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Poésie Japonaise

COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES

12 Août 2026, 08:45am

COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES
COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES


 

D’après un article paru dans Japanization de juillet 2026 par : Maureen Damman

Entre alertes sanitaires, innovations technologiques, réinvention des traditions et transformation de l’espace urbain, l’archipel expérimente déjà les réponses qu’une grande partie du monde pourrait être amenée à adopter dans les prochaines décennies. Malgré tout, la récurrence des épisodes nécessite une adaptation permanente.

Le carrefour de Shibuya est déjà saturé de monde lorsqu’un message apparaît sur les écrans géants qui dominent le quartier : « Risque élevé de coup de chaleur. Évitez les activités physiques et hydratez-vous régulièrement. » 

 

Les bureaux viennent à peine d’ouvrir et le thermomètre affiche déjà 32 °C. Pourtant, ce n’est pas la température que les Tokyoïtes regardent en priorité, mais un autre indicateur : le WBGT (Wet Bulb Globe Temperature), l‘indice de température au thermomètre-globe mouillé, qui combine température, humidité, rayonnement solaire et circulation de l’air pour mesurer le stress subi par le corps humain. Encore un coup d’avance, les Japonais.

Ces données seront nécessairement remises à jour avec les températures actuelles, comme le précise le Word Economic Forum : « En avril 2026, l’Agence météorologique japonaise a introduit un nouveau terme, « kokushobi », pour décrire les journées où les températures dépassent 40 °C. »

Des alertes de santé très concrètes sur la population japonaise

Déjà en juillet 2024, 62 des 153 stations météorologiques japonaises avaient enregistré leur température moyenne la plus élevée jamais mesurée pour un mois de juillet, selon la Japan Meteorological Agency. 

Le 29 juillet 2024, la ville de Sano, dans la préfecture de Tochigi, a atteint 41 °C, tandis que Tokyo a connu 10 journées où la température maximale a dépassé 35 °C au cours de l’été 2025, un record historique pour la ville, selon Reporterre. (Tristement, des températures qui nous semblent ‘normalement’ caniculaires à l’heure actuelle…)

Ainsi, les conséquences sont malheureusement immédiates : entre le 1er et le 28 juillet 2024, plus de 43 195 personnes ont été transportées à l’hôpital pour un coup de chaleur, selon les chiffres de la Fire and Disaster Management Agency, repris par l’Associated Press.

 

Dans la région métropolitaine de Tokyo, 123 personnes sont décédées d’un coup de chaleur au cours du mois de juillet. Parmi ces personnes, toutes les victimes sauf deux ont été retrouvées mortes à l’intérieur de leur domicile, la quasi-totalité étaient âgées de plus de 60 ans et la plupart disposaient d’un climatiseur qu’elles n’utilisaient pas. Cette situation a conduit les autorités sanitaires à rappeler l’importance d’utiliser la climatisation, en particulier chez les personnes âgées, qui y renoncent parfois par crainte qu’elle soit nocive pour leur santé ou fassent gonfler la facture. 

Le paradoxe japonais : un pays climatisé où l’on meurt de chaud

Avec près de 96 % des ménages équipés d’au moins un climatiseur, selon les données du Statistics Bureau of Japan, le Japon figure parmi les pays les mieux équipés au monde en matière de climatisation.

Pourtant, la majorité des décès liés aux coups de chaleur surviennent au domicile, principalement chez des personnes âgées. Les gériatres japonais connaissent bien le phénomène. Avec l’âge, la sensation de soif diminue et la perception de la chaleur s’altère, ce qui accroît le risque de coup de chaleur chez les personnes âgées.

Cette contradiction est devenue un sujet politique. Après la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine, le gouvernement a appelé les ménages à réduire leur consommation d’électricité tout en rappelant qu’il ne fallait pas renoncer à utiliser la climatisation pour prévenir les coups de chaleur.

 

Face au maintien de prix élevés de l’énergie et aux prévisions de chaleur extrême, le gouvernement japonais a rétabli, à l’été 2024, des subventions sur les factures d’électricité et de gaz pour les consommations d’août à octobre, afin d’alléger le coût de la climatisation pour les ménages.

Des traditions qui ont suffit… jusqu’à aujourd’hui

Pendant des siècles, les Japonais ont développé une culture particulièrement raffinée de l’adaptation à la chaleur.

Les maisons traditionnelles étaient conçues pour favoriser la circulation de l’air : larges avant-toits protégeant les façades du soleil, cloisons coulissantes permettant de ventiler les pièces et sudare, ces rideaux de bambou qui filtrent la lumière tout en laissant passer le vent.

