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Poésie Japonaise

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN (4 ème partie)

14 Octobre 2026, 17:00pm

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)
Prières avant le départ.

Prières avant le départ.

LES MOINES MARATHONIENS

 

 

Quand la prière devient une marche

Après la flamme, les pas.

Sur le mont Hiei, certains religieux vont choisir une forme d'ascèse si exigeante qu'elle semble, à première vue, relever de l'exploit physique.

Mais il faut immédiatement oublier l'idée d'une compétition.

Le moine ne court pas pour arriver le premier.

Il marche pour prier.

Il marche pour se transformer.

Il marche pour rencontrer, dans la montagne, les manifestations du Bouddha.

Cette pratique porte le nom de kaihôgyô littéralement, une pratique consistant à parcourir les sommets et les vallées de la montagne qui est ransformée en chemin de prière

Le principe paraît presque simple.

Le moine accomplit un parcours déterminé autour du mont Hiei.

Mais ce parcours n'est pas une promenade.

Il est jalonné de temples, de sanctuaires, de statues et de lieux sacrés.

À chacun de ces endroits, le moine accomplit les gestes et les prières prescrits.

Puis il repart.

Et recommence.

Jour après jour.

Année après année.

La montagne entière devient ainsi un immense espace rituel.

Le chemin n'est plus seulement le chemin.

Le chemin devient la prière.

Au début de sa pratique, le moine porte des chaussures relativement ordinaires.

Mais traditionnellement, il finit par marcher avec les fameuses sandales de paille, les waraji.

Elles ne sont pas faites pour durer.

Elles s'usent.

Elles se défont.

Il faut les remplacer.

Et cette fragilité rappelle quelque chose d'essentiel :

le moine ne cherche pas à dominer la montagne.

Il accepte de lui être soumis.

Ses pieds souffrent.

Son corps fatigue.

La pluie traverse ses vêtements.

La neige recouvre les sentiers.

Mais le lendemain, il faut repartir.

C'est ici que le kaihôgyô devient véritablement extraordinaire .

Le parcours traditionnel est d'environ 30 à 40 kilomètres par jour, selon les années et les itinéraires.

Durant certaines périodes, le moine accomplit cette marche pendant 100 jours consécutifs.

Puis il recommence l'année suivante.

Et encore l'année suivante.

Le cycle complet est de sept années, pour un total de 1 000 jours de pratique.

Certains auront ainsi parcouru plus de 40 000 kilomètres au cours du cycle complet.

On comprend alors pourquoi les Occidentaux ont commencé à parler des « moines marathoniens »

L'expression est spectaculaire.

Mais elle ne doit pas nous tromper.

Leur véritable objectif n'est pas l'endurance.

L'endurance n'est que le moyen.

Il existe une étape encore plus redoutable.

Après avoir accompli les sept premières années de marche, le moine qui poursuit la pratique entre dans une période particulièrement exigeante.

Il accomplit alors le dôiri, une retraite de neuf jours.

Pendant ces neuf jours :

pas de nourriture,

pas de boisson,

peu  de sommeil,

et une récitation continue des prières.

Le corps est poussé jusqu'à ses limites.

C'est l'une des raisons pour lesquelles si peu de religieux parviennent à mener l'ensemble du parcours à son terme.

Il est dit que dans cette retraite finale, certains moines ont réalisé l’état de Bouddha.

Le moine aura parcouru la montagne en considérant les différents lieux sacrés comme autant de manifestations symboliques des divinités et de leur environnement.

Il prie.

Il s'incline.

Il récite.

Il avance.

La montagne devient alors un immense mandala* à ciel ouvert.

*Représentation circulaire du palais de divinités, orientée vers la contemplation et la compréhension de la nature de l’esprit.

Chaque détour possède sa signification.

Chaque temple devient une étape.

Chaque pas rapproche le pratiquant de son objectif.

Et peu à peu, quelque chose change.

Ce n'est plus seulement l'homme qui parcourt la montagne,

c'est la montagne qui semble parcourir l'homme.

Pourquoi parcourir des dizaines de kilomètres chaque jour pendant des années ?

Pourquoi accepter la douleur, la fatigue et parfois le danger ?

Parce que dans la tradition Tendai, l'ascèse n'est pas simplement une souffrance infligée au corps.

Elle vise à dépasser les limites ordinaires de l'existence.

Le moine cherche à faire disparaître progressivement la séparation entre :

le corps et l'esprit,

l'homme et la montagne,

la marche et la prière.

Au bout du chemin, il ne s'agit donc pas d'avoir accompli une performance.

Il s'agit d'être transformé , corps et esprit.

« Le Bouddha marche avec lui »

Il existe une belle manière de comprendre cette pratique.

Le moine ne considère pas nécessairement qu'il parcourt simplement un itinéraire sacré.

Il accomplit une marche au milieu d'un espace où le sacré est déjà présent.

Chaque pas devient alors une manière de reconnaître cette présence.

C'est pourquoi le kaihôgyô nous ramène directement à Emei.

Souvenez-vous :

à Emei, le pèlerin gravissait la montagne à la rencontre du sacré.

À Tiantai, la montagne devenait le lieu où l'on cherchait à comprendre l'enseignement.

Au Hiei, la montagne entière devient une pratique.

Et nous arrivons ainsi au terme de notre voyage :

Emei avait donné au bouddhisme une montagne sacrée.
Tiantai lui avait donné une montagne pour penser.
Hiei lui donna une montagne pour pratiquer.

Et sur cette montagne, pendant des siècles, des hommes ont continué à marcher.

