

Le pont suspendu au mont Gyodo, estampe de Hokusaï.

Le pont suspendu au mont Gyodo, estampe de Hokusaï.

L’art de Hokusaï c’est une cosmologie sensuelle du monde japonais.

Cet artiste très prolifique incarne par son œuvre la spiritualité japonaise et la célébration d’une nature animiste. La découverte de ses estampes constituera un choc esthétique capital pour les artistes européens de la fin du XIXe siècle.

 

« Quand j’aurai cent ans, je tracerai une ligne et ce sera la vie. » C’est l’une de ses phrases célèbres.
 

Les dessinateurs japonais qui œuvrent dans le domaine de l’estampe adoptent souvent plusieurs noms d’artistes. On estime qu’Hokusai en a utilisé 120 durant sa carrière .

Sa première signature est Katsukawa Shunrō. Nous sommes à la fin des années 1770, Hokusai n’a pas encore 20 ans.

Vers 1800, il adopte le nom qui le rendra célèbre : Hokusai (qui signifie « Atelier du Nord ») en hommage à une divinité bouddhique qu’il admirait.

En 1814, est publié le premier des 15 volumes des Hokusai Manga (« Carnets de croquis par Hokusai »), vaste recueil de dessins variés (faune, flore, personnages, objets, chimères, scènes de genre…) qui offrent un riche aperçu de la vie sous l’ère d’Edo.

À cette époque, alors qu’il se surnomme « le fou de dessin », il parcourt le Japon pour faire connaître ses estampes, jusqu’à la parution de son œuvre majeure en 1830, la série des « Trente-six vues du mont Fuji ». L’artiste a déjà 60 ans.

Hokusai, peintre en quête d’absolu et maître de l’illusion, voue aux éléments naturels un culte, un respect qui le porte à magnifier leur monumentalité.

L’artiste n’hésite pas à se livrer à des expériences innovantes en utilisant notamment le bleu de Prusse, un pigment récemment introduit au Japon, qui donne à ses vues une intensité de couleur exceptionnelle.

C’est en tant que peintre de paysage qu’il impose son talent original, en associant ses connaissances des techniques japonaises traditionnelles à sa curiosité pour la peinture occidentale.

Revenu à Edo en 1836, Hokusai est loin d’être riche. Dans une ville qui connaît à cette époque une grave famine, il survit comme il peut.

Malheureusement, la fin de sa vie s’est tenue dans la misère, n’ayant jamais attaché de l’importance pour l’argent.

 

Pour les découvreurs occidentaux, il parut être l’artiste peintre le plus fécond de l’école moderne japonaise parce qu’il portait et emportait le tradition à travers les livres, les peintures et les estampes.

.Il a su nous rendre tangible le tourbillon des formes.

  • Il me vient à l’esprit une courte anecdote :

  • C’est aux Pays-Bas que Claude Monet a découvert les estampes d’Hokusaï, chez un marchand qui ne trouvait pas ce papier avec ses dessins très solide pour l’emballage !

  • Il ne faut pas oublier que les estampes étaient éditées sur des feuille séparées et utilisées comme un empaquetage, en Hollande.

Petit rappel :

A cette époque, seule la Hollande avait une autorisation privilégiée de commercer avec le Japon , par le port de Nagasaki, une fois par an avant 1858.

 C’est d’ailleurs par ce biais que Hokusaï découvrit le bleu de Prusse, ce qui lui a valu le surnom de : Peintre bleu, à ce moment là.

En Occident, la vogue d’Hokusaï fut liée à celle de l’impressionnisme. En France, les critiques du moment dont Gustave Geffrey défenseur des impressionnistes, accordèrent une grande place à cet artiste peintre, dans leurs revues (1883 et1890).

La véritable gloire en Europe, serait due à Edmond de Goncourt grâce à sa monographie sur Hokusaï (Paris 1896) qui l’a fait connaître.

J’ajouterai que l’idée de publication de la série des 36 Vues du Mont Fuji a inspirée un peintre Français, Henri Rivière qui a fait éditer en juillet 1902, « les 36 plus belles vues de Paris avec la Tour Eiffel ».