Chaque été, des collectivités, des associations et des habitants perpétuent la tradition de l’uchimizu, qui consiste à arroser les rues avec de l’eau de pluie ou de l’eau réutilisée afin de rafraîchir temporairement l’air par évaporation. Cette pratique, héritée de l’époque d’Edo, connaît un regain d’intérêt dans le cadre des politiques de lutte contre les îlots de chaleur urbains.

Cette contradiction est devenue un sujet politique. Après la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine, le gouvernement a appelé les ménages à réduire leur consommation d’électricité tout en rappelant qu’il ne fallait pas renoncer à utiliser la climatisation pour prévenir les coups de chaleur.

 

Face au maintien de prix élevés de l’énergie et aux prévisions de chaleur extrême, le gouvernement japonais a rétabli, à l’été 2024, des subventions sur les factures d’électricité et de gaz pour les consommations d’août à octobre, afin d’alléger le coût de la climatisation pour les ménages.

En 2018, à la suite d’une vague de chaleur qui a entraîné plus de 95 000 transports en ambulance pour coup de chaleur, la Japan Meteorological Agency a estimé que cet épisode devait être considéré comme une « catastrophe naturelle ».

Son porte-parole, Motoaki Takekawa, déclarait alors à la BBC : « Nous considérons qu’il s’agit d’une catastrophe naturelle. » Le choix des mots n’avait rien d’exagéré. Une étude menée par le National Institute for Environmental Studies sur les quarante-sept préfectures japonaises s’est appuyée sur le seuil de 33 °C de WBGT retenu par le gouvernement pour déclencher les alertes nationales aux coups de chaleur.

Les chercheurs mettent en évidence un résultat frappant : « à niveau de WBGT équivalent, les habitants des régions du nord, historiquement moins exposées aux fortes chaleurs, présentent un risque de coup de chaleur trois à cinq fois plus élevé que ceux du sud. »

Une étude publiée dans la revue Water a mesuré une baisse de la température de l’air pouvant atteindre 1,5 °C à deux mètres du sol, et jusqu’à 6 °C au voisinage immédiat de la chaussée. Cependant, l’effet se fait ressentir uniquement sur une zone limitée et pendant une durée relativement courte. 

En parallèles des pratiques traditionnelles, les autorités japonaises ont ainsi développé une véritable culture de la prévention. Les alertes nationales fondées sur le WBGT sont relayées par des applications officielles qui notifient les utilisateurs lorsque le risque de coup de chaleur devient élevé.

Mais ce n’est pas tout : les établissements scolaires suspendent ou adaptent les activités sportives en cas d’alerte, tandis que les collectivités ouvrent des cooling shelters, bibliothèques, centres communautaires, gymnases ou autres bâtiments climatisés, où chacun peut venir se rafraîchir gratuitement lors des épisodes de chaleur extrême. Ces dispositifs ont été généralisés dans le cadre de la révision de la loi japonaise sur l’adaptation au changement climatique, entrée en vigueur en 2024.

À Kumagaya, dans la préfecture de Saitama, longtemps détentrice du record national avec 41,1 °C, la municipalité est devenue une référence en matière d’adaptation aux fortes chaleurs. Elle a notamment installé des brumisateurs autour de la gare, développé des actions de sensibilisation dans les écoles et désigné une trentaine de cooling shelters, dont plusieurs situés dans des commerces privés afin d’offrir des lieux de refuge climatisés pendant les épisodes de chaleur extrême

Chaque été, cyniquement, les grands magasins et les enseignes spécialisées consacrent désormais des rayons entiers aux produits destinés à limiter les effets de la chaleur : anneaux réfrigérants, vêtements rafraîchissants, serviettes mentholées, sprays glacés, ventilateurs portatifs ou encore parapluies capables de bloquer la quasi-totalité des rayons ultraviolets. Comme l’explique le World Economic Forum, ces innovations sont devenues un élément central de l’adaptation de la société japonaise aux vagues de chaleur.

L’objet qui symbolise le mieux cette mutation reste pourtant une veste. Créée par Kuchofuku, qui a commercialisé ses premiers modèles en 2004, elle intègre deux petits ventilateurs alimentés par batterie qui font circuler l’air sous le vêtement. L’objectif n’est pas de refroidir artificiellement le corps, mais d’accélérer l’évaporation de la transpiration, principal mécanisme naturel de régulation thermique.

D’abord adoptée par les ouvriers du bâtiment, cette technologie est aujourd’hui utilisée par des agriculteurs, des livreurs, des agents municipaux, des pêcheurs et de nombreux autres professionnels exposés aux fortes chaleurs. In fine, au-delà de la climatisation des bâtiments, c’est désormais le corps lui-même qui devient l’objet de l’innovation. 

