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Poésie Japonaise

EVENEMENT RARE AU JAPON

27 Août 2026, 18:56pm

EVENEMENT RARE AU JAPON

D’après un reportage de BFM Business, par Frédéric BIANCHI.

 

 Le chantier le plus fou depuis 111 ans: près de 2.000 Japonais tirent un donjon de 360 tonnes pour le déplacer de quelques mètres


Pour restaurer ses fondations sans démonter ce monument historique, la ville japonaise d’Hirosaki a fait déplacer son donjon entier sur des rails.
Une opération immobilière hors norme, réalisée grâce à une technique ancestrale permettant de transporter des bâtiments d’un seul bloc.

C’est probablement le déménagement immobilier le plus spectaculaire de l’année.

Dans le nord du Japon, environ 1.800 personnes ont uni leurs forces ce week-end pour déplacer un bâtiment de 15 mètres de haut et qui pèse 360 tonnes.

Ils doivent faire avancer de quelques mètres le donjon du château d’Hirosaki, dans la préfecture d’Aomori située tout au nord de l’île principale de Honshū, afin de le ramener progressivement à son emplacement d’origine.

Répartis en équipes de 80, les participants ont tiré sur des cordes longues de 30 mètres, au rythme des chants "so-re, so-re".

Installée sur un système de rails, la construction a progressé de 1,13 mètre samedi, puis de 1,09 mètre dimanche.

Une prouesse d’autant plus impressionnante que l’édifice, reconstruit en 1810, a été déplacé sans être démonté.

Un bâtiment historique déplacé d’un seul bloc :

L’opération repose sur une technique traditionnelle japonaise appelée hikiya. Celle-ci consiste à désolidariser une construction de ses fondations, à la soulever au moyen de vérins, puis à la faire glisser sur des rouleaux ou des rails.

 

Elle permet de déplacer un bâtiment entier en préservant sa structure, ses matériaux et ses éléments architecturaux.


Cette méthode, autrefois employée au Japon pour accompagner l’élargissement des routes ou les projets d’aménagement urbain, est aujourd’hui surtout utilisée pour sauver des bâtiments historiques menacés par des travaux ou des risques naturels.

Comme le donjon est classé bien culturel important au niveau national, nous ne l’avons pas démonté, explique Kensuke Hayasaka, responsable des parcs et espaces verts de la ville d’Hirosaki. Nous utilisons le hikiya, une méthode de déplacement des bâtiments qui existe au Japon depuis l’Antiquité, précise-t-il au Guardian.

Déplacé de près de 80 mètres

Le donjon avait été éloigné de son socle en 2015 afin de permettre la restauration du mur de pierre sur lequel il reposait. Fragilisé et déformé, notamment après un important tremblement de terre, celui-ci présentait un risque d’effondrement.

Le bâtiment avait alors été déplacé sur environ 70 à 80 mètres jusqu’à une plateforme provisoire.

Une opération rarissime : aucun château japonais n’avait été transporté de cette manière depuis environ un siècle.

Onze ans plus tard, les travaux du mur sont terminés. Ses 2.185 pierres ont été démontées, répertoriées puis replacées à leur position d’origine, un chantier achevé en décembre 2024.

Le donjon effectue désormais le voyage inverse. Le déplacement manuel organisé avec le public doit se poursuivre jusqu’à la fin du mois d’août.

Au total, quelque 4.100 personnes doivent lui faire parcourir cinq mètres. Les quelque 73 mètres restants seront réalisés à l’aide de machines d’ici à la fin de l’année.

Car des engins de chantier sont tout de même aussi utilisés. Il ne s'agit ni de bulldozer ni de grue mobile, mais d'un dispositif de manutention conçu sur mesure avec 27 vérins hydrauliques capables de soulever chacun jusqu’à 30 tonnes.

Ces derniers ont d’abord permis d’élever la construction d’environ 76 centimètres.

Posé sur une charpente provisoire en acier, le château repose sur 20 chariots à rouleaux répartis le long de cinq rangées de rails.

Trois autres vérins hydrauliques font avancer l’ensemble par séquences d’environ 30 centimètres, avant d’être repositionnés.

Un procédé très lent, mais suffisamment précis pour déplacer et même faire pivoter le bâtiment sans déformer sa structure historique en bois.

La traction humaine répond surtout à l'objectif de transformer ce chantier exceptionnel en événement touristique et populaire.

Il y a eut quatre fois plus de candidats que de places, la perspective de participer au déménagement d’un château a en effet suscité un engouement considérable.

La municipalité a reçu environ 8.000 candidatures pour seulement 1.800 places disponibles durant le week-end. Et les participants ne sont même pas payés.

A contrario ,.Il existait un accès réservé à certains donateurs ayant versé au moins 10.000 yens (environ 58 euros) pour avoir la possibilité de tirer le château.


Les candidatures ne provenaient pas seulement de la ville, mais de tout le Japon et de l’étranger", raconte Kensuke Hayasaka. Des participants sont notamment venus d’Asie du Sud-Est, d’Europe et d’Amérique du Nord.

Achevé en 1611, le château d’Hirosaki était le siège du clan Tsugaru. Son premier donjon fut détruit en 1627 après que la foudre eut provoqué l’explosion d’un dépôt de poudre.

L’édifice actuel date de 1810. Il fait partie des 12 derniers donjons historiques encore conservés au Japon et constitue le seul exemple de ce type dans la région du Tohoku.

Le château est également la pièce maîtresse d’un parc célèbre pour ses cerisiers en fleurs, qui attire environ deux millions de visiteurs pendant la saison printanière.

Mais les touristes devront encore patienter : une fois replacé sur ses fondations, le donjon sera entièrement recouvert afin de permettre sa restauration et son renforcement.

Sa réouverture au public n’est pas attendue avant 2033.

