Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Poésie Japonaise

GYOTAKU

14 Août 2026, 18:27pm

GYOTAKU
GYOTAKU
GYOTAKU

Le Gyotaku apparaît au Japon au milieu du XIXe siècle, durant l’époque d’Edo finissante,

"En 1862, pendant l'ère Edo, le seigneur Sakaï pêchait avec ses samouraïs. Ils attrapèrent une superbe dorade grise, symbole du bonheur pour les Japonais. Sa forme, ses écailles et son âme impressionnèrent grandement les guerriers.

Si l'empereur avait été parmi eux, ils lui auraient offert la prise, mais l'histoire se déroule loin de la capitale, l'un des Samouraïs a alors l'idée de prendre l'empreinte de la dorade sur du papier pour en faire profiter le Mikado.

Tradition des communautés de pêcheurs, le gyotaku prend racine dans les fondements de la culture japonaise.

À l’origine, ce n’est pas un art mais une technique documentaire :

  • les pêcheurs réalisaient l’empreinte d’un poisson exceptionnellement grand ou rare ;

    elle servait de preuve de la taille de la prise ;

    elle permettait de conserver le souvenir d’un exploit.

Avant la photographie, le Gyotaku était en quelque sorte le « cliché » du pêcheur.

Le mot se compose de :

  • gyo : poisson ;

    taku : empreinte, trace gravée.

Littéralement : « laisser la trace du poisson ».

 

La méthode ancienne est appelée chokusetsu-ho , « méthode directe ».

Elle consiste à :

Préparer le poisson

Poser le papier

Retirer le papier

Ajouter les yeux

    • Le poisson est nettoyé soigneusement.

      Les nageoires sont déployées.

      Les yeux sont souvent protégés ou remplacés après impression.

       

      On utilise traditionnellement une encre noire de suie appelée sumi.

      Elle est appliquée au pinceau sur le corps du poisson.

       

    • Une feuille de papier japonais (washi) est délicatement appliquée sur le poisson.

      L’artiste presse doucement avec la main ou un tampon pour recueillir chaque détail :

      • les écailles ;

        les nageoires ;

        les plis de la peau.

    • Le papier révèle alors une image fidèle du poisson.

      Les détails anatomiques apparaissent avec une précision étonnante.

    • Traditionnellement, l’artiste peint ensuite l’œil à la main, car l’impression ne peut pas restituer correctement cette partie.

Une seconde méthode, plus artistique, est apparue ensuite :

kansetsu-ho « méthode indirecte ».

Cette fois :

  • le poisson n’est pas directement encré ;

    on place une feuille humide sur le poisson ;

    on frotte doucement pour épouser les formes ;

    l’encre est ensuite appliquée.

Cette technique permet davantage de liberté artistique et évite parfois d’utiliser un véritable poisson.

Aujourd’hui, certains artistes réalisent des Gyotaku à partir de poissons en résine ou de modèles sculptés.

C'est une esthétique profondément japonaise.

Ce qui est captivant dans le Gyotaku, c’est son paradoxe :

Le poisson est un être qui disparaît rapidement après sa capture. Pourtant, l’artiste conserve non seulement son apparence mais aussi la mémoire de son existence.

Le Gyotaku rejoint plusieurs notions japonaises :

Mono no aware

La conscience de la beauté fragile des choses.

Le poisson est mort, mais son image demeure.

Utsuroi

Le changement permanent, le passage du temps.

L’empreinte est une tentative de retenir un instant qui ne reviendra pas.

Ma

L’espace et le silence.

Le blanc du papier autour du poisson est aussi important que l’image elle-même.

Le Gyotaku et le lien avec l’estampe japonaise.

Même s’il n’est pas directement issu de l’ukiyo-e, le Gyotaku partage avec lui plusieurs principes :

  • l’importance du contour ;

    la précision du détail ;

    l’attention portée au monde naturel ;

    la recherche d’une beauté dans les choses ordinaires.