 

Le laboratoire du futur… ou un avertissement pour le reste du monde ?

Il existe une image tenace du Japon : celle d’un pays capable de résoudre n’importe quel problème grâce à la technologie. Pourtant, face à la chaleur, l’innovation montre rapidement ses limites.

Les épisodes de chaleur extrême entraînent une forte hausse de la demande d’électricité liée à la climatisation, tandis que le fonctionnement des climatiseurs contribue également à renforcer les îlots de chaleur urbains. Les produits rafraîchissants se multiplient, mais les hospitalisations pour coup de chaleur continuent de se compter par milliers chaque été. 

Au moins, la chaleur est devenue une infrastructure invisible, considérée et prise en charge comme un problème de santé publique. Et c’est peut-être la véritable leçon japonaise. Le pays n’a pas (encore) trouvé le moyen de vaincre les étés les plus chauds de son histoire. Il apprend, année après année, à vivre avec eux, à coups de technologie, d’urbanisme, de traditions réinventées et d’adaptations permanentes.

Une stratégie qui ressemble moins à une victoire qu’à un aperçu très concret de ce qui attend, dans les prochaines décennies, une grande partie du monde.

COMMENT LES JAPONAIS SURVIVENT ILS AUX CANICULES

POESIE par Philémon

 

La chaleur immobile

Le ciel de juillet
la ville retient son souffle
dans l’espace sans mouvement
un éventail s’éveille
cherche un peu de fraîcheur

 

Le soir venu

La chaleur du jour
sur les pierres endormies
le soir se lève
un souffle entre les maisons
et la nuit devient fraîche

 

La sagesse de l’été

La chaleur est partout
mais l’ombre aussi demeure
sous les vieux pins noirs
on apprend à vivre avec elle
et le passage des jours

 

Le vent du soir

Les arbres du temple
une brise sur les lanternes
la chaleur se retire
Libellule près du bassin
agite le silence

 

L’éventail

Au cœur de la canicule, le Japon ne semble pas chercher à vaincre la chaleur. Il l’accueille, l’apprivoise, compose avec elle. Les gestes se ralentissent, les maisons recherchent l’ombre, les uchiwa* et les sensu** font naître un souffle léger. Même l’éventail devient une manière de dialoguer avec l’été. Dans cette chaleur qui enveloppe tout, le moindre mouvement d’air prend une valeur nouvelle.

Un souffle d’éventail
sur le visage immobile
l’été s’attendrit

* éventail rigide et ** éventail pliant

 

Le chant des furin

Lorsque la chaleur devient presque palpable, un son suffit parfois à modifier la perception de l’été. Suspendus sous les avant-toits, les furin, ces petits carillons de verre, répondent au moindre souffle. Leur tintement ne rafraîchit pas réellement l’air, mais il rafraîchit l’esprit C’est peut-être là une manière profondément japonaise de vivre la canicule : transformer une contrainte en sensation, et une sensation en beauté.

Au bord de la fenêtre
le carillon chante au vent
l’été devient son


Après la chaleur

La journée s’est attardée sur les toits de la ville. Les pierres ont gardé le soleil, les murs la chaleur, et les rues semblent encore vibrer. Puis vient le soir. On entend les insectes, une porte coulisse, quelques voix s’élèvent dans la pénombre. La fraîcheur n’est pas encore là, mais l’attente suffit déjà. Dans la culture japonaise, l’été se découvre aussi dans cette capacité à percevoir les signes infimes du changement.