EVENEMENT RARE AU JAPON

Poésie par Philémon

Les cordes se tendent 
la tour demeure immobile
mais quelque chose a changé
le passé n’est plus si loin
sous le ciel d’Hirosaki

 

Cent onze années
entre la pierre et le temps
hommes d’aujourd’hui
tirent ensemble sur les cordes
pour rapprocher le passé

 

Des générations 
ont laissé leurs pas ici
et ce matin d’août
les vivants tirent à leur tour
sur la mémoire du temps

 

La tour se déplace 
presque imperceptiblement
dans le souffle du jour
les voix unies des hommes
font trembler le silence

 

Sur les vieilles pierres 
le château semble attendre
sans hâte ni colère
des mains venues du présent
rendre son premier lieu

 

Aomori bouge 
des cordes tendues dans l’herbe
la tour lentement
retrouve ses fondations
comme un souvenir ancien

 

Les cordes

À Hirosaki, ce jour d’août, les hommes prennent place autour des cordes. La tour du château, séparée de ses fondations depuis plus d’un siècle, doit retrouver son emplacement originel. Le geste paraît simple. Pourtant, dans cette traction commune, il y a le poids de cent onze années.

Les cordes se tendent
et dans leurs mains réunies
le temps revient

 

Cent onze ans

La tour a connu les saisons, les neiges d’Aomori, les printemps silencieux et les générations qui se sont succédé autour d’elle. Elle n’est pas seulement une construction ancienne : elle est devenue un fragment de mémoire. Aujourd’hui, on ne la restaure pas seulement. On la reconduit vers son origine.

Pierre après pierre
le passé retrouve sa place
dans le jour présent

 

Le mouvement

Un signal. Les cordes se tendent. Des centaines de gestes accompagnent la lente progression de la tour. Rien de spectaculaire dans ce déplacement presque imperceptible. Et pourtant, chacun retient son souffle.

La tour bouge enfin.
À peine quelques instants
pour cent onze ans

 

Aomori

À Hirosaki, la fin de l’été porte encore la lumière claire du Nord. Autour du château, le temps semble suspendu. Les participants tirent ensemble, sans autre force que celle de leurs bras réunis. Le monument avance vers ses anciennes fondations comme s’il reconnaissait enfin le chemin.

Sous le ciel d’août
les hommes tirent vers l’origine
la pierre se souvient

 

Hikimodoshi

Hikimodoshi signifie ici le retour, le fait de ramener ce qui avait été déplacé. La tour du château de Hirosaki accomplit ainsi un voyage inverse : non pas vers un nouvel endroit, mais vers celui qu’elle occupait autrefois. Cent onze ans après, le présent rejoint le passé.

Les cordes se détendent
la tour retrouve sa terre
le temps peut se poser

EVENEMENT RARE AU JAPON
EVENEMENT RARE AU JAPON

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GYOTAKU

14 Août 2026, 18:27pm

GYOTAKU
GYOTAKU
GYOTAKU

Le Gyotaku apparaît au Japon au milieu du XIXe siècle, durant l’époque d’Edo finissante,

"En 1862, pendant l'ère Edo, le seigneur Sakaï pêchait avec ses samouraïs. Ils attrapèrent une superbe dorade grise, symbole du bonheur pour les Japonais. Sa forme, ses écailles et son âme impressionnèrent grandement les guerriers.

Si l'empereur avait été parmi eux, ils lui auraient offert la prise, mais l'histoire se déroule loin de la capitale, l'un des Samouraïs a alors l'idée de prendre l'empreinte de la dorade sur du papier pour en faire profiter le Mikado.

Tradition des communautés de pêcheurs, le gyotaku prend racine dans les fondements de la culture japonaise.

À l’origine, ce n’est pas un art mais une technique documentaire :

  • les pêcheurs réalisaient l’empreinte d’un poisson exceptionnellement grand ou rare ;

    elle servait de preuve de la taille de la prise ;

    elle permettait de conserver le souvenir d’un exploit.

Avant la photographie, le Gyotaku était en quelque sorte le « cliché » du pêcheur.

Le mot se compose de :

  • gyo : poisson ;

    taku : empreinte, trace gravée.

Littéralement : « laisser la trace du poisson ».

 

La méthode ancienne est appelée chokusetsu-ho , « méthode directe ».

Elle consiste à :

Préparer le poisson

Poser le papier

Retirer le papier

Ajouter les yeux

    • Le poisson est nettoyé soigneusement.

      Les nageoires sont déployées.

      Les yeux sont souvent protégés ou remplacés après impression.

       

      On utilise traditionnellement une encre noire de suie appelée sumi.

      Elle est appliquée au pinceau sur le corps du poisson.

       

    • Une feuille de papier japonais (washi) est délicatement appliquée sur le poisson.

      L’artiste presse doucement avec la main ou un tampon pour recueillir chaque détail :

      • les écailles ;

        les nageoires ;

        les plis de la peau.

    • Le papier révèle alors une image fidèle du poisson.

      Les détails anatomiques apparaissent avec une précision étonnante.

    • Traditionnellement, l’artiste peint ensuite l’œil à la main, car l’impression ne peut pas restituer correctement cette partie.

Une seconde méthode, plus artistique, est apparue ensuite :

kansetsu-ho « méthode indirecte ».

Cette fois :

  • le poisson n’est pas directement encré ;

    on place une feuille humide sur le poisson ;

    on frotte doucement pour épouser les formes ;

    l’encre est ensuite appliquée.

Cette technique permet davantage de liberté artistique et évite parfois d’utiliser un véritable poisson.

Aujourd’hui, certains artistes réalisent des Gyotaku à partir de poissons en résine ou de modèles sculptés.

C'est une esthétique profondément japonaise.

