HOKUSAI 2ème et dernière partie
L’art de Hokusaï c’est une cosmologie sensuelle du monde japonais.
Cet artiste très prolifique incarne par son œuvre la spiritualité japonaise et la célébration d’une nature animiste. La découverte de ses estampes constituera un choc esthétique capital pour les artistes européens de la fin du XIXe siècle.
« Quand j’aurai cent ans, je tracerai une ligne et ce sera la vie. » C’est l’une de ses phrases célèbres.
Les dessinateurs japonais qui œuvrent dans le domaine de l’estampe adoptent souvent plusieurs noms d’artistes. On estime qu’Hokusai en a utilisé 120 durant sa carrière .
Sa première signature est Katsukawa Shunrō. Nous sommes à la fin des années 1770, Hokusai n’a pas encore 20 ans.
Vers 1800, il adopte le nom qui le rendra célèbre : Hokusai (qui signifie « Atelier du Nord ») en hommage à une divinité bouddhique qu’il admirait.
En 1814, est publié le premier des 15 volumes des Hokusai Manga (« Carnets de croquis par Hokusai »), vaste recueil de dessins variés (faune, flore, personnages, objets, chimères, scènes de genre…) qui offrent un riche aperçu de la vie sous l’ère d’Edo.
À cette époque, alors qu’il se surnomme « le fou de dessin », il parcourt le Japon pour faire connaître ses estampes, jusqu’à la parution de son œuvre majeure en 1830, la série des « Trente-six vues du mont Fuji ». L’artiste a déjà 60 ans.
Hokusai, peintre en quête d’absolu et maître de l’illusion, voue aux éléments naturels un culte, un respect qui le porte à magnifier leur monumentalité.
L’artiste n’hésite pas à se livrer à des expériences innovantes en utilisant notamment le bleu de Prusse, un pigment récemment introduit au Japon, qui donne à ses vues une intensité de couleur exceptionnelle.
C’est en tant que peintre de paysage qu’il impose son talent original, en associant ses connaissances des techniques japonaises traditionnelles à sa curiosité pour la peinture occidentale.
Revenu à Edo en 1836, Hokusai est loin d’être riche. Dans une ville qui connaît à cette époque une grave famine, il survit comme il peut.
Pour les découvreurs occidentaux, il parut être l’artiste peintre le plus fécond de l’école moderne japonaise parce qu’il portait et emportait le tradition à travers les livres, les peintures et les estampes.
.Il a su nous rendre tangible le tourbillon des formes.
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Il me vient à l’esprit une courte anecdote :
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C’est aux Pays-Bas que Claude Monet a découvert les estampes d’Hokusaï, chez un marchand qui ne trouvait pas ce papier avec ses dessins très solide pour l’emballage !
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Il ne faut pas oublier que les estampes étaient éditées sur des feuille séparées et utilisées comme un empaquetage, en Hollande.
Petit rappel :
A cette époque, seule la Hollande avait une autorisation privilégiée de commercer avec le Japon , par le port de Nagasaki, une fois par an avant 1858.
C’est d’ailleurs par ce biais que Hokusaï découvrit le bleu de Prusse, ce qui lui a valu le surnom de : Peintre bleu, à ce moment là.
En Occident, la vogue d’Hokusaï fut liée à celle de l’impressionnisme. En France, les critiques du moment dont Gustave Geffrey défenseur des impressionnistes, accordèrent une grande place à cet artiste peintre, dans leurs revues (1883 et1890).
La véritable gloire en Europe, serait due à Edmond de Goncourt grâce à sa monographie sur Hokusaï (Paris 1896) qui l’a fait connaître.
J’ajouterai que l’idée de publication de la série des 36 Vues du Mont Fuji a inspirée un peintre Français, Henri Rivière qui a fait éditer en juillet 1902, « les 36 plus belles vues de Paris avec la Tour Eiffel ».
Puis : « 36 Regards sur la Tour Eiffel » par Fabienne DELACROIX, en hommage à Henri Rivière, 2021
Et aussi , un dessinateur de BD , André JUILLARD « 36 Vues de la T our Eiffel » en double hommage à Hokusaï et Henri Rivière, réédité en 2022.
Pour réaliser ce résumé bibliographique , je me suis inspiré de l’Essai sur Maître Hokusaï, écrit par Henri-Alexis BAATSCH, écrivain et traducteur, lors de son séjour à Tokyo entre 1983 et 1984.
POESIE par Philémon
Vieillard obstiné
Change cent fois de nom d’art
Pour mieux renaître
Chaque ligne est renaissance
Chaque œuvre un nouveau regard
La grande vague monte
Comme un cri figé dans l’eau
Prête à engloutir
Mais dans ce chaos suspendu
Naît une beauté fragile
Branches de cerisier
Frémissent sous le printemps
Fleurs comme soupirs
L’éphémère devient trésor
Sous le regard du maître
Visages croqués
Marchands, pêcheurs, voyageurs
Tous deviennent art
Dans chaque ride se cache
Une histoire universelle
Fleurs de cerisiers
Elles tombent sans regret
Dans l’air printanier
Le peintre retient leur chute
Dans un geste immobile
Dragon de nuée
A peine né du pinceau
Déjà disparaît
L’encre épouse le vide
Où s’efface toute chose
Un cheval lancé ne s’arrête pas dans le regard du peintre. Il continue au-delà du papier, dans un espace que l’encre ne ferme pas.
Dans un trait brusque
Le galop hors du cadre
Se prolonge encore
Le peintre observe la mer, longtemps, jusqu’à ce qu’elle cesse d’être un paysage et devienne un mouvement pur. Ce n’est plus l’eau qu’il voit, mais une force, une respiration.
Vague suspendue
Les griffes de l’océan
Frôlent le silence
Toujours présent, jamais identique. Le Fuji change avec la lumière, les saisons, les regards. Hokusai le répète non par obsession, mais par quête.
Mont immobile
Mille visages naissent
Dans un seul sommet
Tout bouge : le vent, les corps, les pensées. L’artiste ne fige pas, il capture l’élan.
Un trait fulgurant
Le cheval bondit encore
Hors du papier blanc
Les fleurs tombent, les saisons passent. Hokusai ne lutte pas contre le temps : il l’accueille.
Pétales au vent
Dans leur chute silencieuse
L’éternité naît
Dans les rues d’Edo, la pluie rend chaque pas incertain. Les hommes avancent, courbés, comme les herbes sous le vent.
La pluie d’automne
Des sandales dans la boue
Qui suivent leur voie
Le mont Fuji apparaît à l’aube, puis disparaît dans la brume. Ce n’est pas lui qui change, mais le regard.
Aube pâlissante
Le sommet va et revient
Dans l’air si léger
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