Puis : « 36 Regards sur la Tour Eiffel » par Fabienne DELACROIX, en hommage à Henri Rivière, 2021

Et aussi , un dessinateur de BD , André JUILLARD « 36 Vues de la T our Eiffel » en double hommage à Hokusaï et Henri Rivière, réédité en 2022.

Pour réaliser ce résumé bibliographique , je me suis inspiré de l’Essai sur Maître Hokusaï, écrit par Henri-Alexis BAATSCH, écrivain et traducteur, lors de son séjour à Tokyo entre 1983 et 1984.

Extrait de la série des chutes et cascades, estampe par Hokusaï

Extrait de la série des chutes et cascades, estampe par Hokusaï

POESIE par Philémon

 

 

Vieillard obstiné
Change cent fois de nom d’art
Pour mieux renaître
Chaque ligne est renaissance
Chaque œuvre un nouveau regard

  1.  

La grande vague monte
Comme un cri figé dans l’eau
Prête à engloutir
Mais dans ce chaos suspendu
Naît une beauté fragile

 

Branches de cerisier
Frémissent sous le printemps
Fleurs comme soupirs
L’éphémère devient trésor
Sous le regard du maître

 

Visages croqués
Marchands, pêcheurs, voyageurs
Tous deviennent art
Dans chaque ride se cache
Une histoire universelle

 

 

Fleurs de cerisiers
Elles tombent sans regret
Dans l’air printanier
Le peintre retient leur chute
Dans un geste immobile

 

 

Dragon de nuée
A peine né du pinceau
Déjà disparaît
L’encre épouse le vide
Où s’efface toute chose

 

 

Galop

Un cheval lancé ne s’arrête pas dans le regard du peintre. Il continue au-delà du papier, dans un espace que l’encre ne ferme pas.

Dans un trait brusque
Le galop hors du cadre
Se prolonge encore

 

La vague

Le peintre observe la mer, longtemps, jusqu’à ce qu’elle cesse d’être un paysage et devienne un mouvement pur. Ce n’est plus l’eau qu’il voit, mais une force, une respiration.

Vague suspendue
Les griffes de l’océan
Frôlent le silence

 

Le mont Fuji

Toujours présent, jamais identique. Le Fuji change avec la lumière, les saisons, les regards. Hokusai le répète non par obsession, mais par quête.

Mont immobile
Mille visages naissent
Dans un seul sommet

 

Le mouvement

Tout bouge : le vent, les corps, les pensées. L’artiste ne fige pas, il capture l’élan.

Un trait fulgurant
Le cheval bondit encore
Hors du papier blanc

 

L’éphémère

Les fleurs tombent, les saisons passent. Hokusai ne lutte pas contre le temps : il l’accueille.

Pétales au vent
Dans leur chute silencieuse
L’éternité naît

 

Pluie

Dans les rues d’Edo, la pluie rend chaque pas incertain. Les hommes avancent, courbés, comme les herbes sous le vent.

La pluie d’automne
Des sandales dans la boue
Qui suivent leur voie

 

Sommet

Le mont Fuji apparaît à l’aube, puis disparaît dans la brume. Ce n’est pas lui qui change, mais le regard.

Aube pâlissante
Le sommet va et revient
Dans l’air si léger

Le col d'Inume, estampe de Hokusaï

Le col d'Inume, estampe de Hokusaï

Le mont Fuji et ses trois saisons, estampe de Hokusaï

Le mont Fuji et ses trois saisons, estampe de Hokusaï

Le pont flottant de Sano, estampe de Hokusaï

Le pont flottant de Sano, estampe de Hokusaï

Neige matinale à Koishikawa, estampe de Hokusaï

Neige matinale à Koishikawa, estampe de Hokusaï

Vue du mont Fuji depuis le château d'Omesawa, estampe de Hokusaï.

Vue du mont Fuji depuis le château d'Omesawa, estampe de Hokusaï.