Ce qui est captivant dans le Gyotaku, c’est son paradoxe :

Le poisson est un être qui disparaît rapidement après sa capture. Pourtant, l’artiste conserve non seulement son apparence mais aussi la mémoire de son existence.

Le Gyotaku rejoint plusieurs notions japonaises :

Mono no aware

La conscience de la beauté fragile des choses.

Le poisson est mort, mais son image demeure.

Utsuroi

Le changement permanent, le passage du temps.

L’empreinte est une tentative de retenir un instant qui ne reviendra pas.

Ma

L’espace et le silence.

Le blanc du papier autour du poisson est aussi important que l’image elle-même.

Le Gyotaku et le lien avec l’estampe japonaise.

Même s’il n’est pas directement issu de l’ukiyo-e, le Gyotaku partage avec lui plusieurs principes :

  • l’importance du contour ;

    la précision du détail ;

    l’attention portée au monde naturel ;

    la recherche d’une beauté dans les choses ordinaires.

On peut presque voir le Gyotaku comme un cousin maritime des estampes d’animaux de Utagawa Hiroshige ou de Katsushika Hokusai.

GYOTAKU

Poésie Gyotaku par Philémon

 

 

Sur le papier blanc
le poisson laisse son ombre
un instant de vie
la main soulève doucement
ce que l’eau avait gardé

 

Carpe immobile
dans la fraîcheur de l’étang
avant le geste bref
l’encre devient sa mémoire
et le papier son miroir

 

Aucun bruit de mer
sur la feuille pourtant reste
le frémissement
d’une nage interrompue
entre deux souffles d’encre

 

Une main sur le corps
une autre retient le papier
rien ne doit trembler
le pêcheur devient artiste
le poisson devient dessin

 

Au fond de la rivière
les écailles captaient la clarté
sans savoir qu’un jour
leur dessin sur une feuille
reviendrait vers la lumière

 

Chaque écaille apparaît
avec la précision d’un souffle
l’encre les révèle
et soudain la peau du poisson
devient un paysage

 

Ce n’est pas le poisson
que la feuille retient vraiment
mais son passage
la fragile preuve qu’un jour
il fut vivant sous nos yeux

 

La première empreinte

Le poisson repose sur le papier comme s’il venait de s’échouer sur une grève invisible. On applique l’encre avec patience, sans chercher à embellir ce que la nature a déjà dessiné. Puis vient l’instant du transfert. Une pression légère, presque une caresse, et le corps disparaît. Il reste une empreinte. Le poisson reprend son chemin, tandis que son image demeure.

encre sur le papier
le poisson repart dans l’eau
son ombre reste là

 

L’écaillure

À première vue, le corps du poisson semble simple. Mais lorsque l’encre révèle les écailles, tout change. Une multitude de petites formes apparaît, chacune différente et pourtant liée aux autres. Ce qui semblait n’être qu’une peau devient une architecture. Le Gyotaku ne dessine pas le poisson, il lui demande simplement de se révéler.

une écaille après l’autre
l’eau demeure sans un bruit
du papier blanc

 

Entre deux mondes

Il y a quelque chose d’étrange dans le Gyotaku. Le poisson n’est plus là lorsque son image apparaît, mais son absence rend sa présence plus forte. L’encre conserve ce que la main ne pourrait jamais retenir : le poids, la forme, les lignes et jusqu’à la sensation d’un mouvement disparu. Une vie passe. Une trace demeure.

le courant s’éloigne
sur le papier immobile
la rivière respire

 

Ce qui séjourne

Un poisson ne possède pas de mémoire telle que l’homme l’imagine. Pourtant, grâce au Gyotaku, son passage peut traverser les années. Une feuille garde les contours d’un corps qui n’existe plus devant nous. Ce n’est pas une victoire sur la mort. C’est simplement une façon de dire : j’ai été là.

feuille immobile
un poisson traverse le temps
le silence reste

 

Poisson sur washi

l’eau n’a laissé qu’une trace
et l’encre se tait

 

Sous le papier blanc
le poisson a disparu
son ombre reste


Au bord de l’étang
une nage s’efface
l’encre la retient

GYOTAKU
GYOTAKU
GYOTAKU
GYOTAKU

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COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES

12 Août 2026, 08:45am

COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES
COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES


 

D’après un article paru dans Japanization de juillet 2026 par : Maureen Damman

Entre alertes sanitaires, innovations technologiques, réinvention des traditions et transformation de l’espace urbain, l’archipel expérimente déjà les réponses qu’une grande partie du monde pourrait être amenée à adopter dans les prochaines décennies. Malgré tout, la récurrence des épisodes nécessite une adaptation permanente.

Le carrefour de Shibuya est déjà saturé de monde lorsqu’un message apparaît sur les écrans géants qui dominent le quartier : « Risque élevé de coup de chaleur. Évitez les activités physiques et hydratez-vous régulièrement. » 

 

Les bureaux viennent à peine d’ouvrir et le thermomètre affiche déjà 32 °C. Pourtant, ce n’est pas la température que les Tokyoïtes regardent en priorité, mais un autre indicateur : le WBGT (Wet Bulb Globe Temperature), l‘indice de température au thermomètre-globe mouillé, qui combine température, humidité, rayonnement solaire et circulation de l’air pour mesurer le stress subi par le corps humain. Encore un coup d’avance, les Japonais.

Ces données seront nécessairement remises à jour avec les températures actuelles, comme le précise le Word Economic Forum : « En avril 2026, l’Agence météorologique japonaise a introduit un nouveau terme, « kokushobi », pour décrire les journées où les températures dépassent 40 °C. »

Des alertes de santé très concrètes sur la population japonaise

Déjà en juillet 2024, 62 des 153 stations météorologiques japonaises avaient enregistré leur température moyenne la plus élevée jamais mesurée pour un mois de juillet, selon la Japan Meteorological Agency. 