On peut presque voir le Gyotaku comme un cousin maritime des estampes d’animaux de Utagawa Hiroshige ou de Katsushika Hokusai.

GYOTAKU

Poésie Gyotaku par Philémon

 

 

Sur le papier blanc
le poisson laisse son ombre
un instant de vie
la main soulève doucement
ce que l’eau avait gardé

 

Carpe immobile
dans la fraîcheur de l’étang
avant le geste bref
l’encre devient sa mémoire
et le papier son miroir

 

Aucun bruit de mer
sur la feuille pourtant reste
le frémissement
d’une nage interrompue
entre deux souffles d’encre

 

Une main sur le corps
une autre retient le papier
rien ne doit trembler
le pêcheur devient artiste
le poisson devient dessin

 

Au fond de la rivière
les écailles captaient la clarté
sans savoir qu’un jour
leur dessin sur une feuille
reviendrait vers la lumière

 

Chaque écaille apparaît
avec la précision d’un souffle
l’encre les révèle
et soudain la peau du poisson
devient un paysage

 

Ce n’est pas le poisson
que la feuille retient vraiment
mais son passage
la fragile preuve qu’un jour
il fut vivant sous nos yeux

 

La première empreinte

Le poisson repose sur le papier comme s’il venait de s’échouer sur une grève invisible. On applique l’encre avec patience, sans chercher à embellir ce que la nature a déjà dessiné. Puis vient l’instant du transfert. Une pression légère, presque une caresse, et le corps disparaît. Il reste une empreinte. Le poisson reprend son chemin, tandis que son image demeure.

encre sur le papier
le poisson repart dans l’eau
son ombre reste là

 

L’écaillure

À première vue, le corps du poisson semble simple. Mais lorsque l’encre révèle les écailles, tout change. Une multitude de petites formes apparaît, chacune différente et pourtant liée aux autres. Ce qui semblait n’être qu’une peau devient une architecture. Le Gyotaku ne dessine pas le poisson, il lui demande simplement de se révéler.

une écaille après l’autre
l’eau demeure sans un bruit
du papier blanc

 

Entre deux mondes

Il y a quelque chose d’étrange dans le Gyotaku. Le poisson n’est plus là lorsque son image apparaît, mais son absence rend sa présence plus forte. L’encre conserve ce que la main ne pourrait jamais retenir : le poids, la forme, les lignes et jusqu’à la sensation d’un mouvement disparu. Une vie passe. Une trace demeure.

le courant s’éloigne
sur le papier immobile
la rivière respire

 

Ce qui séjourne

Un poisson ne possède pas de mémoire telle que l’homme l’imagine. Pourtant, grâce au Gyotaku, son passage peut traverser les années. Une feuille garde les contours d’un corps qui n’existe plus devant nous. Ce n’est pas une victoire sur la mort. C’est simplement une façon de dire : j’ai été là.

feuille immobile
un poisson traverse le temps
le silence reste

 

Poisson sur washi

l’eau n’a laissé qu’une trace
et l’encre se tait

 

