YAMATO TAKERU
C’est l’un des grands héros légendaires du Japon ancien, son histoire est une épopée de conquête et de destin.
L’action de la légende de Yamato Takeru est censée se dérouler dans un Japon très ancien, avant même l’histoire documentée.
Les chroniques anciennes : le Kojiki et le Nihon Shoki , placent Yamato Takeru sous le règne de son père, l’empereur légendaire Keikō, traditionnellement situé entre 71 et 130 apr. J.-C..
Certaines reconstructions lui supposent une existence vers 72–114 apr. J.-C.
Les récits de sa vie ont été écrits plus de 600 ans après les faits supposés qui mêlent probablement des souvenirs de conflits réels, des symboles religieux et de la propagande dynastique.
Mais , historiquement , il est impossible d’en apporter les preuves ; le mythe reflète sans doute des événements plus tardifs.
C’est un peu le même rapport que pour le roi Arthur , au Royaume-Uni : un personnage peut-être inspiré de réalités anciennes, et devenir un héros légendaire.
Voici son histoire :
Dans les temps anciens du Japon, lorsque les dieux semblaient encore proches des hommes, naquit un prince appelé OUSU , fils de l’empereur Keikō.
Très tôt, on comprit qu’il n’était pas un enfant ordinaire : il était beau, fier, rapide comme le vent… et doté d’une force qui inquiétait autant qu’elle fascinait.
On raconte qu’un jour, l’empereur lui ordonna de ramener à la raison son propre frère, un prince brutal et désobéissant. Le prince Ousu exécuta la mission avec une violence telle que son père, au lieu d’être rassuré, commença à craindre la puissance de son fils.
Pour l’éloigner de la cour, l’empereur l’envoya vers le sud-ouest, dans les terres sauvages de Kumaso, où vivaient deux chefs rebelles redoutés de tous.
Le jeune prince ne choisit pas l’affrontement direct. Il observa, attendit, puis imagina un plan audacieux.
Une nuit de fête, il se déguisa en jeune femme. Drapé de soie, le visage caché sous un voile, il entra dans le banquet des deux chefs. Séduits par cette mystérieuse beauté, ils l’invitèrent à boire.
Quand le vin eut émoussé leur vigilance, Ousu sortit soudain un poignard dissimulé sous son vêtement et frappa. Le premier chef tomba sur-le-champ. Le second tenta de fuir, mais le prince le rattrapa et l’abattit.
Avant de mourir, le chef vaincu le regarda avec stupeur et lui donna un nom :
Yamato Takeru « le Brave de Yamato ».
Ce nom lui restera.
De retour à la cour, il espéra recevoir l’amour de son père. Mais l’empereur lui confia aussitôt une nouvelle mission : pacifier l’est du pays, où les tribus rebelles menaçaient encore l’autorité impériale.
Avant son départ, sa tante, prêtresse du Grand Sanctuaire d’Ise , lui remit une épée sacrée : le sabre Ama no Murakuma no Tsurugi (Epée des Nuages qui rassemble le ciel), communément : Kusanagi-no-Tsurugi (Epée qui Coupe l’herbe) qui deviendra par la suite, l’un des trois trésors sacrés symbolisant le droit divin de l’Empereur à gouverner
Cette lame, disait-on, avait appartenu aux dieux.
Yamato Takeru partit donc vers des montagnes inconnues, des forêts épaisses et des plaines battues par le vent.
Dans la province de Sagami , des ennemis l’invitèrent à une chasse en apparence amicale. Mais c’était un piège.
Alors qu’il s’avançait dans une vaste plaine d’herbes hautes, ses adversaires mirent le feu tout autour de lui.
Les flammes se refermèrent sur lui comme une tenaille.
Le vent soufflait fort. La chaleur devenait insoutenable.