Le 29 juillet 2024, la ville de Sano, dans la préfecture de Tochigi, a atteint 41 °C, tandis que Tokyo a connu 10 journées où la température maximale a dépassé 35 °C au cours de l’été 2025, un record historique pour la ville, selon Reporterre. (Tristement, des températures qui nous semblent ‘normalement’ caniculaires à l’heure actuelle…)

Ainsi, les conséquences sont malheureusement immédiates : entre le 1er et le 28 juillet 2024, plus de 43 195 personnes ont été transportées à l’hôpital pour un coup de chaleur, selon les chiffres de la Fire and Disaster Management Agency, repris par l’Associated Press.

 

Dans la région métropolitaine de Tokyo, 123 personnes sont décédées d’un coup de chaleur au cours du mois de juillet. Parmi ces personnes, toutes les victimes sauf deux ont été retrouvées mortes à l’intérieur de leur domicile, la quasi-totalité étaient âgées de plus de 60 ans et la plupart disposaient d’un climatiseur qu’elles n’utilisaient pas. Cette situation a conduit les autorités sanitaires à rappeler l’importance d’utiliser la climatisation, en particulier chez les personnes âgées, qui y renoncent parfois par crainte qu’elle soit nocive pour leur santé ou fassent gonfler la facture. 

Le paradoxe japonais : un pays climatisé où l’on meurt de chaud

Avec près de 96 % des ménages équipés d’au moins un climatiseur, selon les données du Statistics Bureau of Japan, le Japon figure parmi les pays les mieux équipés au monde en matière de climatisation.

Pourtant, la majorité des décès liés aux coups de chaleur surviennent au domicile, principalement chez des personnes âgées. Les gériatres japonais connaissent bien le phénomène. Avec l’âge, la sensation de soif diminue et la perception de la chaleur s’altère, ce qui accroît le risque de coup de chaleur chez les personnes âgées.

Cette contradiction est devenue un sujet politique. Après la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine, le gouvernement a appelé les ménages à réduire leur consommation d’électricité tout en rappelant qu’il ne fallait pas renoncer à utiliser la climatisation pour prévenir les coups de chaleur.

 

Face au maintien de prix élevés de l’énergie et aux prévisions de chaleur extrême, le gouvernement japonais a rétabli, à l’été 2024, des subventions sur les factures d’électricité et de gaz pour les consommations d’août à octobre, afin d’alléger le coût de la climatisation pour les ménages.

Des traditions qui ont suffit… jusqu’à aujourd’hui

Pendant des siècles, les Japonais ont développé une culture particulièrement raffinée de l’adaptation à la chaleur.

Les maisons traditionnelles étaient conçues pour favoriser la circulation de l’air : larges avant-toits protégeant les façades du soleil, cloisons coulissantes permettant de ventiler les pièces et sudare, ces rideaux de bambou qui filtrent la lumière tout en laissant passer le vent.

Chaque été, des collectivités, des associations et des habitants perpétuent la tradition de l’uchimizu, qui consiste à arroser les rues avec de l’eau de pluie ou de l’eau réutilisée afin de rafraîchir temporairement l’air par évaporation. Cette pratique, héritée de l’époque d’Edo, connaît un regain d’intérêt dans le cadre des politiques de lutte contre les îlots de chaleur urbains.

Cette contradiction est devenue un sujet politique. Après la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine, le gouvernement a appelé les ménages à réduire leur consommation d’électricité tout en rappelant qu’il ne fallait pas renoncer à utiliser la climatisation pour prévenir les coups de chaleur.

 

Face au maintien de prix élevés de l’énergie et aux prévisions de chaleur extrême, le gouvernement japonais a rétabli, à l’été 2024, des subventions sur les factures d’électricité et de gaz pour les consommations d’août à octobre, afin d’alléger le coût de la climatisation pour les ménages.

En 2018, à la suite d’une vague de chaleur qui a entraîné plus de 95 000 transports en ambulance pour coup de chaleur, la Japan Meteorological Agency a estimé que cet épisode devait être considéré comme une « catastrophe naturelle ».

Son porte-parole, Motoaki Takekawa, déclarait alors à la BBC : « Nous considérons qu’il s’agit d’une catastrophe naturelle. » Le choix des mots n’avait rien d’exagéré. Une étude menée par le National Institute for Environmental Studies sur les quarante-sept préfectures japonaises s’est appuyée sur le seuil de 33 °C de WBGT retenu par le gouvernement pour déclencher les alertes nationales aux coups de chaleur.

Les chercheurs mettent en évidence un résultat frappant : « à niveau de WBGT équivalent, les habitants des régions du nord, historiquement moins exposées aux fortes chaleurs, présentent un risque de coup de chaleur trois à cinq fois plus élevé que ceux du sud. »

Une étude publiée dans la revue Water a mesuré une baisse de la température de l’air pouvant atteindre 1,5 °C à deux mètres du sol, et jusqu’à 6 °C au voisinage immédiat de la chaussée. Cependant, l’effet se fait ressentir uniquement sur une zone limitée et pendant une durée relativement courte. 

En parallèles des pratiques traditionnelles, les autorités japonaises ont ainsi développé une véritable culture de la prévention. Les alertes nationales fondées sur le WBGT sont relayées par des applications officielles qui notifient les utilisateurs lorsque le risque de coup de chaleur devient élevé.

Mais ce n’est pas tout : les établissements scolaires suspendent ou adaptent les activités sportives en cas d’alerte, tandis que les collectivités ouvrent des cooling shelters, bibliothèques, centres communautaires, gymnases ou autres bâtiments climatisés, où chacun peut venir se rafraîchir gratuitement lors des épisodes de chaleur extrême. Ces dispositifs ont été généralisés dans le cadre de la révision de la loi japonaise sur l’adaptation au changement climatique, entrée en vigueur en 2024.

