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Poésie Japonaise

LE PÈLERINAGE DE SHIKOKU

24 Juillet 2025, 08:37am

LE PÈLERINAGE DE SHIKOKU

Au Japon, il existe un pèlerinage circulaire s’étirant sur 1.200 kilomètres , jalonné par 88 temples, sur l’île de SHIKOKU ,(la plus petite des quatre grandes îles japonaises) etconsacré au saint moine KUKAÏ,(ou Kobo Daishi) fondateur de l’école Shingon, au VIIIe siècle , devenu le courant majeur du bouddhisme ésotérique japonais .

 

Il fait le tour de l'île en passant par les quatre préfectures : Tokushima, Kochi, Ehime et Kagawa.

 

On note qu’il existe plusieurs façons de le faire : à pied (traditionnellement), en bus, en voiture ou même à vélo.

 

Chaque temple est numéroté dans l'ordre du circuit, du premier (Ryozen-ji à Tokushima) au dernier (Okuboji à Kagawa).


On y prie pour la purification, la guérison, ou pour réaliser un vœu personnel.

Le pèlerin (henro)

  • Les pèlerins portent souvent un chapeau conique (sugegasa), un bâton (kongōzue) et une veste blanche (symbolisant la pureté et la mort symbolique).

    Beaucoup portent un carnet spécial (noukyōchō)* qu’il faut faire tamponner à chaque temple.

    La tradition veut que le pèlerin soit accompagné spirituellement par Kūkai tout au long du voyage.

*C’est l’équivalent de notre « crédentiale » pour le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle

Durée :

À pied : environ 40 à 60 jours, selon le rythme.

En bus ou en voiture : une dizaine de jours ou moins.

Ce pèlerinage est considéré comme une quête intérieure autant qu’un voyage extérieur.

Les 88 temples représentent symboliquement les 88 passions humaines qu’on cherche à purifier.

Les quatre préfectures correspondent à quatre étapes spirituelles :


  • Eveil (Tokushima)
    Ascèse (Kōchi)
    Découverte de la vérité (Ehime)
    Nirvana (Kagawa)

     

LOGEMENTS (osettai) :

Les habitants offrent parfois de la nourriture, des boissons ou l’ hébergement aux pèlerins , une tradition d’entraide et de bienveillance très ancrée.

  • De plus en plus d’étrangers s’y intéressent, attirés par le mélange de nature magnifique, de spiritualité et d’expérience humaine.

    Même les Japonais qui ne sont pas bouddhistes pratiquants le font parfois comme un voyage de réflexion ou un défi personnel.

Bien que voyageant seul, le pèlerin porte toujours son kongōzue (le bâton), qui représente Kukai (Kōbō Daishi) lui-même.


Il y a une croyance selon laquelle on ne doit jamais poser le bâton n’importe comment, ni le jeter, ni le laisser tomber, car cela reviendrait à maltraiter son compagnon spirituel.


Par exemple, certains pèlerins lavent même le bout du bâton le soir avant de dormir, pour « nettoyer les pieds » de Kukaï après la journée.

De nombreux pèlerins disent qu’ils se mettent à pleurer de manière inattendue pendant le parcours.
Cela arrive souvent après un geste d’osettai (don gratuit d’un habitant), comme un vieux monsieur qui offre une mandarine, ou un repas chaud.


Quelques pèlerins décrivent ce moment comme une « révélation » de la bonté humaine, qui les bouleverse complètement

Dans des sections montagneuses particulières, les pèlerins chantent ou portent de petites clochettes pour éviter de surprendre les ours noirs du Japon.


C’est à la fois pratique et symbolique : la clochette est censée protéger spirituellement, mais elle sert aussi à prévenir les animaux sauvages !

On raconte que par des nuits d’hiver, dans les montagnes de Shikoku, parfois, des habitants aperçoivent un pèlerin solitaire en blanc, marchant silencieusement.
On dit qu’il s’agit de l’esprit d’un pèlerin mort en chemin (certains pèlerins effectuaient autrefois le pèlerinage comme leur « dernier voyage »).


Aujourd’hui encore, la tenue blanche est celle que l’on porte également pour les funérailles au Japon, symbolisant la préparation à la mort et à la renaissance.

De nombreux pèlerins modernes se perdent .
Quelques anciens disent que se perdre fait partie du pèlerinage, car « on ne se trouve qu’en se perdant ».
Il existe même un proverbe entre henro :  « Se tromper de chemin fait aussi partie de l’entraînement spirituel ».

Il existe un phénomène amusant appelé (henro geri) littéralement « la descente du pèlerin ».