Le Fuji San, estampe de Hokusaï

Le Fuji San, estampe de Hokusaï

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HOKUSAI 1ère partie

5 Mai 2026, 18:26pm

La vague de Kanagawa, estampe de Katsushita Hokusai

La vague de Kanagawa, estampe de Katsushita Hokusai

Le pavillon Zasai du Temple des Arhats, estampe de Hokusaï

Le pavillon Zasai du Temple des Arhats, estampe de Hokusaï

Deux hommes lavent le cheval à la cascade, estampe de Hokusaï

Deux hommes lavent le cheval à la cascade, estampe de Hokusaï

Le pont suspendu entre Hida et Hecht, estampe de Hokusaï

Le pont suspendu entre Hida et Hecht, estampe de Hokusaï

Après vous avoir présenté de nombreuses estampes au cours de mes publications, il me paraît important de vous parler de leurs auteurs, à commencer par le plus grand d’entre eux :

 

l’artiste peintre Katsushika HOKUSAI (1760 – 1849), surnommé le Fou de Dessins

 

Hokusai était le peintre et le dessinateur le plus doué de son temps avec plus de 30000 dessins, estampes et peintures ; c’était un personnage hors du commun qui est devenu un Maître de son art.

 

Toutefois, il n’a jamais été possible de dire quel était son véritable nom car ceux qu’il se donnait sont assez nombreux.

A cette époque, dès le XVIIème siècle, deux grandes villes étaient opposées : d’un côté Kyoto, à l’ouest, la ville impériale (et Osaka, carrefour commercial), puis de l’autre, Edo (Tokyo, aujourd’hui) à l’est, la ville des Shogun.*

Reliées entre elles par une route dénommée : le Tokaïdo , de 490 km à parcourir en 53 étapes pour une durée de 2 à 3 semaines, à pieds, et jalonnée de relais d’accueils.

Edo, à l’ombre du palais forteresse du pouvoir était la ville du négoce et des artisans, la ville des distractions qui s’est installée sur l’emplacement de la vieille ville populaire de Shitamachi et développée sans aucun concept urbaniste, se dispersant au fil du temps selon les anciens tracés des cheminements agricoles.

*Chef suprême du système féodal, c’est le titre le plus élevé d’un Samouraï, nommé par l’empereur pour établir un gouvernement afin de régner sur le Japon en entier.

C’est à cette période qu’est né Hokusai.

Il faut recourir à la rêverie philosophique pour pénétrer dans le monde de Edo et dans celui des artistes où le goût extrême du détail dont témoigne tout l’art japonais est tourné à l’obstination.

Détail que l’on retrouvera dans les représentations du théâtre Kabuki qui était interprété, à ses débuts, par des femmes actrices lesquelles ont été accusées de dévergondage et remplacées par des hommes acteurs, maquillés en femmes,

Hokusai naquit un jour de l’année 1760 à Edo, dans le district de Honjo, zone aussi connue sous le nom de Katsushika (dont il fit son prénom) et fut, à l’âge de trois ou quatre ans, adopté par un artisan fabricant de miroirs pour la cour du Shogun. Rapidement, il manifesta de l’intérêt pour le dessin et la peinture.

A treize ans, il entra en apprentissage chez un xylographe et, à quinze ans déjà, il gravait lui-même les six dernières feuilles d’un roman humoristique. A dix huit ans, il décida de quitter l’apprentissage, voulant devenir lui-même peintre en s’inscrivant dans un atelier spécialisé en portraits d’acteurs de kabuki.

A dix neuf ans, il se fait remarquer pour la première fois, grâce à une série réussie de portraits d’acteurs.

Cela a marqué le début d’une activité modeste d’artisan du dessin.

Toute sa vie, il gardera cette situation sociale simple et ne fonda jamais d’école bien qu’il eut de nombreux élèves.

Il ne sut jamais gérer ni la gloire ni l’argent qu’il recevait ; pour lui, l’argent n’avait pas de valeur à tel point qu’il réglait ses dépenses avec les bourses qu’il recevait en règlement de ses œuvres sans en vérifier le contenu ni à leur remise ni à leur sortie.

Par ce traitement de l’argent au hasard il vécut tout au long de sa vie dans le dénuement et son caractère bourru le tint à l’écart de la vie sociale.

On n’a peu de renseignement sur son foyer en dehors du fait qu’il était marié et père d’une fille qui deviendra célèbre par la suite comme peintre, elle aussi.

Ce n’est qu’à partir de 40 ans que vinrent ses années les plus florissantes, au moment où il devint indépendant.