À Kumagaya, dans la préfecture de Saitama, longtemps détentrice du record national avec 41,1 °C, la municipalité est devenue une référence en matière d’adaptation aux fortes chaleurs. Elle a notamment installé des brumisateurs autour de la gare, développé des actions de sensibilisation dans les écoles et désigné une trentaine de cooling shelters, dont plusieurs situés dans des commerces privés afin d’offrir des lieux de refuge climatisés pendant les épisodes de chaleur extrême

Chaque été, cyniquement, les grands magasins et les enseignes spécialisées consacrent désormais des rayons entiers aux produits destinés à limiter les effets de la chaleur : anneaux réfrigérants, vêtements rafraîchissants, serviettes mentholées, sprays glacés, ventilateurs portatifs ou encore parapluies capables de bloquer la quasi-totalité des rayons ultraviolets. Comme l’explique le World Economic Forum, ces innovations sont devenues un élément central de l’adaptation de la société japonaise aux vagues de chaleur.

L’objet qui symbolise le mieux cette mutation reste pourtant une veste. Créée par Kuchofuku, qui a commercialisé ses premiers modèles en 2004, elle intègre deux petits ventilateurs alimentés par batterie qui font circuler l’air sous le vêtement. L’objectif n’est pas de refroidir artificiellement le corps, mais d’accélérer l’évaporation de la transpiration, principal mécanisme naturel de régulation thermique.

D’abord adoptée par les ouvriers du bâtiment, cette technologie est aujourd’hui utilisée par des agriculteurs, des livreurs, des agents municipaux, des pêcheurs et de nombreux autres professionnels exposés aux fortes chaleurs. In fine, au-delà de la climatisation des bâtiments, c’est désormais le corps lui-même qui devient l’objet de l’innovation. 

 

Le laboratoire du futur… ou un avertissement pour le reste du monde ?

Il existe une image tenace du Japon : celle d’un pays capable de résoudre n’importe quel problème grâce à la technologie. Pourtant, face à la chaleur, l’innovation montre rapidement ses limites.

Les épisodes de chaleur extrême entraînent une forte hausse de la demande d’électricité liée à la climatisation, tandis que le fonctionnement des climatiseurs contribue également à renforcer les îlots de chaleur urbains. Les produits rafraîchissants se multiplient, mais les hospitalisations pour coup de chaleur continuent de se compter par milliers chaque été. 

Au moins, la chaleur est devenue une infrastructure invisible, considérée et prise en charge comme un problème de santé publique. Et c’est peut-être la véritable leçon japonaise. Le pays n’a pas (encore) trouvé le moyen de vaincre les étés les plus chauds de son histoire. Il apprend, année après année, à vivre avec eux, à coups de technologie, d’urbanisme, de traditions réinventées et d’adaptations permanentes.

Une stratégie qui ressemble moins à une victoire qu’à un aperçu très concret de ce qui attend, dans les prochaines décennies, une grande partie du monde.

COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES

POESIE par Philémon

 

La chaleur immobile

Le ciel de juillet
la ville retient son souffle
dans l’espace sans mouvement
un éventail s’éveille
cherche un peu de fraîcheur

 

Le soir venu

La chaleur du jour
sur les pierres endormies
le soir se lève
un souffle entre les maisons
et la nuit devient fraîche

 

La sagesse de l’été

La chaleur est partout
mais l’ombre aussi demeure
sous les vieux pins noirs
on apprend à vivre avec elle
et le passage des jours

 

Le vent du soir

Les arbres du temple
une brise sur les lanternes
la chaleur se retire
Libellule près du bassin
agite le silence

 

L’éventail

Au cœur de la canicule, le Japon ne semble pas chercher à vaincre la chaleur. Il l’accueille, l’apprivoise, compose avec elle. Les gestes se ralentissent, les maisons recherchent l’ombre, les uchiwa* et les sensu** font naître un souffle léger. Même l’éventail devient une manière de dialoguer avec l’été. Dans cette chaleur qui enveloppe tout, le moindre mouvement d’air prend une valeur nouvelle.

Un souffle d’éventail
sur le visage immobile
l’été s’attendrit

* éventail rigide et ** éventail pliant

 

Le chant des furin

Lorsque la chaleur devient presque palpable, un son suffit parfois à modifier la perception de l’été. Suspendus sous les avant-toits, les furin, ces petits carillons de verre, répondent au moindre souffle. Leur tintement ne rafraîchit pas réellement l’air, mais il rafraîchit l’esprit C’est peut-être là une manière profondément japonaise de vivre la canicule : transformer une contrainte en sensation, et une sensation en beauté.

Au bord de la fenêtre
le carillon chante au vent
l’été devient son


Après la chaleur

La journée s’est attardée sur les toits de la ville. Les pierres ont gardé le soleil, les murs la chaleur, et les rues semblent encore vibrer. Puis vient le soir. On entend les insectes, une porte coulisse, quelques voix s’élèvent dans la pénombre. La fraîcheur n’est pas encore là, mais l’attente suffit déjà. Dans la culture japonaise, l’été se découvre aussi dans cette capacité à percevoir les signes infimes du changement.