Mais le plus extraordinaire n'est peut-être pas la distance.

C'est la répétition.

Le même chemin. Encore et toujours. Pendant des années.

Jusqu'au jour où le moine n'est plus simplement celui qui marche sur le Hiei.

Il devient lui-même un chemin.


 

A suivre…..

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)
TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)
TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)

Poésie par Philémon

 

Les trois montagnes

Au commencement, il y avait Emei. La montagne chinoise, enveloppée de nuages, où le regard se perdait dans l'immensité. Puis vint Tiantai, où la montagne devint pensée, méditation et enseignement. Enfin Hiei. L'enseignement avait traversé la mer. Il avait changé de langue, de paysages, de maîtres et de siècles.

Mais quelque chose demeurait : la montagne et l'homme qui, devant elle, levait les yeux.

Trois monts un chemin
de Chine jusqu'au Japon
le silence y vit

 

Le moine marche seul
sur le sentier de montagne
Ses sandales de paille
ne laissent dans la forêt
qu'un bruit imperceptible

 

 

Les moines marathoniens

Le sentier montait entre les arbres. On racontait que des moines parcouraient inlassablement les chemins de Hiei, accomplissant des années de marche et de pratique. Tu regardais le sentier. Il semblait pourtant si paisible. Aucun exploit ne s'y lisait. Seulement des pierres, des racines et des sentiers.

C'est peut-être ainsi que la montagne enseigne la persévérance : elle ne promet rien au marcheur, sinon un pas de plus.

Sentier sous les cèdres
un pas après l'autre seulement
la montagne demeure

 

 

Les pas avant l’aube

Avant que le jour ne paraisse le moine quitte le monastère La montagne dort encore sous les branches noires des cèdres Un chemin étroit descend puis remonte entre les racines. Des milliers de pas ont précédé celui qui commence cette journée.
Et derrière chaque pas demeure la présence silencieuse de ceux qui ont marché avant lui

dans la brume matinale
les sandales frappent la pierre
le jour s’éveille

 

 

La marche sans repos

De jour comme de nuit les chemins du mont Hiei connaissent les pas des moines La pluie transforme la terre en boue et la neige efface parfois le sentier. Pourtant la marche continue . Le corps se fatigue mais le chemin demeure.
Alors la montagne devient peu à peu une école où chaque pas enseigne la patience

sous la pluie froide
un pas rejoint un autre

la montagne veille

 

 

Neuf années de marche

Pendant neuf années Le moine affronte les chemins du mont Hiei pendant neuf années. La forêt devient familière sans jamais devenir ordinaire. Chaque pente porte la mémoire des marcheurs disparus. Chaque détour rappelle que le sommet ne constitue jamais la véritable destination.
La marche elle même devient une forme de prière.

longue est la montée
le souffle accompagne les pas
le silence répond

 

 

 

Le chemin éprouve le corps

La montagne ne demande aucune explication. Elle impose seulement ses pentes ses pierres ses racines et ses torrents. Le moine avance avec ce que le corps peut encore donner. Au fil des années la souffrance change de visage.
Elle devient endurance puis silence , puis connaissance

au bord du sentier
les feuilles tremblent sous les pas
l’aube demeure


 

Ceux qui reviennent du chemin

Peu nombreux sont ceux qui accomplissent jusqu’au bout cette marche extraordinaire. Le chemin exige des années de discipline et une volonté presque sans faille. Certains reviennent changés par les milliers de kilomètres parcourus. La montagne semble alors avoir retiré quelque chose au marcheur et lui avoir rendu en échange une autre manière de regarder le monde.

après tant de pas
le sommet paraît plus proche
le silence plus vaste

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)
TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN    (4 ème partie)
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J
Merci à l'expert que vous êtes Philémon, ces moines marcheurs sont courageux et le mot est faible, 9 années de marche ce n'est pas rien.... Douce soirée zen, amitiés jill
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Oui Fabienne , il de la détermination et du courage pour entreprendre une telle pratique visant à transformer le corps et l'esprit.<br /> <br /> Belle fin de soirée et à bientôt dans la douceur de pensées amicales.
M
J'aime bien ta définition du "mandala" ! Je n'y voyais qu'un jeu des éléments, qu'une représentation du monde... Ces moines marathoniens sont prodigieux ; mais marcher est déjà à lui seul une formidable ascèse. Ne pas boire pendant une semaine est inhumain ! En principe on n'y survit pas il me semble.... Sauf peut-être si l'âme est tant rassemblée dans la prière que le corps se met dans une sorte de "coma", un stand by qui obligatoirement est égal à la réalisation parfaite du Soi. Très, très exigeant. Leurs "chapeaux" sont superbes...
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Au Tibet, de grands méditant ne se nourrissaient plus que des substances des pierres et de l'air tant leur ascèse était focalisée sur les energies naturelles, en Inde de nombreux yogis de l'ancien temps en étaient au même point. Par exemple la pratique de toumo , au Tibet, c'est une voie de transformation intérieure en unissant l'énergie corporelle à la conscience spirituelle par différents exercices du corps passant par le souffle. Et tout cela avec simplement un simple tissu sur le corps en plein hiver, dans l'Himalaya, par exemple. Ce qui oriente le pratiquant vers la réalisation de la propre nature de son esprit. Mais ces êtres sont rares. <br /> Seulement 46 moines ont complété les 1000 jours, depuis 1885, et seulement 13 moines ont achevé cette redoutable retraite.<br /> <br /> Merci Martine pour ton intéressante visite.<br /> <br />