Un jour , en 1804, il peignait dans l’enceinte d’un temple à Edo, sur une surface de feuilles de papier renforcé (Washi*), posées sur un lit de paille pour limiter l'humidité , et accolées sur 240 m²,(soit 18m x 11m,) ce fameux Daruma géant (figurine porte-bonheur d’origine bouddhiste), qu’il reproduisit en 1817 , à Nagoya, lors de la visite de cette ville.

*washi : papier traditionnel, fabriqué artisanalement à partir de fibres végétales longues, principalement issues du mûrier à papier kozô ; feuilles d’un format variable de:30 x 40 cm et 60 x 90 cm chacune.

Il excella dans tous les genres et, en particulier, dans les Surimono (estampes luxueuses, imprimées à titre privé et jouant le rôle de carte de vœux ou de présentation artistique) de 1793 à 1824, ces estampes séparées, de caractère privé, qui correspondaient à un goût raffiné de ponctuation des évènements de la vie sociale d’un milieu plus élégant, échappaient ainsi aux réformes de l’ère Kanseï qui instituait la censure sur les publications.

C’est la raison pour laquelle il adopta ce système comme sa manière la plus subtile d’expression picturale des corps et paysages.

C’est en 1804, alors âgé de 44 ans, qu’il publia pour la première fois une série d’estampes consacrées aux relais du Tokaïdo ( la longue route qui séparait Edo et Osaka)

Vers 1811, il publiera des suites de caricatures dites Toba-e (dessins satiriques) et c’est ce caractère exagéré du trait qui allait donner naissance à la bande dessinée.

Vers 1831,à 67 ans, il publiera les « 36 vues du Mont Fuji », dessinées de différents endroits. Il appliquera à cette série les principes esthétiques qui étaient les siens et qu’il exposait en 1812, dans la préface de son ouvrage d’Initiation au Dessin :

  • « Toutes les formes ont leurs propres dimensions que nous devons respecter ; mais il ne faut pas oublier que ces choses appartiennent à un univers dont nous ne devons jamais briser l’harmonie. Tel est mon art de la peinture ».

Ainsi, le Mont Fuji est devenu le phare des abords de Edo aux pieds duquel passe la route Tokaïdo, cette montagne domine le monde et l’âme du Japon en reliant, avec majesté, le ciel et la terre.

Avec ses 36 Vues, Hokusaï imposait une esthétique qu’il développera dans d’autres séries d’estampes et, notamment, les 100 Vues du Mont Fuji, publiées plus tard.

 

POESIE par Philémon

Katsushika Hokusai, véritable personnage de légende, au pinceau quasi magique.

 

Vieil homme des mers
Il murmure aux vagues bleues
Leurs noms oubliés
Et l’encre devient écume
Docile sous sa prière

  1.  

Dragon endormi
Dans la crête des rouleaux
Attend son appel
Le pinceau le réveille
Sans jamais le blesser

  1.  

Devant Fuji San
Il incline son pinceau
Comme au sanctuaire
La montagne respire
Dans le silence du trait

  1.  

Il peint sans capturer
Car nul ne peut enfermer
L’âme des saisons
Mais parfois elles consentent
A revivre par sa main

 

Vague suspendue
Refuse d’être qu’une image
Elle veut un rappel
Et l’homme lui prête forme
Pour qu’elle traverse le temps

  1.  

Sous mille visages
Le Fuji cache son nom
Divin et muet
L’artiste cherche encor
Le trait qui le révélera

 

Haïbuns

 

La négociation

Il ne commande pas à la vague. Il attend. Longtemps. Puis il propose une forme, comme on propose un nom à un dieu ancien. Si elle refuse, il recommence.

Vague farouche
Le pinceau apprend d’abord
A l’interroger

 

Le sanctuaire du Fuji

Face au Mont Fuji San, il ne peint pas. Il s’incline. Ce n’est qu’après ce silence que la main ose approcher le papier.

Mont immobile
Dans l’encre vibre encor
Un reste de prière

 

Les esprits de l’atelier

La nuit, l’atelier n’est pas vide. Quelque chose circule entre les feuilles, souffle léger que seul le pinceau semble comprendre.