La nuit monte enfin
sur les toits encore brûlants
un grillon s’éveille

COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES
COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES
COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES

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KANAZAWA seconde partie

9 Août 2026, 19:03pm

KANAZAWA  seconde partie
KANAZAWA  seconde partie

Les incontournables de Kanazawa  d’après une notice touristique :

Le centre-ville historique se situe à une vingtaine de minutes de marche de la gare JR de Kanazawa, ou se montre très aisément accessible en bus de ville ou en taxi. Il consiste en un trio d’attractions touristiques rassemblées en son cœur féodal autour du château :

  • ljardin japonais Kenroku-en, l'un des 3 plus beaux du Japon, s’apprécie tout au long de l’année :

    • pour ses sakura  au printemps,

      sa fraîcheur en été,

      ses belles couleurs d’automne lors des koyo  ( rougissement des feuilles d’érables)

      et couvert d’un manteau de neige en hiver ;

       

    le Musée d'Art Contemporain du 21ème siècle, un des musées les plus fréquentés du Japon, présentant dans son exposition permanente artistes japonais et internationaux les plus connus, et des installations impressionnantes comme la piscine de Leandro Erlich  

     

    Pour mémoire: le musée ferme entre mai 2027 et fin mars 2028 pour travaux de rénovations ;

     

    et le château de la ville, dont le principal intérêt est la contemplation des fleurs de cerisiers au printemps (fin mars - début avril).

    La plupart des édifices rappelant son rôle défensif, dispersés entre ses grandes pelouses, sont des reconstructions récentes. Il abrite tout de même un joli jardin japonais : Gyokusen Inmaru Teien.

Les visiteurs souhaitant s’immerger davantage dans l’époque féodale peuvent explorer le quartier des samouraïs Nagamachi, situé à quelques pas à l’ouest de l’enceinte du château.

Ses ruelles pavées circulent entre les anciennes résidences entourées de murs de terre typiques, aux grandes maisons en bois dont certaines se visitent, comme l’ancienne résidence Nomura.

Un séjour plus long à Kanazawa permet de découvrir l’art de vivre de la ville à l’époque Edo, sa gastronomie et son artisanat :

  • Le marché Omicho, à quelques minutes à pied de la gare de Kanazawa, ravit les amateurs de poissons et de fruits de mer.

    Ce grand marché couvert vieux de 300 ans abrite près de 170 boutiques. Son arrivage quotidien de produits frais attire autant les touristes que les locaux, qui viennent pour déguster sushi et kaisen-don dans les restaurants alentours.

     

    Le sanctuaire Oyama-jinja, dédié au fondateur du clan Maeda se découvre pour l'architecture particulière de sa porte principale Shinmon, aux influences chinoises et européennes.

     

    Le jardin de promenade Gyokusen-en du XVIIe siècle s’étend sur environ 2.370m² et jouxte le jardin Kenroku-en sur sa partie nord-est. Il abrite une maison de thé au sein de laquelle des cérémonies traditionnelles se tiennent toujours (réservation obligatoire pour la cérémonie).

     

    Higashi Chaya, sur la rive est de la rivière Asano, est l’ancien quartier des Geisha, composé de 2 ruelles pavées principales bordées de bâtiments préservés classés au patrimoine culturel japonais.

    Si la plupart abritent des magasins de souvenirs et d’artisanat local ainsi que des restaurants, on y trouve également 2 véritables maisons de thé Chaya qui proposent des spectacles de Geisha locales (sur réservation à l’avance).

    On peut aussi tout simplement y flâner parmi les boutiques et faire une pause pour y déguster un thé matcha typique accompagné d’une pâtisserie.

À quelques centaines de mètres au nord-est de Higashi Chaya, la balade peut se prolonger vers le quartier d'Utatsuyama qui abrite une cinquantaine de temples et sanctuaires.

On peut facilement y passer plus d’1 heure à explorer les ruelles et la dizaine de lieux de culte ouverts au public.

En retournant vers le château, un autre quartier de ChayaKazuemachi, attend les promeneurs sur la rive occidentale de la rivière Asano.

C’est l’endroit idéal pour s’installer dans un bar ou un restaurant en fin de journée, dans un décor au charme typiquement japonais.

Enfin, tout au sud du pôle touristique du château, le musée D.T. Suzuki propose un bâtiment au design moderne consacré au penseur et vulgarisateur du bouddhisme zen en Occident, né dans le quartier.

Doté d’un espace d’exposition et de 3 jardins, l’établissement organise aussi des séances de méditation.

Kanazawa est l’endroit idéal pour participer à un atelier de création artisanale, et dispose d’une offre variée et pour tous les budgets (tarifs de départ entre 1.000 / ~5,41€ et 6.000¥ / ~32,44€).

À réserver à l’avance de préférence, les ateliers durent d'1 à 2 heures en moyenne et consistent à décorer ou façonner un petit objet, à emporter immédiatement ou à faire livrer un peu plus tard à une adresse au Japon.

Ainsi, on peut s’initier à un savoir-faire et repartir avec un souvenir totalement local autour de :

  • - la céramique Kutani, avec un atelier de décoration ou une visite d’atelier de potier ;

    - la fabrication de nœuds ornementaux traditionnels Mizuhiki ;

    - la teinture de tissu de kimono Kaga-Yuzen (sous forme de tote bag ou de mouchoir), notamment au musée et atelier Kaga-Yuzen Kimono Center près du château ;

    - l’utilisation de l’or, que ce soit en feuille ou en poudre pour du kintsugi et la laque maki-e.


 

Kanazawa est bien située pour permettre des excursions à la journée dans l’ouest du Japon en fonction des goûts et de l’expérience recherchée, notamment :

  • La voiture permet également de rejoindre des lieux plus confidentiels de la préfecture d'Ishikawa comme le temple Nata-dera, le jardin de mousses Hiyo Koke no Sato et les 4 villages thermaux des montagnes de Kaga Onsen.

    La péninsule de Noto et ses paysages marins forment un contraste intéressant avec Kanazawa lors d’un road-trip côtier.

    Sa ville d’eau Wakura Onsen se reconstruit et réouvre progressivement aux visiteurs après le séisme du 1er janvier 2024. Du 7 juillet 2026 et jusqu'en septembre 2029, l'aéroport de Noto devient le 1er aéroport Pokémon officiel, rebaptisé Noto Satoyama Pokémon With You Airport pour l'occasion.

