MOINES MARATHONIENS ( suite et fin ) leçons de plénitude
38 400 kilomètres sur la voie de l’illumination
Chaque matin, durant 100 jours, les aspirants partent courir et marcher sur 30 kilomètres à travers les montagnes, pour aller prier dans les temples répartis de part et d’autre de la région. Un choix doit se faire le matin du 101e jour : arrêter et entrer dans les ordres, ou continuer le chemin pouvant mener à l’illumination, sur une distance de 38 400 kilomètres et pour une durée de 1 000 jours.
Cette pratique s’étale sur sept ans. Elle est divisée en plusieurs sections de 100 jours. Les jours de repos sont consacrés à la méditation, à l’apprentissage de la calligraphie et à la réalisation des tâches monacales habituelles. Mis à part les chants et les prières devant être effectués à chaque temple situé sur une route définie, d’autres règles sont à respecter : il est interdit de s’arrêter pour boire ou se rafraîchir, de retirer la robe, le chapeau et les sandales de paille qui composent la tenue, et il n’est possible de s’asseoir qu’une fois par jour. Celui qui décide de poursuivre sa route le 101e jour prête un serment faisant de lui un chercheur, et il doit en tant que tel s’engager à un défi supplémentaire : s’il échoue dans sa quête, il devra mettre fin à ses jours. Il n’est donc pas étonnant que seuls 46 moines aient réussi à tenir 1 000 jours.
Malgré les épreuves, la récompense est grande pour les persévérants. Toute personne terminant le Kaihogyo, puis qui survit aux neuf jours sans nourriture, sans boisson et sans sommeil (à ne pas négliger), est élevée au statut de Bouddha vivant et est considérée comme un saint pour le restant de ses jours. En poussant leur corps et leur mental jusqu’aux dernières limites des capacités humaines, ces moines ont la réputation d’être en mesure de vivre pleinement l’expérience humaine. Grâce à des exercices physiques extrêmes, à un mental d’acier et à un engagement spirituel sans faille, ils sont parvenus à consacrer corps, esprit et âme à leur dévotion.
A son apogée Enryakuji comptait jusqu'à 3 000 sous-temples et des milliers de moines en résidence.
Le complexe de temples a été détruit par Oda Nobunaga en 1571 pour étouffer le pouvoir des moines guerriers. Il a été reconstruit dans les années qui ont suivi et la plupart des bâtiments actuels datent du XVIIe siècle. Enryakuji a été classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1994. Aujourd'hui, il abrite d'importants biens culturels et continue d'être un centre du bouddhisme Tendai.
Des moines célèbres et la diffusion du bouddhisme depuis le mont Hiei
De nombreux moines célèbres et influents ont étudié et se sont entraînés au temple Enryakuji avant de répandre le bouddhisme et de fonder d'autres sectes importantes. Le mont Hiei a été un centre d'études bouddhistes important qui a façonné le bouddhisme japonais.
Parmi les moines célèbres ayant des liens avec le mont Hiei, on peut citer:
Honen - Fondateur de la secte Jodo (Terre pure)
Shinran - Disciple de Honen qui a fondé la secte Jodo Shinshu
Nichiren - Fondateur de la secte Nichiren
Dogen - Fondateur du zen Soto
Eisai - introduit le zen Rinzai de Chine
Tous ces moines ont d'abord été formés à Enryakuji, ce qui démontre le rôle central du mont Hiei dans les études bouddhistes avant que ces personnalités influentes ne diffusent de nouvelles idées à travers le Japon.
Le Kaihōgyō : 7 années d’endurance extrême , résumé :
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Chaque jour : 30 km à pied (environ un marathon, sur terrain montagneux)
Durée : 100 jours consécutifs.
Objectif : habituer le corps et l’esprit à l’effort, et mémoriser les 250 lieux sacrés du parcours.
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Distance doublée : 60 km/jour.
Durée : 200 jours dans l’année (en 2 périodes).
Épreuve clé en 5ᵉ année : le dōiri
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9 jours sans nourriture, eau, sommeil ni repos (ils sont juste assis, priant continuellement).
Le but est symboliquement de “mourir” au monde profane.
C’est juste après cette épreuve que le moine est aidé par un pousseur lors des courses.
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Il est tellement affaibli que le tsukebito le soutient, l’encourage, lui donne le rythme, et peut physiquement le pousser un peu dans les côtes.
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Ce “pousseur” n’est pas là pour courir à leur place, mais pour les maintenir éveillés, leur rappeler le rythme, et parfois même les pousser légèrement dans les montées, car à ce stade l’épuisement est extrême.
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Toujours 60 km/jour, sur 100 jours.
Le moine est désormais très connu sur la montagne, vu comme un ascète presque surhumain.
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Phase finale :
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100 jours à 84 km/jour (double marathon quotidien).
Puis 100 derniers jours à 30 km/jour pour “redescendre” symboliquement.
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POESIE COMPOSEE PAR Philémon
Chaussé de vent pur
Il traverse la brume
Comme un feu paisible
L’éveil a le visage
D’un homme qui s’oublie
Nuit sans fond dehors
Mais de la clarté grandit
A l’intérieur de lui-même
Le sentier est lumineux
Que les yeux ne peuvent voir
Le vent est plus qu’un souffle : c’est un maître. Il gifle, il caresse, il rappelle que la nature n’est ni douce, ni cruelle.
Brume sur les pins
L’ombre du moine traverse
Sans troubler le sol
Le cercle accompliSept ans. Mille jours. Les mêmes chemins. Mais aujourd’hui, tout est neuf. Il a cessé de marcher, et c’est le monde qui avance. Il a atteint l’état sans début ni fin.
Chute de feuilles
Sans regret ni bruit du cœur
Vide plein « d’être »
Philémon
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