HOKUSAI 1ère partie
Après vous avoir présenté de nombreuses estampes au cours de mes publications, il me paraît important de vous parler de leurs auteurs, à commencer par le plus grand d’entre eux :
l’artiste peintre Katsushika HOKUSAI (1760 – 1849), surnommé le Fou de Dessins
Hokusai était le peintre et le dessinateur le plus doué de son temps avec plus de 30000 dessins, estampes et peintures ; c’était un personnage hors du commun qui est devenu un Maître de son art.
Toutefois, il n’a jamais été possible de dire quel était son véritable nom car ceux qu’il se donnait sont assez nombreux.
A cette époque, dès le XVIIème siècle, deux grandes villes étaient opposées : d’un côté Kyoto, à l’ouest, la ville impériale (et Osaka, carrefour commercial), puis de l’autre, Edo (Tokyo, aujourd’hui) à l’est, la ville des Shogun.*
Reliées entre elles par une route dénommée : le Tokaïdo , de 490 km à parcourir en 53 étapes pour une durée de 2 à 3 semaines, à pieds, et jalonnée de relais d’accueils.
Edo, à l’ombre du palais forteresse du pouvoir était la ville du négoce et des artisans, la ville des distractions qui s’est installée sur l’emplacement de la vieille ville populaire de Shitamachi et développée sans aucun concept urbaniste, se dispersant au fil du temps selon les anciens tracés des cheminements agricoles.
*Chef suprême du système féodal, c’est le titre le plus élevé d’un Samouraï, nommé par l’empereur pour établir un gouvernement afin de régner sur le Japon en entier.
C’est à cette période qu’est né Hokusai.
Il faut recourir à la rêverie philosophique pour pénétrer dans le monde de Edo et dans celui des artistes où le goût extrême du détail dont témoigne tout l’art japonais est tourné à l’obstination.
Détail que l’on retrouvera dans les représentations du théâtre Kabuki qui était interprété, à ses débuts, par des femmes actrices lesquelles ont été accusées de dévergondage et remplacées par des hommes acteurs, maquillés en femmes,
Hokusai naquit un jour de l’année 1760 à Edo, dans le district de Honjo, zone aussi connue sous le nom de Katsushika (dont il fit son prénom) et fut, à l’âge de trois ou quatre ans, adopté par un artisan fabricant de miroirs pour la cour du Shogun. Rapidement, il manifesta de l’intérêt pour le dessin et la peinture.
A treize ans, il entra en apprentissage chez un xylographe et, à quinze ans déjà, il gravait lui-même les six dernières feuilles d’un roman humoristique. A dix huit ans, il décida de quitter l’apprentissage, voulant devenir lui-même peintre en s’inscrivant dans un atelier spécialisé en portraits d’acteurs de kabuki.
A dix neuf ans, il se fait remarquer pour la première fois, grâce à une série réussie de portraits d’acteurs.
Cela a marqué le début d’une activité modeste d’artisan du dessin.
Toute sa vie, il gardera cette situation sociale simple et ne fonda jamais d’école bien qu’il eut de nombreux élèves.
Il ne sut jamais gérer ni la gloire ni l’argent qu’il recevait ; pour lui, l’argent n’avait pas de valeur à tel point qu’il réglait ses dépenses avec les bourses qu’il recevait en règlement de ses œuvres sans en vérifier le contenu ni à leur remise ni à leur sortie.
Par ce traitement de l’argent au hasard il vécut tout au long de sa vie dans le dénuement et son caractère bourru le tint à l’écart de la vie sociale.
On n’a peu de renseignement sur son foyer en dehors du fait qu’il était marié et père d’une fille qui deviendra célèbre par la suite comme peintre, elle aussi.
Ce n’est qu’à partir de 40 ans que vinrent ses années les plus florissantes, au moment où il devint indépendant.