    Les Alpes Japonaises, et en particulier les villages gassho-zukuri classés à l’UNESCO Shirakawa-go et Gokayama, sont également accessibles en bus.

    L’ouest de la préfecture de Toyama, autrefois englobé dans le domaine de Kaga, propose des sorties insolites comme la découverte de la sculpture sur bois à Inami, ou encore les lieux liés à Takayama Ukon et aux Maeda à Takaoka.

    La ville de Toyama peut valoir le détour pour son château et son musée du verre.

Kanazawa est à proximité de la région qui a été durement touchée par un séisme de magnitude 7,6 le 1er janvier 2024 (aussi appelé séisme de Noto) mais a été très peu impactée et plus aucun dégât n’y est visible actuellement.

L’ancienne cité féodale propose un excellent compromis entre culture, architecture traditionnelle, artisanat d’art, musées et gastronomie.

KANAZAWA  seconde partie

Poésie Kanazawa par Philémon

 

 

Après la pluie

 

L'averse est partie
Dans les ruelles anciennes
l'eau devient miroir
Kanazawa recommence
à peindre le ciel au sol

 

Les samouraïs

 

Le quartier dort
Les clôtures de terre ocre
protègent le vent
Les sabres ont disparu
leur mémoire veille encore

 

L'hiver

 

Neige sans parole.
Le jardin porte un manteau
tissé de silence.
Même le vieux pin courbé
semble prier sous son poids.

 

La mer du Japon

 

Au loin gronde l'eau
contre les rochers sombres
Le sel monte encor
jusqu'aux rues de Kanazawa
comme un vieux souvenir

 

 

Au jardin désert
la pluie oublie son chemin
sur les pierres plates
Un moineau boit le silence
entre deux mousses anciennes

 

Dans la vieille rue
une lanterne s'allume
avant le crépuscule
Déjà l'ombre des maisons
s'allonge jusqu'au passé

 

La feuille d'or danse
au moindre souffle d'hiver
si légère pourtant
Qui pourrait peser le prix
d'un rayon de soleil

 

 

LE PIN

On dit que certains pins vivent plusieurs siècles. Celui-ci ne demande rien au temps. Il accueille simplement chaque saison comme une visite familière. Les jardiniers tendent des cordes avant les premières neiges ; l'arbre, lui, demeure indifférent aux soins qu'on lui prodigue.

Premier froid d'hiver
le vieux pin ne distingue
ni hier ni demain

 

LA PLUIE

Je marchais dans les ruelles de Nagamachi lorsqu'une pluie fine commença à tomber. Les murs d'argile foncèrent peu à peu ; les pierres retrouvèrent l'éclat qu'elles avaient perdu sous le soleil. Il suffit parfois d'une averse pour révéler ce qui était déjà là.

Après la pluie
la pierre paraît plus vieille
qu'un siècle entier

 

L'ATELIER

L'artisan ne parlait presque pas. Entre ses doigts flottait une feuille d'or plus légère qu'un souffle. Je crus voir un morceau d'aube chercher un endroit où se poser.

Fenêtre ouverte
l'or hésite un instant
avec la lumière

LES MURAILLES

Les murs du château n'ont pas besoin de raconter les batailles. Les pierres parlent autrement : par leurs couleurs, leurs mousses, leurs fissures patientes. Chaque génération ajoute son regard sans effacer celui des précédentes. Ainsi naît la véritable mémoire.

Vieille muraille
une fougère seule connaît
l'âge des pierres

 

 

LE MARCHE DU MATIN

Au marché d'Ômichō, les voix montent comme les vagues de la mer du Japon. Les crabes, les crevettes, les légumes des montagnes voisines et les algues composent une mosaïque de couleurs. Derrière cette abondance se cache une même gratitude : celle d'une ville qui reçoit chaque jour les présents de la mer et des collines.

Marché d'hiver
dans le panier d'une vieille
la mer respire

 

 

Haïku 

Cri du marchand
une mouette répond
depuis le port

KANAZAWA  seconde partie
KANAZAWA  seconde partie
KANAZAWA  seconde partie
KANAZAWA  seconde partie

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KANAZAWA La petite perle féodale d'Ishikawa

3 Août 2026, 10:14am

KANAZAWA La petite perle féodale d'Ishikawa

Kanazawa est la capitale de la préfecture d'Ishikawa, située dans l’ouest de Honshu entre la mer du Japon et les Alpes japonaises.

La vieille ville, concentrée autour du parc de son château et du célèbre jardin Kenrokuen, témoigne du savoir-faire traditionnel japonais en matière d'artisanat d'art et d'architecture féodale.

Kanazawa, ville d’art et d’histoire au bord de la Mer du Japon et à l’orée de la péninsule de Noto, accueille 8 millions de touristes par an.

La plupart d’entre eux franchissent la grande porte Tsuzumi-mon située à la sortie de la gare JR éponyme.

La "perle d’Ishikawa" est en effet accessible depuis Tokyo en 2h30 grâce au Shinkansen  Hokuriku direct.

Encore relativement protégée du surtourisme grâce à son éloignement de la Golden Route, Kanazawa est une destination à la popularité grandissante qui mise sur son patrimoine traditionnel et les vestiges de son passé féodal, si caractéristiques qu’elle est parfois qualifiée de "petite Kyoto" ou "Edo des Alpes Japonaises".

La ville concentre en effet sur une surface limitée plusieurs lieux en rapport avec l’histoire, la culture et les arts du Japon.

Elle est agréable toute l’année grâce à ses paysages embellis par les variations saisonnières, particulièrement en hiver où elle est couverte d’un épais manteau neigeux.