Feuille après feuille
Les ombres laissent parfois

Une trace d’encre

Estampe de Hokusaï

Estampe de Hokusaï

L'ascension du mont Fuji, estampe de Hokusaï

L'ascension du mont Fuji, estampe de Hokusaï

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YAMATO TAKERU

3 Mai 2026, 10:24am

YAMATO TAKERU
YAMATO TAKERU

C’est l’un des grands héros légendaires du Japon ancien, son histoire est une épopée de conquête et de destin.

L’action de la légende de Yamato Takeru est censée se dérouler dans un Japon très ancien, avant même l’histoire documentée.

Les chroniques anciennes : le Kojiki et le Nihon Shoki , placent Yamato Takeru sous le règne de son père, l’empereur légendaire Keikō, traditionnellement situé entre 71 et 130 apr. J.-C..

Certaines reconstructions lui supposent une existence vers 72–114 apr. J.-C.

Les récits de sa vie ont été écrits plus de 600 ans après les faits supposés qui mêlent probablement des souvenirs de conflits réels, des symboles religieux et de la propagande dynastique.

Mais , historiquement , il est impossible d’en apporter les preuves ; le mythe reflète sans doute des événements plus tardifs.

C’est un peu le même rapport que pour le roi Arthur , au Royaume-Uni : un personnage peut-être inspiré de réalités anciennes, et devenir un héros légendaire.

 

Voici son histoire :

Dans les temps anciens du Japon, lorsque les dieux semblaient encore proches des hommes, naquit un prince appelé OUSU , fils de l’empereur Keikō.

Très tôt, on comprit qu’il n’était pas un enfant ordinaire : il était beau, fier, rapide comme le vent… et doté d’une force qui inquiétait autant qu’elle fascinait.

On raconte qu’un jour, l’empereur lui ordonna de ramener à la raison son propre frère, un prince brutal et désobéissant. Le prince Ousu exécuta la mission avec une violence telle que son père, au lieu d’être rassuré, commença à craindre la puissance de son fils.

Pour l’éloigner de la cour, l’empereur l’envoya vers le sud-ouest, dans les terres sauvages de Kumaso, où vivaient deux chefs rebelles redoutés de tous.

Le jeune prince ne choisit pas l’affrontement direct. Il observa, attendit, puis imagina un plan audacieux.

Une nuit de fête, il se déguisa en jeune femme. Drapé de soie, le visage caché sous un voile, il entra dans le banquet des deux chefs. Séduits par cette mystérieuse beauté, ils l’invitèrent à boire.

Quand le vin eut émoussé leur vigilance, Ousu sortit soudain un poignard dissimulé sous son vêtement et frappa. Le premier chef tomba sur-le-champ. Le second tenta de fuir, mais le prince le rattrapa et l’abattit.

Avant de mourir, le chef vaincu le regarda avec stupeur et lui donna un nom :
Yamato Takeru « le Brave de Yamato ».

Ce nom lui restera.

De retour à la cour, il espéra recevoir l’amour de son père. Mais l’empereur lui confia aussitôt une nouvelle mission : pacifier l’est du pays, où les tribus rebelles menaçaient encore l’autorité impériale.

Avant son départ, sa tante, prêtresse du Grand Sanctuaire d’Ise , lui remit une épée sacrée : le sabre Ama no Murakuma no Tsurugi (Epée des Nuages qui rassemble le ciel), communément : Kusanagi-no-Tsurugi (Epée qui Coupe l’herbe) qui deviendra par la suite, l’un des trois trésors sacrés symbolisant le droit divin de l’Empereur à gouverner

Cette lame, disait-on, avait appartenu aux dieux.

Yamato Takeru partit donc vers des montagnes inconnues, des forêts épaisses et des plaines battues par le vent.

Dans la province de Sagami , des ennemis l’invitèrent à une chasse en apparence amicale. Mais c’était un piège.

Alors qu’il s’avançait dans une vaste plaine d’herbes hautes, ses adversaires mirent le feu tout autour de lui.

Les flammes se refermèrent sur lui comme une tenaille.

Le vent soufflait fort. La chaleur devenait insoutenable.