Un jour , en 1804, il peignait dans l’enceinte d’un temple à Edo, sur une surface de feuilles de papier renforcé (Washi*), posées sur un lit de paille pour limiter l'humidité , et accolées sur 240 m²,(soit 18m x 11m,) ce fameux Daruma géant (figurine porte-bonheur d’origine bouddhiste), qu’il reproduisit en 1817 , à Nagoya, lors de la visite de cette ville.
*washi : papier traditionnel, fabriqué artisanalement à partir de fibres végétales longues, principalement issues du mûrier à papier kozô ; feuilles d’un format variable de:30 x 40 cm et 60 x 90 cm chacune.
Il excella dans tous les genres et, en particulier, dans les Surimono (estampes luxueuses, imprimées à titre privé et jouant le rôle de carte de vœux ou de présentation artistique) de 1793 à 1824, ces estampes séparées, de caractère privé, qui correspondaient à un goût raffiné de ponctuation des évènements de la vie sociale d’un milieu plus élégant, échappaient ainsi aux réformes de l’ère Kanseï qui instituait la censure sur les publications.
C’est la raison pour laquelle il adopta ce système comme sa manière la plus subtile d’expression picturale des corps et paysages.
C’est en 1804, alors âgé de 44 ans, qu’il publia pour la première fois une série d’estampes consacrées aux relais du Tokaïdo ( la longue route qui séparait Edo et Osaka)
Vers 1811, il publiera des suites de caricatures dites Toba-e (dessins satiriques) et c’est ce caractère exagéré du trait qui allait donner naissance à la bande dessinée.
Vers 1831,à 67 ans, il publiera les « 36 vues du Mont Fuji », dessinées de différents endroits. Il appliquera à cette série les principes esthétiques qui étaient les siens et qu’il exposait en 1812, dans la préface de son ouvrage d’Initiation au Dessin :
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« Toutes les formes ont leurs propres dimensions que nous devons respecter ; mais il ne faut pas oublier que ces choses appartiennent à un univers dont nous ne devons jamais briser l’harmonie. Tel est mon art de la peinture ».
Ainsi, le Mont Fuji est devenu le phare des abords de Edo aux pieds duquel passe la route Tokaïdo, cette montagne domine le monde et l’âme du Japon en reliant, avec majesté, le ciel et la terre.
Avec ses 36 Vues, Hokusaï imposait une esthétique qu’il développera dans d’autres séries d’estampes et, notamment, les 100 Vues du Mont Fuji, publiées plus tard.
POESIE par Philémon
Katsushika Hokusai, véritable personnage de légende, au pinceau quasi magique.
Vieil homme des mers
Il murmure aux vagues bleues
Leurs noms oubliés
Et l’encre devient écume
Docile sous sa prière
Dragon endormi
Dans la crête des rouleaux
Attend son appel
Le pinceau le réveille
Sans jamais le blesser
Devant Fuji San
Il incline son pinceau
Comme au sanctuaire
La montagne respire
Dans le silence du trait
Il peint sans capturer
Car nul ne peut enfermer
L’âme des saisons
Mais parfois elles consentent
A revivre par sa main
Vague suspendue
Refuse d’être qu’une image
Elle veut un rappel
Et l’homme lui prête forme
Pour qu’elle traverse le temps
Sous mille visages
Le Fuji cache son nom
Divin et muet
L’artiste cherche encor
Le trait qui le révélera
Il ne commande pas à la vague. Il attend. Longtemps. Puis il propose une forme, comme on propose un nom à un dieu ancien. Si elle refuse, il recommence.
Vague farouche
Le pinceau apprend d’abord
A l’interroger
Face au Mont Fuji San, il ne peint pas. Il s’incline. Ce n’est qu’après ce silence que la main ose approcher le papier.
Mont immobile
Dans l’encre vibre encor
Un reste de prière
La nuit, l’atelier n’est pas vide. Quelque chose circule entre les feuilles, souffle léger que seul le pinceau semble comprendre.
Feuille après feuille
Les ombres laissent parfois
Une trace d’encre
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