KANAZAWA La petite perle féodale d'Ishikawa
Kanazawa est la capitale de la préfecture d'Ishikawa, située dans l’ouest de Honshu entre la mer du Japon et les Alpes japonaises.
La vieille ville, concentrée autour du parc de son château et du célèbre jardin Kenrokuen, témoigne du savoir-faire traditionnel japonais en matière d'artisanat d'art et d'architecture féodale.
Kanazawa, ville d’art et d’histoire au bord de la Mer du Japon et à l’orée de la péninsule de Noto, accueille 8 millions de touristes par an.
La plupart d’entre eux franchissent la grande porte Tsuzumi-mon située à la sortie de la gare JR éponyme.
La "perle d’Ishikawa" est en effet accessible depuis Tokyo en 2h30 grâce au Shinkansen Hokuriku direct.
Encore relativement protégée du surtourisme grâce à son éloignement de la Golden Route, Kanazawa est une destination à la popularité grandissante qui mise sur son patrimoine traditionnel et les vestiges de son passé féodal, si caractéristiques qu’elle est parfois qualifiée de "petite Kyoto" ou "Edo des Alpes Japonaises".
La ville concentre en effet sur une surface limitée plusieurs lieux en rapport avec l’histoire, la culture et les arts du Japon.
Elle est agréable toute l’année grâce à ses paysages embellis par les variations saisonnières, particulièrement en hiver où elle est couverte d’un épais manteau neigeux.
Le nom de Kanazawa, qui signifie "marais d’or", est mentionné pour la 1ère fois vers 1480 à la suite de la découverte de traces d’or dans les récoltes.
La ville s’ébauche vers le milieu du XVIe siècle autour de l’emplacement de l’actuel château , entre les rivières Sai et Asano, en un "royaume paysan" fondé par des agriculteurs et samouraïs de bas rang affiliés à la secte de la Terre Pure, dans un contexte de révoltes populaires Ikko-Ikki qui affectent tout le pays à l’époque.
Oda Nobunaga met fin à la sédition de Kanazawa en 1580. Il confie le domaine de Kaga (préfecture d’Ishikawa, autour de Noto et Toyama) à l’un de ses vassaux.
Cependant, 3 ans plus tard, le territoire passe sous l’autorité de Maeda Toshiie (1538 - 1599), fondateur du clan Maeda qui accède au rang de daimyo (seigneur féodal) la même année.
Les Maeda parviennent à conserver leur position en navigant habilement sous le règne de Toyotomi Hideyoshi puis en s’alliant avec Tokugawa Ieyasu.
Ainsi, après la bataille de Sekigahara (1600), le fief des Maeda est considérablement étendu et le clan devient presque aussi puissant que les Tokugawa.
La ville de Kanazawa devient le centre économique et politique du Domaine de Kaga. Les Maeda dirigent leurs fonds principalement vers l’artisanat et la culture, pratiquant le mécénat et favorisant l’installation d’artisans chevronnés et de commerçants.
Ainsi se développent les savoir-faire qui feront la réputation de la région : la dorure à la feuille d’or, la laque décorée à la poudre d’or maki-e, la teinture de kimono : Kaga-Yuzen ou encore la céramique Kutani.
La ville-château est fortement attractive et compte 50.000 habitants (60.000 pour Edo) en 1600, et le double en 1700.
Les Maeda règnent sur Kanazawa et le domaine de Kaga jusqu’en 1868 et la fin de la période Edo.
Leur souvenir se perpétue encore aujourd’hui lors du festival annuel Hykumangoku Matsuri.
Sur 3 jours lors du 1er week-end de juin, on peut assister à une parade historique de 2.500 participants, un festival de danses Obon et un lâcher de lanternes Toro Nagashi.
Takayama Ukon (1552 - 1615), également connu sous les noms de Hikogoro Shigetomo ou Justo (de son nom latin), est un seigneur daimyo converti au christianisme, persécuté pour sa foi et qui trouve refuge dans la province de Kaga.
Il sera béatifié en 2017 par le Vatican à Osaka en tant que martyr catholique japonais.
Ce chrétien catholique, kirishitan en japonais, est baptisé dès l'âge de 12 ans par le père Dario. Takayama Ukon entame ensuite une carrière militaire ponctuée de plusieurs succès ainsi qu'une évangélisation de la population locale.
Son influence est stoppée nette en 1587, lorsque Toyotomi Hideyoshi accède au pouvoir et s'oppose fermement au christianisme.
Déchu de ses biens et de ses pouvoirs, Ukon part se réfugier à Kanazawa où il gagne la protection du puissant clan de Maeda Toshiie.
Pendant les 27 années qu'il passe dans la région et grâce notamment à ses talents d'architecte, il participe à la conception des châteaux de Takaoka et de Kanazawa.
Il continue également d'œuvrer pour ses croyances, comme en témoigne l’église catholique de Kanazawa et la Cathédrale du Saint-Esprit, 2 monuments que l'on peut toujours visiter dans le centre-ville.
Moins florissante dans la 1ère moitié du XXe siècle, Kanazawa est néanmoins préservée des destructions de la seconde Guerre mondiale, ce qui lui permet depuis les années 2000 de capitaliser sur son riche passé culturel et ses quartiers historiques.
La ville, avec sa connotation artistique, est jumelée avec Nancy en France (haut lieu de l'art nouveau) depuis 1973.
Poésie Kanazawa par Philémon
Brume du matin
la mousse garde en secret
le pas des siècles
Chaque pierre semble avoir
appris le silence vert
Sous un souffle léger
la feuille d'or se dépose
comme une neige
L'hiver lui-même hésite
à couvrir tant de lumière
Au-dessus des pins
les murailles immobiles
retiennent l'aube
Les corneilles sont les seules
à franchir tous les remparts
Le château regarde
passer les siècles tranquilles
Les pierres ne comptent
ni les guerres ni les hommes
seulement les mousses vertes
Le cri des marchands
mêle l'iode à la montagne
Un poisson d'argent
porte encore dans ses écailles
la fraîcheur de la marée
Le jardin des six vertus
À l'ouverture du jardin Kenroku-en, les visiteurs parlent à voix basse sans qu'aucun écriteau ne le demande. Les étangs semblent retenir le ciel entre leurs rives. Les pins, soutenus par leurs cordages d'hiver, ressemblent à de vieux sages acceptant avec sérénité le poids des saisons. Ici, la beauté ne cherche jamais à impressionner : elle invite simplement à ralentir.
Brume sur l'étang
une carpe disparaît
avec le nuage
Le quartier des geishas
À Higashi Chaya, les façades de bois brun filtrent la lumière de l'après-midi. Rien ne paraît avoir changé depuis l'époque d'Edo. Une porte coulisse, un rire discret s'échappe, puis le calme reprend possession de la rue. Le voyageur comprend alors que les plus belles rencontres sont parfois celles qui demeurent invisibles.
Lanternes éteintes
le parfum du thé poursuit
les pas du soir
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