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Poésie Japonaise

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN (3ème partie)

9 Octobre 2026, 09:22am

Monastère du Mont Hiei, Enryaku-ji

Monastère du Mont Hiei, Enryaku-ji

TROIS MONTAGNES , UN MEME CHEMIN     (3ème partie)

HIEI  LA MONTAGNE QUI ALLAIT VEILLER SUR KYOTO

 

 

Nous ,sommes revenus de Chine.

Saichô est de nouveau au Japon.

Devant lui se dresse le mont Hiei.

La montagne n'est pas très élevée : 848 mètres seulement , et pourtant elle domine la région de Kyoto. Depuis ses hauteurs, on embrasse du regard l'ancienne capitale et le lac Biwa.

Mais sa position possède une autre signification.

Le Mont Hiei se trouve au nord-est de Kyoto, dans la direction appelée traditionnellement kimon, la « porte des démons ».

Dans la cosmologie chinoise puis japonaise, le nord-est était considéré comme une direction par laquelle pouvaient pénétrer les influences néfastes.

La montagne allait donc devenir bien davantage qu'un lieu de retraite.

Elle allait être le gardien spirituel de la capitale.

Une petite retraite devient une immense montagne religieuse

Lorsque Saichô installe son premier ermitage sur le Hiei, en 788, rien ne laisse présager l'immense développement qui suivra.

Il bâtit un petit sanctuaire consacré à Yakushi Nyorai, le Bouddha de la médecine.

Puis les disciples arrivent.

La communauté grandit.

Saichô obtient progressivement le soutien de la cour impériale.

Et après sa mort, en 822, son œuvre est officiellement reconnue : le système Tendai japonais peut désormais disposer d'une véritable plateforme monastique indépendante.

Le petit ermitage est devenu Enryaku-ji.

Et la montagne commence sa transformation.

Au fil des siècles, le Hiei se couvre de pavillons, de sanctuaires, de lieux d'étude et de méditation.

Il faut imaginer quelque chose d'assez différent d'un monastère isolé.

Enryaku-ji devient presque une ville

La montagne est organisée en trois grands secteurs :

 - Tô-dô, le secteur oriental ;

 - Saitô, le secteur occidental ;

 - Yokawa, plus au nord.

Des chemins relient les différents établissements.

Des moines circulent entre les bâtiments.

On étudie les textes.

On récite les sutras.

On médite.

On accomplit des cérémonies.

On pratique des disciplines ascétiques.

La montagne devient progressivement l'un des principaux centres intellectuels et religieux du Japon.

Et c'est ici que notre comparaison avec Tiantai devient particulièrement belle.

Tiantai avait été une montagne-école.

Hiei devient une montagne-université.

Mais une université très particulière : on n'y étudie pas seulement les textes.

On y apprend à transformer toute son existence en pratique religieuse.

Il existe au cœur d'Enryaku-ji un symbole extraordinaire :

la « flamme éternelle », entretenue dans le Konpon Chûdô.

La tradition affirme qu'elle brûle depuis la fondation de l'établissement par Saichô, soit depuis plus de 1 200 ans.

Une flamme qui traverse les siècles.

Elle a connu les guerres.

Les destructions.

Les reconstructions.

Les incendies.

Mais elle a été rallumée à partir d'une flamme conservée ailleurs lorsque cela fut nécessaire, selon la tradition du temple.

Ce détail est important : il ne s'agit pas de prétendre que la même mèche physique aurait brûlé sans interruption pendant douze siècles.

Ce qui demeure, c'est la continuité symbolique de la lumière.

Et cette lumière correspond parfaitement à la vocation du Hiei : transmettre.

Puis vient le temps des grands maîtres

Le Mont Hiei ne va pas seulement former des religieux anonymes.

Il va devenir une sorte de matrice du bouddhisme japonais.

Des hommes viennent y étudier, parfois pendant des années, puis repartent avec une conception nouvelle du bouddhisme.

Parmi eux :

Hônen, qui donnera naissance au Jôdo-shû ;

Shinran, fondateur du Jôdo Shinshû ;

Eisai, associé à l'introduction du Zen Rinzai ;

Dôgen, qui développera le Sôtô Zen ;

et Nichiren, fondateur de l'école qui porte son nom.

Il faut cependant être précis : aucun de ces courants ne peut être considéré comme une simple continuation du Tendai.

Au contraire, leurs fondateurs vont souvent prendre leurs distances avec l'enseignement du Hiei.

Mais c'est justement ce qui rend le phénomène extraordinaire.

Ils sont passés par la même montagne.

Ils y ont reçu une formation.

Ils y ont rencontré les textes, les débats et les pratiques.

Puis ils sont partis chacun dans une direction différente.

Le Mont Hiei devient ainsi une sorte de carrefour d'où vont partir plusieurs des grandes routes du bouddhisme japonais.

Mais la montagne n'est pas seulement spirituelle

Avec le temps, Enryaku-ji accumule terres, richesses et influence.