Mais Yamato Takeru se souvint du sabre sacré. Il dégaina Kusanagi-no-Tsurugi et trancha les hautes herbes autour de lui. En ouvrant un passage, il se créa un cercle de survie. Puis il alluma un contre-feu, qui repoussa l’incendie ennemi.
Il sortit vivant des flammes.
C’est depuis ce jour, dit-on, que l’épée reçut le nom de « coupe-herbe ».
Le prince poursuivit ses campagnes. Partout, il vainquit ses ennemis. Pourtant, plus il avançait, plus quelque chose s’alourdissait en lui.
La fatigue. Le poids des ordres. Le sentiment d’être seul.
Un jour, alors qu’il traversait des montagnes sacrées, il se montra trop sûr de lui. Il laissa derrière lui le sabre sacré, pensant que sa seule force suffirait.
Dans les hauteurs du mont Ibuki, il affronta une puissance divine , selon certaines versions, un dieu-serpent ou un esprit des tempêtes.
Cette fois, le courage ne lui suffit pas.
Le ciel se couvrit. La pluie tomba. Le froid pénétra jusqu’à ses os.
Blessé, fiévreux, Yamato Takeru poursuivit sa route vers la capitale, mais ses forces le quittaient petit à petit.
Il s’arrêta dans la lande, regarda une dernière fois les collines lointaines, et pensa à son pays, à sa famille, à la vie qu’il n’avait jamais vraiment pu choisir.
Puis il mourut.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Quand les hommes vinrent pleurer son corps, ils virent soudain un grand oiseau blanc s’élever de sa tombe.
L’oiseau prit son envol vers le ciel, au-dessus des rizières, des montagnes et des rivières.
C’était l’âme de Yamato Takeru, enfin libérée de ses fardeaux terrestres.
Et c’est ainsi que le héros, invincible face aux hommes, trouva dans la mort la seule paix que la vie lui avait refusée.
Poésie Yamato Takeru par Philémon
Vent sur la plaine
L’épée cachée murmure
Sous les herbes hautes
Le prince avance seul
Déguisé contre la mort
Flammes dans la nuit
Le piège se referme
Roseaux en colère
Le feu devient son allié
Soufflé par son courage
Un ciel très chargé
Il coupe l’herbe et le vent
Lame opportune
Le destin plie un instant
Devant sa main assurée
Bien loin de la cour
Les montagnes l’attirent
Épreuves sans fin
Dans son regard fatigué
Brille encor la victoire
Un bel oiseau blanc
S’élève du corps tombé
Légende en plein ciel
Yamato n’est plus qu’un chant
Porté par le vent du temps.
haïbun
On raconte qu’il entra dans la plaine comme on entre dans un piège. Les herbes hautes ondulaient, mais leur douceur cachait la mort. Le feu vint soudain, rapide, encerclant toute fuite. Alors, dans un geste calme, il trancha l’herbe, inversa le vent, et transforma la fin en passage.
Herbes en flammes
la lame trace un chemin
A travers le feu
Pour approcher ses ennemis, il abandonna son nom et son visage. Sous les habits d’une femme, il pénétra le cœur du danger. Le sabre attendait, silencieux, comme une vérité retenue. Quand il frappa, ce fut l’éclair d’une identité retrouvée.
Sous le voile fin
Un éclair de vérité
Acier dévoilé
Elle resta derrière lui, comme reste une prière que l’on n’entend plus. La mer agitée portait encore son nom, mêlé au vent et aux vagues. Lui, avançant toujours, ne pouvait revenir. Le destin des héros ne connaît pas de repos.
Vagues sans retour
Son nom flotte un instant
Puis se résorbe
À la fin, le corps fatigué céda. Les exploits devinrent souvenirs, puis murmures. On dit qu’un oiseau s’éleva, blanc et pur, quittant la terre sans regret. Peut-être était-ce lui, enfin libéré de sa propre légende.
Oiseau d’aurore
Le héros s’envole loin
Du poids des hommes.
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