Mais Yamato Takeru se souvint du sabre sacré. Il dégaina Kusanagi-no-Tsurugi et trancha les hautes herbes autour de lui. En ouvrant un passage, il se créa un cercle de survie. Puis il alluma un contre-feu, qui repoussa l’incendie ennemi.

Il sortit vivant des flammes.

C’est depuis ce jour, dit-on, que l’épée reçut le nom de « coupe-herbe ».

Le prince poursuivit ses campagnes. Partout, il vainquit ses ennemis. Pourtant, plus il avançait, plus quelque chose s’alourdissait en lui.

La fatigue. Le poids des ordres. Le sentiment d’être seul.

Un jour, alors qu’il traversait des montagnes sacrées, il se montra trop sûr de lui. Il laissa derrière lui le sabre sacré, pensant que sa seule force suffirait.

Dans les hauteurs du mont Ibuki, il affronta une puissance divine , selon certaines versions, un dieu-serpent ou un esprit des tempêtes.

Cette fois, le courage ne lui suffit pas.

Le ciel se couvrit. La pluie tomba. Le froid pénétra jusqu’à ses os.

Blessé, fiévreux, Yamato Takeru poursuivit sa route vers la capitale, mais ses forces le quittaient petit à petit.

Il s’arrêta dans la lande, regarda une dernière fois les collines lointaines, et pensa à son pays, à sa famille, à la vie qu’il n’avait jamais vraiment pu choisir.

Puis il mourut.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Quand les hommes vinrent pleurer son corps, ils virent soudain un grand oiseau blanc s’élever de sa tombe.

L’oiseau prit son envol vers le ciel, au-dessus des rizières, des montagnes et des rivières.

C’était l’âme de Yamato Takeru, enfin libérée de ses fardeaux terrestres.

Et c’est ainsi que le héros, invincible face aux hommes, trouva dans la mort la seule paix que la vie lui avait refusée.

YAMATO TAKERU

Poésie Yamato Takeru par Philémon

 

Vent sur la plaine
L’épée cachée murmure
Sous les herbes hautes
Le prince avance seul
Déguisé contre la mort

  1.  

Flammes dans la nuit
Le piège se referme
Roseaux en colère
Le feu devient son allié
Soufflé par son courage

 

Un ciel très chargé
Il coupe l’herbe et le vent
Lame opportune
Le destin plie un instant
Devant sa main assurée

 

Bien loin de la cour
Les montagnes l’attirent
Épreuves sans fin
Dans son regard fatigué
Brille encor la victoire

 

Un bel oiseau blanc
S’élève du corps tombé
Légende en plein ciel
Yamato n’est plus qu’un chant
Porté par le vent du temps.

 

haïbun

L’épée dans les herbes

On raconte qu’il entra dans la plaine comme on entre dans un piège. Les herbes hautes ondulaient, mais leur douceur cachait la mort. Le feu vint soudain, rapide, encerclant toute fuite. Alors, dans un geste calme, il trancha l’herbe, inversa le vent, et transforma la fin en passage.

Herbes en flammes
la lame trace un chemin

A travers le feu

 

Le déguisement

Pour approcher ses ennemis, il abandonna son nom et son visage. Sous les habits d’une femme, il pénétra le cœur du danger. Le sabre attendait, silencieux, comme une vérité retenue. Quand il frappa, ce fut l’éclair d’une identité retrouvée.

Sous le voile fin
Un éclair de vérité
Acier dévoilé

 

L’amour et la mer

Elle resta derrière lui, comme reste une prière que l’on n’entend plus. La mer agitée portait encore son nom, mêlé au vent et aux vagues. Lui, avançant toujours, ne pouvait revenir. Le destin des héros ne connaît pas de repos.

Vagues sans retour
Son nom flotte un instant
Puis se résorbe

 

La métamorphose

À la fin, le corps fatigué céda. Les exploits devinrent souvenirs, puis murmures. On dit qu’un oiseau s’éleva, blanc et pur, quittant la terre sans regret. Peut-être était-ce lui, enfin libéré de sa propre légende.

Oiseau d’aurore
Le héros s’envole loin
Du poids des hommes.

YAMATO TAKERU
YAMATO TAKERU
YAMATO TAKERU

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