Les grands monastères japonais médiévaux disposent de leurs propres réseaux de protection.

Certains religieux sont armés.

Des groupes de moines-guerriers, les sôhei, apparaissent.

Le Hiei devient alors une puissance avec laquelle les autorités politiques doivent compter.

Et cette puissance finira par provoquer un affrontement terrible.

Nous sommes en 1571.

Un homme est en train de réunifier le Japon :

Oda Nobunaga.

Pour lui, le Hiei et ses forces monastiques constituent un obstacle politique et militaire.

Il décide de frapper.

L'ordre est donné de détruire Enryaku-ji.

Le 29 septembre 1571, les troupes de Nobunaga incendient les établissements de la montagne.

Temples.

Pavillons.

Habitations.

Bibliothèques.

Une grande partie du complexe est détruite.

Des religieux et des habitants sont tués.

Le Hiei connaît alors l'une des catastrophes les plus terribles de son histoire.

Et pourtant, la montagne ne meurt pas.

C'est peut-être l'un des traits les plus frappants de son histoire.

La montagne est détruite.

Mais la tradition survit.

Les temples sont reconstruits.

Les lignées monastiques continuent.

Les textes sont préservés.

Et Enryaku-ji renaît progressivement.

Le Hiei va donc connaître plusieurs vies.

Montagne d'ermites.

Montagne doctrinale.

Montagne de pèlerinage.

Puissance religieuse.

Champ de bataille.

Puis de nouveau montagne spirituelle.

Et c'est précisément dans cette longue histoire que va apparaître l'une des pratiques ascétiques les plus extraordinaires que l'on puisse imaginer.

Des hommes vont décider de parcourir la montagne…encore et encore.

Pendant des années.

Parfois de nuit.

Parfois sous la pluie.

Parfois dans la neige.

Toujours à pied.

Une pratique appelée kaihōgyō.

Et ceux qui l'accomplissent deviendront, dans notre récit, les fameux :

Moines marathoniens du Mont Hiei .


 

A suivre…..

Enryiaku-ji

Enryiaku-ji

Poésie par Philémon

 

HIEI
La montagne qui veille

 

Dans la forêt sombre
les vieux cèdres touchent le ciel
Un moine descend
Sur les pierres polies et lisses
le jour cherche son chemin

 

Au temple silencieux
une lampe brûle encore
La nuit enveloppe
les toits et les grands arbres
seule veille la flamme

 

 

Depuis mille années
la montagne conserve
les voix des anciens
Chaque feuille qui tombe
semble porter leur mémoire

 

 

Hiei en haut
Kyoto dort sous les nuages
Le moine se retourne
Entre la ville et le ciel
ne choisit ni l'un ni l'autre

 

 

 

Flamme dans la nuit
les montagnes autour du temple
restent muettes

 

Sentier après l'aube
les pas du moine s’effacent
dans l’espace temps

 

 

La montagne de Saichô

Lorsque Saichô monta sur Hiei, la montagne était encore loin de devenir le grand centre religieux qu'elle allait être. Il y trouva la solitude des hauteurs, les forêts et le silence. Plus tard, il rapporterait de Chine l'enseignement de Tiantai et fonderait Enryaku-ji. Ainsi une montagne chinoise avait traversé la mer pour renaître sur une montagne japonaise.

Entre les deux, il y avait eu le voyage d'un homme.

Par-delà la mer
pensée venue de Chine
prend racine ici


 

Enryaku-ji

Au milieu des arbres, les bâtiments d'Enryaku-ji semblaient moins construits que déposés là par le temps. La mousse recouvrait les pierres. Les branches encadraient les toits. Une cloche sonna dans la vallée. Tu pensais à tous ceux qui étaient passés ici avant toi. Moines célèbres, novices inconnus, pèlerins, voyageurs.

La montagne ne retenait aucun nom. Elle les avait tous gardés.

Pierres du temple
les noms se sont effacés
mais la mousse se souvient


 

La flamme

Dans un temple de Hiei brûle une flamme dont la tradition rattache l'origine aux débuts de l'établissement de Saichō. Ils regardaient cette petite lumière. Autour d'elle, rien de spectaculaire : seulement une pièce calme, quelques ombres, le silence.

Une flamme est une chose fragile. Pourtant, lorsqu'elle passe d'une génération à l'autre, elle devient mémoire.

Petite flamme
dans la pénombre des siècles
elle ne parle pas

Sommet du mont Hiei

Sommet du mont Hiei

Espace Saïto

Espace Saïto

Silhouette d'un moine marathonien en pleine marche

Silhouette d'un moine marathonien en pleine marche

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J
Merci Philémon, comme d'autres vont à Compostelle, si je puis dire ainsi... belle journée, amitiés jill
Répondre
Bien sûr, c'est aussi une façon de vivre une expérience spirituelle unique.<br /> <br /> Ta visite, Fabienne, est toujours sympa.<br /> <br /> Amitiés.