Après plusieurs semaines de marche, beaucoup de pèlerins développent des mollets très musclés, au point qu’ils ont du mal à rentrer dans leurs pantalons normaux ou à descendre des escaliers une fois revenus à la vie quotidienne

Dans plusieurs temples, il existe des carnets ou « livres d’or » laissés par les pèlerins.
On y trouve des messages très touchants, parfois des remerciements à Kōbō Daishi, ou des confessions intimes sur la perte d’un proche, un divorce, une maladie.
D'aucun y laissent aussi de petites œuvres d’art, des haïkus ou des dessins.

Un pèlerin raconte même avoir reçu un grand bol de udon gratuit dans un restaurant.
Quand il a voulu payer, le propriétaire a refusé en lui disant :

« C’est Kōbō Daishi qui paie pour vous aujourd’hui. »
Le pèlerin a fondu en larmes et le restaurateur aussi !

 

Poésie composée par Philémon

Tanka

 

PÈLERINAGE

Brume matinale 
Chemin blanc de poussière
Pas après l’autre
Le chant du moine errant
Se perd dans les bambous

 

 

Le sable brûlant 
Sur le sentier déserté
Le bâton guide
Comme un vieil ami sage
Qui murmure « avance »

 

 

Fine pluie d’été 
Perles sur ses épaules nues
La route se plie
Dans le chant des cigales
Tout devient une offrande

  1.  

Une lanterne 
Tremble au seuil du temple
Par nuit sans lune
Il entends son souffle seul
Se mêler aux étoiles

  1.  

Riz offert sourire 
D’une vieille sur son seuil
Un profond merci
Le goût du riz et du sel
Dans son corps de pèlerin

  1.  

Un dernier tampon 
Sur son carnet tout froissé
Il s’incline bas
La montagne lui répond
Par un long rire d’oiseau

 

 

Haïbun

Sous les pas

Il marche depuis l’aube, dans la buée légère qui flotte sur les champs de riz. Son bâton frappe la terre rouge, rythme ancien qui l’ancre dans ce voyage. À chaque temple, une prière murmurée, un souffle partagé avec les statues moussues.

Un moine lui a offert un bol de thé, son sourire vaste comme la mer. La fatigue se dissout dans le parfum des pins. À l’horizon, les montagnes s’effilent comme des nuages en fuite.

Plus il progresse, plus il se dépouille des désirs, des regrets, de son nom même. À Shikoku, il n’est plus qu’un pas après l’autre.

Cloche du matin
Le pèlerin se confond
Avec la rosée

 

Philémon​​​​​​​

LE PÈLERINAGE DE SHIKOKU
LE PÈLERINAGE DE SHIKOKU
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D
Très intéressant ton post. Cela me fait penser au pèlerinage de Saint Jean de Compostelle mais où la spiritualité semble plus présente.
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Bonsoir Daniel, effectivement, même à l'opposé de notre hexagone 12000 km en l'occurrence, chaque pèlerinage fait penser à celui de Saint Jacques de Compostelle qui dispose de nombreux points de départ tant en France qu'en Belgique.<br /> Mais malheureusement, il en est de même, actuellement, que pour l'ascension de l'Everest en Himalaya ou les alpinistes font la queue sur les pentes . Une honte ! Où se trouve le respect de la nature ?<br /> <br /> Les Japonais sont très respectueux de la nature et rendent possibles des pèlerinages à différents endroits de l'archipel.<br /> <br /> Merci pour ton passage.
J
Merci Philémon, j'en apprends à chaque billet ici... amitiés, jill
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Le Japon est un peu comme un coffret de trésor sur tous les plans, je n'ai plus qu'à l'entrouvrir de temps en temps pour transmettre ce que j'y ai vu.<br /> <br /> Belle fin de semaine Fabienne et à bientôt. Amicalement.
B
Superbe page mettant à l'honneur ce pèlerinage japonais qui nous rappelle celui de Saint Jacques de Compostelle qu'il me plairait de faire. <br /> Merci pour ton beau partage qui me permet de découvrir les rites, coutumes et traditions au Pays du Soleil Levant<br /> Et tu as encore bien composé...<br /> Bon jeudi cher Philémon<br /> Bien amicalement
Répondre
C'est un pèlerinage qui n'est pas galvaudé comme le devient celui de Compostelle car les Japonais respectent profondément la nature; sans doute parce qu'ils sont insulaires.<br /> <br /> Tes commentaires me touchent et me vont droit au cœur.<br /> <br /> Je t'adresse un bouquet d'amitiés.<br /> <br />