La nuit monte enfin
sur les toits encore brûlants
un grillon s’éveille

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E
L'idée des petits ventilateurs sous les vêtements est astucieuse. Bonne journée
Répondre
Il fallait y songer ! Mettre du frais à l'intérieur des vêtements sera-ce l'avenir ?<br /> <br /> Belle semaine Brigitte.
R
"Avec près de 96 % des ménages équipés d’au moins un climatiseur, selon les données du Statistics Bureau of Japan" <br /> <br /> C'est beaucoup ! Et la climatisation a tendance à aggraver le problème en rejetant de l'air chaud à l'extérieur...<br /> <br /> Est-ce vraiment la bonne solution ?
Répondre
En tout état de cause c'est une amélioration des conditions d'existence sur un certain plan : celui de la santé.<br /> C'est notre dilemme d'humain comment le progrès peut il exister sans effets secondaires et peut on y pallier ?<br /> <br /> Merci pour ton aimable visite.
M
Merci pour toutes ces recherches ! Mais nous ne sommes pas si en retard.... Nous aussi nous avons des actions de prévention, chez nous aussi les météorologues indiquent la chaleur ressentie, chez nous aussi il y a des carillons qui sonnent au vent dans les jardins, et des grillons qui chantent le soir... (j'en ai un dans ma salle de bains, ainsi qu'un carillon éolien à l'extérieur).
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Certes, mais l'utilisation de la climatisation est encore un peu timide en raison de notre climat tempéré qui n'avait pas encore été bousculé comme cela s'est produit cette année.<br /> <br /> Passe une bonne journée à l'ombre des feuillus, au bord de l'eau, par exemple !🌳🌳🌳🌳🌳
B
La chaleur au Japon... Comment survivent les Japonais...<br /> Paradoxe japonais : un pays climatisé où l’on meurt de chaud...<br /> C'est une évidence, Comment allons-nous vivre avec des températures extrêmes très éprouvantes pour le corps humain... <br /> J'avoue que c'est une situation très préoccupante... Il va faire de plus en plus chaud et ce sera de plus en plus long... Et nous vieillissons... Le danger est bien réel... J'avoue que ça m'angoisse... Et la sécheresse ! Et l'eau si précieuse... On va en manquer si ça continue... Je crois que je souffre encore plus en pensant à la faune et la flore... J'abreuve et je nourris mes petits oiseaux de jardin (comme en plein hiver !) cr ils n'ont plus rie à manger... Les insectivores ne trouvent plus d'insectes. Les autres, granivores, ne trouvent plus rien non car tout est brûlé et la terre est dure comme du béton... Cela me désole et me désespère...<br /> Et nous allons encore connaître de fortes chaleurs aujourd'hui demain et après-demain On va frôler les 40 à Guéret... cela devient insupportable. Je rêve de la pluie.<br /> Merci pour ta belle page poétisée très intéressante...<br /> Je n'ai pas encore vu ton article précédent (j'ai du retard... tu m'en excuseras)<br /> Je t'embrasse.<br /> Amitiés.<br /> Bon mercredi cher Philémon à l'ombre si possible ! (je suis obligée d'aller voir ma maman (91 ans) dans l'après-midi aux heures les plus chaudes... c'est une épreuve... Je suis à pied... 10 minutes qui me paraissent longues à arpenter les rues de Guéret sous un soleil de plomb). Et il va falloir que je lui fasse des courses. (je n'ai pas de voiture)
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Je compatis à la difficulté quotidienne que tu traverses tous les jours pour aider et visiter ta Maman sous ces vagues de canicules.<br /> <br /> Pour la faune volatile nous organisons une distribution de graine<br /> <br /> et de tranche de pain de mie en petits morceaux, une fois par jour, pour pallier le manque d'insectes.<br /> <br /> A l'automne, je vais commander un petit climatiseur mobile car cela devient indispensable.<br /> <br /> Mes meilleures pensées t'accompagnent.<br /> <br /> Je t'embrasse chère Béa.
P
Une petite coquille avec la répétition dans ton article, de cette partie Ces données seront nécessairement remises à jour avec les températures actuelles, comme le précise le Word Economic Forum : « .....<br /> <br /> Nous devons tous nous adapter et revoir nos stratégies dans la lutte contre les chaleurs extrêmes. Le Japon a pris de l'avance, n'hésitons pas à prendre exemple sur eux.<br /> Bonne journée Philémon
Répondre
Cent mille mercis pour la détection de la coquille Brigitte.<br /> Cette année marque le déclic pour entreprendre des achats de matériels réfrigérants afin de se prémunir contre les vagues de chaleur qui deviennent chroniques. <br /> C'est l'indication que j'ai voulu communiquer à l'aide de cet article paru dans la presse nippone.<br /> <br /> Passe une meilleure semaine au frais.
J
Bonjour Philémon, chaque peuple fait face astucieusement, vais-je dire, il le faut, car pas de retour en arrière, le climat change, augmente en degrés.... J'ai un petit ventilo sur l'ordi, un ventilo plafonnier, un de table, on fait avec, plus les boissons au frigidaire, sortie du chien, tôt le matin..... moi qui suit d'un pays dit tempéré !!!!! Merci, amitiés jill
Répondre
Effectivement Fabienne, il nous faut modifier nos habitudes de vie sociale et pas seulement en été, mais dès que les conditions climatiques dépassent les 25 degrés Celsius . Les rafraîchisseurs et les petits climatiseurs vont devenir indispensables. Je vois que tu as déjà entrepris de faire face aux excès de la chaleur.<br /> Je souhaite de continuer à trouver des astuces pour rester au frais<br /> <br /> Amitiés.<br />