Sous le papier blanc
le poisson a disparu
son ombre reste


Au bord de l’étang
une nage s’efface
l’encre la retient

GYOTAKU
GYOTAKU
GYOTAKU
GYOTAKU
Commenter cet article
M
une page superbe et interessante <br /> une plongée chez toi dans la culture Japonaise que j 'apprécie <br /> une des illustrations m 'à beaucoup intriguée celle de la femme araignée .<br /> <br /> <br /> et de trés beaux tangas parlant des poissons que les Japonais semmble appréciér comme les carpes kOIS que j 'ai élevées fut un temps .<br /> merci pour ta visite <br /> kénavo
Répondre
Il est vrai que cette femme araignée est un yokais impressionnant très bien représentée par son estampe.<br /> <br /> Merci Monica pour ta sympathique visite et passe une belle fin de semaine.<br /> <br /> Kénavo.<br /> <br />
B
Grand merci pour ta superbe page sur le Gyotaku. Joliment poétisée !<br /> Formidable technique pour immortaliser les poissons ! Qui permet de prendre conscience de la beauté fragile des choses...<br /> Merci encore pour ton courriel d'hier auquel je vais répondre bien évidemment.<br /> Bon jeudi<br /> Je t'embrasse cher Philémon<br /> Amitiés.
Répondre
J'ai trouvé cette technique intéressante et peu connue en France . Seuls 4 artistes ayant reçu les instructions par un maître japonais pratiquent cet art sur notre territoire.<br /> <br /> J'apprécie ton charmant passage et te souhaite une excellente fin de semaine, chère Béa.<br /> <br /> Je t'embrasse.
R
De magnifiques motifs ! Quelle finesse dans les détails ! Une tradition à préserver...<br /> <br /> A propos de poissons, connaissez-vous celui-ci ?<br /> <br /> <br /> https://rosemar.over-blog.com/2018/04/un-poisson-pour-ouvrir-le-mois-d-avril-le-pataclet.html
Répondre
Merci pour votre visite, au Japon , la tradition est présevée dans de nombreux domaines.<br /> <br /> Oui, je connaissais le nom de ce poisson puisqu'à l'Estaque il se trouve un petit passage qui porte ce nom mais je n'ai jamais eu l'occasion de le gouter, même à Marseille.<br /> <br /> Belle journée à vous.
E
Bonjour Philémon; Bel article sur ce gyotaku, technique artistique très originale, et bravo pour tes mots. Bonne journée
Répondre
Je l'imagine aussi car, à ce moment-là, je n'avais pas encore l'idée de créer un blog spécialisé sur la culture traditionnelle nippone.<br /> <br /> Belle journée Brigitte.
E
Bonjour Philémon. Merci pour tes explications. L'expo à Concarneau devait être intéressante. Bonne journée
J'ai trouvé cette technique particulière au nom français : ichtyogramme .<br /> <br /> En France, en 2012, s'est tenue une expo à Concarneau , sur le sujet, où l'on apprenait entre autre chose , que le maître de cet art avait séjourné pendant 6 mois au musée Océanographique de Monaco.<br /> <br /> J'apprécie toujours tes commentaires qui me vont droit au cœur.<br /> <br /> Belle journée Brigitte.
P
Il y a longtemps j'ai vu un livre consacré aux poissons de rivière. C'était des reproductions de Gyotakus qui présentaient les différentes espèces. Je ne connaissais pas le nom de la technique, je le découvre. C'est tellement plus fin et délicat que d'empailler le pauvre animal. <br /> Le dernier que tu nous présentes, coloré, est de toute beauté.<br /> N'est-ce pas aussi ke désir de la plupart des humains que de laisser une trace de son passage ?<br /> Bonne journée Philémon
Répondre
C'est une technique peu connue du grand public qui ma convaincu d'en publier le principe.<br /> <br /> Quand à laisser une trace de soi...étant donné que nous ne sommes que de passage, à quoi bon. Le seul intérêt ce sont les livres ou les films qui prolongent une pensée ou bien même une invention ou une découverte qui font avancer les conditions d'existence, selon moi.<br /> <br /> Belle fin de semaine pour toi Brigitte au milieu de tes amis et relations de ta ville.
M
Magnifiques images de poissons ! Quelle idée formidable et quelle belle technique. Merci pour ces explications et ces belles représentations. Merci aussi pour les poèmes qui en disent beaucoup plus long et nous laissent rêver...
Répondre
Chère Martine, un grand merci du cœur pour la gentillesse de tes commentaires.<br /> <br /> Je te souhaite de passer un excellent week-end....au frais !
J
Merci Philémon, quel beau travail que celui-là, une façon de garder le poisson "vivant", douce nuit, amitiés jill
Répondre
Merci Fabienne pour ta sympathique visite, la nuit fut bonne.<br /> <br /> A bientôt, amitiés