Le nom de Kanazawa, qui signifie "marais d’or", est mentionné pour la 1ère fois vers 1480 à la suite de la découverte de traces d’or dans les récoltes.

La ville s’ébauche vers le milieu du XVIe siècle autour de l’emplacement de l’actuel château , entre les rivières Sai et Asano, en un "royaume paysan" fondé par des agriculteurs et samouraïs de bas rang affiliés à la secte de la Terre Pure, dans un contexte de révoltes populaires Ikko-Ikki qui affectent tout le pays à l’époque.

Oda Nobunaga met fin à la sédition de Kanazawa en 1580. Il confie le domaine de Kaga (préfecture d’Ishikawa, autour de Noto et Toyama) à l’un de ses vassaux.

Cependant, 3 ans plus tard, le territoire passe sous l’autorité de Maeda Toshiie (1538 - 1599), fondateur du clan Maeda qui accède au rang de daimyo (seigneur féodal) la même année.

Les Maeda parviennent à conserver leur position en navigant habilement sous le règne de Toyotomi Hideyoshi puis en s’alliant avec Tokugawa Ieyasu.

Ainsi, après la bataille de Sekigahara (1600), le fief des Maeda est considérablement étendu et le clan devient presque aussi puissant que les Tokugawa.

La ville de Kanazawa devient le centre économique et politique du Domaine de Kaga. Les Maeda dirigent leurs fonds principalement vers l’artisanat et la culture, pratiquant le mécénat et favorisant l’installation d’artisans chevronnés et de commerçants.

Ainsi se développent les savoir-faire qui feront la réputation de la région : la dorure à la feuille d’or, la laque décorée à la poudre d’or maki-e, la teinture de kimono : Kaga-Yuzen ou encore la céramique Kutani.

La ville-château est fortement attractive et compte 50.000 habitants (60.000 pour Edo) en 1600, et le double en 1700.

Les Maeda règnent sur Kanazawa et le domaine de Kaga jusqu’en 1868 et la fin de la période Edo.

Leur souvenir se perpétue encore aujourd’hui lors du festival annuel Hykumangoku Matsuri.

Sur 3 jours lors du 1er week-end de juin, on peut assister à une parade historique de 2.500 participants, un festival de danses Obon et un lâcher de lanternes Toro Nagashi.

Takayama Ukon (1552 - 1615), également connu sous les noms de Hikogoro Shigetomo ou Justo (de son nom latin), est un seigneur daimyo converti au christianisme, persécuté pour sa foi et qui trouve refuge dans la province de Kaga.

Il sera béatifié en 2017 par le Vatican à Osaka en tant que martyr catholique japonais.

Ce chrétien catholique, kirishitan en japonais, est baptisé dès l'âge de 12 ans par le père Dario. Takayama Ukon entame ensuite une carrière militaire ponctuée de plusieurs succès ainsi qu'une évangélisation de la population locale.

Son influence est stoppée nette en 1587, lorsque Toyotomi Hideyoshi accède au pouvoir et s'oppose fermement au christianisme.

Déchu de ses biens et de ses pouvoirs, Ukon part se réfugier à Kanazawa où il gagne la protection du puissant clan de Maeda Toshiie.

Pendant les 27 années qu'il passe dans la région et grâce notamment à ses talents d'architecte, il participe à la conception des châteaux de Takaoka et de Kanazawa.

Il continue également d'œuvrer pour ses croyances, comme en témoigne l’église catholique de Kanazawa et la Cathédrale du Saint-Esprit, 2 monuments que l'on peut toujours visiter dans le centre-ville.

Moins florissante dans la 1ère moitié du XXe siècle, Kanazawa est néanmoins préservée des destructions de la seconde Guerre mondiale, ce qui lui permet depuis les années 2000 de capitaliser sur son riche passé culturel et ses quartiers historiques.

La ville, avec sa connotation artistique, est jumelée avec Nancy en France (haut lieu de l'art nouveau) depuis 1973.

KANAZAWA La petite perle féodale d'Ishikawa

Poésie Kanazawa par Philémon

 

 

Le jardin Kenroku-en

Brume du matin
la mousse garde en secret
le pas des siècles
Chaque pierre semble avoir
appris le silence vert

 

La feuille d'or

Sous un souffle léger
la feuille d'or se dépose
comme une neige
L'hiver lui-même hésite
à couvrir tant de lumière

 

Le château

Au-dessus des pins
les murailles immobiles
retiennent l'aube
Les corneilles sont les seules
à franchir tous les remparts

 

Le château regarde
passer les siècles tranquilles
Les pierres ne comptent
ni les guerres ni les hommes
seulement les mousses vertes

 

Le marché Ômichō

Le cri des marchands
mêle l'iode à la montagne
Un poisson d'argent
porte encore dans ses écailles
la fraîcheur de la marée

 

 

Le jardin des six vertus

À l'ouverture du jardin Kenroku-en, les visiteurs parlent à voix basse sans qu'aucun écriteau ne le demande. Les étangs semblent retenir le ciel entre leurs rives. Les pins, soutenus par leurs cordages d'hiver, ressemblent à de vieux sages acceptant avec sérénité le poids des saisons. Ici, la beauté ne cherche jamais à impressionner : elle invite simplement à ralentir.

Brume sur l'étang
une carpe disparaît
avec le nuage


 

Le quartier des geishas

À Higashi Chaya, les façades de bois brun filtrent la lumière de l'après-midi. Rien ne paraît avoir changé depuis l'époque d'Edo. Une porte coulisse, un rire discret s'échappe, puis le calme reprend possession de la rue. Le voyageur comprend alors que les plus belles rencontres sont parfois celles qui demeurent invisibles.

Lanternes éteintes
le parfum du thé poursuit
les pas du soir

KANAZAWA La petite perle féodale d'Ishikawa
KANAZAWA La petite perle féodale d'Ishikawa

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